[Note 12: Ajoutons que cette course ne provoque jamais

d'essoufflement le principe de la méthode étant, avant tout, d'éviter

l'essoufflement par une progression sage et bien réglée dans la longueur

et la rapidité du pas. La méthode dont nous parlons a été instituée par

notre regretté ami, le commandant de Raoul, qui avait fait des études

très sérieuses, théoriques au laboratoire de Marey et pratiques pendant

toute la durée de sa carrière militaire. Ce n'est pas le lieu de parler

avec détail de cette méthode d'entraînement; disons seulement qu'on ne

se fait pas une idée, dans le monde des gymnasiarques, de la lenteur

dans la progression à imposer au coureur. Ainsi la vitesse du pas

gymnastique de l'armée ne doit être atteinte, chez l'homme même bien

portant, qu'après quinze minutes de course progressivement plus rapide.

C'est comme cela que l'on arrive à obtenir le rendement maximum, et que

le pas gymnastique peut être prolongé très longtemps sans fatigue.

De même, avant d'arriver à la vitesse de six kilomètres à l'heure,

c'est-à-dire au pas d'un homme qui marche vite, il faut cinq minutes

de course en progression. Si, à cette prudence dans la progression, on

joint le soin de faire respirer le malade en temps utile, et de lui

apprendre à respirer, on lui évite l'essoufflement. Mais si le coureur

n'est pas essoufflé, par contre il est envahi, au bout de vingt à trente

minutes, d'une transpiration énorme, telle que la course en flexion a

pour complément indispensable, soit une friction sèche avec changement

de linge, soit, mieux encore, une douche tiède. Cette nécessité de la

douche finale limite beaucoup l'emploi de la course en flexion, et,

par parenthèse, l'interdit à l'armée, pour laquelle, dans l'esprit du

commandant de Raoul, elle semblait surtout indiquée. Nos malades, au

contraire, trouvent toute facilité pour prendre la douche terminale,

puisque la course a lieu dans le jardin attenant à la maison

d'hydrothérapie d'Auteuil, qui est gracieusement mis à notre disposition

par le Dr Oberthur, directeur de l'établissement.

Nul doute que cet exercice musculaire très gradué, sous la direction de

moniteurs compétents, que l'exercice pris au grand air, dans la matinée,

ne soient des facteurs importants dans l'excellent résultat total que

j'obtiens de ce que j'ai appelé la _dromothérapie_; mais j'estime qu'une

grande part du résultat utile revient à cette gymnastique de la volonté

que le malade fait, pour ainsi dire, sans s'en douter. Il assiste tous

les jours à ses progrès, il éprouve un vague sentiment de contentement

à la pensée qu'il a vaincu, tous les jours, une difficulté nouvelle.

Dût-on m'accuser de paradoxe, je dirai que, en imposant à un malade la

course en flexion, fait-on surtout de la psychothérapie: psychothérapie

par exercice de la volonté, et aussi psychothérapie dérivative,

puisqu'on les distrait en leur procurant un exercice qui devient

vraiment une récréation, après les trois ou quatre premiers jours.]

