La ceinture abdominale, pour en revenir à elle, ne sera employée que le

moins de temps possible. Chez les femmes non surmenées musculairement,

on se trouvera bien de tonifier la sangle abdominale naturelle, soit

par les exercices de plancher de la gymnastique suédoise, soit par la

pratique du chant, intelligemment comprise, telle que l'enseignent les

Italiens. Nul doute que, en utilisant la pression abdominale pour la

pulsion de l'air, on ne fasse à la fois de la bonne thérapeutique

abdominale et de l'excellent travail au point de vue du chant. Tous les

chanteurs et même toutes les chanteuses dignes de ce nom ont une force

extraordinaire des muscles droits antérieurs; en se contractant, ils

repoussent la main qui les comprime[10].

[Note 10: Il serait intéressant d'inventer un dynamomètre spécial

pour mesurer la force de ces muscles chez tous les malades. Ce

dynamomètre donnerait des indications très intéressantes sur la valeur

biologique, car on peut dire que, tant vaut la pression abdominale, tant

vaut l'individu.]

On voit combien nous sommes éloignés de l'opinion qui attribue à

la ptose abdominale toutes les misères des dyspeptiques, des

neurasthéniques, des malades qui souffrent de l'intestin, etc. Une femme

a de la ptose et mille misères variées: une ceinture fait disparaître

presque toutes ces misères, c'est donc, conclut-on que la ptose était

l'unique cause? Mais non; c'est toujours la théorie du moindre effort

appliquée au raisonnement humain. La vérité est que la ptose est

symptomatique, que la ceinture ne guérit pas la malade, ne fait que la

soulager d'une partie de ses misères, et qu'il faut déjà être malade

pour devenir ptosique,--en dehors, bien entendu, des cas où la

contention abdominale insuffisante serait due à une éventration.

La ptose peut d'ailleurs n'être que passagère. Il existe même des ptoses

qu'on pourrait appeler aiguës, si l'on nous permettait cette expression.

Nous voulons parler de celles qui surviennent brusquement, dans le

cours d'une bonne santé, à la suite d'un coup de froid, d'une émotion

violente, d'une indigestion, d'un empoisonnement, d'une purgation. D'un

jour à l'autre, on voit le ventre s'effondrer, se vider, perdre son

élasticité, sa souplesse, donner la sensation d'un amas pâteux, d'un

chiffon mouillé: et l'exploration ne permet plus alors de noter ni

le caecum, ni le côlon. On perçoit, dans la fosse iliaque, un

gargouillement dont l'on enseigne à tort qu'il appartient en propre à la

fièvre typhoïde: on ne le rencontre dans la fièvre typhoïde que parce

qu'on l'y cherche.

Cet effondrement abdominal s'observe en outre, dans presque toutes les

«maladies» aiguës. Il est toujours l'indice d'une sidération du système

nerveux abdominal; et, comme le système nerveux abdominal n'est pas

sans avoir des relations intimes avec le système nerveux central,

l'effondrement en question est toujours l'indice d'un état de «maladie»

assez grave. Mais il peut n'être que passager, durer quinze jours, trois

semaines; d'autres fois, il dure deux à trois mois, dans certains états

subaigus; puis, peu à peu, on voit le ventre se ressaisir, reprendre sa

forme, son élasticité, renaître: c'est le commencement de la guérison.

En même temps que le ventre s'effondre et que survient la ptose

aiguë, la sonorité abdominale subit des modifications extrêmement

intéressantes. Le son devient uniforme, tandis que, à l'état normal,

ou dès que le ventre se ressaisit, la percussion donne des notes

différentes dans les deux fosses iliaques et sur la ligne médiane. Le

plus souvent, c'est l'octave qu'on observe entre le côté droit et le

gauche (octave supérieure au côté droit).[11]

[Note 11: Cette exploration abdominale par la vue, le toucher, et

la percussion, donne les renseignements les plus précieux sur la valeur

digestive de chacun, et des indications très nettes sur le régime

alimentaire qu'il convient d'imposer: régime qui doit varier,

évidemment, d'un jour à l'autre, comme varient l'aspect du ventre et les

sensations que donnent la palpation et la percussion. Ce sera la

gloire du Dr Sigaud d'avoir su lire dans l'abdomen, et d'avoir essayé

d'apprendre cette lecture à ses contemporains. Mais, il ne faut pas se

le dissimuler, l'exploration abdominale est chose très difficile; je la

pratique depuis dix ans que j'ai la bonne fortune d'être en relations

scientifiques avec le Dr Sigaud, et je vois mieux, de jour en jour, la

difficulté de cette étude, en même temps que j'en apprécie mieux toute

l'importance.

