Les successeurs de Snefrou reprirent ce modèle de monument funéraire et

l'adoptèrent pour eux-mêmes sans en modifier les grandes lignes, mais

en y apportant des perfectionnements notables; les problèmes techniques

les plus difficiles furent résolus avec une précision merveilleuse dans

les pyramides de Khéops, Khefren et Mycerinus, qui constituent chacune

un chef-d'oeuvre de construction, dont les dimensions colossales--la

plus grande mesurait plus de 146 m. de hauteur sur 227 m. de côté--ne

nuisent pas à la perfection des détails. Un revêtement de calcaire fin

et de granit bien poli recouvre la maçonnerie disposée en assises

régulières de blocs énormes; au-dessus des chambres, des chambrettes de

décharge sont destinées à soulager leur toiture du poids considérable

qui aurait pu les écraser; des conduits d'aération traversent le massif

tout entier. Chambres et couloirs sont tapissés de blocs gigantesques,

soigneusement polis et si admirablement appareillés qu'on ne peut encore

maintenant introduire une pointe de couteau dans les joints; en

plusieurs points, des herses de granit, placées dans un logement

spécial, retombaient après l'inhumation pour obstruer définitivement le

couloir dont l'issue à l'extérieur était fermée par un bloc de

revêtement semblable aux autres. Au milieu de la face est s'élevait la

chapelle, centre du culte funéraire, avec son sanctuaire, sa

cour-péristyle, ses vestibules, ses magasins, et au delà, de petites

pyramides recouvraient la dépouille mortelle des membres de la famille

royale. Un grand mur de pierre, formant une vaste enceinte carrée,

entourait cet ensemble et l'isolait du terrain environnant; une allée

couverte descendait de la porte de la chambre funéraire vers la vallée,

jusqu'à un monument qui servait de portique d'entrée et qui atteignait

parfois des dimensions imposantes, comme celui de la pyramide de

Khefren, mieux connu sous le nom de temple du Sphinx, avec ses énormes

piliers de granit rose et ses murailles d'albâtre.

[Illustration: _Fig. 121._ Chapelle funéraire de Sahoura (d'après

BORCHARDT. _Grabdenkmal des Königs Sa-hu-re_).]

Les pyramides de la Vme dynastie deviennent progressivement plus

petites, et la partie de la construction qui devait rester invisible,

l'appareillage de la masse même du monument, est moins soignée, aussi

s'est-il produit des tassements qui ont le plus souvent écrasé les

appartements funéraires. Par contre la chapelle funéraire, toujours

située sur la face est, prend plus d'importance, et son ornementation

est l'objet de soins tout particuliers: les lourds piliers carrés sont

remplacés par d'élégantes colonnes à chapiteaux palmiformes ou

papyriformes; dans les principales pièces, le sol et les soubassements

sont faits de grandes dalles de basalte, et, au-dessus, les murailles en

beau calcaire fin sont couvertes de bas-reliefs d'une facture très

délicate. Ces tableaux représentent les hauts faits du souverain, ses

expéditions, l'hommage que lui rendent ses ennemis; on y voit aussi le

roi à la pêche ou à la chasse, et l'image des dieux sous la protection

spéciale desquels il se place. Quant à la disposition générale, elle

est toujours la même; le portique situé au bord de la vallée donne accès

à l'allée couverte qui monte directement à la grande cour entourée d'une

colonnade, la partie publique du temple funéraire; plus loin les salles

des statues, les magasins, et une série de petites chambres conduisent,

après plusieurs détours, au sanctuaire où se dresse, contre la pyramide

elle-même, la grande stèle fausse-porte par laquelle le double du roi

était censé pouvoir sortir de son tombeau et venir bénéficier des

offrandes qu'on lui apportait.

