de la nutrition, qui n'est, en général, qu'un trouble du système
nerveux, se traduit, sans que nous sachions pourquoi, par la formation
de calculs, soit dans le foie, soit dans les reins[17].
[Note 17: Pour supporter le traitement de Vittel, il faut avoir bon
estomac, à cause de la quantité d'eau qu'on est obligé de boire. De là
le nombre relativement limité de malades qu'on peut envoyer à Vittel.
Mais fouillez le passé de ces malades, et vous verrez que, longtemps
avant d'avoir la gravelle, ils ont eu de petits troubles cérébraux, ne
fût-ce que des migraines, de petits troubles cutanés, de l'obésité. Un
beau jour, une colique néphrétique les surprend, et l'on se figure que
c'est à partir de ce jour qu'ils sont devenus malades. Il n'en est rien.
La colique néphrétique n'a été chez eux, qu'un accident; bien avant
de l'avoir, ils avaient, même du côté du rein, de petites misères qui
passaient inaperçues: du lumbago, des urines chargées de sable. Et si,
au moment où l'on s'est aperçu de ces petits symptômes, on les avait
soignés méthodiquement, par le repos ou l'exercice suivant les cas,
par telle ou telle hygiène alimentaire, telle ou telle pratique
hydrothérapique, telle ou telle hygiène cérébrale, ils n'auraient pas eu
de coliques néphrétiques, et n'auraient pas eu besoin d'aller à Vittel.
Mais, ne cessons pas de le dire, ils sont bien heureux de recourir
au traitement bienfaisant de Vittel pour se débarrasser d'une des
manifestations importantes de leur «maladie», au moins d'une façon
temporaire. Ils doivent seulement se rappeler que Vittel seul ne les
guérira pas, quand même ils y retourneraient tous les ans.]
Les eaux arsenicales conviennent souvent à nos malades; la Bourboule en
particulier, Saint-Nectaire chez les enfants et les jeunes gens.
Mais nous ne voulons pas faire une revue des eaux minérales françaises
et étrangères. Tout ce que nous voulons prouver, c'est que les eaux
minérales sont un agent thérapeutique de premier ordre, un agent que
tous les médecins doivent connaître, non seulement parce qu'ils voient
dans les livres, non seulement par ouï-dire, mais en se donnant la peine
d'aller les visiter. Il n'est même pas mauvais qu'ils goûtent, par
eux-mêmes, aux diverses sources, et qu'ils tâtent parfois des bains. Ils
ne tarderont pas à voir que ce ne sont pas des agents indifférents: je
leur recommande, en particulier, un bain à Salies-de-Béarn, à forte dose
d'eau salée. Aussi le monde médical doit-il être très reconnaissant à
celui de nos maîtres, le professeur Landouzy, qui a organisé, tous les
ans, des caravanes scientifiques pour visiter les eaux françaises;
quinze jours de voyage sous une bonne direction médicale sont plus
utiles que six mois de travail dans les livres. On apprend ainsi à
connaître non seulement les eaux, mais aussi les médecins des stations,
parmi lesquels il en est beaucoup qui ont des idées générales très
intéressantes sur la pathologie. Ces médecins des villes d'eaux sont,
d'ailleurs, pour les praticiens, de précieux collaborateurs, quand ils
veulent bien ne pas se borner à prescrire les eaux en boisson, les
bains, les douches, etc., et consentir à faire, en même temps, oeuvre
médicale véritable, c'est-à-dire surveiller le régime, doser avec soin
le repos et l'exercice, et se souvenir que la psychothérapie ne perd
jamais ses droits.
_Voyages_.--Les gens du monde se figurent que les voyages font le plus
grand bien aux malades en général, qu'à la suite d'un état aigu, par
exemple, dès que le malade est transportable, il faut l'envoyer bien
loin de chez lui, et que, dans les états chroniques, ce déplacement
lointain est la condition _sine qua non_ d'une guérison. Cette opinion
est basée sur une erreur d'interprétation. Il est certain qu'un homme
bien portant se trouve très bien d'un déplacement annuel, et les
vacances sont chose indispensable pour cet homme, quels que soient son
âge et sa situation. Il faut que, au moins une fois par an, l'homme bien
portant mette, pendant quelques jours, son cerveau en jachère, prenne
l'exercice dont il a été en partie privé pendant le reste de l'année.
