l'ensemble est celle du premier d'entre eux, Ménès, en égyptien Mena ou
Mini, le véritable fondateur de la royauté égyptienne. Nous ignorons
comment il s'y prit pour réunir sous son sceptre les deux parties du
pays, mais nous savons qu'aussitôt la chose faite, il s'empressa de
transporter le siège de son gouvernement à la frontière des deux
royaumes, fonda une ville nouvelle, à laquelle il donna son nom,
Memphis, Mennofer, et qui par sa position même devait rester bien
longtemps la capitale de l'Egypte. Après cela il s'occupa activement de
l'organisation de ses nouveaux états: il promulgua des lois, fonda des
temples, dirigea des expéditions contre les Libyens qui habitaient aux
confins de la vallée du Nil et qui cherchèrent toujours à s'y
réinstaller en maîtres. Son long règne, qui dura plus de soixante ans,
se termina par une fin tragique sur laquelle nous ne sommes que très
vaguement renseignés.
Les successeurs immédiats de Ménès, ceux dont les noms, grécisés par
Manéthon, sont Athothis, Kenkenès, Ouenéphès, Ousaphaïs, Miébis,
Semempsès et Bienekhès, continuèrent son oeuvre, sans qu'aucun d'eux se
distinguât de façon particulière: ils s'occupèrent de législation,
d'administration intérieure, et réglèrent définitivement le culte des
dieux et le rituel des cérémonies; ils construisirent des temples, des
palais et d'autres édifices, ils guerroyèrent contre les Libyens et l'un
d'eux envoya au Sinaï la première expédition minière dont l'histoire ait
gardé le souvenir. Quelques-uns s'occupèrent même de science et
composèrent non seulement des ouvrages théologiques, mais aussi des
livres de médecine et d'anatomie. Sous les uns, diverses calamités
s'abattirent sur le pays, tandis que les autres jouirent d'années
prospères et tranquilles.
Les rois de la IIme dynastie, Boethos, Kaiekhos, Binothris et les autres
ont une personnalité plus effacée encore, et il est difficile de les
identifier avec ceux que les monuments nous font connaître et qui ne
peuvent se ranger que dans cette période de l'histoire, Kha-Sekhemouï,
Neb-ra, Nenouter, Hotep-Sekhemouï et plusieurs autres encore. Aucun
événement important n'est relaté, même sur la pierre de Palerme, où les
mentions annuelles se rapportent toutes à des fêtes royales ou
religieuses, au dénombrement des bestiaux, à la construction de divers
édifices. On s'aperçoit néanmoins, en étudiant les courtes inscriptions
laissées par ces rois et en les comparant à celles de la dynastie
précédente, qu'il y a quelque chose de changé dans la titulature royale,
auparavant très simple. Il s'y introduit à plusieurs reprises un élément
nouveau, l'emblème du dieu Set, et ce simple fait montre que le sceptre
n'est plus aussi ferme entre les mains des souverains thinites, qu'ils
se rapprochent insensiblement, soit par des mariages, soit autrement,
des descendants des anciens rois du Nord; si quelques rois se font
ensevelir à Abydos, comme leurs ancêtres, les autres commencent à
creuser leurs tombeaux à Memphis même, où les traces de leur activité
deviennent de plus en plus fréquentes. Cette dynastie, encore nettement
thinite, tant par l'origine de ses rois que par le caractère de sa
civilisation, représente donc pour nous le commencement de la période de
transition pendant laquelle se prépare l'avènement de l'empire
memphite; cette période est assez longue, puisqu'elle embrasse encore la
IIIme dynastie qui, bien que memphite, se rattache étroitement à celle
qui la précède.
[Illustration: _Fig. 69._ Tête de Kha-Sekhemouï (d'apr. QUIBELL.
_Hieraconpolis_, I, p. XXXIX).]