Une innovation très importante date du règne d'Ounas, le dernier roi de

la Vme dynastie; sans rien modifier à la disposition et à la

construction de la pyramide ou de la chapelle funéraire, Ounas, le

premier, songea à faire graver sur les parois absolument nues des

caveaux souterrains où devait être enfermée sa momie les textes

religieux qui pouvaient lui être utiles dans l'autre monde. Ce qui

devait survivre à un homme après sa mort, ce n'était guère, croyait-on à

cette époque, que son double, son corps spirituel, mais le roi, étant

d'une essence supérieure, a en lui quelque chose des dieux dont il

descend et qu'il doit aller retrouver quand il quittera la terre; il

possède donc une âme divine, mais pour que cette âme puisse s'identifier

aux dieux et devenir dieu à son tour, il faut qu'elle soit instruite de

sa nature divine et qu'elle soit à même d'en profiter et de se présenter

dignement devant ses pairs. Certains textes sacrés peuvent lui rendre ce

service: ces textes se trouvent dans les recueils où les prêtres

héliopolitains ont rassemblé toutes les vieilles formules magiques ou

religieuses du pays, recueil précieux qui nous laisse entrevoir le fond

de la pensée égyptienne sur la nature des dieux et sur le monde dans

lequel ils vivent, en même temps qu'ils nous renseignent sur les

origines de la langue. Ounas puisa donc largement dans ces textes dont

il couvrit les parois de la salle qui contenait son sarcophage, et les

chambres attenantes; ses successeurs, les rois de la VIme dynastie, y

firent des emprunts plus abondants encore et les gravèrent jusque dans

les couloirs d'accès. C'est à peu près tout ce qui reste de leurs

pyramides qui ne forment plus que d'immenses tas de décombres; les

chapelles funéraires ont disparu. Quant aux tombeaux des rois qui les

suivirent, ceux de l'époque féodale, ils ne sont pas parvenus jusqu'à

nous.

_Sculpture_

L'idée de la mort, vraie obsession pour les Egyptiens, les avait portés

de très bonne heure à rechercher tous les moyens d'éviter un

anéantissement complet de leurs personnes; de là le développement

incroyable de l'architecture funéraire qui prend dès ses débuts une

importance beaucoup plus considérable que l'architecture civile ou même

religieuse. De là aussi la naissance de la statuaire qui, à son origine,

est absolument indépendante de l'architecture et se développe

parallèlement à ce dernier art et avec non moins de succès.

[Illustration: _Fig. 122._ Statue de Ra-Nofer (Le Caire--photographie de

M. Pieron).]

Le Ka ou double, comme il a été dit plus haut, était une sorte de corps

spirituel, exactement semblable comme forme au corps matériel de l'homme

et capable de survivre à celui-ci pendant un temps illimité, à condition

toutefois d'avoir un support qui pût fixer son essence impondérable et

lui conserver une certaine consistance. Le support naturel du double

était le corps embaumé avec plus ou moins de soin et préservé ainsi de

la pourriture; mais cette momie restait néanmoins bien fragile, aussi

imagina-t-on de bonne heure de lui donner un remplaçant plus solide pour

le cas où elle viendrait à être détruite. On prit donc l'habitude de

déposer dans le tombeau, que ce fût celui d'un roi ou celui d'un simple

particulier, une image du mort, en bois ou en pierre, faite autant que

possible à sa ressemblance, parfois de grandeur naturelle, mais souvent

de dimensions plus modestes. Le personnage qu'elle représente est

debout, une jambe en avant, agenouillé ou accroupi à la manière des

scribes, ou encore assis sur une chaise massive, les pieds joints, les

mains sur les genoux. Souvent il est accompagné de sa femme, assise ou

debout à côté de lui et même parfois d'un ou deux de ses enfants; ces

groupes sont de vraies scènes de famille, d'une intimité charmante.

[Illustration: _Fig. 123._ Scribe agenouillé (Le Caire. Photo de E.

Brugsch-Pacha).]

Les statues memphites, à part les plus anciennes qui sont d'une facture

encore un peu malhabile, sont l'oeuvre de praticiens parfaitement sûrs

de leur métier et capables de donner l'expression voulue à leurs

figures, quelle que soit la matière qu'ils ont à travailler, bois,

albâtre, calcaire, granit ou diorite. Ce qu'ils cherchent, c'est à

rendre fidèlement la nature et à donner en même temps l'impression de

vie, de calme et de sérénité; ils ne fixent pas un aspect passager de

leur modèle, ils en font en quelque sorte une synthèse; ils ne

l'idéalisent pas, ils l'éternisent pour ainsi dire, et avec raison, car

leur oeuvre ne doit pas être un objet d'admiration pour le monde, mais

le support même d'un être vivant enseveli à jamais dans le tombeau, loin

des regards des hommes.