Laissons d'ailleurs la parole à MM. Sigaud et Vincent, qui résument

ainsi les données de l'exploration abdominale: «Nous ne saurions trop

affirmer que l'exploration méthodique de l'appareil digestif est, pour

le biologiste, une source de faits inépuisable. Quelle variété de

renseignements, quelle précision dans l'observation, ne devons-nous pas

attendre d'un procédé à la perfection duquel nous voyons concourir les

données fournies, presque simultanément, par l'ouïe, la vue, le toucher?

Ajouterons-nous que, en raison de la nature spéciale cavitaire de son

tissu, le tube digestif se modifie dans sa forme, dans sa densité,

dans sa consistance, sous les influences les plus légères et les

plus fugitives? Alors que, chez un malade, nous ne trouvons aucune

modification du côté des appareils circulatoire, pulmonaire, nerveux ou

rénal, nous constatons toujours des signes positifs du côté de la sphère

gastro-intestinale. Les oscillations vitales que les autres appareils

organiques sont impuissants à objectiver, le tube digestif les

enregistre avec une fidélité remarquable et une variété de nuances que

l'on n'a point soupçonnée jusqu'ici. Et toutes les modifications de

forme et de volume, d'élasticité et de résistance du tissu abdominal,

toutes les variations de sonorité des membranes digestives, ne sauraient

être considérées comme des faits de valeur médiocre inutilisable. Elles

portent en elles-mêmes un double enseignement: elles traduisent, d'une

part, les diverses modalités fonctionnelles du tube digestif, d'autre

part, en vertu d'une loi sur laquelle nous allons revenir, l'orientation

générale des réactions de l'organisme correspond à ces modalités

digestives.» (_Mémoire_ lu à la Société de Médecine de Gand, 4 avril

1905.)

Les intéressantes études de MM. Sigaud et Vincent auraient encore à

être complétées par l'étude de l'auscultation abdominale; c'est là un

chapitre de séméiologie qui est tout entier à faire, et que je ne puis

qu'indiquer aux travailleurs de l'avenir. Munis d'un bon stéthoscope,

ils trouveront dans l'auscultation abdominale des renseignements d'une

valeur insoupçonnée jusqu'à ce jour.]

Pour en revenir aux ptosiques, une bonne sangle leur rend un service

momentané qui n'est pas à dédaigner. Elle les soulage: mais ce qui les

guérit, quand il leur reste encore assez d'énergie vitale, c'est un

régime approprié, et du repos ou un exercice gradué, suivant les cas. Le

régime devra être celui qui donne le moins à travailler à l'estomac et

à l'intestin sidérés; il devra donc être liquide ou semi-liquide. Les

prises alimentaires devront être fréquentes,--très fréquentes, dans

l'état aigu. Quant au repos, il s'impose; les malades, d'ailleurs, en

éprouvent le besoin, et c'est dans ce cas qu'on peut dire que le lit est

le meilleur des agents thérapeutiques. Quand le ventre commence à se

ressaisir, le régime devra être plus substantiel: potages épais, purées

légères prises toutes les trois heures en moyenne. Puis, quand il a fait

un nouveau progrès, alimentation plus dense et moins fréquente (six

repas en vingt-quatre heures, dont un dans le courant de la nuit: purées

épaisses, macaroni, riz, poisson, oeufs). Quand il est redevenu presque

normal, quatre repas par jour, assez copieux, presque égaux, dont un

avec viande non saignante. Enfin, quand l'orage est passé, quand le

ventre a retrouvé sa souplesse, son élasticité et sa tension, alors

seulement il faut arriver aux trois repas: celui du matin, qui doit être

assez copieux (café noir, oeuf ou viande froide); celui de midi, composé

en général de trois articles: 1° macaroni, ou purée, ou pommes de terre

en robe de chambre; 2° viande non saignante; 3° fromage, peu de pain,

pas encore de vin, un verre de liquide à la fin du repas; enfin le repas

du soir, plus léger, comprenant aussi trois articles: 1° potage épais;

2° oeufs ou poisson; 3° fruits cuits.

