[Illustration: _Fig. 13._ Les enfants d'Horus (d'après BUDGE. _Pap. of

Ani_, pl. VIII).]

[Illustration: _Fig. 14._ Poignard en silex (d'après J. de MORGAN.

_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _174_).]

CHAPITRE III

L'ÉGYPTE ARCHAÏQUE

Les grands travaux exécutés dans la vallée du Nil au cours du siècle

dernier avaient amené la découverte d'un tel nombre de monuments datant

des époques historiques, édifices, sculptures, peintures, objets d'art,

inscriptions, instruments de toute sorte, que l'attention des

égyptologues devait nécessairement se concentrer sur ces restes

pharaoniques et ne pas aller chercher plus loin des documents dont,

malgré leur abondance considérable, on connaissait à peine l'existence

et dont surtout on ne pouvait encore soupçonner la valeur. On se

contentait de relever les grands monuments apparents, temples ou

tombeaux, de fouiller des nécropoles riches et le plus souvent bien

connues, on ne se livrait pas encore à une exploration méthodique du

pays et l'on n'accordait aucune attention à des objets sans grande

apparence, les silex taillés, que dans d'autres contrées on recueille

avec tant de soin et qu'ici on ne se donnait même pas la peine de

ramasser. Il est vrai cependant que des archéologues, comme Arcelin et

le Dr Hamy, au cours d'un voyage dans la vallée du Nil, en avaient réuni

un certain nombre et avaient cru pouvoir parler du préhistorique

égyptien et d'un âge de la pierre, d'après ces documents qui étaient du

reste trop insuffisants pour qu'on pût en tirer des conclusions

sérieuses; les égyptologues n'eurent donc pas de peine à leur prouver de

la façon la plus péremptoire que ces instruments n'avaient rien de

préhistorique: n'avait-on pas, en effet, trouvé des silex taillés dans

des tombes de la XIIme dynastie?

La question semblait donc jugée et, si invraisemblable que cela paraisse

maintenant, on croyait qu'il n'existait en Egypte aucun monument, aucun

objet datant d'une époque antérieure à celle du fabuleux Ménès: les deux

premières dynasties humaines n'ayant laissé aucune trace autrement que

dans la tradition, à plus forte raison la période qui les précédait

devait-elle rester à jamais inconnue. On devait cependant admettre que

dans un pays où tout se conserve, comme l'Egypte, il eût été naturel

qu'on retrouvât quelque chose au moins des débuts d'une civilisation

aussi originale, et on en était venu, pour expliquer en une certaine

mesure cette lacune apparente, à émettre l'hypothèse que les ancêtres

directs des Egyptiens avaient pu se développer ailleurs, dans le

Bahr-bela-mà, par exemple, le fleuve sans eau, une vallée du désert

libyque, ou bien dans le pays des Somâlis ou plus loin encore. Par

conséquent, et malgré les affirmations catégoriques des Egyptiens

d'époque historique, la civilisation égyptienne ne pouvait être

autochtone: une lacune insondable devait précéder l'histoire, il ne

pouvait être question de paléolithique ni de néolithique, l'Egypte

n'avait jamais connu l'âge de la pierre, et tout au plus pouvait-on

considérer les premières dynasties comme appartenant à la période du

bronze.

On en était là quand, vers 1896, cette théorie simpliste reçut de

plusieurs côtés à la fois un choc qui devait non seulement l'ébranler,

mais l'enterrer à tout jamais. A ce moment, des fouilles entreprises

dans des endroits encore inexplorés vinrent révéler à MM. Petrie et

Amélineau l'existence de civilisations très différentes de celles qu'on

connaissait, tandis que les recherches plus méthodiques de M. de Morgan

l'amenaient à la certitude qu'il s'agissait là d'une révélation

inattendue, celle du préhistorique égyptien auquel personne ne voulait

croire. Du même coup l'on voyait réapparaître les premiers habitants du

pays avec leurs armes de silex, leur céramique très particulière, leurs

tombeaux et même leurs villages, et les rois des deux dynasties encore

inconnues, avec le métal et les premiers monuments de l'écriture

hiéroglyphique. Les preuves étaient si évidentes qu'en peu de temps tous

les égyptologues se rallièrent aux nouvelles théories établies par M. de

Morgan, les confirmèrent et les complétèrent par d'autres recherches, si

bien que maintenant on peut se rendre compte de façon à peu près

certaine de ce qu'étaient les plus anciens occupants de la vallée du

Nil.

