et contre-indications des bains de mer. Le principe général est qu'il ne
faut pas en donner aux malades à capital restreint, et que, en réalité,
ils conviennent surtout aux gens bien portants. Plus le capital est
entamé, plus aussi il faudra de prudence dans l'administration du bain,
au point de vue de sa fréquence et de sa durée. Tout ce qu'on peut dire,
c'est qu'il faut, en général, le prendre très court, cinq minutes en
moyenne.
Enfin, il faut tenir compte des effets produits par les deux ou trois
premiers bains. S'ils amènent de l'insomnie, c'est qu'ils sont trop
prolongés, ou trop fréquents, ou tout à fait contre-indiqués. Il ne faut
pas croire qu'on puisse s'y habituer, et que, si les premiers font du
mal, les suivants feront du bien. D'une façon générale, d'ailleurs,
l'organisme ne s'habitue pas à ce qui lui est nuisible; et les
médications, quelles qu'elles soient, ne doivent jamais faire de
mal, même momentanément. Mais c'est là un point de doctrine dont la
démonstration nous entraînerait trop loin, et en dehors de notre plan.
TROISIÈME PARTIE
CHAPITRE I
LA PÉRIODE DE DÉCLIN
Nous avons à dessein placé dans l'étude de l'homme adulte la plus grosse
part de nos considérations thérapeutiques, parce que, à vrai dire, c'est
l'âge adulte qui est le plus intéressant au point de vue médical comme
au point de vue social, et que c'est pendant cette période de la vie que
le médecin peut faire le plus de bien au malade.
Au contraire, à partir du moment où l'être humain est arrivé au
sommet de sa courbe évolutive, et, par conséquent, où il va décliner,
l'importance des agents thérapeutiques se limite de plus en plus,
jusqu'à aboutir à zéro quand l'homme arrive à la fin de sa carrière.
Dans les phases de la vie qui nous restent à étudier, la thérapeutique
doit viser, avant tout, à éviter les dépenses de capital: mais son rôle
pratique n'en reste pas moins très appréciable; et l'on ne sait
pas assez combien une bonne direction médicale pourrait prolonger
l'existence de l'homme arrivé à la période de déclin, voire même à une
étape avancée de cette période.
Théoriquement, la période de déclin peut commencer le jour de la
naissance. C'est ce qu'on observe chez les enfants qui n'ont pas la
force de vivre, et qui meurent après deux ou trois jours. A l'extrême
opposé, on voit des individus qui ne commencent à décliner qu'à un âge
très avancé, ou encore dont la vie est brutalement interrompue, à un
âge relativement avancé, par un accident, avant que ne soit survenu le
commencement de la période de déclin. C'est que ces hommes à prodigieuse
santé sont venus au monde avec un excellent capital initial, que leurs
parents ont su améliorer pendant la première enfance, et qu'ils ont
ensuite amélioré eux-mêmes en s'interdisant toute dépense excessive, ou
en ne risquant qu'à bon escient une certaine partie du capital, pour lui
faire rapporter davantage.
Chez ces individus fortunés, les affections intercurrentes ont, comme
nous l'avons dit, peu de prise. Ces privilégiés sont semblables à
l'homme qui a reçu les dix talents et qui, sachant les faire fructifier,
en rapporte dix autres, et reçoit encore, en surplus, une récompense.
Chez ces individus, le déclin n'arrive que très tardivement, et ils
peuvent atteindre soixante ans tout en restant jeunes de coeur, de
corps, et d'esprit.
Entre ces deux extrêmes, tous les intermédiaires sont possibles; et
nombreux sont les hommes qui commencent à décliner à trente ans, qui
sont des vieillards à quarante ans. La plupart, cependant, commencent
à décliner vers cinquante ans, et se maintiennent tant bien que mal
pendant quelques années, puis déclinent à vue d'oeil à partir de
soixante ans. Malheur à eux quand, à cet âge, ils prennent une
pneumonie! D'ailleurs la moindre «maladie» accidentelle les détériore
pour plusieurs mois, et l'on est tout étonné de la lenteur de leur
convalescence. C'est à partir de ce moment que les tares organiques,
latentes jusque-là, se révèlent, que l'homme qui avait une endocardite
avec laquelle il vivait en bonne intelligence, et dont parfois même
il ne se savait pas atteint, voit tout d'un coup son coeur devenir
au-dessous de sa tâche. A la suite d'un coup de froid insignifiant,
d'une indigestion, d'un excès alimentaire, d'une émotion violente, d'une
grippe qui paraissait bénigne, il a de la dyspepsie, des palpitations,
des intermittences du pouls, puis un peu d'enflure des jambes; toutes
choses dont, au reste, le repos au lit suffit pour le débarrasser cette
première fois, parce qu'il n'est pas encore complètement usé. Mais, six
mois après, sous l'influence d'une cause semblable, il a une nouvelle
atteinte, un peu plus de dyspnée, un peu de congestion de la base gauche
du poumon, ou quelquefois des deux bases, un peu plus d'enflure des
jambes; et, cette fois, le repos au lit, la diète lactée, ne suffisent
pas à le remettre en état.
La digitale est alors indiquée, à la dose de 10 centigrammes par jour en
infusion dans 200 grammes d'eau, que le malade prendra de deux heures en
deux heures, jusqu'au moment où il aura une salutaire crise urinaire.
Grâce à ce précieux médicament ainsi administré, il fera encore les
frais de cet assaut; mais, la fois suivante, les mêmes influences
insignifiantes amèneront l'affolement du coeur avec albuminurie, et
alors la déchéance pourra être irrémédiable.
Il est certain que si, dans l'intervalle de ces assauts, notre homme
s'était écouté vivre, s'il n'avait rien laissé au hasard, si une sage
direction médicale avait dosé son alimentation, son travail, son
sommeil, s'il n'avait pas eu d'émotions, si, pour conserver sa vie,
il avait, en quelque sorte, cessé de vivre, il aurait survécu plus
longtemps et n'aurait pas eu sa deuxième atteinte; mais ce qu'il faut
bien se rappeler, c'est que, dès sa première atteinte, ses jours étaient
comptés. Cette première atteinte dénonçait déjà l'insuffisance de son
système nerveux, incapable de donner au muscle cardiaque la force voulue
pour faire son office de pompe aspirante et foulante; le déclin, qui
avait peut-être commencé quelques années avant, s'était traduit dès le
jour de ce premier accroc.
Le déclin peut n'être qu'apparent; et les symptômes revêtent parfois une
gravité qui fait croire, à tort, à l'entourage qu'il existe une brèche
sérieuse ou irrémédiable dans le capital vital du malade, alors qu'il
n'est touché que superficiellement. C'est au médecin qu'il appartient
de faire un bon diagnostic, d'où découlent et le pronostic et le
traitement. Certes, le problème est souvent difficile à résoudre,
et, pour y arriver, le médecin n'a pas trop de toute sa finesse
d'observation, de toute son expérience, de toute sa pénétration. C'est
dans ces cas que la médecine est véritablement un art, et le médecin un
artiste, appelé à utiliser de son mieux les données scientifiques que
ses études antérieures lui ont fournies.
Il aura naturellement, pour l'aider dans cette tâche, l'examen physique
du malade, et, en particulier, l'exploration abdominale, le ventre
étant, de tous les organes, celui qu'on peut le plus facilement
explorer, par la vue, le palper, la percussion; il aura, pour l'aider,
l'analyse des urines, trop souvent négligée. Il sera également secondé
par l'étude du passé: il ne manquera pas de fouiller l'hérédité,
l'évolution antérieure de la vie, chez le sujet qu'il examine. Celui-ci
a-t-il eu de grands assauts, et s'est-il ressaisi complètement? En ce
cas, c'est une présomption en sa faveur: ce passé prouve qu'il a une
grande élasticité, un capital sérieux, et qu'il est possible que, dans
la crise actuelle, il rebondisse encore une fois.--Au contraire n'a-t-il
jamais eu d'assaut important? le problème devient alors plus difficile,
car le médecin manque d'une base pour apprécier la valeur réelle du
capital. Aussi fera-t-il bien de rester dans une prudente réserve, et
si, dans le cas précédent, il a été en droit de rassurer la famille
malgré la gravité apparente de l'état du malade, dans le second cas, au
contraire, il ne doit dire qu'une chose: «Je ne sais pas.»
Pour ma part, je me méfie beaucoup des hommes à santé insolente, n'ayant
jamais eu besoin de soins, que je vois brusquement atteints par une
«maladie» accidentelle, par la grippe en particulier. Me trouvant sur
un terrain inconnu, je me demande, tout d'abord, si leur capital était
aussi bon qu'il le paraissait, et si la grippe ne va pas provoquer la
faillite, la débâcle.
Ce sont là, je le répète, des problèmes cliniques extrêmement difficiles
à résoudre; mais ils ont un grand intérêt au point de vue du pronostic à
porter, et du traitement à instituer. Et cet intérêt est immédiat: car
si le médecin soupçonne, chez son malade, une altération profonde que ne
traduit pas l'ensemble symptomatique, il doit redoubler de précautions,
sa surveillance doit être incessante, son zèle doit prévoir les moindres
incidents, ne rien laisser au hasard. Il a alors à lutter non seulement
contre la «maladie», mais aussi contre le malade, souvent indocile, et
contre les familles, qui trouvent qu'on en fait trop, qu'on prend trop
de soins, que le malade devrait se lever pour regagner des forces,
sortir pour se distraire, reprendre une partie de ses occupations pour
ne pas nuire à sa carrière; estimant, _in petto_, que le médecin userait
de discrétion en espaçant davantage ses visites, etc. Quoi qu'il arrive,
ce sont de mauvais cas pour le médecin. Il est accusé, si le malade
guérit, d'avoir retardé sa convalescence, et, s'il succombe, de ne
l'avoir pas bien soigné. Car enfin, un homme si bien portant! et qui
succombe à la suite d'une grippe, presque sans fièvre! Sûrement, c'est
le médecin qui est coupable! Il n'a, pour se consoler, que la conscience
du devoir accompli. Et d'ailleurs il peut aussi se dire que, dans
d'autres cas, on a attribué exclusivement à ses bons soins ce qui était
dû, en grande partie, à la valeur du sujet; il y a donc compensation.
En somme, le médecin qui se trouve en face d'un malade quelconque est
appelé à résoudre le problème suivant: Étant donnés la valeur antérieure
du malade A, et le déchet que lui fait perdre la «maladie» B, quelle est
la valeur du capital restant A--B? Le simple bon sens indique que
cette équation ne peut pas se résoudre par l'algèbre, puisque nous ne
connaissons au juste ni A ni B. Aussi le médecin ne doit-il jamais
quitter le terrain, relativement solide, que lui fournit la science,
pour se perdre dans les abstractions. Il doit seulement se rappeler la
parole d'Hippocrate: _Judicium difficile_, et faire de son mieux pour
approcher le plus possible de la solution du problème, qui, sans être
d'ordre mathématique, a cependant une solution.
«Quand on fait ce qu'on peut, on rend Dieu responsable.» [V. HUGO]
Existe-t-il, du moins, des symptômes permettant d'affirmer que l'homme
a atteint l'apogée de son évolution, et est sur la pente du déclin? Eh!
non, tant qu'il est bien portant Il est évidemment moins fort, moins
actif, que pendant la période de croissance, il supporte moins les
petits écarts de régime, les fatigues, il est plus vulnérable, en un
mot, mais ce n'est pas un malade par cela seul qu'il est en période de
déclin. S'il veut éviter la «maladie», il le peut, dans une, certaine
mesure, en s'écoutant vivre, en surveillent son hygiène quotidienne, en
ne faisant pas de fausses dépenses ou de dépenses exagérées, ou, s'il
est obligé d'en faire par hasard, en les compensant aussitôt par une
exagération momentanée de prudence. Bref, la période de déclin est la
période des précautions. L'homme en déclin devrait se rappeler qu'il
faut «être de sa santé» comme il faut «être de sa condition», comme il
faut être «de son temps». En usant de ces précautions, il peut prolonger
très longtemps la durée de sa phase évolutive, et atteindre ainsi
sans transition la vieillesse, qui pourra, si elle est également bien
surveillée, le conduire, sans transition brusque, à la mort.
Mais, quelques précautions qu'il prenne, les circonstances de la vie
sont telles que, fatalement, il rencontre sur son chemin des influences
qui font baisser brusquement sa valeur. Quelles sont ces influences
inévitables? Ce sont toutes celles que nous avons déjà étudiées
dans l'enfance, dans l'adolescence, et dans l'âge adulte: erreurs
d'alimentation, causes morales surtout, etc.
Y en a-t-il cependant, parmi ces influences, qui soient plus spéciales
à la période de la vie que nous étudions, la période comprise entre
cinquante et soixante-cinq ans?
Chez la femme, tout le monde admet que la ménopause produit des
perturbations considérables; la preuve, c'est qu'on s'accorde à appeler
«âge critique» l'âge de la cessation des règles. La ménopause ramène
souvent des troubles de santé qui avaient disparu depuis longtemps, et
amène quelquefois des troubles nouveaux, tels que ces sueurs profuses
dont se plaignent amèrement les malades. Nous avons en vain essayé
contre elles l'emploi de l'opothérapie ovarienne, et nous croyons que
c'est un moyen non seulement inutile, mais dangereux, et que le mieux
est de savoir attendre, en mettant la malade à un régime restreint.
Dans les deux sexes, les émotions morales jouent encore, à cet âge,
un rôle considérable. C'est une fille mal mariée, un fils qui fait le
chagrin de sa famille, c'est l'isolement au milieu d'indifférents, la
perte des amis de la première heure, l'âge des désillusions, l'automne
de la vie, en un mot. Dans tous les cas, les pratiques de la
psychothérapie sont d'un incontestable utilité: seules, elles ne
suffisent pas à guérir un homme rendu malade par des influences morales;
mais, associées aux autres agents thérapeutiques, elles sont toujours
d'une grande utilité et souvent d'une nécessité absolue. J'ai plus fait
en réconciliant avec son fils un père que le chagrin avait terrassé,
en lui démontrant la nécessité et la légitimité du pardon, qu'en
le traitant, comme on le faisait depuis longtemps, avec toutes les
ressources de la pharmacopée et des agents physiques.--Le fonctionnaire
qui prend sa retraite, et se voit brusquement condamné à une oisiveté
forcée, ne sait pas que faire de son temps. En vain cherche-t-il, dans
la société des hommes de son âge, un remède à son désoeuvrement; et
quant à espérer trouver chez les gens jeunes de sa famille un réconfort
quelconque, il n'y doit pas songer. Les plus jeunes ont leurs affaires,
et les affaires sont les affaires; c'est tout au plus si la fille vient
faire ses couches à la maison.
Bref, une série de chagrins multiples, auxquels on est encore sensible,
sont l'apanage ordinaire de cette période de la vie. C'est à cet âge,
aussi, que se soldent,--car tout se paie,--les erreurs du passé, les
fautes contre l'hygiène. Alors arrivent les traites imprévues, et, quand
le capitaliste veut mettre de l'ordre à ses affaires, il s'aperçoit
trop tard que, depuis plusieurs années, il ne s'est pas contenté de
ses revenus et qu'il a écorné son capital. Mais, dira-t-on, pouvait-il
s'apercevoir de la mauvaise gestion de sa fortune? C'est l'éternel
problème du «Connais-toi, toi-même!» de la sagesse antique. C'était à
lui de voir que, de temps à autre, il avait de ces petites défaillances
de santé qu'il traitait à la légère, en leur attribuant des causes
banales et qui auraient dû être, pour lui, des avertissements
(l'avertissement sans frais du percepteur). Il aurait dû, en homme bien
avisé, rester toujours en deçà de ce qu'il pouvait donner.
Mais enfin le mal est fait; et il est encore temps, sinon de le réparer
complètement, au moins de l'atténuer dans une notable mesure, en se
surveillant de près, et en ne laissant rien au hasard de ce qu'on peut
lui enlever par prudence et par calcul.
Certaines natures ultra-généreuses ne s'aperçoivent pas qu'elles
dépensent plus qu'elles ne devraient le faire; elles n'ont pas la
bonne fortune de recevoir les petits avertissements que nous venons de
signaler. Leur débordante santé fait l'envie de tout le monde; mais ces
privilégiés sont souvent des déshérités. Nous avons dit déjà ce qu'il
fallait en penser, quand ils se trouvent aux prises, brusquement, avec
une affection accidentelle.
Malheur aussi à l'homme qui, à cet âge, se laisse entraîner par un
renouveau de passion sexuelle! Il s'impose des dépenses trop fortes pour
sa réserve de santé, surtout s'il en arrive à forcer ses talents. Il
faut aussi compter avec les aberrations de l'instinct sexuel, assez
fréquentes à cet âge; et alors la neurasthénie vengeresse ne tarde pas à
s'installer, sous une forme qui rappelle, par sa brutalité d'apparition
et la gravité des symptômes, l'hystéro-neurasthénie traumatique.
En effet, du jour au lendemain, cet homme, vaillant jusqu'alors,
subit un véritable effondrement. Non seulement il perd tout d'un coup
l'aptitude sexuelle, ce qui est pour lui la source d'un grand chagrin,
mais il perd, en même temps, l'appétit, le sommeil, les forces. La
constipation entre en scène; des douleurs névralgiques variées,--ou,
pour mieux dire, des _algies_, car la douleur ne suit pas le trajet des
nerfs, le torturent nuit et jour. Il a une sensibilité excessive de
l'ouïe, un éréthisme de tout le système nerveux, qui devient comme une
lyre à cordes trop tendues que fait vibrer douloureusement le moindre
souffle. Cet état peut n'être que passager, si le malade a le bon esprit
de s'en avouer à lui-même la cause déterminante et de la supprimer.
Mais cela même ne suffit pas toujours: _Sublata causa, non tollitur
effectus._ Le branle est donné à la cellule nerveuse, le système
nerveux, longtemps patient, s'est tout à coup révolté, et il faut des
mois et des années de soins méthodiques pour lui rendre son équilibre.
C'est dire que, pendant ces mois et ces années, le médecin devra
surveiller non seulement l'hygiène sexuelle, dont il n'est plus
question, mais l'hygiène alimentaire, donner les repas fréquents que
nécessite un estomac toujours sur le point d'entrer soit en état
paralytique ou en état spasmodique; une alimentation non excitante
(pâtes, purées), sans vin, et sans les toniques qui passent, à tort,
pour réveiller les forces. Le repos physique est également indiqué.
C'est dans ces cas qu'un changement de milieu, bien compris, bien
dirigé, peut être utile à divers titres. D'abord, il éloigne la victime
de la cause initiale de son mal, ensuite il lui permet d'apprécier
souvent les soins affectueux et tendres d'une femme momentanément
négligée.
La psychothérapie joue aussi un rôle énorme dans le traitement de ces
malades qui, d'un jour à l'autre, sont devenus craintifs, scrupuleux à
l'excès, ayant peur de mourir, tenaillés par des remords d'une intensité
morbide. Le médecin animé d'un esprit large et charitable peut leur être
d'un grand secours, en mettant toutes choses au point, et en rassérénant
leur conscience dans la mesure qui convient.
Ce tableau de la «maladie» de l'âge critique, chez l'homme, n'a rien
d'exagéré. Nous avons observé plusieurs cas semblables, où des hommes
bien portants jusqu'alors ont payé cher leurs écarts intempestifs.
Le plus souvent, les malheurs de ce genre arrivent chez des hommes qui,
auparavant, n'étaient pas débauchés, offraient même le modèle d'une vie
exemplaire; maintenus par des principes sévères, ils avaient été fidèles
à la foi conjugale, et, alors même qu'ils étaient veufs, ils étaient
restés fidèles au delà du tombeau; et puis, un beau jour, une occasion
se présente et les surprend; c'est une Sapho quelconque rencontrée
en chemin de fer; l'homme se trouve désarmé devant la tentation, il
succombe, et, une première chute en entraînant de nombreuses à sa suite,
il devient enragé de vice. Aussi ne saurions-nous trop engager l'homme
mûr, trop confiant en lui-même, à veiller toujours, car le péril est
insidieux et les risques sont grands.
C'est à l'âge que nous étudions que se manifestent les troubles
prostatiques et urinaires, résultats tardifs de blennorragies mal
soignées et considérées comme une bagatelle par le jeune homme, plutôt
fier d'avoir pris un brevet de virilité. C'est vers cinquante-cinq ans
que le rétrécissement du canal provoque des misères variées, que nous
n'avons pas à décrire ici, mais qui finissent par amener la mort
prématurée si le chirurgien n'intervient pas.
Ainsi s'explique l'absence de tout rétrécissement chez les hommes qui
ont dépassé soixante-cinq ans: ceux qui avaient des rétrécissements sont
morts avant cet âge.
C'est aussi vers l'âge de soixante ans que la prostate entre en scène.
Certes, les affections de la prostate ne sont pas toujours d'origine
blennorragique; mais elles sont, plus qu'on ne le croit, dues à des
erreurs dans l'hygiène sexuelle.
Quant aux autres affections capables de faire brusquement baisser le
capital, elles ne donnent lieu à aucune considération particulière.
Nous devons pourtant nous arrêter encore, en passant, sur trois
manifestations morbides spécialement fréquentes à l'âge en question: le
diabète, l'albuminurie, et l'obésité.
_Diabète_.--L'apparition du diabète est, certes, chose fâcheuse; mais le
plus grand malheur qui puisse arriver à un diabétique impressionnable,
c'est de trouver un médecin qui lui annonce, sans ménagements, la
fâcheuse nouvelle. A partir de ce moment commence, pour le malade,
une incessante préoccupation morale, aggravée encore par un régime
alimentaire qui lui cause plus de dommages que le diabète lui-même. Il
est vrai de dire que, depuis quelques années, les médecins se sont
un peu départis de la cruelle sévérité qui, autrefois, les rendait
redoutables aux diabétiques. On veut bien admettre, désormais, que le
régime des diabétiques comporte certains tempéraments, et que les pommes
de terre en robe de chambre, par exemple, peuvent être allouées, voire
même en abondance.
Mais il n'en reste pas moins vrai que la situation d'un diabétique,
traité d'après les principes classiques, est encore loin d'être
réjouissante. Elle sera telle jusqu'au jour où l'on comprendra enfin
qu'il n'y a pas deux diabétiques devant être soignés par le même régime,
ou plutôt qu'il n'y a pas de régime du diabète, le diabète n'étant qu'un
symptôme qui ne mérite pas qu'on s'acharne sur lui.
Aux uns il faudra beaucoup de viande et du vin, aux autres la diète
lactée absolue pendant quelques jours, et le régime des potages au lait
ensuite. Et entre ces deux extrêmes, toutes les combinaisons du régime
peuvent être indiquées. Le médecin doit imposer le repos au lit absolu
au diabétique qui maigrit et perd ses forces, l'exercice modéré dans les
autres cas, mais, jamais d'exercice forcé, parce que le diabétique a
toujours des combustions exagérées, comme le professeur A. Robin l'a
très élégamment démontré. On aura à s'occuper aussi de l'état mental du
malade, et à ne pas négliger la psychothérapie. Le diabète peut être
provoqué, expérimentalement, en touchant un point précis du quatrième
ventricule du cerveau; et les diabétiques vraiment graves sont ceux
qui le deviennent à la suite d'une chute sur la tête: ces deux faits
prouvent assez l'importance des troubles du système nerveux dans la
pathogénie du diabète, et la nécessité de faire une grosse part aux
soins moraux dans le traitement du diabétique.
_Albuminurie_.--L'albuminurie donne lieu à des considérations de même
ordre.
Comme le diabète, elle est un symptôme indiquant un état de
détérioration générale de l'organisme; c'est, le plus souvent, un
symptôme grave, mais quelquefois aussi un phénomène sans grande
importance.
Tout le monde connaît l'albuminurie de l'adolescence, intermittente,
venant après la moindre fatigue. On sait encore que le seul fait de
se lever du lit et de procéder aux soins de la toilette suffit pour
provoquer l'apparition de l'albumine, qui n'existait pas dans l'urine
émise pendant que le sujet était au lit: c'est ce qu'on appelle
l'albuminurie _orthostatique_ ou _physiologique_,--terme détestable,
parce qu'il n'y a pas d'albuminurie physiologique, pas plus que de
glycosurique physiologique. Cette albuminurie de peu d'importance
survient toujours chez des sujets qui ne sont pas en bon état de santé,
et indique, par conséquent, qu'ils doivent être tenus à vue, et soignés
suivant les principes généraux que nous avons déjà énoncés.