Le Dr Lagrange a très justement insisté sur l'utilité de l'attrait dans

l'exercice physique. Or cet attrait manque absolument dans l'exercice de

la _gymnastique respiratoire_. Cet exercice est souverainement ennuyeux,

et c'est chose rare que nos malades les plus obéissants le continuent

régulièrement plus de deux mois; mais c'est précisément pourquoi il est,

pour le psychothérapeute, un agent de premier ordre, puisqu'il exige un

effort énorme de volonté. Aussi, à ce titre même, ne saurions-nous trop

le recommander. En outre, il produit les effets les plus favorables sur

la circulation et la nutrition; c'est le seul moyen que je connaisse

de faire disparaître ces rougeurs émotives, si désagréables à certains

neurasthéniques des deux sexes, et qui ne s'observent pas seulement chez

les timides, car les personnes hardies et décidées leur payent aussi

leur tribut. Quand cette infirmité arrive à provoquer l'obsession de la

rougeur, la peur de rougir rend la vie sociale insupportable, et mérite

l'attention du clinicien, d'ailleurs désarmé s'il n'emploie que les

moyens classiques. Or, si l'on étudie de près ce symptôme, on voit qu'il

s'accompagne, presque toujours, d'une perturbation respiratoire, et

quelquefois de sensations précordiales; et c'est, sans doute, parce que

l'exercice en question régularise la respiration, qu'il est le meilleur

traitement de la rougeur émotive. En tout cas, le fait est certain,

je l'ai plusieurs fois observé. Mais comme ces exercices sont, je le

répète, extrêmement désagréables, il faut savoir les graduer de façon

à ce que le patient ait au moins le plaisir d'assister à ses propres

progrès. On arrive ainsi, peu à peu, à faire faire au malade des

mouvements de respiration profonde pendant dix minutes, matin et

soir. On ne saurait croire l'effet utile, à divers titres, de cette

gymnastique méthodique, telle que les Suédois l'enseignent, c'est-à-dire

faite d'après les vrais principes de la physiologie; tandis que, quand

elle est enseignée, ce qui arrive trop souvent, par des instructeurs mal

instruits, elle trouble les phénomènes de la circulation, et peut même

amener du vertige et de la syncope. C'est donc un moyen puissant,

mais qu'il faut savoir manier, comme toutes les autres armes de la

thérapeutique. Il existe, dans tous les Instituts Zander, un appareil

qui fait faire automatiquement d'excellente gymnastique respiratoire.

Aux malades qui n'ont pas l'énergie de la faire simplement dans leur

chambre sans le moindre appareil, nous conseillerons les instituts

mécanothérapiques.

On peut exercer la volonté du malade, et, par conséquent, la fortifier,

par mille autres moyens, qui seront inspirés par les diverses conditions

de milieu, d'aptitudes, etc. Mais, autant que possible, il faut faire

faire au malade un travail utile, et dont il puisse facilement mesurer

les progrès, et surtout un travail qui ne demande pas une dépense, soit

cérébrale ou musculaire, excessive: car alors on perdrait d'un côté

ce qu'on gagne d'un autre. Il faut, enfin, se rappeler que le rôle du

psychothérapeute doit prendre fin à un moment donné, quand le malade a

reconquis une puissance suffisante pour pouvoir voler de ses propres

ailes. On doit alors l'abandonner à lui-même, mais non pas brusquement:

il faut, si l'on nous permet cette comparaison, que le médecin imite

le professeur de bicyclette, qui soutient pendant un certain temps son

élève, puis l'abandonne momentanément, sans qu'il s'en doute; l'élève

confiant continue à pédaler, se croyant soutenu, jusqu'au moment où il

est assez sûr de lui-même pour aller tout seul. Si le professeur le

soutenait indéfiniment, l'élève ne ferait pas de progrès.

2° _Moyens d'augmenter artificiellement le capital nerveux

insuffisant_.--Dans les cas où la volonté est tellement défaillante que

l'on ne saurait faire aucun fonds sur elle, le médecin peut essayer de

fournir à son malade un apport étranger d'influx nerveux: il y arrive

par le procédé de l'hypnose. Rien ne m'ôtera la conviction que, dans

l'hypnose, il y a une «influence» de l'hypnotiseur sur son sujet,

«influence» étant compris dans son sens étymologique (_fluere_, couler).

L'hypnotiseur envoie de l'influx nerveux, il donne quelque chose de

lui-même; il a une action personnelle; et les médecins qui prétendent

le contraire, qui disent que les passes peuvent être remplacées par le

braidisme, par la fixation d'un objet brillant, immobile comme une boule

ou mobile comme un miroir à alouettes, ne me paraissent pas être dans la

vérité.

L'hypnotisme peut rendre de grands services dans les cas les plus

variés; non seulement il peut rectifier des idées erronées, faire

disparaître les mauvaises habitudes, les crises nerveuses, etc.: il agit

encore pour ramener chez le malade la quiétude de l'esprit, la confiance

en soi-même.

Il modifie aussi les fonctions organiques. Rien n'est, en effet, plus

facile, chez un sujet hypnotisable, et qui est bien en main, que de

faire disparaître des troubles dyspeptiques, névralgiques, d'arrêter des

vomissements, des métrorragies, de faire revenir les règles, le sommeil

naturel, de régulariser les selles, etc.