B. MONUMENTS
Presque tous les monuments, petits ou grands, que nous possédons
maintenant, proviennent de la Haute Egypte, en particulier d'Abydos, de
Negadah et, un peu plus au sud, d'Hieraconpolis, la ville où était
probablement le centre le plus ancien en Egypte du clan d'Horus le
Faucon, avant son extension vers le nord. Enfin un certain nombre
d'inscriptions et de petits objets ont été trouvés dans les environs de
Memphis, mais, comme nous venons de le voir, ceux-ci datent seulement de
la fin de l'époque thinite. Nous devons passer en revue tous ces
documents avant d'aborder le tableau d'ensemble de la civilisation
pendant cette période.
_Tombeaux_
Les princes de Thinis avaient choisi pour y creuser leurs sépultures une
large plaine sablonneuse dominée par les montagnes où commence le désert
proprement dit, aux environs immédiats de leur première capitale, au
lieu qui deviendra plus tard la ville sacrée d'Abydos. Les plus
anciennes de ces tombes, celles qui appartiennent aux premiers rois de
la Ire dynastie, et même peut-être à quelques-uns de leurs prédécesseurs
immédiats, sont de grandes fosses rectangulaires creusées dans le sol du
désert, qui ne dépassent guère cinq mètres sur sept de côté, et trois de
profondeur environ; des murs en briques crues étaient élevés contre les
parois naturelles de la fosse et le tout était recouvert, au niveau du
sol sans doute, par un plancher de bois supporté par des piliers,
également en bois; une couche de sable devait rendre la tombe invisible.
[Illustration: _Fig. 70._ Plan d'un tombeau royal à Abydos (d'après
PETRIE. _Royal Tombs_, I, pl. LX).]
Avec un plan aussi simple, le tombeau du roi se distinguait à peine de
ceux de ses sujets, et nous voyons peu à peu les souverains chercher à
donner à leur dernière demeure un caractère plus grandiose. A partir du
milieu de la Ire dynastie, les proportions de ces tombeaux augmentent
sensiblement, en profondeur autant qu'en longueur et en largeur: on ne
se contente plus de murs en briques et d'un plafond de bois, on étend un
plancher sur le sol, on lambrisse les parois, et on finit même par
dessiner le long des murailles, au moyen de murs de refend, des séries
de niches profondes qui ont presque la dimension de petites chambres.
Enfin de grands escaliers en briques crues descendent jusqu'au fond de
la salle, et autour de celle-ci, dans un fossé moins profond, sont
construites des séries de petites chambres servant de magasins pour les
provisions funéraires et de sépulture aux gens de l'entourage immédiat
du roi. Un petit monticule de sable et de galets recouvrait autrefois le
trou, et au sommet une stèle portant en grands caractères le nom du roi
signalait de loin l'emplacement de son tombeau.
[Illustration: _Fig. 71._ Stèle royale d'Abydos (d'après DE MORGAN.
_Rech. sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _797_).]
Deux tombes seulement de rois de la IIme dynastie ont été retrouvées à
Abydos, toujours dans la même région, mais ces monuments se distinguent
très nettement des autres, par le fait surtout que la chambre funéraire
et toutes ses dépendances sont construites dans une seule et même
excavation, celle-ci pouvant atteindre des dimensions considérables.
Ainsi le tombeau de Kha-Sekhemouï, qui doit être un des derniers rois de
la dynastie, est construit sur un plan très allongé et n'a pas moins de
83 mètres de long, avec 58 pièces, parmi lesquelles la chambre
funéraire, placée au centre, est à peine plus importante que les autres.
Le monument le plus remarquable de toute la période thinite est situé à
Négadah, entre Abydos et Louxor; c'est encore un tombeau, non plus un
tombeau souterrain, mais une construction entièrement apparente. En
voyant pour la première fois cet édifice qui est encore dans un état de
conservation relativement bon, nous crûmes être en présence d'un mastaba
de l'Ancien Empire et il fallut les fouilles méthodiques qu'entreprit
immédiatement M. de Morgan pour nous prouver que nous avions sous les
yeux un monument datant d'un des plus anciens rois de la Ire dynastie;
certains savants ont voulu identifier ce souverain à Ménès lui-même,
mais la découverte récente d'un fragment des annales de l'Ancien Empire
montre qu'il s'agit sans doute de son deuxième successeur, le roi
Atet-Kenkenès.