Ce temps consacré au repos cérébral n'est pas du temps perdu, c'est du
temps bien employé.
Les vacances sont également nécessaires à l'enfant qui travaille: et par
vacances nous entendons non seulement le repos cérébral, qui doit être
presque absolu,--ce qui, par parenthèse, contre-indique l'usage des
devoirs de vacances,--mais aussi, autant que possible, le changement de
milieu, ne fût-ce que pendant une trentaine de jours. De là l'utilité
des colonies de vacances, que le professeur Landouzy appelle «des
croisades de paix et de rédemption». Elles sont, dit-il très justement,
la «première ligne de défense contre la tuberculose». M. Plantet a fait
sur ce sujet, à la demande de l'Office central du travail, un rapport
des plus intéressants et des plus complets, publié dans la _Réforme
sociale_, (16 juin et 1er juillet 1905). Il résulte de ce rapport que la
France est en retard sur les autres pays, sur le Danemark, l'Angleterre,
la Suisse, l'Allemagne, la Belgique; que nous n'occupons, en somme, que
le sixième rang dans la lutte des sociétés contre le dépérissement
de leur race. Cependant, depuis 1882, la France est entrée dans le
mouvement, et les colonies scolaires françaises sont déjà en nombre
considérable: il y a les colonies de la ville de Paris, 26 institutions
privées parisiennes, 40 comités de patronage s'occupant de procurer des
vacances aux enfants pauvres de la capitale; et des colonies semblables
fonctionnant dans cinquante-six villes de France. Au total, en
1902, 14000 petits Français ont bénéficié de ces institutions
philanthropiques[18].
[Note 18: Dans l'intéressant rapport de M. Plantet, chacune de ces
colonies est étudiée avec des détails suffisants pour qu'on puisse se
rendre compte de son fonctionnement, du prix de revient, des résultats
obtenus. Dans un premier type, les enfants sont logés en commun dans un
même local (villas scolaires, écoles communales vacantes pendant l'été,
propriétés privées, louées, acquises, spécialement aménagées pour
abriter une collectivité à la campagne ou à la mer). C'est la colonie
d'internat.
Dans un second type, les enfants sont confiés par petits groupes de
deux à quatre au plus, à des familles de cultivateurs recommandables,
moyennant un prix débattu, dans les régions réputées les plus saines.
C'est le placement familial.--Les deux systèmes présentent des avantages
et des inconvénients qui sont analysés de très près dans le travail
que nous signalons.--En ce qui concerne la santé, tous les rapports
constatent la plus-value dans toutes les régions, en montagne, en
plaine, à la mer, aussi bien dans les colonies collectives que dans les
colonies familiales.
Quant aux résultats moraux, tout dépend de la colonie et de l'esprit
qui l'anime. Beaucoup pensent qu'il ne suffit pas de faire gagner à de
pauvres enfants une livre de graisse par semaine. Il y a mieux à faire,
on peut réaliser un bien plus durable: il faut viser à ce qu'ils
rentrent meilleurs à leur foyer. Dans certaines colonies, un tel soin ne
se devine guère. Dans d'autres, au contraire, c'est la pensée dominante
et le rêve du directeur. Le tout est de savoir choisir.]
Non seulement l'homme bien portant, mais celui qui n'est qu'un peu
fatigué par le surmenage cérébral, et par les petites émotions
quotidiennes, se trouve très bien de changer d'air, de milieu, non
seulement une fois par an, mais même chaque fois qu'il sent, chez lui,
cette sorte de malaise cérébral prémonitoire de la neurasthénie, ou
certains troubles digestifs mal définis qui prouvent que son système
nerveux abdominal n'est plus en fonctionnement parfait. Pour lui, un
déplacement de quelques jours est extrêmement favorable. Où qu'il aille,
il verra son appétit renaître, sa constipation disparaître, la santé lui
revenir. Que dis-je? chez certaines femmes nerveuses, mais au demeurant
ayant encore un capital sérieux, l'unique fait de monter en chemin de
fer produit des effets appréciables, et, le jour même du départ, on les
voit transformées. Elles laissent à la première station leurs phobies,
leurs inquiétudes; c'est un changement à vue, un véritable coup de
théâtre.
