administration compliquée et d'origine très ancienne; les fonctionnaires
sont nombreux et se présentent à nous chacun avec une série de titres
dont nous ne parvenons pas à découvrir l'exacte signification, mais qui
montrent qu'un individu pouvait cumuler des charges de natures très
diverses, religieuses, militaires, civiles et judiciaires. Ceux de ces
personnages que nous connaissons le mieux sont naturellement ceux qui
entouraient le roi de plus près et dont les tombeaux sont voisins du
sien, les vizirs, les grands juges, les grands prêtres, les
fonctionnaires de l'administration centrale. A côté et au-dessous d'eux
il y avait la foule des fonctionnaires provinciaux. L'ancienne division
politique du pays en clans ou tribus avait donné naissance, une fois
l'oeuvre d'unification accomplie, à un certain nombre de provinces ou
_nomes_ qui eurent chacun son administration propre, sous le contrôle
du pouvoir central. Sous des rois dont l'autorité s'exerce sans
contestation, cette organisation intérieure doit avoir ses avantages,
mais si le sceptre tombe en des mains plus faibles elle ne peut que
favoriser le démembrement du pays; nous avons vu que c'est en effet ce
qui arriva: la naissance et le développement progressif de la féodalité,
puis les rivalités des familles les plus puissantes et les luttes
intestines, amenèrent la fin de l'Ancien Empire.
Le haut gouvernement des nomes était donc un pouvoir féodal, très
probablement entre les mains des descendants directs des anciens chefs
de tribus. Quant à l'administration proprement dite, elle n'était pas le
privilège d'une caste spéciale, mais était ouverte à tous; il suffisait
d'avoir une bonne instruction, d'être scribe, de se montrer intelligent
et habile, pour pouvoir atteindre à n'importe quelle fonction. Nous
avons l'exemple de personnages d'humble extraction commençant par les
charges les plus modestes pour monter progressivement aux plus hautes
positions du royaume.
Les prêtres pouvaient cumuler des fonctions civiles et des charges
sacerdotales; ils pouvaient aussi, semble-t-il, se recruter parmi toutes
les classes de la population et ne formaient pas une caste à part. Le
roi était de droit souverain pontife de tout le pays et les grands
seigneurs héréditaires étaient en même temps les grands prêtres des
sacerdoces de leurs nomes.
Nous avons donc, dans l'Egypte de l'Ancien Empire, un mélange
extrêmement curieux de tous les modes de gouvernement: en haut, une
monarchie absolue et théocratique, au-dessous une aristocratie
héréditaire, féodale et terrienne, et enfin, tant pour les provinces
que pour l'ensemble du pays, une administration accessible à tous,
tenant en même temps de la démocratie et du mandarinat et ayant un
caractère sacerdotal très marqué. Comment fonctionnaient tous ces
rouages qui nous paraissent si peu compatibles les uns avec les autres?
Nous ne pouvons nous en rendre compte d'une manière très précise, mais
les résultats montrent que ce système de gouvernement n'était pas
mauvais puisque non seulement il subsista pendant les longs siècles que
dura l'empire memphite, mais encore fut repris au Moyen et au Nouvel
Empire avec certaines modifications.
_Relations extérieures_
Les objets remontant à l'Ancien Empire sont si peu nombreux qu'il ne
faut pas s'étonner si l'on n'en retrouve pas qui portent la marque d'une
importation étrangère. Les relations commerciales avec les pays
environnants, par terre comme par mer, ne s'étaient cependant pas
interrompues, bien au contraire; on consommait beaucoup d'encens en
Egypte, surtout pour les besoins du culte; or l'encens ne pouvant
provenir que du sud de l'Arabie, de la côte des Somalis, du pays de
Pount, comme on appelait ces régions, il devait donc arriver en Egypte
par la Mer Rouge. Les mines du Sinaï ne sont pas assez riches en cuivre
pour avoir pu fournir tout celui qu'on employait sous l'Ancien Empire,
aussi est-il des plus probable que déjà à ce moment-là on le faisait
venir de Chypre, comme aux époques suivantes. Le commerce, plus facile
encore avec la Syrie, était sans doute plus développé de ce côté-là. Les
pharaons avaient du reste sur cette contrée, ou du moins sur sa partie
méridionale, certaines prétentions de suzeraineté, et nous les avons vus
y envoyer à diverses reprises des expéditions armées. Le plus souvent
ces expéditions remportaient des succès sur les indigènes et ramenaient
un riche butin, pris par la force ou acquis par voie d'échange, mais
parfois aussi elles échouaient piteusement, et se faisaient massacrer
dans un guet-apens.
