UN PROPHÈTE NOUVEAU

La joie vraie est une grande libératrice, un filtre merveilleux où toute

souillure s’élimine. Mais son secret nous est voilé, autant que les

énigmes de l’univers. Et nos cœurs sont pareils aux harpes muettes.

Il nous faudrait un Prophète de la vraie Joie. Je me le représente

vieux, avec les balafres de la vie sur la figure, ayant passé par de

rudes combats, et laissé un peu partout des lambeaux de son cœur aux

épines de la route. Sa joie ne serait pas celle du matin de l’existence,

pure et brillante pour n’avoir pas connu encore les atteintes des

orages. Ce serait une sérénité intérieure éprouvée au creuset, quelque

chose comme l’or des beaux soirs, après la chaleur du jour. Son sourire

ne pourrait pas être interprété comme celui des satisfaits, remercîment

à la chance libérale qui leur a jeté en passant l’obole du privilège. Ce

serait un signe de victoire de l’Esprit sur tous les pouvoirs

oppresseurs. Un tel homme serait réconfortant, encourageant, bienfaisant

pour tous. Il ranimerait dans chacun le pauvre lumignon de joie qui fume

encore. De la plus tourmentée des destinées, de celles qui nous

apparaissent comme des rébus impossibles, il ferait sortir un sens

lumineux. Il enseignerait à la jeunesse la joie virile, la joie des

vaillants et braves cœurs, dégagés des peurs viles et des basses

jouissances. Il leur donnerait son élan, son nerf, son indomptable

énergie et sa douce foi d’enfant. Et nous entendrions sous ses doigts

l’âme humaine vibrer de cordes inconnues, de cordes d’or et de cristal,

où chante l’amour sans fond et l’espérance sans limites.

L'ami · 第 71 / 158 题