Telles sont les grandes lignes de la diététique des états aigus ou

subaigus. En même temps, avons-nous dit, le repos s'impose: dans l'état

aigu un repos absolu au lit; plus tard, deux heures de lever sur une

chaise longue, entre les repas. Il faut faire longtemps manger les

malades au lit; puis, jusqu'à guérison complète, repos horizontal après

les repas; et toujours beaucoup de sommeil, même diurne, le sommeil

diurne étant le meilleur agent provocateur du sommeil nocturne, à

l'inverse de ce que l'on croit ordinairement.

On comprend combien, dans cet état d'équilibre instable, une violente

perturbation, produite soit par une purgation, soit par un vomitif, soit

par une alimentation trop hâtive, peut être défavorable au malade.

CHAPITRE IV

PSYCHOTHÉRAPIE

Nous avons, maintenant, suffisamment indiqué, les causes diverses qui

produisent la «maladie». Mais cette étude même n'a fait encore que mieux

nous montrer le rôle prépondérant que joue, dans l'origine comme dans

l'évolution de la «maladie», l'ébranlement du système nerveux. Et de là

résulte l'importance, également prépondérante, d'une médication

destinée à remonter le système nerveux: médication dont un des éléments

essentiels est cette «psychothérapie» qui, depuis quelque temps, a

commencé à préoccuper vivement le monde médical, sans qu'on soit encore

parvenu à en fixer exactement le domaine et l'application.

A en croire un certain nombre de nos confrères, français et surtout

étrangers, le psychothérapie serait simplement destinée à remplacer

toute thérapeutique. L'imagination, d'après ces savants, jouerait dans

la production et le développement des «maladies» un rôle si énorme,

qu'il suffirait de découvrir, dans chaque cas, le moyen de persuader aux

malades qu'ils se portent bien, pour leur rendre aussitôt la santé. La

psychothérapie consisterait donc à étudier, à ce point de vue, l'état

d'esprit de chaque malade, de façon à pouvoir suffisamment s'emparer de

sa confiance pour lui ordonner de se croire guéri. Mais les plus récents

défenseurs de cette doctrine avouent eux-mêmes que les moyens de

persuasion sont, jusqu'ici, très difficiles à trouver; et je dois dire,

quant à moi, qu'une conception aussi simpliste de la thérapeutique me

paraît, jusqu'à nouvel ordre, quelque peu fantaisiste.

Oui certes, la préoccupation de l'état d'esprit des malades, et de ce

qu'on pourrait appeler la cure morale, doit tenir plus de place qu'elle

n'en tenait, hier encore, dans la médecine officielle. Mais j'estime

que la psychothérapie peut faire mieux que d'imposer aux malades

l'illusion,--toujours bien brève et bien fragile,--de se bien porter:

elle peut devenir un des agents les plus actifs et les plus précieux de

la guérison.

Étant donnée l'idée que nous nous faisons de l'origine nerveuse de

la «maladie», voici, à notre avis, la meilleure définition de la

psychothérapie: «C'est l'ensemble des moyens d'ordre psychique par

lesquels on améliore ou on reconstitue le capital nerveux.» Son action

s'étend: 1° à toutes les déviations mentales; 2° à un grand nombre de

troubles somatiques, tels que la constipation, l'insomnie, l'anorexie,

etc., l'incontinence d'urine, etc.

Quant à ses moyens d'action, ils peuvent, pour la facilité de l'étude,

être divisés en deux grandes catégories:

1° Moyens par lesquels on diminue les dépenses;

2° Moyens par lesquels on augmente les recettes.