L'époque préhistorique ne se présente pas en Egypte, comme dans nos pays

européens, avec des divisions nettement marquées qui sont caractérisées

par les procédés employés dans la fabrication des armes et des outils et

par la forme même de ces derniers. A peine peut-on faire un groupe

distinct pour les instruments les plus anciens et les plus

rudimentaires, qui correspondent à peu près comme type et comme taille

à notre Chelléen, mais à partir de cette époque très reculée, tous les

silex présentent à peu de chose près le même caractère: si nous les

comparons aux silex européens, ils pourraient se ranger aussi bien dans

les séries paléolithiques que dans le néolithique. Les noms de

Moustérien, Solutréen, Magdalénien, qui s'appliquent chez nous à des

périodes bien définies, très différentes les unes des autres, ne

correspondent à rien en Egypte, et leur emploi n'aurait aucune raison

d'être pour tout ce qui concerne les origines de ce pays.

Si donc nous mettons à part une première période, celle du paléolithique

proprement dit, une civilisation qui a dû être interrompue brusquement

par un cataclysme quelconque, nous trouvons ensuite des séries de

monuments préhistoriques qui, malgré leur grande variété, présentent une

parfaite homogénéité. Les seules différences que nous pouvons remarquer

dans la fabrication des outils de pierre sont de nature purement locale,

ainsi les silex du Fayoum ne sont pas les mêmes que ceux de Negadah, pas

plus que ceux d'Hélouan ne ressemblent à ceux d'Abydos ou d'autres

endroits, mais il n'y a pas lieu de tirer de ce fait des conclusions au

point de vue chronologique, car rien ne peut faire croire que les uns

soient antérieurs aux autres. Les ateliers employaient des procédés

légèrement différents, et surtout des modèles qui variaient d'un endroit

à l'autre; les uns, dans les lieux où les habitants se livraient

principalement à la chasse ou à la pêche, faisaient surtout des armes,

couteaux, pointes de lances, de javelots ou de flèches, tandis que les

autres, dans les centres agricoles, fabriquaient plutôt des outils, mais

ces différences sont de nature géographique et non historique, et on ne

peut en tenir compte pour scinder la période quaternaire en un plus ou

moins grand nombre d'époques distinctes.

L'évolution de la céramique, chez les peuples primitifs, suit toujours

une marche parallèle à celle des instruments de pierre, et l'on peut,

par ce moyen, contrôler les conclusions fournies au point de vue

historique par l'étude de la forme et des procédés de fabrication des

silex. Il en est de même en Egypte, c'est-à-dire que dans le domaine de

la céramique archaïque, on remarque bien un développement, un progrès,

mais cette transformation est lente, graduelle, sans secousses. Les

anciens modèles cèdent la place à de nouveaux, mais pas de façon

brusque; ils coexistent pendant longtemps et se retrouvent les uns à

côté des autres dans les mêmes tombes. On peut arriver à constater que

tel type est plus ancien que tel autre, on ne peut dire qu'il

caractérise une époque ou une phase de la civilisation préhistorique. La

céramique égyptienne est du reste tout à fait spéciale et très

différente de toutes celles qu'on rencontre en Europe aux époques

primitives, aussi n'y retrouve-t-on aucun des caractères spécifiques qui

permettent aux préhistoriens de classer ces dernières: les potiers

égyptiens avaient poussé cet art à un haut degré de perfection dès les

plus anciens temps, et nous leur devons des séries très variées, tant au

point de vue de la technique que de la forme et de la décoration.