Le malheur est que tous les sujets ne sont pas susceptibles de subir

l'influence hypnotique, et que, précisément, ceux qui en auraient le

plus besoin se trouvent être réfractaires; ainsi les aliénés, les

hallucinés, les grandes hystériques, les malades atteints de délire

systématisé, ne sont presque jamais hypnotisables. L'hypnose est

d'autant plus difficile à obtenir qu'elle serait plus utile. Ainsi,

chez les aliénés, nous avons vu notre excellent maître le Dr A. Voisin

s'acharner pendant des heures entières sans obtenir le moindre effet;

mais aussi quel triomphe quand, d'aventure, il réussissait! Nous

connaissons pour notre part de grands nerveux qui, très désireux de

pouvoir être endormis, sont allés, sur notre conseil, consulter tels ou

tels confrères renommés pour leur habileté ou leur connaissance spéciale

de l'hypnotisme, et toujours avec un insuccès complet.

C'est là une première raison qui restreint grandement l'emploi de

l'hypnose. Une deuxième raison qui doit le limiter, c'est que, quand

on emploie l'hypnotisme, on risque de se discréditer, dans l'esprit du

malade, si on ne réussit pas du premier coup, et alors on le prive du

secours qu'on aurait pu lui donner si on n'avait pas, par une fausse

manoeuvre, perdu irrémédiablement sa confiance. Mais il existe des

procédés permettant de savoir si oui ou non le malade est hypnotisable,

de façon qu'on puisse ne marcher qu'à coup sûr, et laisser de côté, sans

en avoir l'air, les sujets non facilement hypnotisables.

Un autre motif encore restreint l'emploi de l'hypnose: c'est que

celle-ci, quand elle réussit, risque de devenir un moyen thérapeutique

trop actif. Même avec la plus grande prudence, on ne parvient pas

toujours à en graduer les effets, et le médecin s'empare souvent par

trop de l'esprit du malade, au point que ce dernier ne peut plus rien

faire sans son conseil.

J'ai connu un ingénieur des chemins de fer, renommé pour sa sévérité à

l'égard des inférieurs, et névropathe de grande marque. Son médecin crut

bien faire en le traitant par l'hypnose; et il se trouva, par hasard,

que c'était un sujet de premier ordre. Un jour, pendant le sommeil

hypnotique, le médecin lui intima l'ordre d'avoir, à l'égard de ses

inférieurs, plus de bienveillance; et voici que, dès le lendemain, les

procédés de cet homme à l'égard de ces inférieurs se firent tellement

bienveillants, affables, affectueux, qu'il devint la risée de ses

subordonnés eux-mêmes, et un sujet d'étonnement pour ses chefs. Il ne

parlait plus que de devoir social, d'altruisme, de solidarité humaine.

On le crut fou; il ne l'était pas, mais il était devenu tellement

différent de lui-même qu'il fallait aviser. Le médecin, averti de ce

changement à vue, s'efforça, en plusieurs conversations, de modérer le

zèle charitable du néophyte; il n'y parvint pas. Le malade discutait

avec lui les théories socialistes, et serait devenu le pire des

utopistes. Il fallut une nouvelle séance d'hypnose pour atténuer, au

point voulu, les effets de la suggestion première.

Pourquoi employer un moyen aussi actif quand on peut s'en passer? Autant

demander pourquoi l'ingénieur ne se sert pas de dynamite pour faire

sauter une motte de terre. Pourquoi mettre un mors arabe à un cheval qui

ne demande qu'à se laisser conduire? Réservons donc le mors arabe pour

les cas où l'animal est indocile, indomptable, et rétif!

Ajoutons que, une fois produit l'effet à obtenir, le médecin doit cesser

de recourir à l'hypnose, sous peine de compromettre le résultat final.

Une fois le blessé remis en selle, on doit lui rendre la direction de

sa monture. Pour bien faire comprendre ma pensée, je prendrai la

comparaison suivante: l'hypnose est à la défaillance du système nerveux

ce que l'opothérapie thyroïdienne est à l'insuffisance fonctionnelle

du corps thyroïde, ce que l'opothérapie hépatique est à l'insuffisance

fonctionnelle du foie. Or, de même que le médecin qui s'est servi

de foie de porc pour remettre en état un hépatique, ne continue pas

indéfiniment l'emploi du foie de porc, de même le psychothérapeute doit

cesser l'emploi de l'hypnose dès qu'il a obtenu le résultat voulu,

c'est-à-dire dès qu'il a remis le malade en assez bon état pour pouvoir

compter sur sa collaboration consciente, et lui demander un effort

personnel de gymnastique psychique; de sorte que quatre ou cinq séances

suffisent, dans la majorité des cas.

