Le premier de ces titres, celui dans lequel le faucon surmonte un

édifice où est gravé le nom, représente le nom sacré du roi, son nom

d'Horus, celui par lequel il affirme sa descendance divine, sa qualité

d'héritier légitime du dieu fondateur de la monarchie. Les deux suivants

ont moins d'importance et paraissent rarement isolés en dehors du

protocole complet. Quant aux deux derniers, avec les noms renfermés dans

des cartouches, ce sont, à l'époque classique, les vrais titres

officiels du roi, les seuls employés couramment pour désigner le

pharaon: l'un, que nous avons l'habitude d'appeler le prénom, est

surmonté du double titre «roi de la Haute et roi de la Basse Egypte»;

c'était le nom que se donnait le roi au moment de son couronnement,

tandis que son ancien nom de prince royal, son nom de famille en quelque

sorte, trouvait place dans le dernier cartouche, avec l'épithète «fils

du soleil», qui fait ressortir une fois de plus le caractère divin ou

semi-divin de la royauté. Tous ces titres n'ont ni la même origine ni la

même ancienneté. Le premier en date est aussi le premier de la série,

le nom d'Horus; jamais, sur leurs monuments, les premiers rois de la

première dynastie ne sont désignés par un autre nom que celui qui,

enfermé dans le rectangle qui figure le palais royal, est surmonté du

faucon, image du dieu Horus. Le souverain n'est donc pas appelé à

l'origine «le roi d'Egypte un tel» mais «l'Horus un tel»; plus tard,

sous la IIme dynastie, certains rois qui étaient sans doute originaires

de la Basse Egypte tentèrent, comme le fit Perabsen, de remplacer le

faucon par l'animal typhonien Set, et se nommèrent alors «le Set un tel»

(fig. 93); d'autres enfin réunirent les deux emblèmes divins, comme

Kha-Sekhemouï qui se donne le titre de: «Horus-Set-Kha-Sekhemouï» (fig.

94).

[Illustration: _Fig. 92._ Noms de rois de la Ire dynastie.]

[Illustrations:

_Fig. 93._ Nom du roi Perabsen.

_Fig. 94._ Nom du roi Kha-Sekhemouï.

_Fig. 95._ Nom du roi Den-Setouï.]

Dès l'origine, cependant, les rois prirent le titre de «maître des

diadèmes du Sud et du Nord», titre qui vient se placer à côté du

premier, mais n'est pas accompagné d'un nom nouveau. Enfin, à partir du

milieu de la Ire dynastie, nous voyons apparaître un second nom tout à

fait différent de l'autre, avec le titre de «roi de la Haute et de la

Basse Egypte» (fig. 95). Ce nom n'est pas encore enfermé dans un

cartouche, comme cela aura lieu plus tard. Quant aux deux autres titres,

celui de «Horus d'or», ou de «Horus vainqueur», et celui de «fils du

soleil», ils ne paraissent que beaucoup plus tard, dans le courant de

l'Ancien Empire.

Dans les listes royales d'époque postérieure, les pharaons, même les

plus anciens, sont toujours désignés par leurs noms de rois de la Haute

et de la Basse Egypte, jamais par leurs noms d'Horus. Or les monuments

de l'époque ne nous donnent la concordance entre les deux noms que pour

trois rois de la Ire dynastie: Den-Setouï (Ousaphaïs), Azab-Merbapa

(Miebis) et Mersekha-Semempsès. Pour tous les autres rois thinites, nous

n'avons que le nom d'Horus, ce qui rend leur assimilation assez

difficile; néanmoins, on est arrivé à les grouper de façon assez

satisfaisante.

C. CIVILISATION

L'organisation de la royauté, l'invention de l'écriture, les débuts de

l'architecture, le développement des arts et de l'industrie marquent un

progrès immense de l'époque thinite sur la période précédente, une

transformation radicale dans l'état général du pays. Après avoir étudié

les monuments, il nous reste à passer aux conclusions que nous pouvons

en tirer quant à ce nouveau stage de la civilisation.

_Royauté_

Le roi est un Horus, donc non seulement un monarque de droit divin ou un

représentant du dieu sur la terre, mais un roi-dieu, planant en quelque

sorte au-dessus de l'humanité. Tout lui appartient ici-bas, tout gravite

autour de lui. Détenteur du pouvoir spirituel aussi bien que du pouvoir

temporel, il organise le culte des dieux, ses pères et ses frères, il

commence à leur faire construire de vrais temples au lieu des petits

édicules en bois entourés d'une enceinte ou des huttes en branchages qui

sont encore presque partout les sanctuaires des diverses divinités.