I

MOYENS PAR LESQUELS ON DIMINUE LES DÉPENSES

Il est une foule de malades qui gaspillent leur influx nerveux sans le

savoir; il faut leur apprendre à l'économiser, leur démontrer combien

est fatigante, pour le système nerveux, l'hésitation perpétuelle,

leur enseigner l'utilité qu'il y a à savoir prendre un parti dans

les moindres circonstances de la vie. Il vaut mieux prendre un parti

médiocre immédiat qu'un parti plus sage après hésitation. Or, pour

savoir vite prendre parti et s'épargner la peine de remettre en

discussion tous les motifs et mobiles qui doivent déterminer l'acte à

accomplir, il y a un procédé très recommandable, qui consiste simplement

à adopter des principes, et à se dire: «Dans telle circonstance, je

ferai ceci, dans telle autre je ferai cela»; et puis, une fois le

principe adopté, à y rester fidèle,--sans cependant en devenir esclave.

Car il ne faut pas que l'entêtement remplace l'hésitation, que l'océan

devienne terre ferme. Un petit moyen pratique à recommander aux

hésitants, c'est de fixer, sur un agenda, tout ce qu'ils doivent faire

dans la journée et les jours suivants, puis, une fois la chose écrite,

d'exécuter ponctuellement ce qui aura été arrêté. La volonté parvient

ainsi, peu à peu, à se discipliner, en même temps qu'on s'évite des

pertes considérables d'influx nerveux.

D'une façon générale, il faut inspirer aux malades le respect du temps,

leur faire comprendre que le temps, c'est l'étoffe dont la vie est

faite, et qu'il n'est pas permis d'en gaspiller une parcelle: que c'est

par le respect du temps qu'on trouve le moyen de faire une foule de

choses utiles avec un minimum de dépense. S'ils parviennent à comprendre

cette vérité, ils trouveront eux-mêmes, peu à peu, un _modus vivendi_,

qui, sans qu'ils s'en doutent, leur fera faire des économies de dépense

nerveuse. Recommander aux malades de prendre des habitudes _d'ordre_, de

tout régler dans leur vie,--les heures du lever, du coucher, des repas,

etc.,--de donner à chaque chose, à chaque préoccupation, la place et

l'importance qui lui conviennent, est encore un moyen de leur

épargner les dépenses nerveuses inutiles, et de faire de l'excellente

psychothérapie.

Appliquons ces idées générales à un cas particulier. Voici une jeune

fille atteinte de ce qu'on appelle la «folie du doute»; dès son lever,

elle ne saura quelle robe mettre, elle en essaiera trois ou quatre, et

finira par reprendre la première; elle passera deux heures à faire sa

toilette, ne sachant si elle doit commencer par se coiffer ou par se

laver les mains; et toute sa journée se passera ainsi dans un état vague

d'anxiété. Le soir, la situation est plus pénible encore: la malade ne

parvient pas à se coucher, elle met deux heures pour se déshabiller,

s'interrompant à tout instant pour confier à un petit cahier une foule

d'idées qui ont torturé son cerveau et qui n'ont pas pu prendre corps.

On dirait qu'elle cherche à les fixer en les écrivant. J'ai chez moi

plusieurs collections de petits registres qui sont tous inspirés par

ce même esprit. Or, cette agitation stérile, continue, occasionne une

dépense cérébrale énorme. Si l'on veut bien étudier une malade de ce

genre, on verra qu'elle n'est pas malade que de la tête, mais que tout

est malade chez elle. Elle digère mal, elle est amaigrie, elle a

des urines rares et chargées alternant avec des urines claires et

abondantes. Elle est mal réglée, etc.

Il lui faut donc, avant tout, un traitement général; dont nous

indiquerons plus tard les grandes lignes, mais il lui faut aussi un

traitement psychothérapique.--Et lequel? La première chose est de lui

dire combien cette manière de faire est ridicule: cela, on n'aura pas de

peine à le lui faire admettre, elle le sait très bien; le preuve,

c'est qu'elle cache son infirmité avec le plus grand soin à tout son

entourage. Puis il faut lui expliquer comment cette dépense nerveuse,

si stérile, la fatigue, et entretient ou cause sa «maladie» physique.

