Dans les mêmes régions, en bordure de la vallée, à la lisière du désert,

on remarque en certains endroits de légères surélévations qui se

distinguent à peine du sable environnant par une teinte un peu plus

foncée. Quelques coups de pioche suffisent pour constater qu'il y a là

quelque chose de tout à fait analogue à ce que dans nos stations

préhistoriques européennes, celles du Danemark en particulier, on

appelle des _Kjoekkenmoeddings_, ou «débris de cuisine»; ce sont en

effet des vestiges d'établissements humains, datant d'une époque où les

populations étaient déjà plus ou moins sédentaires, mais où elles ne

savaient pas encore construire de vraies maisons: ces restes sont

beaucoup trop importants pour être ceux de simples campements

provisoires et passagers, et contiennent des quantités de détritus qui

ont dû mettre fort longtemps à s'amonceler. D'un autre côté on ne

rencontre pas dans ces monticules de décombres la moindre trace de mur,

ni en pierre, ni en briques crues, ni même en terre pilée: les

constructions devaient donc être très légères, en bois ou même en

branchages, de simples huttes du modèle le plus primitif, suffisantes du

reste dans un climat aussi chaud.

Ces amas de détritus ne renferment guère d'objets en bon état, à part

quelques outils de silex, mais ils nous livrent des renseignements très

importants sur la vie même de ces peuplades de l'Egypte prédynastique;

os d'animaux d'après lesquels on peut, en partie, reconstituer la faune

de l'Egypte à cette époque, excréments de bestiaux montrant qu'on

s'occupait d'élevage, traces de céréales grâce auxquelles nous apprenons

qu'on connaissait déjà l'agriculture. Ces documents qui ont si peu

d'apparence et paraissent négligeables sont donc extrêmement précieux,

puisqu'ils font connaître les occupations ordinaires, la nourriture, la

vie privée des premiers Egyptiens.

_Tombeaux_

Si nous ne connaissons qu'un petit nombre de ces restes de villages,

dont la plupart ont dû entièrement disparaître ou bien sont trop peu

apparents pour qu'on puisse les distinguer, nous avons en revanche une

quantité considérable de sépultures appartenant à la même époque. Ces

tombes ne sont jamais isolées, mais forment des nécropoles plus ou moins

vastes, situées elles aussi au bord du désert, près des terrains

cultivés, donc à proximité immédiate des habitations des vivants: en

effet, chaque fois que nous reconnaissons l'emplacement d'un

kjoekkenmoedding, nous sommes sûrs de trouver à peu de distance,

quelques centaines de mètres à peine, un cimetière qui est

vraisemblablement celui des habitants du village.

[Illustration: _Fig. 30._ Tombeau prédynastique (d'après AYRTON.

_El-Mahasna_, pl. VI, fig. _26_).]

Ces nécropoles d'un type tout spécial ont très longtemps passé

inaperçues et elles semblent en effet, au premier abord, fort difficiles

à reconnaître. C'est avec le jour frisant du soir ou du matin qu'on peut

le mieux distinguer ces groupes de dépressions très légères, à peine

perceptibles en plein soleil, qui sont à la surface plus ou moins

inégale du terrain le seul indice extérieur des tombeaux archaïques. Les

sépultures sont de simples fosses creusées dans les bancs de cailloux

roulés qui s'étendent au pied de la montagne et qui forment un terrain

suffisamment consistant pour qu'il ne fût pas nécessaire de soutenir,

au moyen d'un mur ou d'un enduit, les bords de l'excavation: leur forme

générale est irrégulière, à peu près ovale ou même presque ronde, et

leur profondeur d'un mètre à deux au plus, tandis que l'ouverture

dépasse à peine un mètre cinquante dans sa plus grande dimension. A côté

de celles-là il en existait de plus grandes, à peu près rectangulaires

et atteignant jusqu'à quatre mètres sur deux, sans que la profondeur en

soit augmentée. Après l'ensevelissement, les grandes comme les petites

fosses étaient simplement comblées avec du sable et des galets et se

confondaient avec le terrain environnant; il n'y a jamais la moindre

superstructure, pas même une pierre tombale.