[Illustration: _Fig. 124._ Groupe de l'Ancien Empire (Musée du Caire, No

_128_; photographie de l'auteur).]

Pour donner plus de naturel à ces statues, on les peignait, celles du

moins qui ne sont pas taillées dans des matières de grand luxe. Parfois

le travail est également soigné de la tête aux pieds, mais il arrive

souvent que les membres inférieurs sont un peu négligés au profit du

haut du corps sur lequel se reporte toute l'attention du spectateur. La

tête est toujours plus poussée que le reste et acquiert une importance

toute particulière; les deux yeux, le plus souvent rapportés et formés

d'une pierre blanche avec pupille en métal sous une cornée de quartz,

dans un sertissage de bronze, donnent à la figure une vie, une

expression, un éclat inimitables; ainsi, pour ne citer que les plus

remarquables de ces statues, le Sheikh-el-Beled, le groupe de Rahotep et

de Nofrit, le scribe du Musée du Caire, celui du Louvre, sont des

chefs-d'oeuvre qui peuvent rivaliser avec les plus belles productions de

l'art de tous les temps et de tous les pays.

[Illustration: _Fig. 125._ Tête du «Sheikh-el-Beled» (Musée du

Caire--photo. de E. Brugsch-Pacha).]

[Illustration: _Fig. 126._ Tête du scribe accroupi du Musée du Caire

(photo. de E. Brugsch-Pacha).]

C'est l'expression même de la vie qui se dégage des statues des simples

particuliers; quant à celles des rois il n'en est pas tout à fait de

même. Ici les sculpteurs devaient donner l'impression d'un être

supra-terrestre; dans ce but ils suppriment tout mouvement et placent le

pharaon sur un trône, assis dans une pose immobile qui a quelque chose

d'hiératique, tout en restant parfaitement naturelle. Ils n'ont plus

recours aux yeux artificiels et impriment sur les lèvres de leurs

modèles ce sourire énigmatique qui les auréole de mystère. Leurs rois,

les Khefren et les Mycérinus du Caire, le Dadefra du Louvre, sont

empreints de la majesté calme et sereine qui convient à un monarque fils

des dieux presque dieu lui-même. En ce qui concerne ces statues et

celles des particuliers, la IVme dynastie marque un effort et un progrès

incomparables. C'est une des plus belles époques de la statuaire

égyptienne, au point de vue de l'art aussi bien que du métier; des

statues comme le grand Khefren de diorite au Musée du Caire, montrent

qu'on savait triompher des matières les plus dures et les modeler dans

les moindres détails avec une délicatesse inouïe, sans jamais nuire à la

beauté et à la grandeur de l'ensemble, qui reste une pure merveille, à

tous les points de vue.

[Illustration: _Fig. 127._ Statue de Khefren (d'après MASPERO. _Musée

Egyptien_, I, pl. VIII).]

Un peu plus tard, sous la VIme dynastie sans doute, on commença à

employer pour les statues royales le type de l'homme debout. Le premier

et le plus bel exemple en est la statue de Pepi Ier accompagné de son

fils Merenra, qui est aussi la plus ancienne statue de bronze, où tout

au moins à revêtement de bronze que l'on possède (fig. 105 et 106); au

lieu d'une fonte pleine ou creuse, procédé employé à des époques moins

anciennes pour des monuments de plus petites dimensions, nous avons ici

d'épaisses feuilles de métal ajustées et martelées sur une âme de bois;

cette statue, actuellement au musée du Caire, est sensiblement plus

grande que nature.

Si la sculpture en ronde-bosse est toujours, sous l'Ancien Empire,

absolument indépendante de l'architecture, il n'en est pas de même du

bas-relief, intimement lié à la construction, et dont le rôle primitif

est de constituer la partie décorative d'un monument. L'usage qu'on en

faisait, très modéré au début, ne tarda pas à se développer au fur et à

mesure que les tombeaux devenaient plus grands; c'est sous la Vme

dynastie, époque où non seulement on couvre de bas-reliefs des centaines

de mètres carrés de parois dans des tombeaux de dimensions moyennes,

mais où on commence aussi à en revêtir les murs intérieurs des temples,

que ce mode de sculpture arrive à son apogée, tant au point de vue

technique qu'au point de vue artistique.

