L’AMI.--Sta Viator! Passant, courbé sous ton fardeau, arrête-toi;
arrête-toi, près de ce torrent qui descend au vallon! Assieds-toi sur ce
vieux tronc! Ton âme est harassée. Pourquoi attendrais-tu, pour te
reposer en Dieu, que telles choses soient accomplies que tu espères, ou
d’autres écartées, que tu crains? Ne sais-tu pas de quelle inquiétude tu
te rends esclave? Et rien jamais ne te délivrera. Ton espoir
s’accomplit, le malheur suspendu sur ta tête est éloigné: combien de
temps le ciel restera-t-il pur? Plus il sera bleu, plus tu trembleras de
le voir se ternir.
Ce n’est pas un pacte conditionnel qu’il faut conclure, mais un pacte
au-dessus de toutes les conditions. Assure-toi en Dieu, non parce que la
route est sûre et l’horizon serein; mais que la route soit sûre ou non,
le ciel chargé ou limpide, ne fais pas dépendre ta paix d’un rayon de
soleil! Que l’essentiel te devienne plus ferme, et les choses qui
viennent et vont t’agiteront moins!