[Illustration: _Fig. 31._ Tombeau prédynastique (d'ap. J. de MORGAN.

_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _464_).]

Les dimensions des petites tombes, qui sont de beaucoup les plus

nombreuses, ne permettaient pas d'y déposer le mort étendu tout de son

long, comme on le fit plus tard pour les momies aux époques historiques;

les coutumes funéraires étaient en effet très différentes et nous

pouvons distinguer deux stages, deux modes d'ensevelissement qui

semblent correspondre à deux périodes. Dans les plus anciennes

sépultures, le mort est couché sur le côté gauche, dans la position

dite embryonnaire ou assise, c'est-à-dire avec les membres repliés de

manière que les mains se trouvent devant la figure, les genoux à la

hauteur de la poitrine et les pieds près du bassin. Etant donnée

l'orientation des tombeaux, qui du reste n'est pas partout

rigoureusement exacte, la tête est généralement au sud la face tournée

vers l'ouest.

[Illustration: _Fig. 32._ Tombeau prédynastique (d'après J. de MORGAN.

_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _468_).]

Le deuxième mode d'inhumation, qui paraît être un peu plus récent,

quoique appartenant toujours à la période prédynastique, est beaucoup

plus curieux: ici, et la chose a été constatée dans de très nombreuses

tombes, le corps était entièrement démembré avant d'être déposé dans la

fosse; les os ne sont ni cassés ni coupés, mais ils sont placés

pêle-mêle, et souvent il en manque un certain nombre. Il ne s'agit pas

d'un dépècement du mort au moment du décès, ni de cannibalisme, comme on

pourrait le croire, mais d'une coutume qui se retrouve ailleurs qu'en

Egypte, dans tout le bassin de la Méditerranée, en Crète, dans les îles

de l'Archipel, au sud de l'Italie, celle de l'inhumation secondaire: on

enterrait provisoirement le mort, puis au bout de deux ou trois ans,

quand les chairs s'étaient putréfiées et désagrégées, on l'exhumait et

on rassemblait les os pour les déposer dans le tombeau définitif. La

transition entre ces deux coutumes funéraires, qui paraissent si

différentes, est marquée par certaines tombes où le corps est replié et

couché sur le côté, mais où la tête est séparée du tronc et posée

n'importe où, à côté du bassin, par exemple. Les vertèbres étant

intactes, il ne peut être question de décapitation brutale, mais il

s'agit sans doute simplement d'inhumations secondaires où l'on n'avait

pas pratiqué la désarticulation complète.

Avant de les déposer dans le tombeau, on cousait les corps dans des

peaux de gazelle ou bien on les enveloppait dans des nattes de jonc; sur

quelques os, on a même relevé des traces de bitume, et nous pouvons sans

doute reconnaître dans ce fait la première tentative de momification.

Dans les tombes à inhumation secondaire, les cadavres démembrés étaient

parfois enfermés dans de très grands vases larges du bas, avec une

petite ouverture seulement à la partie supérieure, ou dans de vraies

cistes rectangulaires en argile crue. Ailleurs un vase d'une forme toute

différente, sorte d'immense coupe très profonde, est posé à l'envers sur

le corps replié et le recouvre complètement. Enfin, quelques-unes des

grandes tombes renfermaient non pas un seul, mais deux et même trois

cadavres, simplement posés les uns sur les autres, et dans les

sépultures à inhumation secondaire on rencontre quelquefois deux crânes

et un nombre d'os très insuffisant pour former deux corps, ou le

contraire.

Si, dans la plupart des nécropoles, les tombes à corps replié sont

nettement séparées de celles à corps démembré, il en est d'autres où les

divers types de sépulture sont mélangés, aussi ne pouvons-nous savoir

avec une certitude absolue si ces deux modes d'inhumation appartiennent

à deux races ou à deux époques différentes. Il semble cependant que nous

devions adopter la deuxième hypothèse plutôt que la première, bien que

les anthropologistes ne soient pas encore arrivés à des résultats très

concluants au sujet de la question des races. Les os sont presque

toujours bien conservés, et on a recueilli une très grande quantité de

crânes en bon état, dont beaucoup même portent encore leurs cheveux, et

qui peuvent être l'objet de mensurations très exactes, aussi

pouvons-nous avoir l'espoir d'être une fois au clair sur cette question

si importante.