Mais autre chose est l'hygiène de l'homme bien portant, ou du candidat
à la «maladie» dont le capital est encore presque intact, et autre
l'hygiène du vrai malade. Voilà ce que, d'une façon générale, les gens
du monde ignorent. Ils s'obstinent, malgré eux, par le fait d'un faux
raisonnement, à croire que ce qui fait du bien à l'homme valide doit
en faire encore plus à l'homme malade. «Un bon bifteck saignant est
certainement utile à un travailleur bien portant; combien il doit être
plus utile à un malade affaibli! Il va certainement lui rendre des
forces. Donnons-lui donc de la viande saignante; plus il en prendra,
plus vite il sera guéri!» Le malade proteste, il affirme que la viande
saignante lui fait du mal: c'est égal, qu'on lui en donne au moins
autant que son estomac pourra en digérer, ce sera toujours pour son
bien! On disait la même chose, autrefois, pour le vin; les gens
intelligents commencent à comprendre que le vin, si utile à un
travailleur bien portant, n'est pas un aliment héroïque quand il est
donné à des malades, même sous forme de vins médicamenteux.
De même l'on raisonne pour l'exercice. Un exercice modéré est utile aux
gens bien portants; il faut donc l'imposer au malade. Ce dernier a beau
dire que la moindre marche le fatigue, lui ôte le peu d'appétit et de
sommeil qu'il avait encore; c'est égal, il faut qu'il marche! On ne
conçoit pas qu'il doive rester à la chambre, du moment qu'il peut se
tenir sur ses jambes. Le pauvre malade voudrait rester couché, il sent
que le lit lui est utile; c'est encore là, dit-il, qu'il souffre le
moins. Mais non, il faut qu'il se lève! Le lit ôte les forces, le lit
constipe! Et plus le patient est soi-disant bien soigné, plus il a à
lutter contre ces préjugés, qu'on parvient difficilement à déraciner
même dans les milieux intelligents. Il ne faut pas non plus, dit-on,
laisser le malade dormir le jour, sans quoi il ne dormira pas la nuit!
Malheureux, qui ne voulez pas comprendre que l'insomnie de votre cher
malade «tient à une excitation de ses cellules cérébrales, et que le
sommeil est le meilleur remède à apporter à cette excitation, et que,
par conséquent, le sommeil du jour prédispose au sommeil nocturne! Quand
donc aurez-vous une notion un peu précise et raisonnée sur la pathogénie
de tous ces troubles dont l'ensemble constitue la «maladie»?
C'est aussi par une faute grossière de raisonnement qu'on considère les
voyages comme utiles aux malades. Encore une fois, ils sont utiles aux
gens bien portants, et d'autant plus utiles qu'on se porte mieux, parce
qu'ils permettent à l'homme doué d'un beau capital biologique de faire
de ces petites avances dont nous avons parlé déjà, de ces placements à
gros intérêts qui augmentent sa fortune. Accidentellement, il est vrai,
il peut se faire que le placement soit malheureux: c'est ce qui arrive
chez l'alpiniste qui aventure une trop grosse somme d'énergie, et met
quelquefois quinze jours à se refaire d'une excursion par trop fatigante.
Mais enfin, en général, on peut dire que, chez les gens bien portants,
ces risques de dépenses exagérées sont réduits à très peu de chose. Le
malade, au contraire, est un indigent. Non seulement il ne doit pas
dépenser à tort et à travers, mais il doit parcimonieusement, et avec
un soin jaloux, garder le peu qu'il possède encore, et chercher à faire
des économies. Si son indigence est momentanée, il se remettra assez
vite à flot. Si elle est définitive, _a fortiori_ devra-t-il chercher à
ne pas faire de fausses dépenses.
