De ma dernière heure, il en sera comme Dieu voudra. Pourvu que la grâce
me soit conservée qui nous tient lieu de toute chose.
Et pourtant certaines morts sont belles et font envie. Pourquoi suis-je
ému en lisant, parmi les «faits divers», le cas de ce pauvre camelot,
_mort en criant son journal_?
L’AMI.--C’est parce qu’il est mort à son poste, en faisant son œuvre. Il
nous rappelle le coureur de Marathon, mourant en annonçant la victoire.
Il rappelle cet héroïque ami Herrmann Krüger, continuant à donner ses
leçons d’hébreu, malgré le cancer qui lui dévorait la figure. Ceux-là
meurent debout, et c’est bien ainsi qu’on aimerait mourir. Mais
n’importe! N’ayant pas le choix, demandons seulement que la paix nous
demeure, et acceptons le régime de grande misère, de faiblesse complète,
avec l’esprit comme soutien! Au surplus, ne perdons pas, à penser à la
mort, le temps réclamé par la vie! Les jours perdus sont un mauvais
oreiller pour s’endormir.
* * * * *
J’aime à penser à ceux qui ont beaucoup et simplement souffert. Pauvre
demoiselle J..., qui a souffert pendant vingt ans! Quand ses amis
allaient la voir, navrés, elle les réconfortait. Celle qui n’avait plus
qu’un souffle remettait à leur aise les gens bien portants, troublés et
déconcertés par ses longues souffrances. Ces exemples-là m’électrisent.
Dans les faibles, l’Esprit est fort.