_Mobilier funéraire_

Le mobilier funéraire est plus ou moins riche suivant les tombes, et

comporte des objets de plusieurs espèces disposés au fond de la fosse,

autour du mort. Le choix même de ces objets montre clairement que ces

Egyptiens d'avant l'histoire se faisaient déjà des idées très précises

sur la vie d'outre-tombe et croyaient à la survivance, sinon de l'âme,

du moins de la personnalité des défunts: pour leur assurer la

subsistance matérielle, la nourriture, on mettait à côté d'eux des vases

contenant des vivres, des grains, des viandes, et sans doute aussi de

l'eau ou d'autres liquides dont nous ne retrouvons naturellement plus

trace; des armes leur permettaient de lutter contre les ennemis qu'ils

pouvaient rencontrer dans l'autre monde, et des ornements de corps, de

se parer comme ils le faisaient sur la terre.

Les vivres que le mort emportait avec lui dans la tombe étaient surtout

des viandes, et spécialement des têtes et des gigots de gazelle, dont on

retrouve fréquemment les os à côté du squelette du défunt; les végétaux

sont moins bien conservés, mais on reconnaît encore au fond des vases,

et surtout des vases en terre grossière, des traces non équivoques de

céréales, d'orge en particulier. Ces renseignements ne font du reste que

confirmer ceux que nous donnent les kjoekkenmoeddings.

On ne trouve pas des armes dans tous les tombeaux, et dans ceux qui en

contiennent, elles ne sont jamais qu'en petit nombre; généralement même

il n'y en a qu'une seule, placée à portée de la main du mort, devant sa

figure. Ces armes sont par contre d'une grande beauté et d'une exécution

très supérieure à celle des silex qu'on trouve à la surface du sol: ce

sont le plus souvent de longues lances droites finement retouchées qui

pouvaient servir de poignards, des couteaux légèrement recourbés, au

tranchant très affilé, des pointes de lances ou de javelots à double

pointe et à tranchant, ou de forme lancéolée, et parfois des pointes de

flèches. Les outils tels que racloirs, grattoirs, poinçons, sont très

rares dans les tombes, mais, par contre, on trouve des instruments de

pêche, comme des harpons, et ce fait permet de supposer que les armes

données au mort étaient destinées, non seulement à le mettre à même de

réduire par la force les ennemis qui pouvaient se trouver sur son

chemin, mais surtout à lui permettre de chasser et de pêcher dans

l'autre monde, tant pour assurer sa subsistance que comme délassement.

[Illustration: _Fig. 33._ Couteau en silex (d'après J. DE MORGAN.

_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _128_).]

Les objets d'ornement sont abondants, mais presque toujours très

simples, exécutés de façon sommaire dans des matières qui n'ont rien de

précieux: ainsi les colliers à plusieurs rangs qui tombaient sur la

poitrine étaient composés de perles irrégulières de forme et de

grosseur. Ces perles, en terre cuite, en calcaire, en pierres dures,

telles que la cornaline, l'agate, le silex, étaient presque toujours

travaillées de façon grossière et malhabile; on en trouve aussi qui sont

faites de morceaux de coquilles ou de petits oursins fossiles, percés

d'un trou. Les bracelets sont plus soignés, ils sont soit en nacre, soit

en ivoire, et on les obtenait en sciant la partie inférieure d'une dent

d'éléphant à l'endroit où elle est creuse, ou le bas d'une grande

coquille univalve de la famille des trochidés; d'autres enfin sont en

silex, évidés avec une dextérité qui montre jusqu'à quel point ces

populations avaient poussé l'industrie de la pierre taillée. Les femmes

portaient des peignes hauts et étroits en ivoire ou en os, dont la

partie apparente, au-dessus de la chevelure, était généralement

surmontée d'une figure ornementale. Enfin un certain nombre de

pendeloques, percées d'un trou, également en os ou en ivoire, parfois en

pierre, servaient en même temps d'ornements et d'amulettes.