Or, il ne faut pas se le dissimuler, pour le malade tout voyage est une
dépense; le changement d'habitudes, le surcroît de fatigue inévitable,
à eux seuls, occasionnent de la dépense nerveuse. Si c'est un grand
malade, le voyage peut même le tuer, comme il tue ces malheureux
typhoïdiques qu'on est quelquefois obligé, en campagne, ou qu'on se
croit obligé d'évacuer à de longues distances, sur des cacolets qui
les secouent d'une façon lamentable. Ils arrivent quelquefois morts à
l'ambulance lointaine, d'autres fois demi-morts; mais toujours leur état
est extrêmement aggravé. Si on avait pu les soigner sur place, ou les
évacuer à très petites journées, dût-on les tenir privés des ressources
de la thérapeutique, et se borner à leur faire deux lotions fraîches par
jour, ils auraient eu bien plus de chances de guérir. Je l'affirme au
nom d'une expérience personnelle, faite pendant la campagne de Tunisie.
Mais, sans parler des états aigus qui contre-indiquent absolument
tout long déplacement, ne voyons-nous pas, tous les jours, des états
chroniques aggravés à vue d'oeil par les longs trajets? Cet illustre
malade qui traverse toute la Russie pour aller au Caucase, dans le
vain espoir de retrouver la santé, et qui voit son état s'aggraver
sensiblement en route; tous ces cardiaques, ces albuminuriques qui vont
aux eaux lointaines chercher la guérison promise, et en reviennent bien
plus fatigués que s'ils étaient restés chez eux? Et les tuberculeux
avancés! ces tristes victimes des théories régnantes et de la crainte de
la contagion.
Vous prenez là, dira-t-on, les cas extrêmes, et on commence à comprendre
que les grands déplacements ne sont pas favorables aux grands malades.
Oui, mais j'ajoute qu'ils ne sont pas, non plus, favorables aux malades
_moyens_.
Pour me faire comprendre, voyez cette jeune femme nerveuse qui ne digère
plus, qui dort mal, qui est constipée, qui n'a pas ses règles depuis six
mois; on se figure encore que, en lui faisant quitter le climat brumeux
du Nord pour l'envoyer sur la côte d'Azur, on va lui faire le plus
grand bien; c'est une profonde erreur. L'insolent ciel bleu du Midi lui
paraîtra odieux, et, après quelques jours, elle souhaitera, dans son for
intérieur, de quitter le délicieux pays. Elle ne le dira pas, pour ne
pas torturer son entourage, elle souffrira en silence; et il peut même
se faire qu'à la longue son état s'améliore; mais, sûrement, ce ne sera
pas l'effet du changement de milieu. Et il peut bien se faire aussi que
son état s'aggrave assez pour que l'entourage se rende à l'évidence, et
ramène à grands frais, et avec d'infinies précautions, la pauvre victime
dans le milieu qu'elle n'aurait pas dû quitter.
En réalité, le voyage n'est utile que chez les gens qui paraissent n'en
avoir pas besoin. C'est pour bien faire comprendre notre manière de voir
que nous exagérons, à dessein, la formule de notre pensée.
Il est bien certain qu'entre le malade grave, qu'on ne doit pour rien au
monde déplacer, et l'homme qu'on est convenu d'appeler bien portant, et
qui a tout intérêt à faire des voyages d'agrément, il existe toute une
série d'intermédiaires auxquels les voyages peuvent rendre des services.
Le changement radical de milieu, si dangereux pour le malade grave, peut
être utile à l'individu qui n'est que sur la frontière de la «maladie».
Quitte à avoir dans un hôtel une nourriture moins bonne, moins
hygiénique, moins adaptée à l'état de son estomac, un dyspeptique pourra
se trouver bien de cette nourriture, si, en arrivant à l'hôtel, il
laisse ses préoccupations incessantes, énervantes, de Paris. Comme toute
chose humaine, le déplacement peut avoir du bon et du mauvais, et on ne
peut formuler de règles absolues pour les cas moyens; c'est au médecin,
s'il est consulté, à peser le pour et le contre, et à donner les
indications générales.
Mais il y a quelques conseils qu'il devra donner toujours au malade.
C'est:
1° De ne pas voyager de nuit.