Entièrement construit en briques crues, ce monument, dont la forme
générale est rectangulaire, a une longueur totale de 54 mètres,
exactement le double de sa largeur; un socle bas l'isole du terrain
environnant, et au-dessus de ce soubassement les murs s'élèvent,
présentant tout le long des quatre façades une série de petites niches
avec les retraits et les saillies que nous retrouverons plus tard dans
les stèles de l'Ancien Empire et qui ne font que reproduire les détails
décoratifs de l'architecture civile en briques et en bois. Aucune porte
ne permet de pénétrer dans l'intérieur, qui se compose d'un noyau
central contenant cinq pièces, dont la chambre funéraire, au milieu;
après l'ensevelissement, on avait muré les portes de ces chambres, puis
on avait édifié tout autour une série de pièces plus petites destinées à
servir de magasin, et enfin le mur extérieur avec ses niches, qui devait
clore définitivement le tombeau et le présenter aux regards sous la
forme d'un immense bloc architectural sans la moindre ouverture: au lieu
d'être enterré, comme d'habitude, le mort était emmuré.
Enfin, dans les substructions du temple plus récent d'Hieraconpolis, on
a retrouvé un long mur circulaire, en pierres grossièrement assemblées,
qui représente sans doute l'enceinte du premier temple bâti en cet
endroit sous les dynasties thinites, ainsi que semblent le prouver un
montant de porte sculpté au nom du roi Kha-Sekhemouï et d'autres objets
de la même époque. On n'a jusqu'ici signalé aucun autre édifice royal,
temple ou tombeau de cette période.
[Illustration: _Fig. 72._ Tombe d'époque thinite (d'après REISNER.
_Predynastic cemeteries_, I, pl. IV).]
Quant aux tombeaux des particuliers, ils sont toujours d'une grande
simplicité: la fosse, un peu plus grande qu'autrefois, est rectangulaire
ou carrée, ses parois sont en général revêtues de briques crues, et un
plafond de bois ou de dalles de pierre recouvre le tout; elle comprend
parfois plusieurs chambres. Le mort y est le plus souvent couché sur le
côté gauche, la tête au sud, dans la position dite embryonnaire ou
assise; on ne rencontre que rarement des exemples de démembrement
complet, comme c'est le cas vers la fin de la période précédente, mais
on retrouve par contre souvent la petite tombe ovale et la tombe-ciste.
_Mobilier funéraire_
Les tombeaux royaux ne nous sont point parvenus intacts; ils n'étaient
pas suffisamment protégés, et les violateurs de sépultures y
pénétrèrent; puis des incendies éclatèrent dans ces constructions où le
bois entrait pour une grande part, et le mobilier funéraire en souffrit
considérablement. D'après ce qui en reste, nous pouvons néanmoins nous
faire une idée exacte de ce que ce mobilier devait être à l'origine, de
la variété et de la richesse des objets qui le composaient.
[Illustration: _Fig. 73._ Jarre en terre (d'ap. PETRIE. _Abydos_, I, pl.
XXXII No _100_).]
Les vases en terre sont de toutes formes et d'une grande abondance; tous
servaient à serrer des provisions, grains ou liquides, dont on a encore
retrouvé des traces, et étaient amoncelés dans les petites salles
annexes du tombeau, qui servaient de magasins; d'immenses jarres,
soigneusement fermées au moyen d'une écuelle et d'un bouchon d'argile,
et alignées les unes à côté des autres, contenaient du vin, peut-être
aussi de l'huile; dans d'autres pièces, des cruches plus petites ou de
grandes écuelles renfermaient du blé, de l'orge, des fruits, des
viandes. Tous ces vases étaient des objets d'un usage courant, vulgaire
même, et non des ustensiles de luxe; ils ne manquent pas d'un certain
galbe, d'une élégance de lignes qui se retrouve dans tout objet
provenant de l'ancienne Egypte, mais leur facture est sommaire, l'argile
employée est grossière, la cuisson souvent défectueuse.