[Illustrations: _Fig. 34-36._--Plaques de schiste (d'après PETRIE.

_Diospolis parva_, pl. XI et XII).]

Dans beaucoup de sépultures on voit à côté de la tête du mort une plaque

en schiste vert qui affecte les formes les plus diverses; les unes sont

taillées en losange, en rectangle ou en carré, les autres découpées de

manière à imiter le profil d'un animal, hippopotame, tortue, poisson,

oiseau. La signification de ces objets est encore très incertaine, bien

que d'habitude on les considère comme des palettes à broyer le fard vert

qu'hommes et femmes se mettaient autour des yeux, à cause d'une petite

dépression qui existe en effet sur certaines des plaques en losange et

qui contient parfois des traces de couleur verte; la forme étrange

donnée à beaucoup de ces plaques, le fait qu'elles sont percées d'un

trou de suspension, les décorations animales gravées à la pointe, qui

les ornent quelquefois, et surtout l'analogie avec les grandes plaques

de schiste d'époque thinite, qui étaient couvertes de sculptures et se

trouvaient déposées dans les sanctuaires et non dans les tombes,

m'engagent à y voir des talismans ou des sortes de fétiches plutôt que

des objets usuels.

C'est sans doute aussi à titre de talisman qu'on déposait parfois dans

les tombes des figurines d'hippopotame en argile: le monstre mis ainsi

au service du mort pouvait lui rendre bien des services et le protéger

de bien des dangers.

_Céramique_

C'est également des tombeaux que sont sorties ces séries

extraordinairement complètes de vases qui nous permettent d'établir une

certaine classification dans la période prédynastique, ou tout au moins

de suivre en quelque mesure le développement de la civilisation. Toute

cette céramique, qui est particulière à l'Egypte et qu'on ne peut

comparer à celle d'aucun autre pays, dénote, dès l'apparition des plus

anciens exemplaires, une habileté remarquable et une longue pratique du

métier chez les potiers égyptiens: les vases sont absolument réguliers

de forme et d'épaisseur et il faut un examen minutieux pour arriver à

reconnaître qu'aucun n'a été fait au tour et que tous sont modelés à la

main.

[Illustrations: _Fig. 37-41._ Vases rouges à bord noir (d'après AYRTON.

_El-Mahasna_, pl. XXVIII et XXX).]

Le plus ancien type est celui de la poterie rouge à bord noir, qui est

extrêmement fréquent et comprend des vases de plusieurs formes: la coupe

profonde, le gobelet, le vase ovoïde à fond plat ou pointu, à large

ouverture. Ces vases sont faits en une sorte d'argile très fine mélangée

de sable, enduits à l'extérieur d'une légère couche d'hématite et

lissés au polissoir, puis cuits dans un feu doux, posés l'ouverture en

bas sur les cendres du fourneau; la cuisson faite de cette manière donne

une pâte légère et friable; la couverte exposée à une chaleur plus forte

près de l'orifice se désoxyde en cet endroit et devient d'un beau noir

très brillant, tandis que le reste du vase garde la teinte rouge foncé.

[Illustrations: _Fig. 42-46._ Poterie rouge (d'après AYRTON.

_El-Mahasna_, pl. XXXI et XXXII, et PETRIE. _Diospolis parva_, pl.

XIV).]

La poterie rouge uniforme est exactement semblable à l'autre comme

matière, mais le procédé de cuisson, un peu différent, empêche la

formation du bord noir; tout le vase reste alors extérieurement d'une

couleur absolument régulière, d'un beau rouge lustré. Ce type de poterie

qui est, à peu de chose près, contemporain du type rouge à bords noirs,

présente des formes un peu différentes: à côté de l'écuelle creuse et du

vase ovoïde, on trouve la bouteille ventrue à fond plat et à col étroit

et le petit vase globulaire. A un certain moment, on employa ce genre de

céramique pour faire des vases de formes bizarres, les uns aplatis, les

autres jumelés, d'autres encore en forme de poisson ou d'oiseau; ce ne

fut du reste là qu'une mode qui ne se prolongea que sur une période

assez brève.