Quant à lui-même, il habite des palais dont le cadre qui entoure son nom

nous a conservé une image sommaire et, après sa mort, il repose dans un

tombeau somptueux, entouré d'un monceau de provisions pour l'éternité.

Les membres de sa famille paraissent à peine à côté de lui.

_Tribus_

La présence, à côté du roi, dans les grandes cérémonies, des enseignes

symboliques du faucon, du chacal, de l'ibis, semble indiquer que les

anciennes tribus subsistent toujours, non plus indépendantes, mais

devenues vassales de la couronne. Cependant ces emblèmes pourraient

aussi être de nature purement religieuse et s'appliquer à des divinités

plutôt qu'à des groupements de la population.

_Fonctionnaires_

Autour du roi se trouvaient une quantité de fonctionnaires, depuis ceux

qui étaient attachés à la personne même du souverain, le porte-sandales

et le porte-éventail, jusqu'aux chefs artisans qui semblent avoir eu une

position privilégiée. Puis venaient tous ceux qui étaient préposés aux

domaines royaux, qui surveillaient l'emmagasinage des récoltes et dont

les sceaux étaient apposés sur les bouchons des jarres à provisions.

Tous ces personnages forment l'entourage immédiat du roi et se font

enterrer à côté de lui, parfois même dans les dépendances de la

sépulture royale. Comme leur souverain, ils perpétuent le souvenir de

leur tombeau par une stèle placée au-dessus, en évidence, stèle où leur

nom seul est sommairement gravé sur une pierre à peine dégrossie.

_Peuple_

C'est dans les centres, et particulièrement autour du roi, que nous

pouvons suivre le développement de cette civilisation nouvelle: jusqu'à

quel point put-elle pénétrer dans la masse même de la population, chez

les habitants des campagnes? Les tombeaux de ceux-ci, disséminés le long

des coteaux de sable qui bordent la vallée, comme ceux de leurs

prédécesseurs, nous montrent à quoi nous en tenir à ce sujet et, somme

toute, nous voyons qu'à part quelques modifications de détails, la

situation du peuple n'a guère changé. Si les habitants du pays revêtent

maintenant leurs tombeaux de briques, ils les creusent toujours aux

mêmes endroits et leur donnent à peu près les mêmes dimensions

qu'auparavant. Le mobilier funéraire est le même, à peine un peu

modernisé quant à la forme des vases; les outils et les armes ne sont

pas modifiés et ce n'est encore que rarement qu'on voit paraître des

objets de cuivre à côté des silex taillés toujours en usage.

Comme jadis, les habitants des campagnes ne se préoccupaient guère des

progrès de l'écriture ou de l'architecture, et vivaient de chasse et de

pêche, d'élevage et d'agriculture. Le cuivre fournissait aux pêcheurs un

nouvel engin, le petit hameçon, mais il changeait à peine l'armement des

chasseurs. L'agriculture était en progrès, sans doute grâce aux efforts

de l'administration royale. Le roi possédait-il lui-même des champs de

blé et d'orge d'où il tirait ses approvisionnements ou les

abandonnait-il aux cultivateurs moyennant une forte redevance en nature,

c'est ce dont nous ne pouvons nous rendre compte; peut-être y avait-il

des terres de la couronne et des terres privées, comme ce devait être le

cas plus tard. En tous cas le roi possédait des jardins spéciaux, enclos

de murs, qui étaient l'objet d'une surveillance particulière, et où l'on

cultivait entre autres la vigne. Les employés du gouvernement

apportaient aussi un soin particulier aux irrigations, notaient avec

soin la cote exacte de chaque crue du Nil, et faisaient creuser les

premiers canaux.

Les artisans, les gens de métier, vivaient surtout dans les centres,

mais les habitants des campagnes fabriquaient eux-mêmes les objets dont

ils avaient besoin, en particulier ce qui concernait le vêtement.

Pendant que les hommes s'occupaient de chasse, de pêche et des travaux

des champs, les femmes se chargeaient de filer et de tisser la toile.

