Les tombeaux des seigneurs provinciaux et des princes des nomes de la

Haute Egypte sont autrement plus originaux et plus intéressants pour

nous, puisque certains d'entre eux, ceux de Bersheh et surtout ceux de

Beni Hassan nous fournissent la plus merveilleuse série de documents

figurés concernant la vie publique et privée de l'époque. Ces monuments

appartiennent à la classe des hypogées ou tombeaux rupestres, comme

nous en avons déjà vu quelques-uns sous l'Ancien Empire; ils sont

entièrement creusés dans le rocher, à flanc de coteau, et les colonnes

qui soutiennent le plafond ne sont pas rapportées, mais ménagées dans la

masse même, au cours du travail d'excavation. Ces hypogées sont précédés

d'un portique largement ouvert du côté de la plaine du Nil, soutenu par

deux de ces piliers droits, sans chapiteau, aux arêtes abattues, qu'on a

pris longtemps, à cause de leur fût cannelé et de leur petit abaque

plat, pour la forme la plus ancienne de la colonne dorique; de là le nom

de «colonnes protodoriques» qui leur est resté. Une porte s'ouvre sur

une salle carrée de grandes dimensions, au plafond soutenu par quatre

colonnes ou davantage, et au fond de laquelle s'ouvre une niche

profonde, servant en quelque sorte de sanctuaire; un puits descend au

caveau funéraire. Les parois sont entièrement couvertes de peintures sur

enduit, plus complètes encore que les tableaux sculptés dans les

mastabas. Elles retracent avec une vie et un naturel souvent admirables,

les scènes les plus diverses de la vie des champs comme de celle des

gens de métier.

[Illustration: _Fig. 165._ Tombeau de Beni-Hassan (d'après NEWBERRY.

_Beni Hassan_, I, pl. IV).]

[Illustration: _Fig. 166._ Masque de momie (d'après CHASSINAT. _Fouilles

d'Assiout_, pl. XXVI).]

Les personnages de moindre importance, qui ne pouvaient avoir une

sépulture aussi complète, se contentaient d'un simple caveau souterrain,

au fond d'un puits, et arrivaient à entasser dans cet étroit espace tout

ce qui pouvait leur être utile pour la vie de l'au-delà. L'art de la

momification en était encore à peu près au même point qu'à la période

memphite, et l'on se contentait sans doute de dessécher les corps au

moyen d'alun ou de natron, car de tous ceux qui nous sont parvenus, il

ne reste guère que les os. Le mort ainsi préparé, on l'enveloppait d'un

épais maillot de linges, de linceuls et de bandelettes; on plaçait

parfois sur le haut du corps un masque en cartonnage peint, et on le

couchait sur le côté, la tête appuyée sur un chevet, au fond d'un

sarcophage rectangulaire en bois, aux parois épaisses, couvertes de

peintures au dehors comme au dedans, et muni d'un couvercle plat ou

bombé. La décoration extérieure consiste le plus souvent en bandes de

grands hiéroglyphes entre lesquelles on peignait parfois toute une

ornementation architecturale montrant que le sarcophage était considéré

comme une maison, donc comme l'habitation même du mort, une maison d'un

modèle archaïque, construite en bois avec des stores en nattes de

couleur pour fermer les baies. A l'intérieur, on inscrivait de longs

textes funéraires analogues à ceux des pyramides et destinés à assurer

au défunt la sécurité dans le monde des enfers; au-dessus de ces textes

court une large frise où sont peints les objets qui devraient en réalité

figurer dans le mobilier funéraire: pièces de costume, coiffures,

bijoux, armes, sceptres, outils, vases, meubles, toujours suivant le

principe que la figuration d'un objet suffit pour remplacer l'objet

lui-même quand il s'agit d'une ombre, du double immatériel d'un homme.

Il arrive aussi qu'on voie déjà paraître, à l'intérieur du grand

sarcophage, le cercueil anthropoïde qui renferme la momie elle-même et

qui devient le modèle courant du sarcophage au Nouvel Empire; ce type de

cercueil n'est que le développement normal du masque funéraire habituel.

[Illustration: _Fig. 167._ Momie du Moyen Empire (d'après

CHASSINAT-PALANQUE. _Fouilles d'Assiout_, pl. XXI).]