La céramique, qui est un des éléments les plus importants pour la

classification des restes préhistoriques, ne donne donc lieu ici à aucun

rapprochement, et nous devons nous en tenir aux données que nous

fournissent les armes et les outils de pierre; or nous avons vu que tous

ces objets sont en pierre taillée et qu'ils se rattachent, pour les

formes comme pour les procédés de taille à nos instruments

paléolithiques et néolithiques en silex, tout spécialement aux types du

Solutréen et du Moustérien. Ce qui caractérise chez nous la période

néolithique, l'âge de la pierre polie, manque absolument en Egypte: on

a récolté dans ce pays, pendant ces dernières années, des centaines de

mille et peut-être des millions de silex, et dans cette masse énorme on

aurait peine à trouver cent haches polies, ou autres outils pouvant

rentrer dans la même catégorie. Nous ne constatons cependant aucune

solution de continuité entre la période dite préhistorique et celle des

débuts de l'histoire, aussi pouvons-nous dire avec certitude que non

seulement il n'y a pas de divisions spéciales à établir dans l'époque

paléolithique, mais qu'il n'y a même pas lieu de distinguer celle-ci de

l'âge néolithique. Si donc nous devions conserver ces deux noms qui ont

une certaine valeur pratique pour la classification, il faudrait leur

donner, pour tout ce qui concerne l'Egypte, un sens un peu différent de

celui qu'ils ont pour l'Europe, réserver le mot paléolithique aux objets

les plus anciens, à ceux qui pour la forme et la facture se rapprochent

du chelléen, et ranger tout le reste dans l'âge néolithique ou même

plutôt énéolithique qui précède immédiatement l'âge historique.

Dans nos pays septentrionaux, où le développement des peuples suivit une

marche toute différente, on range encore dans le préhistorique la

période des métaux et l'on fait succéder l'âge du cuivre, l'âge du

bronze, puis l'âge du fer, à celui de la pierre. Ici il n'y a aucune

distinction semblable à établir puisque les dynasties thinites suivent

immédiatement l'âge de la pierre, sans aucune transition apparente: les

Egyptiens prédynastiques sont déjà en possession des métaux, ou tout au

moins du cuivre qu'ils emploient presque sans alliage et qu'ils arrivent

peu à peu à travailler avec la plus grande habileté, en même temps

qu'ils poussent l'industrie du silex à un degré de perfection qui ne fut

atteint en aucun endroit du monde. C'est donc au cours de l'époque

précédant immédiatement l'histoire que les Egyptiens apprirent à

connaître le cuivre, dont l'usage ne remplaça que très lentement celui

de la pierre taillée; c'est aussi tout à fait graduellement que les

métallurgistes arrivèrent à doser les alliages grâce auxquels ils

devaient obtenir le bronze, très supérieur au cuivre pur. Quant au fer,

nous n'avons aucun document qui nous permette de fixer l'époque à

laquelle il fut introduit dans la vallée du Nil. Il n'y a donc en Egypte

ni âge du cuivre, ni âge du bronze, ni âge du fer, à proprement parler:

la première de ces trois divisions se confond avec la période

prédynastique, et les deux autres, qui ne sont pas nettement

caractérisées, appartiennent à l'époque historique.