2° De s'interdire les changements journaliers de stations, sauf dans
les cas où, pour une raison quelconque, on est obligé de gagner les
altitudes. Dans ce dernier cas, il faut, au contraire, imposer au malade
des stations intermédiaires, car l'expérience démontre que rien n'est
préjudiciable à une grande nerveuse, par exemple, comme le voyage en une
seule traite de Paris en Engadine. Elle peut être sûre que, en arrivant
à destination, il lui faudra plusieurs jours pour s'adapter au nouveau
milieu d'altitude, pour faire son acclimatation; pendant ces quelques
jours, elle aura un malaise extrême, et, en particulier, de l'insomnie,
tandis que, si elle s'était arrêtée deux fois en route, elle n'aurait
pas eu à payer ce tribut à la dépression barométrique.
3° De s'interdire le voyage matinal; de ne pas croire que, parce que
le lever à l'aube est favorable à l'alpiniste bien portant, il soit
également favorable aux neurasthéniques qui ont besoin de leur sommeil
matinal.
4° Une prescription importante, c'est encore de se reposer, à l'arrivée
à destination, pendant deux, quatre jours, suivant la valeur de
l'individu, pour réparer la dépense occasionnée par le voyage. Ce repos
sera plus ou moins complet, suivant la gravité des cas. En principe, il
vaut mieux pécher par excès que par défaut de prudence.
5° Pendant ces villégiatures, le malade ne devra pas faire de sorties
quotidiennes, sous le fallacieux prétexte de s'entraîner; l'entraînement
convient aux gens bien portants, mais le mot «entraînement» doit
disparaître du vocabulaire du malade. Certes, le rôle du médecin est
d'entraîner le malade; mais cet entraînement, que j'appellerai médical,
doit être tellement progressif et mesuré qu'il n'a, pour ainsi dire,
rien de commun avec l'entraînement de l'homme bien portant et de l'homme
de sport.
Le malade ne devra faire un effort que tous les deux ou trois jours, et
profiter des jours intermédiaires pour se reposer. Ainsi il parviendra à
reconquérir des forces, tandis que, s'il espère s'entraîner en dépensant
tous les jours un peu plus de son misérable capital, il ira droit à la
ruine.
On comprend aisément qu'un des facteurs importants du voyage est sa
longueur. Le voyage autour du monde ne convient à aucun malade; on peut
dire que, en général, il n'est pas nécessaire d'aller très loin. Le
malade parisien, par exemple, se trouvera mieux d'une villégiature à
Montmorency que d'une lointaine expatriation. On ignore trop l'extrême
susceptibilité du malade au changement de milieu. Une simple promenade
_extra muros_ impressionne le malade parisien, quelquefois en bien, mais
le plus souvent en mal. Combien connaissons-nous de personnes qui
ne peuvent pas aller jusqu'à Versailles sans avoir, au retour, une
véritable courbature, une nuit de moins bon sommeil, et, les deux ou
trois jours suivants, une aggravation de tous leurs symptômes morbides?
Leurs parents, qui n'y comprennent rien, prétendent que c'est affaire
d'imagination. Mais non, c'est un fait parfaitement explicable, et le
médecin, qui connaît cette susceptibilité invraisemblable, devrait
se constituer l'avocat des patients, au lieu de faire chorus avec la
famille et d'accabler le malade de conseils intempestifs. Certes, dans
certains cas, par une suggestion puissante, en réveillant ce qui reste
d'énergie latente au malade, en faisant, en d'autres termes, de la
psychothérapie réconfortante, il pourra, pour ainsi dire, dynamiser le
malade et lui donner la force de supporter non seulement le voyage de
Versailles, mais un voyage relativement lointain, et ce, pour le plus
grand bien, car le malade reprend alors confiance en lui-même. Mais,
avant de donner cette suggestion, le médecin doit bien étudier son
sujet, et savoir au juste ce qu'il vaut, sous peine de lui nuire en lui
demandant un effort au-dessus de ses forces.
Nous ne nous dissimulons pas que rien n'est plus difficile que de
connaître la valeur exacte d'un système nerveux; c'est presque
impossible pour le médecin qui voit le malade pour la première fois.