[Illustration: _Fig. 168._ Sarcophage du Moyen Empire (d'après PETRIE.

_Gizeh and Rifeh_, pl. X.A).]

[Illustration: _Fig. 169._ Intérieur d'un sarcophage (d'après LACAU.

_Sarcoph. ant. au Nouv. Emp._, pl. XXIV).]

[Illustration: _Fig. 170._ Sarcophage anthropoïde (d'ap. PETRIE. _Gizeh

and Rifeh_, pl. X.B).]

Quant au mobilier funéraire proprement dit, il est en général modeste.

Dans les tombeaux des princesses de la famille royale, on ne trouve

guère que la série des vases à onguents et à parfums, des sceptres et

une certaine quantité de bijoux, merveilles d'art et de goût, qui sont

parmi les plus belles choses que l'antiquité égyptienne nous ait

livrées. Chez les particuliers il y a d'abord la caisse carrée,

absolument indispensable du sarcophage, faite sur le même modèle que

lui, et contenant les quatre vases canopes, où l'on enfermait les

viscères du mort, puis quelques vases grossiers ayant contenu des

victuailles, enfin des imitations d'armes et des groupes de bois stuqué

et peint, représentant des scènes de la vie familière. Ces scènes sont

les mêmes qu'on voit figurer ailleurs, en bas-relief ou en peinture, sur

les parois des mastabas et des tombeaux rupestres, mais traitées avec

plus de naturel et de naïveté: nous y voyons représentés des cuisiniers,

des porteurs et des porteuses d'offrandes, la fabrication du pain et de

la bière, et surtout des bateaux, reproduction des grandes barques de

l'époque avec leur gréement complet et leur équipage. Malgré leur

facture souvent un peu grossière, ces petits monuments sont peut-être

l'image la plus parfaite, en tous cas la plus expressive, de la vie des

anciens Egyptiens.

[Illustration: _Fig. 171._ Canope du Moyen Empire (d'ap.

GAUTIER-JÉQUIER. _Fouilles de Licht_, p. _68_).]

[Illustration: _Fig. 172._ Statuette de serviteur (d'ap. le _Musée

Egyptien_, I, pl. XXXVIII).]

La cachette aux statues, le _serdab_, n'existe plus dans la tombe du

Moyen Empire, et s'il se trouve encore dans le tombeau une statue du

mort, celle-ci n'est plus que très rarement en pierre, mais presque

toujours en bois et souvent de très petite dimension. Il y a ici

évidemment une évolution dans les idées funéraires: la notion du _ka_,

du double qui pour subsister a besoin d'un support à défaut du corps

lui-même, existe toujours, mais tend à se transformer; il semble qu'elle

se spiritualise en quelque sorte et qu'une petite image du mort, image

souvent informe, lui suffise, et cela plutôt par tradition que par

besoin réel. C'est à ce moment qu'on voit apparaître les premières

statuettes mummiformes représentant le défunt, prototypes des

innombrables statuettes funéraires ou _oushabtis_ du Nouvel Empire.

[Illustration: _Fig. 173._ Modèle de barque (photographie de E.

Brugsch-Pacha).]

[Illustration: _Fig. 174._ Statuette en bois (d'après GAUTIER-JÉQUIER.

_Fouilles de Licht_, p. _80_).]

Pour les morts d'une classe moins élevée, ceux qu'on ensevelissait à

même le sol, on avait en certaines régions la coutume de poser au-dessus

de la tombe une petite maison en terre cuite, reproduction en miniature

de l'habitation des vivants, et qui devait servir de domicile à l'âme:

privée de ce pied-à-terre si sommaire, cette âme eût risqué d'errer sans

trêve à l'aventure et de disparaître misérablement.

[Illustration: _Fig. 175._ _Statuette funéraire_ du Moyen Empire (d'apr.

PETRIE. _The Labyrinth_, pl. XXX).]