Pour les Egyptiens, le but du bas-relief est de reproduire avec autant

de clarté que d'exactitude, non seulement des figures d'individus

isolés, mais des scènes complètes avec de nombreux personnages en pleine

action, des animaux et des objets; il s'agit de ne pas sacrifier

l'ensemble au détail ni le détail à l'ensemble, et pour cela il faut

étudier séparément chacune des figures, les grouper et les équilibrer de

façon régulière afin d'obtenir une composition homogène et décorative.

[Illustration: _Fig. 128._ Bas-relief du mastaba de Ptahhotep à Saqqarah

(photographie de M. Pieron).]

Pour arriver à comprendre le bas-relief égyptien et l'apprécier comme il

le mérite, il faut en pénétrer les procédés de composition et faire

abstraction de certaines choses qui nous choquent ou tout au moins nous

gênent au premier abord parce qu'elles sont contraires à notre

conception moderne de l'art. Dans l'art égyptien, il n'y a pour ainsi

dire pas trace de perspective, et ce défaut se fait sentir de plusieurs

manières: tous les personnages d'une scène sont sur le même plan et ont

exactement la même grandeur; les tableaux se développent uniquement en

longueur, jamais en profondeur, formant ainsi de longues bandes qui se

superposent sans être nécessairement en rapport direct les unes avec les

autres. Ce manque de perspective se fait encore mieux sentir dans le

dessin même du corps humain: vus toujours de profil, les personnages ont

l'oeil et la poitrine qui se présentent de face, le ventre de trois

quarts, dans une stylisation un peu outrancière mais à laquelle on

s'habitue rapidement et qui pour les Egyptiens eux-mêmes avait

l'avantage de présenter chaque partie du corps sous son aspect le plus

caractéristique. Si ce défaut apparent est dû, à l'origine tout au

moins, à une certaine maladresse, il n'en est pas de même du manque

d'unité dans les proportions, qui est voulu. Pour indiquer la

supériorité du roi sur ses sujets, on le représente d'une taille très

supérieure à la leur, et de même, dans les tombes, la figure du mort est

toujours trois ou quatre fois plus grande que celles des hommes qui

vaquent sous ses yeux à leur office habituel.

Au point de vue technique, les sculpteurs de bas-reliefs sont pour le

moins aussi habiles que ceux qui taillent les statues; leur dessin est

ferme et net, donnant des contours d'une précision remarquable, quelle

que soit la position du sujet. Les animaux qu'ils représentent ont des

silhouettes exquises de pureté et de ressemblance. Leur coup de ciseau

est parfaitement franc, sans repentirs, sans retouches, et ils modèlent

les corps en un relief imperceptible qui leur donne une très grande

distinction et beaucoup de délicatesse.

La composition est toujours claire et bien ordonnée, équilibrée de

manière à donner à l'ensemble un caractère décoratif; les vides qui se

présentent naturellement entre les figures et au-dessus d'elles sont

remplis au moyen de courtes inscriptions hiéroglyphiques qui expliquent

la scène, en même temps qu'elles ajoutent à l'homogénéité du monument.

Les sculpteurs de bas-reliefs n'étaient pas des artistes créateurs, mais

de simples artisans bien au courant de leur métier et doués souvent

d'une réelle originalité. Ils avaient à leur disposition un certain

nombre de modèles pour toutes les scènes qu'ils pouvaient avoir à

représenter et n'avaient plus qu'à les adapter à la place dont ils

disposaient, à les augmenter ou à les diminuer en supprimant ou en

ajoutant des personnages; ils pouvaient ainsi, sans sortir du cadre

traditionnel, donner libre cours à leur imagination et enrichir leurs

tableaux de figures originales et nouvelles. Pour une scène donnée, le

motif est toujours le même, l'interprétation toujours différente, et

c'est ce qui donne un charme tout particulier à ces successions de

tableaux qui couvrent les parois des tombeaux comme une gigantesque

tapisserie, harmonieuse dans l'ensemble et dans le détail.

_Peinture_

La polychromie était de règle pour la statuaire; il en était de même

pour les bas-reliefs qui devaient tous être peints de couleurs vives.