_Commerce extérieur_

La plupart des matières premières qu'employaient les Egyptiens

provenaient du pays même, mais d'autres devaient être cherchées plus

loin, souvent à de grandes distances. Ainsi certaines pierres dures,

employées pour fabriquer des vases ou des objets d'ornement, ne se

trouvent que dans des montagnes situées en plein désert; il en est de

même de l'or. Le roi envoyait-il des expéditions pour recueillir ces

matières précieuses, ou bien les nomades les apportaient-ils jusqu'en

Egypte, il nous est impossible de le savoir. Le cuivre venait de plus

loin vers le sud, et des gisements de turquoises, comme ceux du Sinaï,

étaient déjà exploités par les Egyptiens; peut-être aussi le commerce

extérieur en amenait-il dans le pays des quantités plus ou moins

considérables.

L'obsidienne employée en Egypte provient de l'île de Milo, dans

l'Archipel, et ce fait montre qu'il continuait à y avoir entre les deux

peuples, malgré l'obstacle que leur opposait la mer, des relations

suivies; la présence de poterie égéenne dans les tombeaux royaux

d'Abydos est une preuve de plus du commerce qui se faisait à cette

époque sur la Méditerranée.

La similitude très marquée qui existe entre certains objets de la

Chaldée primitive et les monuments de l'Egypte thinite a fait envisager

par certains savants la possibilité d'une origine commune des deux

races. Cette hypothèse, comme je l'ai dit plus haut, doit sans doute

être abandonnée, car la civilisation égyptienne est certainement

originale et africaine. Les infiltrations sémites qui ont pu se produire

dans la vallée du Nil sont beaucoup moins importantes qu'il ne le

paraissait d'abord et il se peut fort bien qu'elles soient dues

uniquement à des relations commerciales entre l'Egypte et les pays de

l'est et du sud-est, par la mer Rouge. Ainsi des voyageurs, des

commerçants peuvent avoir apporté d'Egypte en Chaldée ou de Chaldée en

Egypte, des cylindres servant de sceaux, et cette nouveauté ayant été

appréciée, la mode s'en sera répandue facilement; rien du reste ne

prouve que l'usage du cylindre ait été inventé en Mésopotamie plutôt que

dans la vallée du Nil. Il en est de même de certains petits vases à

parfums, spécialement de ceux à formes animales.

Quant à la question de l'écriture, qui a été invoquée comme preuve de

l'origine commune des deux plus anciennes civilisations de l'Orient,

elle n'est pas suffisamment concluante. La première écriture d'un peuple

sortant de la barbarie est nécessairement pictographique, aussi

peut-elle avoir débuté indépendamment dans les deux pays; en effet les

signes hiéroglyphiques qui en Babylonie et en Egypte se ressemblent,

n'ont pas la même valeur phonétique, et appartiennent à deux langues

très différentes. Là l'écriture primitive se transforme rapidement,

devient linéaire, puis cunéiforme, tandis qu'en Egypte elle reste

pendant des milliers d'années une écriture hiéroglyphique.

[Illustration: _Fig. 96._ Chien en ivoire (d'ap. DE MORGAN. _Rech. sur

les orig. de l'Egypte_, II, fig. _698_).]

[Illustration: _Fig. 97._ La Pyramide à degrés de Saqqarah.]

CHAPITRE V

ANCIEN EMPIRE

(De 3400 à 2200 av. J.-C. environ.)

Ce nom d'Ancien Empire, adopté dans un temps où l'on considérait comme

légendaires les deux dynasties thinites, s'applique à toute la période

où l'Egypte fut gouvernée par des rois du nord, Memphites ou

Héliopolitains, période de paix et de prospérité pour le pays qui

atteint peu à peu un très haut degré de développement dans tous les

domaines. C'est une succession de rois sages et puissants, dont

l'autorité n'est pas discutée et dont la politique consiste, non à

chercher au dehors des conquêtes et des aventures, mais à augmenter la

richesse du pays par ses propres moyens, en utilisant et en développant

toutes ses forces naturelles, autant celles du sol que celles de ses

habitants.

A. HISTOIRE

L'Ancien Empire occupe dans l'histoire un laps de temps de 1200 ans

environ, et se place approximativement, puisque nous ne pouvons donner

de date exacte et que nous sommes obligés, dans le domaine

chronologique, de nous en tenir à des à peu près, entre 3400 et 2200

avant notre ère; quatre dynasties se succèdent, puis vient une chute

brusque, une période de luttes intérieures, l'époque féodale, pendant

laquelle se prépare l'avènement du Moyen Empire thébain.