Les constructions civiles, palais, maisons, magasins, faites en briques

et en bois, et n'ayant aucune prétention à la durée, ont disparu presque

partout en Egypte; nous sommes un peu plus favorisés cependant pour le

Moyen Empire que pour les autres époques, puisqu'on a retrouvé au Fayoum

des restes importants d'agglomérations de maisons, vraies villes

composées de petites habitations en briques, serrées les unes contre les

autres et séparées par de longues rues droites; c'est là sans doute

qu'habitaient des ouvriers et des employés dont les papiers, restés

cachés dans le coin des chambres, sont parvenus jusqu'à nous: ces

précieux documents sur papyrus contenaient des écrits de toute sorte,

mais surtout des lettres et des comptes.

[Illustration: _Fig. 176._ Modèle de maison en terre cuite (d'ap.

PETRIE. _Gizeh and Rifeh_, pl. XV).]

Pour ce qui est de l'architecture militaire, de hautes et massives

forteresses en briques crues remplacent les simples enceintes formées

d'une épaisse muraille, en usage sous l'Ancien Empire. Nous avons, à la

frontière méridionale de la Nubie, deux bons exemples de ces

constructions, qui dominent de très haut le terrain environnant et qui

devaient opposer une très grande résistance à l'escalade et à la sape.

Le progrès réalisé dans ce domaine est très naturel et cela n'a rien

d'étonnant, puisque la monarchie égyptienne, à cette époque, a un

caractère militaire très prononcé et se distingue en cela très nettement

de celle de la période précédente.

[Illustration: _Fig. 177._ Attaque d'une forteresse (d'après NEWBERRY.

_Beni Hasan_, II, pl. XV).]

_Sculpture_

La statuaire du Moyen Empire continue à suivre, presque sans s'en

écarter, les traditions des dynasties memphites; ses procédés sont

identiques, et c'est à peine si nous pouvons signaler un peu plus de

fini dans les parties qui étaient autrefois laissées le plus souvent à

l'état d'ébauches, les jambes et les pieds. Ce sont toujours les mêmes

formes, les mêmes attitudes, avec plus de délicatesse peut-être, mais

moins de puissance; on recherche moins la ressemblance exacte, réaliste,

de la figure à reproduire, qu'une sorte de portrait idéalisé qui n'a

plus sans doute que les caractères généraux de l'original: ainsi dans

les dix statues de Senousrit I découvertes à Licht, statues identiques

de dimension et de matière, sorties ensemble d'un même atelier, toutes

les têtes, qui à première vue paraissent semblables, sont dans le détail

très différentes les unes des autres et cependant les traits d'ensemble

restent les mêmes et se retrouvent aussi dans les autres statues du même

souverain.

[Illustration: _Fig. 178._ Statues de Senousrit I.--Licht. (photographie

de M. Pieron).]

[Illustration: _Fig. 179._ Statue du roi Hor (photographie de E.

Brugsch-Pacha).]

Sous le Moyen Empire les statues sont beaucoup moins abondantes que sous

l'Ancien, car les particuliers, quelle que fût leur position, n'en

déposaient plus guère dans leur tombeau. Encore ces statues sont-elles

presque uniquement en bois, les unes de grandeur naturelle, d'autres

très petites. Seuls les très hauts personnages avaient le droit de

placer dans les temples une image faite à leur ressemblance; les rois

par contre y dressaient souvent des statues colossales en granit, dont

plusieurs sont parvenues jusqu'à nous, ainsi que les sphinx, également

en granit, qui bordaient les avenues de ces temples, sphinx dont la tête

était toujours un portrait plus ou moins fidèle du roi régnant. D'autres

statues, moins grandes, ornaient les parties apparentes des tombeaux

royaux et parfois même on déposait une statue du _ka_ ou du double dans

le caveau funéraire, près du sarcophage, comme dans les tombeaux des

simples particuliers. Telle la statue de bois du jeune roi Hor Aouabra,

qui fut probablement co-régent de son père Amenemhat III, monument

délicieux de travail, d'expression et de sentiment, qui restera un des

joyaux de l'art égyptien.

Il n'y a pas non plus de grandes modifications à signaler dans la

manière de traiter le bas-relief; un dessin ferme et pur, un relief peu

marqué, un modelé très délicat, souvent à peine perceptible, sont les

caractères généraux de cette branche de la sculpture qui, comme la

statuaire, est toujours empreinte d'une grande distinction et d'une

remarquable noblesse d'allure.