Le Soudan et la Nubie n'étaient pas encore soumis, mais le gouvernement
égyptien, qui recrutait des mercenaires parmi les tribus de ces régions,
les considérait un peu comme des vassales et leur envoyait souvent de
petites expéditions à demi militaires, à demi commerciales, chargées de
recueillir l'allégeance des chefs et si possible un tribut, d'assurer la
sécurité des routes et le respect du nom de l'Egypte, et de faire
aboutir des opérations fructueuses par voie d'échange. Ces expéditions
étaient le plus souvent dirigées par les gouverneurs du sud, les
résidents égyptiens à Eléphantine, qui avaient la garde de la frontière:
ces hauts fonctionnaires s'appliquèrent à laisser à la postérité le
récit plus ou moins détaillé de leurs diverses missions. Ainsi nous
voyons Herkhouf s'acquérir la faveur du roi pour lui avoir ramené du
centre de l'Afrique un nain qui devait le divertir par ses danses
bizarres: ce roi était Pepi II, alors encore un tout petit enfant.
_Famille_
Du haut en bas de l'échelle sociale, l'organisation de la famille a un
caractère tout patriarcal, empreint de liberté, de bienveillance et
d'intimité. Il suffit de jeter les yeux sur les nombreux groupes
familiaux, bas-reliefs ou statues, pour juger des relations tendres
qu'avaient entre eux époux, parents et enfants: on voit souvent la femme
assise sur le même siège que son mari, ou debout à côté de lui, passant
le bras autour de son cou tandis qu'il l'enlace étroitement et que les
enfants se pressent autour d'eux. L'homme est le chef incontesté de la
famille, il la dirige, la protège, la groupe autour de lui, sa vie
durant; quant à la femme, elle jouit d'une position très privilégiée, en
regard des autres femmes d'Orient: elle n'est pas enfermée dans un
harem, elle est absolument libre de ses mouvements et de ses actions,
elle accompagne partout son mari comme une égale, non comme une
inférieure, elle exerce une autorité morale toute spéciale sur les
enfants. Parmi ceux-ci, les filles ont les mêmes droits que les fils à
l'héritage paternel.
Dès l'Ancien Empire, l'Egyptien est certainement monogame; à peine
trouve-t-on un ou deux grands personnages ayant à côté de leur femme
légitime une concubine, dont les enfants ont du reste à peu près les
mêmes droits que leurs frères. Seul le roi a en général plusieurs femmes
dont l'une, «la grande épouse royale» a le pas sur les autres, étant
sans doute de plus haute naissance, parfois même de race royale. Pour
conserver aussi pur que possible le sang divin qui coule dans ses
veines, le roi doit de préférence prendre une femme du même sang que
lui, donc une proche parente. Sous le Nouvel Empire nous voyons le plus
souvent le pharaon épouser sa soeur, parfois même sa fille; il en était
sans doute de même pour les rois memphites. Ces unions qui nous
paraissent monstrueuses n'avaient rien que de très naturel pour les
Egyptiens, pour qui la pureté de la race avait une importance capitale.