_IIIe dynastie_

Nous avons vu se produire, au cours de la IIme dynastie un certain

flottement; le royaume du nord, absorbé par Ménès et ses successeurs, se

ressaisit peu à peu et cherche à reprendre les rênes du pouvoir. Après

de longs efforts, les princes memphites arrivent à supplanter leurs

suzerains et à coiffer eux-mêmes la double couronne; il ne semble pas y

avoir eu de révolution ni de luttes sanglantes, la transition est trop

lente pour avoir été brutale et c'est sans doute en suite d'une série

d'alliances qu'une des familles finit par supplanter l'autre. Les rois

memphites se considèrent comme les héritiers directs et légitimes des

rois thinites. Loin de renier leurs prédécesseurs, ils continuent leur

oeuvre et prennent leurs titres sans aucune modification; ils deviennent

des Horus et non, comme on pourrait le croire, des Set, et se donnent

également les titres de «maître des diadèmes du Sud et du Nord» et de

«roi de la Haute et de la Basse Egypte». Ce dernier titre est suivi d'un

nom spécial, qui n'est pas encore enfermé dans un cartouche. Rien n'est

changé, ni dans l'organisation du pays, ni dans les moeurs; c'est encore

la période de transition dans laquelle rentrent également les rois

thinites de la IIme dynastie et les rois memphites de la IIIme, si

intimement liés malgré la différence de leur origine qu'il est souvent

difficile de distinguer sur les monuments contemporains ce qui

appartient aux uns plutôt qu'aux autres.

Manéthon donne pour la IIIme dynastie neuf rois avec 214 ans de règne,

mais ses transcriptions de noms sont très fantaisistes et il est

difficile de les identifier avec les noms des neuf ou dix souverains que

nous connaissons d'après les monuments, et qui appartiennent

certainement à cette époque. Aucun événement saillant ne marqua le règne

de la plupart de ces rois, sauf une invasion libyenne sous le premier de

ceux-ci, le Nekherôphès des Grecs, le Babaï des listes, invasion qui se

termina, dit-on, par l'apparition d'un phénomène céleste devant lequel

les Libyens reculèrent épouvantés, sans combat. Les Egyptiens des

époques postérieures avaient cependant conservé très vivant le souvenir

de certains de ces souverains, Nebka, Djeser-Teta, Houni, mais surtout

du plus important d'entre eux qui est, à n'en pas douter, le vrai

fondateur de l'Empire memphite, Tosorthros, celui de Djeser qui porte le

nom d'Horus Nouterkha; auteur de livres scientifiques, il s'appliqua

surtout à développer l'écriture et l'architecture, et nous pouvons

constater le bien-fondé de cette légende car nous avons en effet de lui

des constructions très importantes, comme la pyramide à degrés de

Saqqarah, le plus ancien de ces immenses monuments funéraires, et,

immédiatement après son règne, les premières grandes stèles tombales

couvertes de textes. En outre la tradition lui attribuait certaines

fondations pieuses, comme l'organisation du culte d'Isis à Philae, que

relate tout au long une stèle de basse époque dans l'île de Sehel. Cette

figure bien réelle du roi Djeser domine et éclaire toute la IIIme

dynastie qui sans elle serait une des plus inconsistantes et des moins

connues de toute l'histoire d'Egypte.

_IVe dynastie_

Le passage d'une dynastie à l'autre s'opéra sans secousse,

naturellement; comme le dit un texte littéraire très ancien: «En ce

temps-là, la Majesté du roi Houni arriva au port (c'est-à-dire mourut)

et la Majesté du roi Snefrou s'éleva en roi bienfaisant, sur la terre

entière»; c'est une famille nouvelle recueillant l'héritage d'une

famille parente qui s'éteint. Les huit rois de cette dynastie, qui,

toujours d'après Manéthon, occupèrent le trône pendant 284 ans, nous ont

laissé des témoins indestructibles de leur puissance, les pyramides,

l'effort architectural le plus gigantesque qui ait jamais été tenté.

[Illustration: _Fig. 98._ Bas-relief de Snefrou au Sinaï (d'après J. DE

MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. 594).]

Avec le premier de ces rois, Snefrou, commence une période de grande

prospérité pour l'Egypte; les tombeaux des simples particuliers

deviennent de véritables monuments, et lui-même se fait construire deux

pyramides. La richesse est très grande dans le pays, conséquence d'une

administration sage et prévoyante, et les arts ne tâtonnent plus, ayant

atteint l'expression parfaite dont ils ne s'écarteront plus guère. De

son oeuvre personnelle, nous savons peu de chose, sinon qu'il organisa

de façon définitive l'exploitation des mines du Sinaï, fortifiant ainsi

la marche orientale de l'Egypte contre les incursions des bandes sémites

de la Syrie méridionale.