[Illustration: _Fig. 74 et 75._ Vases cylindriques en terre (d'ap.
AYRTON. _El-Mahasna_, pl. XXXIII).]
Si la céramique, ravalée à des usages inférieurs, est moins soignée que
celle de la période prédynastique, nous remarquons par contre un progrès
immense réalisé dans l'industrie des vases de pierre: toute la vaisselle
des rois et des gens de qualité se composait en effet d'ustensiles
taillés avec une habileté incroyable, qui n'a jamais été égalée plus
tard, en aucun endroit et à aucune époque. Les ouvriers travaillent
indifféremment le calcaire, l'albâtre et le grès, le granit, la diorite,
la diabase et le porphyre, sans que jamais la pierre la plus dure semble
constituer pour eux le moindre obstacle. Ils s'attaquent même à
l'obsidienne et au cristal de roche et réussissent à en tirer des petits
vases et des coupes d'une perfection inouïe. Des instruments dont ils se
servaient pour venir à bout de ces chefs-d'oeuvre, nous ne connaissons
que le plus important, celui qui servait à évider l'intérieur du vase,
une sorte de vilebrequin à lame latérale, garni dans le haut d'un lourd
contrepoids servant de volant.
[Illustration: _Fig. 76-79._ Coupes en pierre dure (d'après PETRIE.
_Royal Tombs_, II pl. XLVII, XLVIIB, XLVIII).]
Au point de vue de la forme, la variété de ces vases est très grande. Il
y a d'abord la coupe, pour laquelle on employait de préférence
l'albâtre, le calcaire, le grès, le quartz, et qui servait en même temps
d'assiette et d'écuelle. Elle est plate ou plus ou moins profonde,
souvent même plus haute que large; son fond est plat ou arrondi, ses
parois généralement droites, mais parfois le rebord se retourne
légèrement vers l'intérieur. Puis les grandes jarres d'albâtre, imitées
du modèle très répandu de la poterie ordinaire, et dont quelques-unes
atteignent jusqu'à un mètre de hauteur; les vases globulaires à fond
plat et à petites anses, les uns minuscules, les autres de très grandes
dimensions; les vases sphéroïdes à rebord aplati et anses de suspension,
en granit, diorite ou porphyre, dont la panse est unie ou côtelée et qui
sont souvent de pures merveilles; enfin les nombreux vases cylindriques,
généralement en albâtre. On pourrait encore mentionner d'autres formes
moins courantes, entre autres les vases en forme d'animaux. Tous ces
modèles se retrouvent en très grande abondance dans les tombeaux des
rois et même dans ceux des particuliers de l'époque. Etant donnée la
matière employée, on pourrait encore faire rentrer dans cette catégorie
les petites tables d'albâtre, sorte de guéridons formés d'un disque
monté sur un pied très bas, qui servaient de tables à manger, et qui
deviennent surtout fréquentes à partir de l'Ancien Empire.
[Illustration: _Fig. 80 et 81._ Vases de pierre (d'après PETRIE. _Royal
Tombs_, II, pl. XLIX, et l'original).]
La faïence fait sa première apparition avec des vases, des plaquettes et
divers fragments en terre vernissée, à couverte d'un vert parfaitement
homogène, mais qui peut-être était bleu à l'origine; ce genre de faïence
devait continuer à être employé à toutes les époques du royaume
pharaonique.
[Illustration: _Fig. 82 et 83._ Bracelets de la Ire dynastie (d'après
VERNIER. _Bijoux et orfèvrerie_, I, pl. V).]
Vu leur fragilité même, beaucoup d'objets qui se trouvaient dans les
tombes royales ont disparu ou ne nous sont parvenus qu'à l'état de
fragments: ainsi tout ce qui était en bois ou en ivoire, figurines,
plaquettes, coffrets incrustés, meubles sculptés souvent ornés de pieds
de taureau ou de lion, d'un travail exquis. Un hasard heureux a fait
retrouver aussi de belles perles en or et des bracelets en or, améthyste
et grenat qui sont aussi bien composés qu'exécutés, et qui dénotent,
chez les bijoutiers de ce temps, une pratique du métier déjà très
grande.