Dans les tombeaux très anciens, comme ceux de l'époque de Snefrou, qui

sont encore construits en briques, des peintures sur enduit remplacent

les bas-reliefs, reproduisant en teintes plates les mêmes scènes que

nous avons l'habitude de voir sculptées et enluminées dans les autres

tombes de l'Ancien Empire. La manière primitive de décorer ces monuments

était donc, à n'en pas douter, la peinture, et le bas-relief coloré

n'est que le développement normal de celle-ci, résultant du besoin de la

rendre plus durable en la reportant sur pierre et en dégageant du fond

chaque figure, chaque objet représenté; le bas-relief, avant de devenir

un art en soi, n'était que le support de la peinture. Rien de plus

naturel dès lors que de retrouver dans les scènes peintes les mêmes

compositions que dans les reliefs, avec les mêmes variantes

d'interprétation. Les procédés sont très simples: les couleurs minérales

délayées dans de l'eau, additionnée d'une sorte de gomme, sont étendues

en teintes plates sur un enduit sec, au moyen d'un pinceau; un trait

plus foncé sertit les figures; les détails étaient ajoutés après coup

quand ils étaient plus foncés, réservés quand ils étaient blancs. Les

peintures de Dahchour et de Meïdoum, qui datent du commencement de la

IVme dynastie, nous montrent les artistes égyptiens déjà en pleine

possession de leur métier, et il est certains de leurs panneaux qui sont

pleins de vie, de mouvement et de délicatesse. Pendant un certain temps

on négligea complètement la peinture pour la sculpture, et nous ne

trouvons des tombeaux peints sur enduit qu'en province, presque jamais

dans la capitale; ce n'est que plus tard, sous le Moyen et le Nouvel

Empire, que cet art reprendra un nouvel essor et accaparera de nouveau

la décoration intérieure des sépultures.

[Illustration: _Fig. 129._ Peinture d'un tombeau de Meïdoum (d'après une

photographie de E. Brugsch-Pacha).]

_Objets usuels_

Depuis quatre ou cinq mille ans, les tombeaux de l'Ancien Empire

résistent victorieusement aux atteintes du temps et ils sont arrivés

jusqu'à nous avec leur décoration peinte ou sculptée, dans un état de

conservation très satisfaisant. Les violateurs de sépultures ne les ont

cependant point épargnés; dans l'antiquité déjà ils les ont visités,

ils sont descendus dans tous les caveaux funéraires, dans ceux des rois

comme dans ceux des simples particuliers, franchissant les obstacles les

plus sérieux, et ont pillé consciencieusement tout le mobilier

funéraire. Seules les statues de serdab qui ne pouvaient avoir aucune

valeur pour eux furent laissées dans leur cachette, ainsi que les tables

d'offrandes, grandes dalles sculptées devant la stèle fausse-porte. Les

meubles, les armes, les outils, les vêtements, les bijoux, tous les

objets usuels, en un mot, ont disparu et nous ne les connaissons que par

les représentations des reliefs et des peintures, représentations qui du

reste sont souvent très suffisantes. Les seuls objets qui nous soient

parvenus sont des vases en pierre ou en terre qui ne présentent pas avec

ceux de la période précédente des divergences très marquées.

_Inscriptions_

Depuis les dynasties thinites, époque où on ne l'employait qu'avec

parcimonie, l'écriture a fait d'immenses progrès; elle est

définitivement constituée, régularisée et ordonnée. C'est un instrument

parfait en son genre, bien qu'un peu compliqué, capable d'exprimer

toutes les nuances de la pensée, dans tous les domaines, et qui a en

même temps un caractère décoratif très marqué permettant de l'employer à

l'ornementation des monuments, soit isolément, soit à côté des

représentations figurées, pour les compléter, les équilibrer et les

expliquer. Quelques lignes d'hiéroglyphes, sur un objet quelconque,

suffisent à faire de lui un objet d'art, tant cette écriture est belle

par elle-même.

[Illustration: _Fig. 130._ Panneau de Hosi (d'ap. MARIETTE. _Album du

Musée de Boulaq_, pl. XII).]