Ménès, le fondateur de la monarchie pharaonique, symbolise pour nous le

début d'une civilisation nouvelle, l'organisation définitive du pays, et

les premiers documents écrits qui paraissent à ce moment-là, montrent

bien qu'une ère nouvelle commence. La transformation ne s'opéra

cependant pas d'une façon subite dans tous les domaines, elle se fit

graduellement, lentement, comme dans les périodes précédentes, car

l'Egypte a toujours été et sera sans doute toujours le pays le moins

révolutionnaire qu'il y ait au monde. Dans la vie civile surtout, que

nous connaissons fort bien, puisque une grande quantité d'objets de

toute sorte nous sont parvenus, le progrès est presque insensible, la

céramique est à peu près la même qu'auparavant, à peine un peu détrônée

par l'usage toujours plus répandu des vases de pierre, et l'on devait

continuer pendant de longs siècles encore à fabriquer des armes et des

outils en silex, bien qu'on connût déjà fort bien les instruments de

métal, dont la supériorité était évidente. Enfin, si les rois et les

grands personnages commencent à se faire construire des tombeaux

monumentaux et adoptent des coutumes funéraires plus compliquées, les

populations rurales continuent à creuser à la limite des sables du

désert de petites fosses pour leurs morts, qu'ils ensevelissent

accroupis et couchés sur le côté, ou démembrés complètement, avec le

même mobilier funéraire que par le passé.

J'ai employé jusqu'ici, pour désigner les âges primitifs de l'Egypte, le

mot de préhistorique, mais, en ce qui concerne ce pays, ce mot a une

signification trop précise et indique une scission trop nette avec le

temps où commence l'histoire proprement dite; or, comme nous l'avons vu,

cette scission n'existe pas en Egypte. Le terme d'âge de pierre ne

convient pas non plus, puisque l'emploi des instruments de silex est

encore constant sous les premières dynasties et se perpétue jusqu'au

Moyen Empire. J'adopterai donc dorénavant un terme plus élastique et

dont le sens est néanmoins très clair, celui de _période archaïque_,

qu'on emploie maintenant de préférence, et je diviserai cette période en

deux groupes comprenant, l'un, les âges les plus anciens, l'_éolithique_

et le _paléolithique_, l'autre, l'époque beaucoup plus connue, précédant

immédiatement les dynasties, et qu'on peut appeler _prédynastique_.

_I. PALÉOLITHIQUE_

Les vestiges des tout premiers habitants de l'Egypte sont rares et

incertains. La tendance actuelle est de rechercher partout la trace de

l'homme tertiaire; à défaut de preuves absolument convaincantes de son

existence, comme le serait la découverte d'un squelette dans une couche

géologique appartenant à cette période, on voudrait retrouver des

indices de son activité sur la terre, aussi a-t-on créé la classe des

_éolithes_, les instruments de l'homme antérieur à l'âge paléolithique.

Ces éolithes sont de simples galets de silex ou des éclats accidentels

sur lesquels on remarque ou croit remarquer des traces d'usage, et qui

auraient été les premiers instruments de l'homme alors qu'il ne savait

pas encore tailler la pierre et devait se contenter des éclats naturels,

plus ou moins appropriés à ses besoins, qu'il trouvait sur le sol. Ce

n'est pas ici le lieu de discuter cette théorie toute générale, qui est

encore très sujette à controverse; nous nous bornerons à constater

qu'elle a aussi été appliquée à l'Egypte et qu'on a recueilli dans ce

pays un certain nombre d'échantillons de ces éolithes qui ont évidemment

pu être employés par des hommes encore à l'état de sauvagerie, comme

marteaux, grattoirs ou couteaux, bien que rien ne le prouve de façon

absolue.

[Illustration: _Fig. 15-18._ Instruments paléolithiques (d'après J. de

MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _17_, _24_,

_20_, _31_).]

Les silex taillés du type chelléen se retrouvent non seulement en

Europe, mais un peu partout, en Palestine, aux Indes, chez les Touaregs;

on en rencontre aussi en Egypte, sinon en grande abondance, du moins

assez fréquemment. L'objet le plus caractéristique de cette époque est,

ici comme dans les autres gisements, le coup-de-poing, un grand galet de

silex amygdaloïde, sur lequel on a enlevé par percussion de gros éclats,

de manière qu'une des extrémités forme une pointe plus ou moins

prononcée, tandis que l'autre reste arrondie et épaisse, et sert de

poignée. A côté de cet instrument qui en même temps est une arme

dangereuse, on trouve encore des outils plus petits, ayant pu servir de

hachettes ou de racloirs; et surtout des pointes ou poinçons, parfois

très aigus, du même travail un peu rudimentaire, sans retouches fines.