[Illustration: _Fig. 84._ Poignard en silex à poignée d'or (d'apr. J. DE
MORGAN. _Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _136_).]
Les progrès de la taille du silex sont au moins aussi remarquables que
ceux de la fabrication des vases en pierre dure. Les grands couteaux
recourbés du tombeau de Negadah et les longs éclats retaillés sur une
seule face, avec des retouches d'une régularité parfaite, ne sauraient
trouver leurs égaux en aucun pays du monde; ces derniers servaient de
poignards, et l'un d'eux est enveloppé sur une partie de sa longueur
d'une feuille d'or ciselé formant poignée. A côté de ces armes on
trouve, toujours dans les tombeaux des rois, un grand nombre de pointes
de flèches qui ne leur cèdent en rien pour la beauté de la forme et du
travail.
[Illustration: _Fig. 85 et 86._ Pointes de flèches, Abydos (d'apr. DE
MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Eg._, I, fig. _210_, _219_).]
Nous avons déjà vu çà et là, pendant l'époque précédente, des objets de
cuivre; à partir des premiers rois thinites, l'usage de ce métal est
très répandu. On s'en sert non seulement pour des outils ou des armes,
mais aussi pour des vases, grandes coupes creuses, vases globulaires
avec anse mobile ou aiguières verseuses à bec recourbé, qui témoignent
déjà d'une grande habileté en matière de chaudronnerie; les ouvriers
s'entendaient aussi bien à travailler à l'embouti qu'à souder et à river
les pièces ensemble.
[Illustration: _Fig. 87._ Plaque de schiste (d'après LEGGE. _Proc. of
the Soc. of Bibl. Arch._, XXII pl. II).]
Parfois encore les tombeaux des particuliers nous livrent de ces plaques
de schiste que nous avons signalées dans les sépultures prédynastiques,
mais on n'en a rencontré que rarement dans les tombes royales; l'usage
de ces objets dans le mobilier funéraire tendait à disparaître, par
contre on en employait d'analogues pour le service du culte divin. Ces
plaques de schiste d'un nouveau modèle, dont quelques-unes de très
grandes dimensions, sont couvertes de sculptures en bas-relief qui ont
pour nous non seulement de l'intérêt au point de vue artistique, mais
nous donnent encore souvent des renseignements historiques importants.
On y voit représentées, sous forme symbolique, une campagne victorieuse,
la destruction de cités ennemies, la soumission des vaincus, tandis que
sur d'autres on ne remarque que des animaux de toute sorte, en
particulier ces espèces de panthères dont le cou d'une longueur très
exagérée entoure le godet central qui paraît être la partie la plus
importante de la plaque, mais dont nous ne connaissons pas encore le but
exact. Quoi qu'il en soit, ces plaques de schiste sculptées, qui sont de
véritables oeuvres d'art, paraissent être des objets votifs, comme les
énormes masses d'armes votives en pierre, couvertes de bas reliefs, qui
étaient déposées dans le temple d'Hieraconpolis.
[Illustration: _Fig. 88._ Statue archaïque, à Turin (d'ap. PETRIE.
_Photographs_, No _2_).]
Ces monuments sont en somme les premiers bas-reliefs égyptiens; c'est de
la même époque que datent les premières oeuvres de la statuaire, qui,
bien que souvent un peu lourdes de forme, possèdent déjà la plupart des
qualités des statues de l'Ancien Empire. Ces objets sont du reste assez
rares: quelques statues de petites dimensions, de rois ou de
particuliers, des statuettes d'hommes ou de femmes en ivoire, et des
figurines en diverses matières, représentant des animaux.