L'écriture hiéroglyphique, en même temps utilitaire et ornementale, avec

ses combinaisons de caractères alphabétiques, syllabiques et

idéographiques, paraît à peu près sur tous les monuments de l'Ancien

Empire, dans les tombeaux en particulier où nous l'avons vue se mêler

aux bas-reliefs, s'incorporer à eux. Ce sont en général de courtes

phrases, mises dans la bouche des personnages représentés dans la scène;

ainsi il n'est pas rare de voir un ouvrier dire à son voisin: «tâche de

te dépêcher» ou: «fais attention à ce que tu fais»; un moissonneur boit

à même une cruche de bière en s'écriant: «ah! que c'est bon!» ailleurs

c'est la chanson des laboureurs qui travaillent dans le terrain encore

inondé: «Le piocheur est dans l'eau, parmi les poissons; il cause avec

le silure, il échange des saluts avec l'oxyrhinque.» En d'autres parties

de la tombe, à l'entrée, et surtout sur la stèle fausse-porte, on trouve

le nom du mort, avec ses titres et de courtes formules adressées à

divers dieux comme Osiris et Anubis, et plus loin la grande liste

d'offrandes disposée en tableau. Dans les souterrains des tombes royales

on voit, à partir d'un certain moment, les longs textes religieux se

dérouler en colonnes serrées, et couvrir d'immenses surfaces de parois.

J'ai déjà parlé des inscriptions historiques ou plutôt biographiques où

un haut fonctionnaire raconte les péripéties de sa carrière et qui sont

si précieuses pour nous; il faut encore signaler certains textes

officiels, gravés sur pierre, des décrets du roi en faveur de certains

temples, instituant des privilèges spéciaux, et nous aurons une idée

générale de ce qu'il y avait sous l'Ancien Empire en fait d'inscriptions

monumentales.

Pour des compositions de longue haleine, des ouvrages scientifiques,

médicaux, théologiques ou littéraires et sans doute aussi déjà pour la

correspondance, on employait une autre matière que la pierre et une

autre écriture que les hiéroglyphes. Les tiges de papyrus décortiquées,

développées et écrasées, fournissaient des feuilles qui étaient pour les

Egyptiens ce qu'est pour nous le papier, feuilles qu'on réunissait bout

à bout pour en faire de longs rouleaux; au moyen d'un roseau taillé en

pointe ou en pinceau, on y écrivait à l'encre en caractères cursifs qui

sont une abréviation des hiéroglyphes et auxquels nous donnons le nom

d'écriture hiératique. Cette écriture est disposée soit en colonnes

verticales, soit en lignes horizontales écrites de droite à gauche. Vu

la fragilité de la matière employée, il ne nous est parvenu que bien peu

de manuscrits de l'Ancien Empire, assez toutefois pour que nous

puissions juger que la méthode employée ne différait en rien de celle

des époques postérieures.

C. CIVILISATION

_Royauté et Gouvernement_

Bien que fils des dieux et dieu lui-même, le roi d'Egypte n'est pas,

comme dans beaucoup de monarchies orientales, un despote paresseux et

cruel, invisible au fond de son palais; il ne se borne pas non plus à

donner tous ses soins à ce qui doit être la grande oeuvre monumentale de

son règne, la construction de son tombeau. Il s'occupe activement et

personnellement de son pays et de son peuple, il dirige lui-même toute

l'administration, choisit les fonctionnaires, récompense les plus

méritants, rend la justice. Il exerce sur ses sujets une activité

bienveillante et semble être vraiment, pour l'Ancien Empire tout au

moins, le «dieu bon», selon une des épithètes qu'on lui décerne le plus

fréquemment. A côté de cela il trouve encore le temps de s'occuper de

science et de composer lui-même des ouvrages de médecine ou de

théologie. A l'exemple de leur père, les princes ne restent pas

inactifs, ils font l'apprentissage du pouvoir en occupant dès leur jeune

âge des postes importants dans l'administration.

La maison du roi se compose d'une foule d'officiers de toute sorte,

préposés les uns à la toilette, aux vêtements, aux parfums, les autres à

la nourriture ou à la boisson, et de prêtres spéciaux attachés à la

personne royale, ainsi que d'une garde du corps.

Histoire de la civilisation égyptienne des origines à la conquête d'Alexandre · 第 9 / 19 段