_Peinture_

Nous avons vu, en parlant de l'Ancien Empire, que toute sculpture devait

être peinte, au moins en principe. La simple peinture sur enduit, qui ne

se distinguait pas à première vue du bas-relief polychrome, était

soumise aux mêmes lois que ce dernier quant à la disposition générale

et la composition, mais constituait un moyen d'expression singulièrement

plus rapide et économique. Pour les peintres du Moyen Empire, le souci

de la perfection artistique ne passe qu'en seconde ligne: ils donnent

libre cours à leur fantaisie, toujours maintenue, il est vrai, par une

certaine routine, dans le même procédé d'exécution, et ils s'appliquent

avant tout à rendre aussi vivant que possible le sujet qu'ils ont à

traiter.

[Illustration: _Fig. 180._ Bas-relief de Koptos (d'après PETRIE.

_Koptos_, pl. IX).]

_Arts industriels_

La céramique ne présente aucun caractère spécial; de plus en plus les

vases en terre sont réservés aux usages vulgaires, et leur facture est

généralement peu soignée. Par contre les nombreux petits vases en pierre

dure qu'on continue à fabriquer et qui sont destinés à contenir des

parfums ou des onguents sont d'un travail extrêmement remarquable. Les

matières les plus précieuses sont employées pour cela: l'obsidienne, le

lapis-lazuli et la cornaline, aussi bien que l'albâtre, qui continue à

être d'un usage courant. L'usage des vases de bronze persiste aussi,

comme par le passé.

[Illustration: _Fig. 181 et 182._ Vases en cornaline et lapis-lazuli

(d'ap. DE MORGAN. _Fouilles à Dahchour_, I, pl. XXV).]

[Illustration: _Fig. 183._ Pectoral de Senousrit II (d'après DE MORGAN.

_Fouilles à Dahchour_, I, pl. XVI).]

Dans la bijouterie et la joaillerie, les orfèvres de la XIIme dynastie

sont arrivés à un degré de perfection qui ne sera plus dépassé et qui

fait encore l'admiration de tous les spécialistes; ils taillent et

calibrent les pierres avec la plus grande précision, fondent et cisèlent

les métaux, emploient le filigrane. Mais leur triomphe incontestable est

le bijou ciselé, ajouré et champlevé, avec incrustations de pierres

telles que le lapis, la turquoise et la cornaline. La composition du

bijou est toujours digne de son exécution, qu'il s'agisse d'un minuscule

hiéroglyphe servant d'élément de collier, d'un pectoral pouvant être

considéré comme un vrai bas-relief historique en miniature, d'une garde

de poignard ou d'un diadème représentant une couronne de fleurs

naturelles.

[Illustration: _Fig. 184._ Couronne en or (d'apr. DE MORGAN. _Dahchour_,

II, pl. IX).]

C. CIVILISATION

_Royauté_

La première monarchie thébaine a un caractère très différent de celui

des dynasties memphites, qui était, comme nous l'avons vu,

essentiellement pacifique; de simples nomarques qu'ils étaient, les

princes de Thèbes avaient acquis le pouvoir suprême au prix de longues

luttes. Il était donc bien naturel qu'ils continuassent à faire de

l'armée leur principal soutien et que, pour ne pas la laisser inactive,

ils l'employassent à pacifier les contrées avoisinantes et à étendre les

frontières de l'Egypte. Les rois de la XIIme dynastie ne sont pas, à

proprement parler, des conquérants, mais des souverains dont le but est

d'assurer le tranquille développement de leur pays en tenant en respect

leurs voisins, nomades plus ou moins sauvages et toujours disposés à

faire des incursions dans la riche vallée du Nil, et en créant sur le

point le plus facilement accessible, le sud, une marche bien fortifiée.

Sitôt que cette activité militaire se ralentit, comme cela semble avoir

été le cas sous Amenemhat III et ses successeurs, les barbares, qui sont

ici les Hyksos, fondent sur le pays et le soumettent, en partie du

moins. Il faudra de longs siècles aux vrais Egyptiens pour les chasser

et reprendre le pouvoir, et ce nouvel apprentissage de la guerre sera

cause de l'avènement des grands conquérants de la XVIIIme dynastie.