Ces silex se trouvent soit à la surface du sol, sur les plateaux

couronnant les premiers contreforts du désert et au sommet des petits

monticules qui sont situés un peu au-dessous, soit dans les alluvions

entraînées par les pluies jusque dans la vallée, très rarement dans la

zone sablonneuse qui sépare les terres cultivables de la montagne. On en

a découvert depuis les environs de la 1re cataracte jusque près du

Caire, ainsi que sur les routes qui conduisent à travers le désert vers

les oasis, et enfin, ce qui est plus important au point de vue de la

date, dans les alluvions très anciennes, contemporaines du commencement

de l'époque quaternaire, qui est en effet le moment où l'on place l'âge

chelléen. D'après la position où ont été trouvés ces silex, on pourrait

conclure que les Egyptiens primitifs habitaient de préférence, non pas

dans la vallée même, mais sur les monticules avoisinants et sur la crête

des montagnes peu élevées qui bordent le désert. Nulle part on ne voit

de traces d'habitations construites; ils devaient donc vivre soit en

plein air, soit sous de légers abris en branchages. C'est sur ces

plateaux, où les indigènes trouvaient en abondance les rognons de silex

qui servaient à la fabrication de leurs outils, qu'ils établissaient

leurs ateliers de taille: ainsi le plateau qui sépare la Vallée des Rois

du cirque de Deir-el-Bahari, en face de Louxor, où l'on trouve encore en

quantité des éclats n'ayant sans doute jamais servi et qui doivent être

considérés comme des déchets de fabrication. La réalité est sans doute

un peu différente, et si nous ne sommes pas mieux renseignés sur cette

population primitive, sur son habitat et ses coutumes funéraires, c'est

pour la raison qu'elle est antérieure à un de ces bouleversements

géologiques qui dévastèrent et dépeuplèrent une partie du monde et qui

sont restés célèbres dans la tradition sous le nom de Déluge. L'Egypte

en particulier fut atteinte, la vallée fut entièrement submergée pendant

une période dont nous ne pouvons évaluer la durée et toute trace

d'occupation humaine fut effacée; les hauts plateaux stériles et le

désert émergeaient encore, mais nous ne savons si quelques restes de la

population purent s'y maintenir pour former le noyau de la race

égyptienne prédynastique, ou si celle-ci vint d'ailleurs quand la région

redevint habitable.

_II. PRÉDYNASTIQUE_

A. MONUMENTS

Autant cette première période est encore obscure, autant les documents

abondent pour celle qui la suit, et qui, précédant immédiatement

l'époque historique, est souvent désignée par le nom de _prédynastique_.

Ces documents peuvent se classer en trois catégories, dont les données

combinées nous fournissent des renseignements d'ensemble et même de

détail sur l'état de la vallée du Nil avant les Pharaons. Ce sont

d'abord les objets épars à la surface du sol, les silex, puis les

vestiges des établissements humains, monticules de débris où l'on

reconnaît la trace des villages primitifs, et enfin les tombeaux qui

nous donnent, en plus des renseignements anthropologiques, des lots très

considérables de céramique, l'élément le plus important pour la

classification générale. Nous prendrons l'un après l'autre chacun de ces

points avant d'aborder l'ethnographie proprement dite, l'étude de la

race prédynastique et de sa civilisation.

[Illustrations: _Fig. 19-21._ Haches et herminettes en silex (d'après J.

de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _91_,

_60_, _73_).]