_Vêtement_
Vu le climat de l'Egypte, les habitants de ce pays n'ont jamais éprouvé
le besoin de s'habiller chaudement; le costume en usage sous l'Ancien
Empire est particulièrement sommaire. Les hommes portent tous le pagne,
plus ou moins grand suivant leur condition: pour les gens de bas étage,
les mariniers par exemple, il se réduit à une ceinture garnie par devant
de quelques petites lanières formant tablier, pour d'autres ouvriers
c'est un morceau d'étoffe passant entre les jambes et fixé également à
une ceinture. Le modèle ordinaire est composé d'une longue pièce de
toile blanche enroulée étroitement autour de la partie moyenne du corps,
soutenue par une ceinture et descendant presque jusqu'aux genoux. Chez
les grands personnages ce vêtement prend plus d'importance: il n'est pas
plus long, mais beaucoup plus ample, et la partie de devant, gaufrée à
petits plis et empesée, forme une sorte de grand tablier triangulaire.
En outre, les notables ont le plus souvent aux pieds des sandales,
simples semelles plates, et autour du cou un large collier descendant
sur la poitrine et composé généralement de perles en verroterie, parfois
aussi de perles d'or. La tête est entièrement rasée, cheveux, barbe et
moustaches, et, pour sortir, les grands personnages se coiffent d'une
perruque plus ou moins volumineuse suivant la mode du jour, tandis que
chez les gens du peuple cette perruque paraît n'être plus qu'une simple
calotte feutrée, épousant les formes du crâne. Souvent une petite barbe
postiche se fixe sous le menton des notables. Jamais on ne voit de
manteau sur les épaules des particuliers; seul le roi, dans certaines
cérémonies, porte un vêtement de forme particulière, très ample, sans
manches, descendant du cou jusqu'aux genoux.
[Illustration: _Fig. 131._ Costumes de l'Ancien Empire (d'apr. LEPSIUS.
_Denkmäler_, II, pl. LXXIII).]
Les femmes sont vêtues d'une robe absolument collante descendant de la
naissance des seins jusqu'au bas des mollets; des bretelles la
retiennent aux épaules. La gorge est couverte d'un large collier, et des
anneaux de différentes formes ornent les bras et les chevilles. La
chevelure, très abondante, retombe sur les épaules en une multitude de
petites tresses; parfois un riche bandeau enserre cette coiffure
au-dessus du front.
[Illustration: _Fig. 132._ Ptahhetep à sa toilette (d'apr. PAGET-PIRIE.
_Ptahhetep_, pl. XXII).]
La toilette était chose importante pour les Egyptiens; ils se lavaient
soigneusement, se faisaient oindre le corps d'huiles et de parfums. Les
gens riches avaient des serviteurs qui les massaient et leur servaient
de manicures, de pédicures, et sans doute aussi de coiffeurs. Avant et
après le repas, on se lavait les mains et la bouche, comme cela se fait
encore aujourd'hui en Orient.
_Mobilier et Habitation_
Les Egyptiens avaient l'habitude de s'accroupir à terre, sur des nattes,
pour toutes les occupations sédentaires; c'était la position ordinaire
des artisans à leur travail et des scribes en train d'écrire. Par
contre, pour manger, ils s'asseyaient sur des chaises, des fauteuils ou
même des divans à deux places, devant de petits guéridons ronds, hauts
sur pied, où s'empilaient les victuailles. Ils couchaient dans des lits
garnis de plusieurs matelas, de couvertures et de chevets en guise
d'oreiller, lits à quatre pieds, assez élevés pour qu'on dût y monter à
l'aide d'un petit escabeau. Le mobilier comportait encore un certain
nombre de coffres de diverses dimensions, où l'on serrait le linge et
les ustensiles de toute sorte. En ce qui concerne les habitations, nous
n'avons guère de renseignements pour l'Ancien Empire; ce devaient être
des constructions légères, en partie en briques crues ou en terre pilée,
en partie en bois, avec des jours qu'on pouvait fermer, au moyen de
tentures multicolores ou de nattes; comme plafond, des solives de bois
de palmier, se touchant, supportaient une terrasse en terre battue.
_Chasse et Pêche_
Les grands marais remplis de poissons et d'oiseaux de toute sorte qui
bordaient la vallée du Nil, fournissaient aux seigneurs égyptiens,
grands amateurs de chasse et de pêche, un terrain incomparable. Ils s'y
rendaient avec leurs gens qui sur place préparaient des nacelles légères
en faisceaux de tiges de papyrus, dans lesquelles tout ce monde
s'embarquait, pénétrant dans les fourrés marécageux. Le maître tenait
d'une main des oiseaux captifs dont les cris servaient d'appeaux, tandis
que de l'autre il brandissait son boumerang et le lançait adroitement
sur le gibier, abattant l'un après l'autre le héron, l'oie, le canard,
la grue, que ses gens allaient chercher dans les roseaux; puis il
saisissait un harpon à double lame barbelée avec lequel il transperçait
d'une main sûre les gros poissons passant à sa portée, qu'il relevait
tout ruisselants d'eau. Cette arme puissante lui servait aussi à se
défendre contre l'hippopotame qui aurait pu venir troubler sa promenade.
[Illustration: _Fig. 133._ Chasse et pêche au marais (d'après DE MORGAN.
_Catal. des Monum._, I, Assouan, p. _146_).]
[Illustration: _Fig. 134._ Chasse au lasso (d'ap. DAVIES. _Ptahhetep_,
I, pl. XXII).]
Aux confins du désert, la chasse était plus fructueuse, mais plus
difficile et plus dangereuse aussi; on y rencontrait la gazelle,
l'antilope, le boeuf sauvage ainsi que le lion et la panthère. Le
seigneur égyptien s'y aventurait rarement, mais il y envoyait certains
de ses hommes, chasseurs de profession qui, accompagnés de leurs grands
chiens, poursuivaient le gibier et l'attaquaient avec leurs flèches ou
au lasso.
[Illustration: _Fig. 135._ Chasse au filet (d'après CAPAET. _Une rue de
tombeaux_, pl. XXXVI-XXXIX).]
Il ne suffisait pas d'approvisionner le garde-manger, il fallait se
constituer une réserve vivante d'aliments et remplir la basse-cour. A
cette fin, au moment du passage des oiseaux migrateurs, on disposait sur
des étangs de grands filets tendus sur des cadres en bois et on attirait
le gibier au moyen d'appâts ou d'appeaux; une fois que le vol s'était
posé sur l'étang, un surveillant caché tout près de là donnait un
signal, d'autres hommes tiraient vivement sur une corde, le filet se
refermait sur les volatiles qu'on sortait avec précaution et qu'on
enfermait dans des cages pour les porter dans de grandes volières
grillées et munies de bassins d'eau, où on pouvait les conserver et les
engraisser.
[Illustration: _Fig. 136._ Scènes de pêche (d'après DE MORGAN.
_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _518_).]
Le Nil et ses dérivés fourmillent de poissons, dont la chair a été de
tous temps une grande ressource pour les habitants du pays; ceux-ci
employaient pour les prendre des moyens qui sont de tous les temps et de
tous les pays, des engins qu'ils avaient perfectionnés et dont ils
savaient tirer parti: d'abord la ligne, une ligne à main hérissée
d'hameçons à son extrémité, mais sans canne ni flotteur, puis le petit
filet à manche, le troubleau, puis les nasses, les grandes bouteilles en
osier qu'on déposait au fond de l'eau et qu'on relevait de temps en
temps. La pêche la plus productive était fournie par la seine, le grand
filet droit muni de plombs et de flotteurs, qu'on traînait à grand
renfort de bras dans des cours d'eau ou des étangs, de manière à
ramasser tout le poisson. Sitôt sortis de l'eau, les poissons étaient
ouverts, vidés, salés et étendus ou suspendus au soleil pour être
séchés.
[Illustration: _Fig. 137._ Basse-cour (d'ap. VON BISSING. _Mast. des
Gem-ni-kai_, I, pl. IX).]
Le nombre des animaux ainsi domestiqués s'accroissait sans cesse tant
par la reproduction naturelle que par l'apport de nouveaux individus
pris à la chasse. Nous venons de voir les oiseaux élevés en basse-cour,
nourris de grains ou engraissés au moyen de boulettes qu'on leur
introduisait de force dans le bec. On employait le même procédé pour
certains bestiaux de choix élevés à part des autres dans des fermes,
boeufs ou antilopes qu'on empâtait ainsi avec des aliments fabriqués au
fur et à mesure, parfois même des hyènes qu'on était obligé d'attacher
par les pattes et de renverser sur le dos pour leur faire avaler des
oies rôties; il semble en effet, quelque bizarre que cela puisse nous
paraître, que sous l'Ancien Empire les Egyptiens, pour varier leurs
menus, mangeaient parfois de la chair d'hyène.
_Elevage_
La grande masse du bétail vivait presque en liberté sous la garde de
bergers dans les terrains situés au delà des cultures, qui n'avaient
pas encore, comme aujourd'hui, absorbé tout le sol de la vallée; ces
animaux étaient presque sauvages, il fallait lier les jambes des vaches
pour les traire, et quant aux boeufs et taureaux, lorsqu'il s'agissait
de les capturer, on devait employer le lasso. De temps à autres, les
propriétaires allaient sur place inspecter leurs bestiaux ou se les
faisaient amener par troupes, pour en faire le compte. Le gouvernement
faisait de son côté procéder tous les deux ans au dénombrement général
des bestiaux, sur lesquels le roi prélevait sans doute une forte dîme;
cette opération était même considérée comme des plus importantes, car
elle servait de base aux calculs chronologiques: on ne disait pas, à
cette époque, «l'an 6 de tel roi», mais «l'année qui suit le 3e compte
de bestiaux de tel règne». A côté des boeufs et des vaches, il y avait
encore dans ces domaines ruraux du petit bétail, des chèvres et des
moutons; quant aux ânes, qu'on réunissait aussi en troupeaux, comme on
les employait fréquemment à toutes sortes de travaux, il est probable
qu'on les gardait à proximité des habitations plutôt que dans les
pâturages.
[Illustration: _Fig. 138._ Engraissage des boeufs (d'après DE MORGAN.
_Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _521_).]
[Illustration: _Fig. 139._ Antilopes. Engraissage des hyènes (d'après DE
MORGAN. _Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _513_).]
A côté de l'élevage, l'agriculture était en plein développement, et les
tableaux qui représentent des scènes de la vie des champs sont nombreux
dans les bas-reliefs des mastabas. La crue du Nil était soigneusement
observée et enregistrée dans les documents officiels; c'est donc qu'on
avait reconnu l'importance des irrigations, desquelles dépend la
fertilité du pays. Il est très probable que c'est de cette période que
datent les premiers de ces canaux qui apportent l'eau sur tous les
points de la vallée, et les digues qui la retiennent pour laisser
déposer le limon.
[Illustration: _Fig. 140._ Labourage et semailles (d'après DAVIES.
_Sheikh Saïd_, pl. XVI).]
[Illustration: _Fig. 141._ Scène de moisson (d'ap. LEPSIUS. _Denkmäler_,
II, pl. CVI).]
[Illustration: _Fig. 142._ Dépiquage du grain (d'après MURRAY. _Saqqara
Mastabas_, I, pl. XI).]
La principale culture est celle des céréales. Nous voyons les laboureurs
retourner le sol à l'aide de charrues très simples, à soc de bois,
attelées de deux boeufs, car il n'est pas nécessaire de travailler très
profondément cette terre meuble et grasse. Derrière eux viennent les
semeurs, jetant le grain à la volée, et immédiatement après, on amène
des troupeaux de chèvres et de moutons qui, pressés par des ouvriers
munis de courbaches, piétinent le champ ensemencé pour faire pénétrer le
grain. La moisson se fait au moyen de faucilles de bronze ou de bois
armées de lames de silex, avec lesquelles on scie la tige à mi-hauteur;
on lie les javelles en gerbe pour les charger sur des ânes qui bon gré
mal gré les transportent près de l'aire où on les empile en hautes
meules. Plus tard, quand la récolte est sèche, vient le dépiquage: les
gerbes sont déliées, étendues sur l'aire et foulées aux pieds par des
boeufs ou des ânes, et ce procédé a le double avantage de faire sortir
le grain et de hacher la paille qui, comme partout en Orient, sert de
fourrage. Les vanneuses ensuite jettent en l'air le grain et le passent
au crible, et enfin on mesure la récolte au boisseau et on l'enferme
dans les greniers.