[Illustration: _Fig. 185._ Groupes de soldats d'un prince de Siout

(d'après MASPERO. _Musée Egyptien_, I, pl. XXXIII).]

Pour assurer la transmission régulière des pouvoirs royaux de père en

fils et éviter les compétitions possibles, Amenemhat I, dans les

dernières années de son règne, associa au trône son fils Senousrit I qui

fut chargé de diriger l'armée et les expéditions en dehors de l'Egypte,

tandis que le vieux souverain continuait à s'occuper de la politique

intérieure. Tous les rois de la XIIme dynastie suivirent cet exemple et

prirent à un moment donné leur héritier présomptif comme co-régent.

_Gouvernement_

Le système féodal ne disparut pas dès l'avènement de la XIIme dynastie;

les princes des nomes, reconnaissant l'autorité supérieure et la

suzeraineté du roi, continuèrent à administrer comme auparavant leur

province, sur laquelle ils avaient des droits très étendus: le peuple

des campagnes, fellahs ou paysans, fournissait les soldats et pouvait

être réquisitionné pour toutes sortes de corvées, spécialement pour

les gros transports et les constructions; de lourdes redevances

pesaient sur eux, aussi bien sur les paysans soi-disant libres, que

sur les serfs et les tenanciers des domaines princiers. Les habitants

des villes jouissaient d'une plus grande liberté, tout en étant aussi

sous l'autorité directe du nomarque; dans ces cités se groupaient les

artisans, les scribes et les fonctionnaires de toute sorte, tous gens

d'une classe très supérieure au menu peuple des campagnes. Une légion

d'employés, inspecteurs, percepteurs, chacun ayant sa charge nettement

délimitée, veillait au bon fonctionnement de ces petits états, dont le

prince payait au roi une redevance régulière et lui fournissait des

troupes exercées, sur une simple réquisition; il avait sans doute à

ses côtés un représentant du souverain. Quant au pouvoir judiciaire, il

était presque entièrement entre les mains du pouvoir central.

Cependant cet ordre de choses ne devait pas durer et la centralisation

s'opérait peu à peu. Vers la fin de la dynastie, les nomarques

disparaissent ou tout au moins leur rôle est si effacé qu'on ne les voit

plus paraître. Par contre le nombre des fonctionnaires royaux augmente

considérablement; ce sont eux maintenant qui sont chargés non seulement

de la justice, mais de toute l'administration civile et militaire, qui

perçoivent les redevances, tiennent constamment à jour les registres de

la population, du bétail et du cadastre, institution nécessaire dans un

pays comme l'Egypte, soumis aux empiétements d'un fleuve dont le cours

n'est pas encore définitivement fixé.

_Relations extérieures_

Nous avons vu la conquête de la Nubie, l'occupation des Oasis, la

pacification des contrées désertiques bordant l'Egypte et les campagnes

en Syrie; toutes ces opérations, qui furent la préoccupation constante

des rois de la XIIme dynastie, avaient eu pour résultat le développement

du commerce, favorisé par la tranquillité et la sécurité régnant aux

abords de l'Egypte. Les produits du Soudan et de la Syrie arrivent donc

dans la vallée du Nil, par caravanes, plus facilement que jamais; de

plus, les expéditions au pays de Pount, au pays des Somalis, d'où l'on

tirait l'encens, l'ivoire et d'autres objets précieux, paraissent être

devenues plus fréquentes, tant par eau, le long des côtes de la Mer

Rouge, que par la voie de terre, par le Soudan et l'Abyssinie. Il en est

de même pour les relations avec les îles grecques: la poterie dite de

Kamarès, qui provient certainement de ces régions se retrouve parfois

dans des tombes de la XIIme dynastie, et réciproquement on rencontre

souvent en Crète, en Grèce et jusqu'en Etrurie des objets appartenant au

premier empire thébain.

[Illustration: _Fig. 186._ Nomades sémites (d'après NEWBERRY, _Beni

Hasan_, I, pl. XXXI).]