_Inscriptions_
Parmi tous ces monuments, les plus importants pour nous, et de beaucoup,
sont ceux qui portent des inscriptions. Les plus anciens documents
écrits appartiennent aux premiers souverains ayant régné sur les deux
parties du pays, et l'invention de l'écriture, qui est la
caractéristique de l'époque thinite, ne semble pas avoir été de beaucoup
antérieure à ces débuts de l'histoire égyptienne. Il ne s'agit pas
encore de textes, à proprement parler, mais d'inscriptions très courtes
donnant des noms, des titres, et la mention sommaire, au moyen de
quelques signes seulement, d'événements importants. En la comparant à
celle des époques suivantes, on voit que cette écriture est encore dans
son enfance, mais en même temps on peut constater qu'elle a non
seulement le caractère pictographique propre à toutes les écritures
primitives, mais qu'elle possède déjà tous les éléments phonétiques et
alphabétiques qui constituent le système hiéroglyphique. Les signes ne
sont pas encore disposés suivant un ordre rigoureux, comme plus tard,
mais ils sont déjà dessinés avec une précision remarquable, et ceux qui
sont en usage à ce moment-là se modifieront à peine au cours des
siècles. L'Egyptien, profondément artiste, avait trouvé, presque sans
tâtonnement, semble-t-il, le type d'écriture qui lui convenait et
auquel il devait se tenir pendant des milliers d'années.
[Illustration: _Fig. 89._ Tablette en ébène (d'ap. PETRIE. _Royal
Tombs_, I, pl. XV, no _16_).]
Les documents écrits de la période thinite appartiennent pour ainsi dire
tous au roi lui-même ou à son entourage immédiat. Parmi les monuments
royaux, il faut citer en première ligne les grandes stèles de pierre
dressées sur les tombeaux et qui ne contenaient que le nom du roi en
grands caractères; il en est de même des montants de porte de
Kha-Sekhemouï au temple d'Hieraconpolis et des bas-reliefs du Sinaï où
le nom accompagne seul la figure de Mersekha massacrant ses ennemis. De
petites plaquettes en bois ou en ivoire, destinées à commémorer un
événement, une victoire, une cérémonie religieuse ou une inauguration
d'édifices, portaient, en plus des représentations figurées et du nom
royal, un très court texte explicatif. Enfin, sur la grande plaque de
schiste et les massues votives d'Hieraconpolis, il n'y a, à côté des
représentations, que le nom du roi, qui se retrouve également, isolé,
sur beaucoup de petits objets de toute espèce.
[Illustration: _Fig. 90._ Empreinte de cylindre (d'après PETRIE. _Royal_
Amenemhat III).]
Chaque employé supérieur de l'administration avait son cachet officiel,
cylindre gravé en creux, portant son titre et son emploi, à côté du nom
du roi; ces cylindres servaient entre autres à sceller les produits dont
les fonctionnaires avaient la surveillance, et ils étaient apposés sur
les énormes bouchons d'argile fermant les grandes jarres où l'on
conservait les provisions destinées au roi mort. Ces empreintes, qui
sont le plus souvent encore très nettes, forment l'ensemble le plus
important et le plus varié des inscriptions de l'époque thinite. C'est
aussi, sans aucun doute, à des officiers royaux et à de grands
personnages de la cour qu'appartenaient les nombreuses petites stèles
portant simplement leur nom et indiquant la place de leur sépulture dans
les dépendances des tombeaux royaux.
[Illustration: _Fig. 91._ Protocole du roi Amenemhat III.]
Ce n'est pas sous la forme d'un cartouche ovale, comme on a l'habitude
de le voir dans tous les monuments depuis l'Ancien Empire, que se
présente ici le nom du roi: il est renfermé dans un rectangle terminé
dans le bas par un motif architectural et surmonté d'un faucon. Il est
nécessaire, pour expliquer cette différence qui peut paraître étrange au
premier abord, de jeter un coup d'oeil sur la titulature complète des
rois d'Egypte, à la bonne époque. A côté d'un nombre très variable
d'épithètes pompeuses où la fantaisie des scribes se donne libre
carrière, le protocole royal comporte cinq noms différents précédés
chacun d'un titre spécial; ainsi la titulature complète d'Amenemhat III,
un des derniers rois de la XIIme dynastie (fig. 91), se présente de la
façon suivante: