Au surplus, il faut apprendre à être pauvre et à vivre de peu.
Aurions-nous la mentalité des enfants gâtés qui ne savent se priver de
rien? On doit se faire à tout. Croire au Dieu des jours mauvais, c’est
plus nécessaire que de croire au Dieu des beaux jours. Une merveilleuse
puissance d’adaptation agit dans les hommes de bonne volonté. Ils savent
s’organiser selon ce que l’heure demande. L’esprit les met à la hauteur
des événements. Les autres attendent que des vents favorables enflent
leurs voiles. Le vent tourne, ils sont désorientés; il tombe, les voilà
en panne! Roseaux que chaque souffle incline selon sa fantaisie, ils ne
connaissent pas le secret de la force intérieure. Ils ne vivent pas, ils
se laissent vivre.
Faisons effort! Gagnons la terre solide, la terre de la Foi!
Dieu nous aime, peu importe ce que les jours amènent! Même les choses
mauvaises sont obligées de se plier à sa volonté et de nous servir. Tout
concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. Remarque ce beau détail de la
traduction de Luther: _Denen die Gott lieben, _müssen_ alle Dinge zum
Besten dienen[2]._
[2] _Il faut_ que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment
Dieu.
Les mains qui nous frappent, les chiens qui nous mordent, les maladies
qui nous rongent, les fardeaux qui nous accablent, sont obligés de se
transformer en auxiliaires. Le choc reçu devient un coup de main donné;
le piège dressé dans l’intention de nous perdre, un moyen de
préservation et de salut. Et les pierres mêmes lancées pour nous
écraser, s’amoncellent en rempart pour nous défendre.