Dans le doute, il vaut mieux ne pas imposer une fatigue qui risquerait
d'être préjudiciable; on se repent rarement d'avoir été trop prudent. Un
élément d'appréciation qui est d'un grand secours pour le médecin, en
pareille occurrence, c'est le désir du malade lui-même.
S'il ne désire pas voyager, s'il se dit fatigué, il y a gros à parier
qu'il l'est en réalité. Le malade a toujours, en effet, une vague
conscience de sa valeur, et il faut tenir compte de son appréciation.
Si, au contraire, il manifeste vivement le désir de changer de milieu,
c'est qu'il sent vaguement qu'il a des réserves de force nerveuse ayant
besoin d'être utilisées; il a un sourd instinct qui, en général,
le guide bien. Mais alors, direz-vous, le rôle du médecin est
singulièrement restreint; il consiste à s'enquérir plus ou moins
discrètement des désirs du malade, et à les transformer habilement
en prescriptions médicales? A vrai dire, ce serait encore de la
psychothérapie; mais nous ne concevons pas les choses de cette façon.
Quelquefois, il arrive que l'instinct du malade le guide mal; il est
dévoyé par des auto-suggestions, des préjugés ataviques, dos théories
plus ou moins scientifiques; et le rôle du médecin est, en ce cas, de
remettre tout au point, de démontrer à son malade que son instinct, dans
telle ou telle circonstance, le guide de travers; que, bien qu'il n'en
ait pas envie, il doit aller de l'avant; et le médecin mérite alors le
beau titre de directeur de la santé.
_La mer_.--Les voyages à la mer auraient dû, en bonne logique, être
étudiés à la suite des cures thermales, parce que, en somme, le bain de
mer est un agent thérapeutique comparable aux bains d'eau salée qu'on
va prendre à Rheinfelden, Salies, Arcachon, Mouthiers-Salins, etc. Mais
nous les plaçons à dessein à la suite de l'étude des voyages, parce
que, dans la pratique, le bain de mer est plutôt considéré comme voyage
d'agrément que comme traitement médical. Cela est si vrai que le médecin
est rarement consulté sur l'opportunité du traitement marin, sur le
choix de la plage: et c'est à tort. D'autre part, aux bains de mer, le
traitement n'est pas surveillé comme il l'est dans les stations d'eau
salée, et c'est également regrettable; car la médication par l'eau de
mer est active, et son emploi n'est pas indifférent, surtout lorsqu'il
s'agit de malades impressionnables, auxquels la moindre intervention
fait du bien ou du mal.
Les principaux conseils que nous ayons à donner aux malades livrés à
eux-mêmes, à la mer, sont les suivants:
1° Ne pas prendre de bains dès l'arrivée, et se reposer des fatigues du
voyage, comme nous avons dit qu'il fallait toujours le faire;
2° Se rappeler que l'air marin a, par lui-même, une action appréciable,
et qu'il n'est pas toujours utile de prendre des bains; qu'on peut, dans
certains cas, se contenter de stationner pendant plusieurs heures par
jour au bord de la mer;
3° Se rappeler aussi qu'une saison au bord de la mer constitue un
véritable traitement minéral. Il faut donc au moins un mois pour obtenir
des effets sérieux; et, par conséquent, il n'est pas raisonnable d'aller
à la mer pour huit jours; c'est s'exposer à la fatigue du voyage et de
l'acclimatation sans aucun profit. _A fortiori_, ne doit-on pas prendre
un bain de mer accidentel, comme le font les maris qui, par train
spécial, arrivent toutes les semaines aux plages voisines de Paris, et
se croient obligés de prendre le bain traditionnel du dimanche. Ils
ont contre eux la fatigue du voyage, fait dans des conditions plutôt
fâcheuses, l'influence du changement brusque de milieu, les trop douces
émotions du revoir conjugal, et le bain de mer achève de leur soutirer
une réserve d'influx nerveux. Le tout se solde, parfois, par un état
subaigu, au retour, qui reçoit le nom d'embarras gastrique, et auquel se
joignent souvent des douleurs rhumatismales.