Les marchandises importées en Egypte étaient surtout des matières

premières, et tout particulièrement les métaux, comme par le passé; en

échange, les Egyptiens livraient à leurs voisins toute sorte d'objets

ouvrés, et aussi du grain. Nous savons par les récits bibliques que la

vallée du Nil était un peu le grenier du monde oriental, et que dans les

années de disette ce n'était guère que là qu'on pouvait aller

s'approvisionner. C'est en effet sous le Moyen Empire que durent vivre

les patriarches qui, après avoir mené la vie des nomades en Palestine,

finirent par se fixer dans un petit district du Delta. Abraham dut venir

en Egypte pendant le règne de la XIIme dynastie, et c'est presque un

tableau de son arrivée avec sa famille et ses serviteurs, que cette

peinture célèbre de Beni Hassan, où l'on voit des fonctionnaires

égyptiens amener à leur prince une tribu de nomades sémites, avec leurs

lourds costumes bariolés, leurs bestiaux, leurs armes et leurs bagages

et apportant avec eux de l'antimoine et d'autres produits qu'ils

cherchent sans doute à échanger. L'arrivée de Joseph en Egypte, son

élévation aux plus hautes dignités et l'installation de sa famille au

pays de Goshen ou Kesem, dans les environs de la ville fortifiée

d'Avaris, doivent se placer sous un des rois hyksos, nous ne pouvons

savoir au juste lequel. Les noms égyptiens que donne le texte hébreu

peuvent être rapprochés de certains noms qui étaient en effet employés

sous le Moyen Empire et ne sont pas sans doute, comme on l'a cru pendant

longtemps, la transcription de noms saïtes, ce qui forcerait à reporter

la composition même du récit biblique à une très basse époque. Toute

cette série de récits constitue pour nous un précieux document pour la

connaissance des relations entre les Egyptiens et leurs voisins.

_Vie privée_

Il n'y a pas lieu de revenir sur l'organisation de la famille, pas plus

que sur les conditions de la vie privée qui continuent à être les mêmes,

à peu de chose près, que sous l'Ancien Empire. La nourriture aussi est

la même, ainsi que la manière de manger, et on attache toujours autant

d'importance aux soins de propreté. Une petite différence se remarque

dans le costume des hommes, car si les gens du peuple continuent à

porter le petit pagne court, celui des personnages de qualité s'allonge

et forme une sorte de jupon plus ou moins ample, descendant jusqu'aux

mollets ou même jusqu'aux chevilles; le grand manteau est d'un usage

fréquent, comme si le climat s'était refroidi, ce qui est du reste peu

probable.

Nous connaissons les villes où habitaient les ouvriers et qui ont été

retrouvées au Fayoum, avec leurs petites maisons serrées les unes contre

les autres, avec leurs étroites rues droites; nous avons aussi des

modèles en terre cuite des maisons où vivaient les gens d'une classe un

peu supérieure: une cour entourée d'un mur, au milieu de laquelle se

trouvait un étang, précédait l'habitation, qui était elle-même de

dimensions assez restreintes; un péristyle à colonnes s'ouvrait

largement sur la cour, et les chambres se trouvaient au fond, derrière

cette galerie. L'escalier extérieur montait à la terrasse où

aboutissaient les grandes bouches à air destinées à la ventilation des

appartements et sur laquelle parfois de petites chambres étaient

construites (fig. 176). Il ne nous est resté aucune trace des palais

royaux ni de ceux des grands seigneurs.

_Chasse et pêche_

Les procédés de pêche et de chasse, de même que les engins employés,

sont les mêmes que sous l'Ancien Empire: le filet, la ligne et le harpon

pour la pêche, le lasso, l'arc, le boumerang, le filet et le piège

simple pour la chasse. Il faut cependant signaler le fait que les grands

seigneurs se constituaient des réserves de gros gibier, de vrais parcs

de chasse enclos de palissades et de treillages, où ils pouvaient à leur

gré et sans avoir la difficulté d'aller les chercher au loin dans le

désert, abattre à coups de flèches les boeufs sauvages, les lions, les

antilopes ou les autruches.

[Illustration: _Fig. 187._ Parc de chasse (d'apr. NEWBERRY. _El

Bersheh_, I, pl. VII).]

_Agriculture et élevage_

Histoire de la civilisation égyptienne des origines à la conquête d'Alexandre · 第 12 / 19 段