[Illustration: _Fig. 143._ Foulage et pressurage du raisin (d'après
PAGET-PIRIE. _Tomb of Ptahhetep_, pl. XXXIII).]
La vigne se cultive en berceaux, dans des jardins; au moment de la
vendange, des hommes cueillent le raisin mûr, le mettent dans de grands
paniers et le portent tout à côté, sur le pressoir, sorte de grande auge
surélevée où la récolte est foulée aux pieds par d'autres ouvriers. Le
résidu est ensuite mis dans de grands sacs de forte toile, à chaque
extrémité desquels est passé un bâton, et on arrive encore à extraire
une bonne quantité de jus en tordant énergiquement ce pressoir
rudimentaire, opération qui nécessite une pittoresque gymnastique de la
part des cinq pressureurs. Enfin le moût est porté au cellier, dans de
grandes jarres qu'on ferme et qu'on scelle soigneusement.
[Illustration: _Fig. 144._ Récolte du lin (d'après LEPSIUS. _Denkmäler_,
II, pl. CVII).]
Les autres genres de culture, comme la récolte des figues que des hommes
ou parfois des singes vont cueillir dans les arbres, ou celle du lin,
qui se pratique par arrachage de la tige et non plus à la faucille, sont
plus rarement représentées. Enfin quelques scènes de jardinage montrent
des ouvriers arrosant soigneusement des carrés de légumes.
[Illustration: _Fig. 145._ Tressage des nattes (d'après PERROT et
CHIPIEZ. _Histoire de l'Art_, I, p. _36_).]
Les Egyptiens n'employaient pour leurs vêtements que de la toile de lin,
et déjà au début de la IVme dynastie ils étaient passés maîtres dans
l'art de filer et de tisser. Parmi les rares échantillons d'étoffes de
l'Ancien Empire qui nous sont parvenus, il y a surtout des toiles fines,
très fines même; certaines bandelettes de momies royales sont faites au
moyen de fil incomparablement plus fin que celui de n'importe quel tissu
moderne (un kilo de ce fil représenterait 12 à 18.000 mètres de
longueur, selon les calculs des spécialistes). Pour d'autres usages, en
particulier pour la fabrication de portières et tentures, on employait
des étoffes multicolores plus épaisses, où le tisserand, précurseur des
fabricants de tapis orientaux, obtenait par la disposition de ses fils
de couleur des compositions ornementales simples, mais du meilleur goût.
Les vanniers faisaient déjà de ces paniers de toute forme qui sont
aujourd'hui une spécialité du Soudan égyptien, ouvrages de sparterie
très soignés et très fins, aux brins de couleurs heureusement alternés
et qui sont en même temps d'une solidité à toute épreuve. Les gens du
peuple étaient très habiles à ces sortes de travaux, ainsi les pâtres,
tout en surveillant leurs troupeaux, tressaient avec des joncs et
d'autres herbes les nattes dont ils faisaient usage, nattes si souples
qu'elles se roulaient comme des couvertures et se portaient aisément en
bandoulière.
[Illustration: _Fig. 146._ Menuisiers. Tombeau de Mera (d'ap. un dessin
de l'auteur).]
Dans d'autres tableaux nous voyons des cordiers tordant ou tournant
leurs cordes, des cordonniers assouplissant le cuir, le taillant et le
cousant, des menuisiers travaillant à des meubles de toute sorte avec la
scie, le maillet, le ciseau, l'herminette et le perçoir à archet. Plus
loin ce sont des sculpteurs et des peintres, des fabricants de vases de
pierre et des chaudronniers dont nous avons déjà passé en revue les
oeuvres, et enfin des bijoutiers pesant, fondant et coulant l'or,
calibrant et assemblant les pierres fines.
[Illustration: _Fig. 147._ Orfèvres et joailliers (d'ap. DE MORGAN.
_Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _527_).]
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