L’AMI.--Ne craignons pas de parler de la mort à nos enfants, lorsqu’ils
sont bien portants et que la question se pose pour ainsi dire
d’elle-même, à l’occasion d’un deuil qui a intéressé leur attention.
Mais habituons-les à y voir un retour dans le sein de Dieu, leur
apprenant à connaître sa face libératrice plutôt que celle par où elle
inspire aux hommes des sentiments d’esclave. C’est un bonheur que
d’être, tout jeune, par l’amour clairvoyant des parents, habitué à ne
pas considérer la mort comme une telle affaire. On lui a fait, sous sa
forme de puissance destructive, une place absolument scandaleuse dans la
pensée humaine, y compris la pensée religieuse, dénaturée et déviée de
sa source lumineuse. Ce que nous avons de meilleur dans nos traditions
saintes devrait nous armer contre la peur de mourir. Hélas! qui donc
connaît le Dieu qui sauve de la mort? Nous en adorons un qui manie la
mort, comme Jupiter la foudre. Elle est son arme principale. Trop
souvent les religions ont cultivé la peur de la mort, lui assignant une
place de premier ordre dans nos motifs d’agir. La peur est une force de
démoralisation, génératrice de sentiments vils. Nous l’inspirer, c’est
nous empoisonner l’âme. Si vous nous aimez, enseignez-nous à combattre
la crainte de la mort par la confiance en Dieu! Au lieu de nous réduire
en esclaves, libérez-nous!
Jamais on ne sent mieux le mal horrible fait aux âmes terrorisées que
dans les circonstances difficiles où nous placent de graves maladies ou
de grands dangers.