[Illustrations: _Fig. 47-49._ Vases rouges à décor blanc (d'après J. DE

MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, pl. II et III).]

Un autre dérivé de cette céramique rouge, qui est presque aussi ancien

qu'elle mais ne dura pas aussi longtemps, est la céramique rouge à décor

blanc. Le fond est toujours d'un beau rouge lustré sur lequel se

détache, en lignes blanches mates, une ornementation empruntée au

travail de la vannerie, chevrons, lignes pointillées et entre-croisées,

et parfois même quelques représentations animales très sommaires. Les

formes employées de préférence pour ce genre de poterie sont les coupes

profondes, arrondies ou à fond plat, et les vases allongés, renflés à la

partie inférieure, parfois très étroits du haut.

[Illustration: _Fig. 50_ et _51_. Vases à cordon (d'après AYRTON.

_El-Mahasna_, pl. XXXIII).]

La poterie blanche, qui est en réalité plutôt d'un jaune rosé est plus

récente et se perpétue jusqu'à l'époque thinite. La pâte en est plus

fine, en argile moins mélangée de sable, la cuisson meilleure; quant aux

formes elles sont peu variées. Il n'y a en somme guère qu'un type, qui

va en se transformant progressivement: les vases les plus anciens sont

presque globulaires avec une ouverture très étroite et deux petites

saillies serpentant sur la panse et formant anses. Peu à peu, la panse

se rétrécit, l'ouverture s'agrandit, les saillies s'allongent et se

rejoignent pour former un cordon circulaire en relief et finalement le

vase devient cylindrique. Parfois il est décoré de traits rouges

entre-croisés.

[Illustrations: _Fig. 52-54._ Vases peints (d'après J. DE MORGAN.

_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, pl. V et VII).]

[Illustration: _Fig. 55._ Vase peint (d'ap. PETRIE. _Naqada and Ballas_,

pl. XXXIV, no _45_).]

La classe la plus intéressante de la céramique archaïque est

certainement celle des vases décorés de peintures rouges, qui sont

semblables comme pâte et comme cuisson à ceux de la catégorie

précédente, mais dont la facture est plus soignée et les formes

différentes. Ces vases sont globulaires, souvent presque aussi larges

que hauts, avec un fond plat, une ouverture assez large et de toutes

petites anses percées d'un trou servant à les suspendre; d'autres sont

sphéroïdes, un peu aplatis, et munis des mêmes petites anses. Ces

derniers, décorés de cercles concentriques ou de points rouges, imitent

les vases en pierre dure que nous voyons rarement à cette époque mais

que nous retrouverons à la période thinite en grande abondance, tandis

que les autres, qui portent de petits traits horizontaux ou des lignes

droites ou sinueuses, rappellent plutôt les ouvrages en vannerie. Enfin

sur les plus grands de ces vases, on trouve une décoration d'un

caractère tout différent, mais toujours tracée en rouge au pinceau, avec

une assez grande sûreté de main: ce sont soit des végétaux, des aloès

plantés dans des vases, soit des théories d'animaux, autruches ou

chèvres sauvages, soit encore des représentations qui paraissent figurer

de grands bateaux avec leurs rames, leurs enseignes, leurs

superstructures, plutôt que, comme on l'a cru, des villages ou des

fermes.

[Illustrations: _Fig. 56 et 57._ Poterie grossière (d'ap. J. DE MORGAN.

_Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _425_ et _433_).]

Il faut encore citer deux autres classes de poteries, et d'abord celle

des vases en terre brunâtre grossière, façonnés sans grand soin pour les

usages de la vie courante, et qui affectent diverses formes; on ne voit

guère ces pots et ces cruches que dans les derniers temps de la période

archaïque. Quant aux vases en terre noire ou brun foncé, à décor incisé

et rempli d'une pâte blanchâtre, dont on ne trouve que de rares

exemplaires en Egypte, à cette époque aussi bien que sous l'Ancien et le

Nouvel Empire, ils n'ont rien d'égyptien, mais appartiennent à un type

connu, répandu surtout dans les pays au nord de la Méditerranée. Il

s'agit donc d'objets d'importation dont ni la matière, ni la facture, ni

la décoration en lignes droites irrégulières et en points, n'ont de

rapport avec quoi que ce soit qui provienne de la vallée du Nil.

