LES MAMANS

--Nos grandes filles discutent avec nous à perte de vue. Les choses ne

se passaient pas ainsi de notre temps. Nous respections nos parents.

Par quels moyens éviter ces pénibles rencontres d’opinions, ces échanges

de paroles trop vives, regrettées ensuite? La paix familiale en est

troublée, les bons rapports altérés.

L’AMI.--Pour discuter, il faut être deux, au minimum. Une discussion

commence lorsque la fille répond à la mère et formule un avis différent.

La mère s’efforce de ramener la fille sur son terrain; la fille défend

ses positions... Dès lors il n’y a pas de raison que cela finisse.

--On ne peut cependant pas laisser le dernier mot à une enfant

inexpérimentée.

L’AMI.--Avoir le dernier mot est effectivement le désir passionné de la

jeunesse. C’est de l’enfantillage. Il est mauvais d’y tenir. Donnons

l’exemple! Laissons-leur le dernier mot! Mais que ce dernier mot soit au

début de la discussion. Établissons nettement notre idée, qu’il n’y ait

point de malentendu! Cela fait: restons tranquilles! Les paroles

inutiles font toujours du mal.

--Alors les enfants triomphent.

L’AMI.--Non; si nous restons fermes. Deux mots nets, appuyés par un

esprit calme et une résolution sûre, valent mieux qu’un flot de paroles

vives, précipitées, dont le sens premier, s’il fut équitable, s’altère

et se ternit bientôt par la vivacité.

Vous parliez d’autrefois, de vos mères. Autrefois les parents étaient

plus calmes et, par cela même, leur ascendant plus positif. Une

résistance de la part des enfants pouvait les faire souffrir; mais ils

gardaient le sang-froid et ne descendaient pas sur le terrain des

opposants. Leur méthode était préférable.

Il faut laisser les enfants manifester leurs idées, les écouter, méditer

leurs objections, en tirer ce qui est juste; mais non se mesurer avec

eux en paroles: ils seraient les plus forts, étant les moins

raisonnables.

La discussion cultive _l’obstination_. Discuter c’est s’exposer à

prononcer des paroles où se lie notre faux amour-propre. Mieux vaut

réfléchir sans parler: les pensées ont plus de chance de se rencontrer.

L'ami · 第 70 / 158 题