[Illustration: _Fig. 99._ Khéops (d'après PETRIE. _Abydos_, II, pl.

XIV).]

Son successeur, Khéops ou Khoufou, continua son oeuvre et fut plus

puissant encore. Le travail colossal nécessité par la construction de sa

pyramide avait rendu son nom légendaire, et les Grecs voyaient en lui un

tyran qui avait écrasé son peuple de corvées, tandis que les Egyptiens

vénéraient son souvenir, que son culte funéraire se perpétuait et qu'il

fut toujours considéré comme un des plus grands rois d'Egypte. Il fonda

des temples et continua d'encourager les travaux miniers au Sinaï.

[Illustration: _Fig. 100._ Dadefra--Fouilles d'Abou-Roash--Louvre

(photographie de M. E. Chassinat).]

[Illustration: _Fig. 101._ Khéfren (photogr. de E. Brugsch-Pacha).]

Après la mort de Khéops des compétitions s'élevèrent dans sa famille, et

son premier successeur, Dadefra (Ratoïses), fut renversé après un règne

plus ou moins long, sa pyramide fut rasée, ses statues mises en

miettes, sa mémoire effacée presque complètement. Le frère de ce

dernier, Khefren ou Khafra, monta alors sur le trône, et si nous ne

savons rien de son oeuvre pendant son long règne, nous avons du moins de

lui des monuments extrêmement remarquables, sa pyramide, le grand sphinx

de Giseh et des statues qui sont de pures merveilles. La légende

transmise par Hérodote dit que lui aussi fut considéré comme un tyran

odieux et que, comme son père Khéops, sa dépouille mortelle fut arrachée

de son tombeau et mise en pièces par le peuple révolté, mais cette

légende ne repose sur aucune base sérieuse.

[Illustration: _Fig. 102._ La grande pyramide et le sphinx de Gizeh.]

[Illustration: _Fig. 103._ Mycérinus (d'après MASPERO. _Musée Egyptien_

I, pl. IX).]

Puis vint Menkaoura, le Mycérinus des Grecs, dont la réputation de

justice et de piété se perpétua jusqu'à la fin de l'empire pharaonique;

lui aussi se fit construire une pyramide et sculpter des statues

splendides, et continua l'exploitation des mines du Sinaï. Il fut le

dernier grand roi de sa race, ses successeurs nous sont à peine connus,

et la IVme dynastie finit sans que nous puissions nous rendre compte de

quelle manière; sans doute des rois incapables se virent peu à peu

supplanter par des personnages plus énergiques, plus populaires et

disposant d'un parti puissant. Un oracle avait prédit à Khéops que sa

famille allait disparaître et qu'après quelques générations une race

nouvelle, race d'origine divine, issue de Râ lui-même, le dieu-soleil,

monterait sur le trône à sa place. S'inclinant devant la volonté divine,

Khéops n'avait même pas songé à détruire pendant qu'ils étaient faibles

encore, les premiers représentants de cette famille qui devait

déposséder la sienne.

_Ve dynastie_

Avec l'avènement de ces nouveaux rois, originaires d'Héliopolis--et non

d'Eléphantine, comme le dit Manéthon,--qui se considèrent comme

engendrés par le dieu-soleil lui-même et adoptent définitivement dans

leur protocole le titre jusqu'alors peu employé de «fils de Râ», le

caractère théocratique de la royauté s'accuse de plus en plus. C'est le

triomphe des prêtres d'Héliopolis, métropole religieuse de la Basse

Egypte, les vrais fondateurs de la religion égyptienne, qui en arrivent

à grouper autour de leur dieu-soleil tous les dogmes locaux d'origine si

disparate, et à constituer un ensemble homogène, acceptable pour tous

les Egyptiens. Non contents de cette centralisation religieuse, ils

réussissent à mettre la main sur le pouvoir temporel, avec les neuf rois

de la Vme dynastie qui, au dire de Manéthon, régnèrent pendant 218 ans,

et même après ce temps, ces prêtres du soleil surent garder pendant de

longs siècles une influence prépondérante sur le pouvoir civil.