Enfin, d'accord avec elle, il faut lui tracer un plan de vie tel qu'au

lieu de gaspiller ses forces elle les concentre, pour les diriger dans

un sens déterminé. A l'une, on fera apprendre une langue étrangère, à

l'autre on proposera une autre occupation, non moins précise. Le

médecin s'inspirera d'une foule de considérations d'ordre secondaire;

l'essentiel est qu'il atteigne son but, qui est de discipliner la

volonté et d'éviter à la malade les pertes nerveuses, par une bonne

orientation de son activité. Nous avons pris là, à dessein, un cas des

plus difficiles à guérir: et cependant nous affirmons que la guérison

y est possible, quand, à la psychothérapie, on joint un traitement

somatique convenable et suffisamment prolongé.

Dans la manie aiguë, ou certaines phases de la paralysie générale, dans

tous les cas de délire aigu occasionnés par les «maladies» infectieuses,

l'influx nerveux subit des dépenses colossales; les fuites se font de

toutes parts. La pensée est si rapide, chez le maniaque, que l'aliéniste

expérimenté ne parvient pas à la suivre. Les associations d'idées se

font avec une telle rapidité que le malade n'a pas le temps de les

exprimer, et, quelle que soit sa volubilité, sa langue n'a pas un débit

égal à celui de son cerveau. La psychothérapie peut-elle être utile à

des malades de ce genre? Oui, mais, à vrai dire, son rôle est alors

négatif; il faut savoir ce qu'il ne faut pas faire; il faut ne pas

s'acharner à discuter avec le malade, à rectifier ses appréciations; il

faut, en un mot, laisser passer l'orage, et se borner à éviter au malade

toute cause d'excitation prochaine ou éloignée. Il faut se rappeler,

surtout, qu'une fois l'orage passé, on aura longtemps encore à user

d'extrêmes précautions, et à ménager le cerveau fragile.

Lorsque la fuite nerveuse, au lieu d'être disséminée, est limitée à un

point fixe, la psychothérapie intervient d'une façon plus active. Voici

un homme en proie à une obsession: une idée a envahi son cerveau, il y

pense nuit et jour, en perd le boire et le manger. Toutes ses pensées

ont pour pivot l'idée maîtresse, il en parle à tous ceux qu'il estime

pouvoir le comprendre, il demande conseil, s'agite en vain, et, ne

trouvant pas de solution, il s'épuise. Faut-il, dans ce cas, essayer de

boucher la fuite, dire au malade qu'il ne doit pas penser à ce qui

le préoccupe? Mais c'est lui demander l'impossible, et le torturer

inutilement. Il faut, au moins une fois, lui laisser exposer, avec les

plus amples détails, les causes de sa souffrance morale; mais, ceci

fait, pour acquérir sa confiance, il ne faut presque plus lui permettre

d'en parler, et, en échange, il faut lui trouver des dérivatifs. De même

que, dans une hémorragie pulmonaire, le médecin bien avisé fait une

saignée générale, qui arrête l'hémorragie, de même le psychothérapeute

ne doit, pour ainsi dire, pas lutter contre l'idée obsédante, mais faire

naître des courants d'idées dérivatifs; en d'autres termes, remplacer

une idée morbide par une série d'idées saines. C'est la psychothérapie

_dérivative_.

Un autre moyen d'économiser les fuites nerveuses, moyen à employer dans

les cas exceptionnels, c'est de conseiller au malade l'acceptation du

fait acquis, en d'autres termes la résignation; c'est la psychothérapie

_sédative_. Que le malade accepte le fait accompli, qu'il cesse de se

cabrer contre les circonstances qui ont produit ou qui entretiennent

la «maladie», de se nourrir de son chagrin, de se remémorer les causes

morales qui l'ont amené; et il s'évitera une fatigue nerveuse énorme.

Cette passivité produira sur lui l'effet sédatif d'une sorte de sommeil

de la cellule nerveuse.

Quand la résignation, au lieu d'être pour ainsi dire passive, est un

acte volontaire en vertu duquel le patient accepte, en toute liberté,

sans restrictions, sans protestations, ses misères, pour les offrir

dans une intention quelconque, elle devient tout le contraire de la

passivité, et déjà elle rentre dans la deuxième catégorie des moyens

psychothérapiques. L'étude de cette résignation active va donc nous

servir de transition toute naturelle.