_Silex_

Les couches sédimentaires qui bordent la vallée du Nil sont extrêmement

riches en rognons de silex, qui atteignent parfois de très grandes

dimensions; sur les plateaux, le sol est couvert de galets de silex,

d'agate et de cornaline. Naturellement la qualité de la pierre varie

suivant les endroits, mais partout elle se prête à la taille et les

premiers habitants du pays avaient sous la main, d'un bout à l'autre du

pays, la matière première de laquelle ils pouvaient tirer leurs armes et

leurs outils. C'est vers le nord de l'Egypte, au Fayoum en particulier,

que le silex est le moins abondant, mais les cailloux du diluvium

peuvent le remplacer, et les indigènes en ont tiré un très bon parti.

[Illustrations: _Fig. 22-25._ Couteaux et grattoirs en silex (d'après J.

de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _106_,

_123_, _98_, _153_).]

Quelle que soit la matière employée, qu'il s'agisse du beau silex blond

translucide d'Abydos, du silex brun de Louxor ou du grossier galet du

Fayoum, le procédé de taille est toujours le même, et ne diffère pas de

celui qui a été en usage dans le monde entier. Le _nucleus_, ou noyau

préparé pour l'enlèvement des éclats, s'obtenait d'une façon très

simple: on brisait une partie d'un rognon de silex ou d'un galet, de

manière à déterminer une surface unie servant de plan de frappe, puis on

enlevait des éclats normalement à cette surface, en se servant d'un

percuteur, boule de pierre dure employée comme marteau; les premiers

éclats, portant une partie de la gangue, étaient mis au rebut, et les

suivants employés pour divers usages selon leur forme et leur dimension;

ceux qui étaient longs et minces devenaient des couteaux, ceux qui

étaient épais et larges, des haches ou des herminettes, les petits

donnaient des ciseaux, des poinçons, des pointes de flèches; tous

devaient subir de longues et soigneuses retouches. On travaillait ces

éclats soit par percussion, soit par pression le long des arêtes au

moyen d'un autre silex, et les Egyptiens étaient arrivés très loin dans

cet art et modelaient pour ainsi dire leurs silex au moyen de ces

petites retouches, de manière à leur donner exactement la forme voulue.

A côté de ces instruments, certains éclats, très minces et naturellement

tranchants, pouvaient être utilisés, presque sans retouches, comme

outils, grattoirs ou couteaux.

[Illustrations: _Fig. 26-29._ Pointes de flèches en silex (d'ap. J. de

MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _176_, _190_,

_181_, _185_).]

On trouve de tout cela dans les gisements de silex égyptiens, sur la

bande sablonneuse qui s'étend d'un bout à l'autre du pays, entre les

terres arrosées et cultivées et les premiers contreforts de la montagne:

d'abord les percuteurs, boules qui ont en général la grosseur d'une

pomme et qui portent des traces très évidentes d'usage, puis les nuclei

à tous les états, depuis celui qui a été mis au rebut après qu'on en eut

détaché quelques éclats seulement, jusqu'à celui qui, complètement

épuisé, n'est plus qu'un petit noyau conique à facettes; ensuite les

éclats eux-mêmes, les uns, informes ou mal venus, rejetés comme

inutilisables, les autres, très tranchants et sans retouches ou

retravaillés seulement à une extrémité; enfin les outils brisés au cours

de la fabrication par suite d'un accident, et ceux qui portent la trace

d'un long emploi ou qui, très usés, ont été retaillés pour pouvoir être

employés de nouveau.

Chaque localité, chaque gisement a pour ainsi dire son propre type, ou

ses types de silex taillés, et l'on ne peut en tirer des conclusions au

point de vue de la classification chronologique; il est possible,

probable même, que dans beaucoup de ces endroits, la fabrication se soit

continuée sans grande modification, pendant des siècles ou des milliers

d'années, comprenant non seulement toute la période archaïque, mais

empiétant aussi sur les époques historiques. Nous aurons l'occasion de

revenir plus loin sur les différents modèles d'outils et d'armes, sur

leurs formes et leur emploi.

_Villages_

Histoire de la civilisation égyptienne des origines à la conquête d'Alexandre · 第 3 / 19 段