[Illustration: _Fig. 104._ Neouserra (d'après MASPERO. _Musée Egyptien_,

I, pl. X).]

Ouserkaf fut le premier de sa race; sans doute il dut réorganiser

l'administration sur de nouvelles bases, et si nous savons peu de choses

de lui, nous connaissons mieux ses successeurs qui continuèrent son

oeuvre. Sahoura d'abord, puis Neferarkara et Shepseskara, plus tard

Neouserra-An, Menkaouhor et Dadkara-Assa. Tous sont des monarques

puissants et d'une activité qui s'étend d'un bout à l'autre du royaume

et même au delà de ses frontières: ils contiennent les hordes libyennes

et soudanaises qui cherchent à s'introduire dans le pays, ils envoient

dans le sud de la Palestine des expéditions devant leur assurer la

suprématie effective sur des voisins instables qui pouvaient devenir

menaçants, ils reprennent de façon suivie les exploitations minières du

Sinaï, ils entretiennent sur la mer une flotte imposante qui doit

servir en même temps à développer le commerce égyptien et à imposer le

respect des pharaons dans les pays avoisinants. A l'intérieur, ils

construisent des pyramides qui, pour être moins colossales que celles de

leurs devanciers, leur sont supérieures au point de vue de la

décoration, et des temples monumentaux comme ceux qu'ils dédièrent au

soleil dans les environs de leur capitale. D'une manière générale, leur

administration, dont nous ne connaissons pas les détails ni même le

programme particulier, fut bienfaisante pour le pays dont la prospérité

augmente de plus en plus; la paix et l'ordre règnent dans toute la

vallée du Nil. Les prêtres exercent une influence considérable et tous

les hauts fonctionnaires se rattachent de près ou de loin au sacerdoce;

ils semblent du reste avoir travaillé non pas dans un but

d'accaparement, mais pour le bien général du pays.

Le dernier roi de la dynastie, Ounas, n'est pas l'un des moins

importants et des moins puissants, et il termine dignement la série des

princes de sa famille; c'est sans doute parce qu'il n'eut pas de

descendants directs que le pouvoir passa après lui en d'autres mains, et

non ensuite d'un bouleversement politique.

_VIe dynastie_

Les rois memphites qui succèdent directement aux héliopolitains

continuent leur oeuvre, mais moins brillamment pour commencer,

semble-t-il, car nous ne savons presque rien de Teti et d'Ouserkara, les

deux premiers souverains d'une famille qui, d'après Manéthon, compta six

rois et 203 ans de règne. Après eux vient une courte période de gloire

sur laquelle nous sommes admirablement renseignés par de nombreux

monuments, et surtout par les biographies de certains hauts

fonctionnaires comme Ouna et Herkhouf, période que domine le roi Pepi

I, un des plus célèbres parmi les pharaons: son activité est intense, il

fait construire et travailler sur tous les points de l'Egypte et son nom

se retrouve à Tanis, à l'extrême nord du Delta, aussi bien que sur les

rochers de granit de la Ire cataracte, dans les mines du Sinaï comme

dans les carrières du Ouadi-Hammamat. Il s'occupe lui-même de

l'administration de la justice et des missions spéciales à donner aux

plus capables de ses sujets; il multiplie les décrets établissant les

droits des grands sanctuaires et instituant des fondations pieuses; il

rassemble une armée et des vaisseaux pour écraser les nomades asiatiques

redevenus menaçants et envoie des expéditions en Nubie pour assurer la

suprématie de l'Egypte sur le Haut Nil.

[Illustration: _Fig. 105._ Pepi I (d'ap. QUIBELL. _Hieraconpolis_, II,

pl. LI).]

[Illustration: _Fig. 106._ Merenra (d'ap. QUIBELL. _Hieraconpolis_, II,

pl. LV).]

Ses successeurs voulurent continuer son oeuvre, mais son fils aîné

Merenra mourut jeune, et son autre fils Pepi II, qui eut un règne de 95

ans, ne se montra pas à la hauteur de la situation, et la déchéance du

pouvoir central s'accusa rapidement. Deux ou trois rois réussirent

pendant quelque temps encore à maintenir le sceptre entre leurs mains,

puis disparurent après des règnes sans gloire, et avec eux prit fin

cette suite de familles puissantes et énergiques qui avait amené

l'Egypte à un si haut point de civilisation.

_La fin de l'empire memphite_

Histoire de la civilisation égyptienne des origines à la conquête d'Alexandre · 第 7 / 19 段