La résignation ainsi comprise est un acte. Répéter plusieurs fois par

jour qu'on se résigne, c'est faire, plusieurs fois par jour, acte de

volonté; et encourager le malade à accomplir cet acte de volonté, c'est

faire de l'excellente psychothérapie _reconstituante_. Malheureusement,

cette résignation active est à la portée de peu d'initiés. Elle suppose

toute une doctrine philosophique: la doctrine de la solidarité humaine,

de la réversibilité des mérites et des souffrances, en un mot la

doctrine du renoncement; et peu de malades la connaissent. Aussi est-ce

à titre exceptionnel que les ressources de la résignation active peuvent

être employées.

Mais, dira-t-on, quel peut être le rôle du médecin en face d'un malade

qui va jusqu'à voir dans la souffrance un bienfait? On croirait, _a

priori_, que le médecin n'a qu'à disparaître; en fait, il n'en est rien.

Le médecin doit rester à son poste; et tout en encourageant le malade

dans cette voie, en fortifiant sa volonté, il doit l'exhorter à ne pas

négliger les moyens thérapeutiques que réclame son état. Car enfin le

résigné actif ne commet pas une erreur de logique en désirant guérir

et en acceptant les soins médicaux. S'il fait bien de se résigner à la

souffrance lorsque celle-ci est inévitable, il est tenu, au contraire,

de se résigner aussi à ce que veut pour lui la nature, c'est-à-dire à ne

rien omettre pour reconquérir, avec la santé, la possibilité d'une vie

plus active et plus utile. Ajoutons d'ailleurs que, en fait, le résigné

actif est d'ordinaire le plus obéissant, le plus stable des malades, le

plus reconnaissant pour les soins médicaux qui lui sont donnés; c'est le

malade de choix.

II

MOYENS PAR LESQUELS ON AUGMENTE LES RECETTES

La deuxième catégorie des moyens psychothérapiques comprend, comme nous

l'avons dit, ceux qui ont pour but d'améliorer la part subsistante du

capital nerveux. On peut parvenir à ce résultat de deux façons:

1° En dynamisant ce qui reste du capital nerveux par une savante

gymnastique de la volonté. (L'homme ne vaut que par sa volonté: donc

discipliner, fortifier, renforcer sa volonté, c'est lui rendre le plus

grand des services.)

2° En insufflant, pour ainsi dire, au malade un fluide nerveux étranger.

Dans le premier cas, on fait appel au libre arbitre du malade. Celui-ci

devient le collaborateur du médecin, dont le rôle se borne à indiquer

les procédés de gymnastique de la volonté et à surveiller l'application.

Dans le deuxième cas, une volonté étrangère vient en aide à la volonté

défaillante, ou insuffisante, du patient.

1° _Gymnastique de la volonté_.--Il y a des procédés d'éducation de la

volonté,--cette faculté, comme la mémoire, comme l'attention, étant

susceptible d'être améliorée par une bonne gymnastique. Le principe

général, dans cette éducation, c'est de procéder lentement, de ne pas

demander au malade un effort qu'il serait incapable de fournir, mais de

lui demander, au début, un tout petit effort, qui sera augmenté tous

les jours. Ainsi nous invitons nos malades à faire trois fois, tous les

matins, trois mouvements déterminés des bras, puis six, puis douze,

puis d'en faire autant avec les membres inférieurs. En ordonnant ces

exercices, nous comptons bien moins sur l'action utile de la gymnastique

musculaire elle-même que sur l'effort de volonté que nous obtenons du

malade, avec son libre consentement. Dans le même esprit, nous envoyons

certains de nos malades faire une gymnastique spéciale, tous les jours,

par tous les temps, à l'extrémité de Paris, aussitôt qu'ils peuvent

supporter la fatigue d'un déplacement quotidien. Là, nous leur faisons

faire la course en flexion, exercice musculaire excellent, qui, bien

gradué d'après des règles précises, régularise la circulation du sang,

les battements du coeur, augmente la vigueur de tous les muscles, en

particulier des muscles inspirateurs, et favorise, par conséquent,

l'acte respiratoire. Grâce à cette gymnastique, on arrive, au bout d'un

mois, à faire courir pendant vingt minutes des malades qui ne marchaient

pas, ou qui ne croyaient pas pouvoir marcher[12].

La lutte pour la santé: essai de pathologie générale · 第 9 / 17 段