CONTRARIÉTÉS

L’AMI.--Ne te plains pas des contrariétés, des difficultés! Les choses

déplaisantes font notre éducation.

Une vie régulière et facile serait la meilleure condition de progrès, si

l’homme n’avait pas besoin d’être excité pour travailler. Mais les

natures qui peuvent se passer d’aiguillon sont rares. Existent-elles?

Presque toujours, ce qui nous pousse en avant, a sa source à

l’extérieur. Le ressort intérieur, sans doute, est la chose essentielle.

Mais fonctionnerait-il, sans être préalablement tendu, comprimé? Les

actions les plus énergiques sont souvent des réactions, et nous devons

une grande partie de nos conquêtes aux nécessités qui nous font

violence.

Plus d’un, faisant un retour sur lui-même, s’est aperçu de ceci: Combien

de temps précieux et calme n’avais-je pas à tel moment de ma vie, et

quel emploi médiocre en ai-je tiré!

On travaille, non parce qu’on a le temps de travailler, mais parce que

la vie vous y contraint. Un homme doué, quand il est sollicité, fournit

plus dans ses heures de loisir, qu’un homme engourdi de repos, dans sa

journée entière. L’activité, une fois stimulée, a une tendance à

augmenter. Une entreprise soutient et provoque l’autre. Mais si

l’existence entière est seulement loisir, on ne trouve plus le temps de

rien faire. Il est bon de lutter, de souffrir, d’être jeté à l’eau avec

obligation de se débrouiller. Ce que vous perdez en confort, vous le

gagnez en énergie. Or, de toutes les armes de l’homme la plus précieuse

est l’énergie.

L'ami · 第 81 / 158 题