Nous avons vu des vases en terre, de forme globulaire ou sphéroïde dont

la décoration prétendait imiter la matière de ces vases en pierre dure

que nous trouverons en grande abondance sous les deux premières

dynasties. Ces vases de pierre devaient donc nécessairement exister à la

période prédynastique, mais ceux qui nous sont parvenus sont en nombre

extrêmement restreint. C'étaient sans doute des ustensiles très

précieux, et cette raison suffit pour expliquer les imitations peintes.

Par contre, les matières moins dures que le porphyre ou le basalte et

qui se laissent plus facilement travailler, comme le calcaire et

l'albâtre, sont déjà d'un emploi très fréquent, et les indigènes y ont

taillé avec habileté des vases cylindriques et des coupes de toutes

formes et de toutes dimensions.

B. CIVILISATION

Après avoir ainsi passé en revue les nombreux documents que nous

possédons maintenant sur la période archaïque, il nous reste à voir

quels sont les renseignements utiles que nous pouvons en tirer pour la

connaissance des Egyptiens prédynastiques et de l'état de leur

civilisation.

_Le pays_

Aujourd'hui la vallée du Nil forme une longue et étroite plaine de

terres cultivables, bordée des deux côtés par le désert ou la montagne;

tout le terrain irrigable est utilisé et uniformisé. Cet état est dû non

seulement au Nil fertilisateur, mais encore et surtout à la main des

hommes qui, après des siècles de travail, sont arrivés à rendre

productif jusque dans ses moindres recoins leur fertile petit pays. Il

n'en était pas ainsi aux époques primitives, et l'aspect de la contrée

devait être, quoique dans le même cadre, absolument différent. Le Nil

avait commencé par serpenter au fond de la vallée, sans cours fixe,

coulant alternativement sur un bord ou sur l'autre; ce n'est que peu à

peu qu'il se fraya une voie plus régulière au milieu des alluvions qu'il

avait lui-même apportées. Le limon qu'il amenait avec lui chaque année

se répandait bien sur toute la surface des terres inondées, mais grâce

au sable et aux galets qu'il charriait en même temps et qui se

déposaient dans le courant même du fleuve, son lit s'élevait

graduellement, laissant ainsi en bordure de la vallée des terrains en

contre-bas où se formaient de véritables marais remplis à nouveau chaque

année par l'inondation; là se développait une végétation luxuriante de

plantes d'eau, roseaux, papyrus, lotus, et, sur les bords, de vraies

forêts d'arbres de toute espèce. Toute cette zone lacustre entretenait

dans le pays, aujourd'hui si sec, une humidité permanente qui devait lui

donner un caractère tout différent et le faire ressembler à ce qu'est

maintenant le Haut Nil, le Nil des régions tropicales. Le climat du

reste n'était pas non plus exactement le même qu'aujourd'hui, il devait

être sensiblement plus chaud, car à côté des animaux qui vivent encore

en Egypte et de ceux qui s'en sont retirés depuis peu, comme

l'hippopotame et le crocodile, on y trouvait encore, à ces époques

reculées, l'éléphant, la girafe et l'autruche.

Pour la faune et la flore, l'Egypte, qui n'a plus maintenant que ses

cultures et son désert, est un des pays les plus pauvres du monde, mais

il n'en était certainement pas de même autrefois, grâce à ces régions

fertiles et sauvages en même temps, que l'homme primitif ne pouvait

encore utiliser autrement que pour la chasse et la pêche, et où se

développaient librement les plantes et les animaux les plus variés.

_La race_

Histoire de la civilisation égyptienne des origines à la conquête d'Alexandre · 第 4 / 19 段