Toutes ces considérations expliquent la rareté des cas où l'hypnotisme

est à conseiller. Mais quant à dire, comme le font les adversaires

irréconciliables de la thérapeutique par l'hypnose, que quelques séances

amènent, chez le malade, une perturbation d'esprit incurable, que

l'hypnotisme «dissocie la personnalité normale du sujet» (Grasset),

«aboutit à la ruine déplus en plus complète de ce moi qu'on voudrait

sauver» (Duprat), c'est tout simplement énoncer une erreur. L'hypnotisme

bien manié n'est pas si dangereux. Je n'ai vu qu'une fois, dans le

service de Charcot, l'hypnose amener chez un homme une violente attaque

d'hystérie. Et dire, avec certains scrupuleux, que les pratiques de

l'hypnotisme ont quelque chose de dégradant pour la dignité humaine,

parce que le médecin qui impose sa volonté au malade porte atteinte au

dogme de la liberté, c'est énoncer une erreur non moins absolue, la

suggestion hypnotique n'étant pas autre chose que la suggestion à l'état

de veille poussée à sa deuxième puissance; à ce compte, on n'aurait

plus le droit de donner un conseil. Enfin, dire que les pratiques de

l'hypnose sont mal vues dans le monde, et discréditent le médecin, c'est

affirmer une vérité, mais qui ne nous toucherait en rien, car le médecin

n'est responsable que devant sa conscience. Or, nous le répétons, sa

conscience peut lui permettre, accidentellement, l'emploi des procédés

hypnotiques, surtout s'il prend le soin de n'endormir les malades

qu'avec leur assentiment formel, et en présence d'un tiers représentant

la famille.

Ajoutons enfin que le médecin _seul_ doit avoir recours à ce procédé

thérapeutique; et que ce médecin doit agir uniquement pour le bien du

malade, sans la moindre préoccupation étrangère, voire même sans aucune

préoccupation scientifique.

_Conseils pratiques pour l'application des procédés

psychothérapiques._--Nous venons de passer en revue les moyens

psychothérapiques par lesquels on peut améliorer le capital nerveux d'un

malade. Mais un aperçu théorique ne suffirait pas au praticien voulant

employer la psychothérapie; il semble donc utile de le compléter par des

considérations d'ordre tout à fait pratique, clinique, suggérées par une

expérience personnelle.

1° Il est un principe qui domine tous les autres; c'est que, pour faire

de la bonne psychothérapie, il faut soigner le malade non seulement avec

toute son intelligence, mais surtout avec tout son coeur. Le médecin qui

ne ferait que de la psychologie, démontant curieusement pièce à pièce

tous les rouages du cerveau de son malade, pour chercher celui qui est

défectueux, sans se préoccuper avant tout d'être utile, ne ferait pas de

bonne psychothérapie. Il lui faut être bon mécanicien, bon psychologue,

c'est entendu; mais surtout il lui faut être un homme charitable. Je

sais que le mot «charité» sonne mal aux oreilles, depuis qu'on ne parle

plus que d'altruisme, de solidarité, etc. Le mot «charité» pourra

disparaître du dictionnaire, bien qu'il exprime autre chose que ses

soi-disant synonymes; mais la charité restera toujours au fond du coeur

de l'homme, et sera, comme par le passé, l'inspiratrice des actions

généreuses et véritablement utiles.

2° Encore n'est-ce pas assez que le médecin aime son malade. S'il veut

avoir sur lui une autorité morale effective, il faut en outre qu'il ne

soit pas pressé: non seulement qu'il ne le paraisse pas, mais qu'il

ne le soit pas en réalité. Savoir se donner tout entier à l'affaire

présente est la première condition du succès, en psychothérapie. Il faut

que, dès la première entrevue, s'établisse entre le malade et le médecin

un courant de sympathie; or ce courant ne peut s'établir que si le

malade sent que le médecin s'intéresse profondément à lui, et ne lui

ménage pas son temps. La première consultation, surtout, doit pouvoir

durer tout le temps nécessaire: mieux vaudrait la remettre à huitaine

que de l'ébaucher si le temps matériel fait défaut.

3° Il faut encore que le médecin sache écouter, c'est-à-dire laisser

parler le malade aussi longtemps qu'il le désire, surtout pendant les

premières consultations. Quelle que soit la prolixité, la volubilité

d'un malade, il y a toujours intérêt à l'écouter, parce qu'on apprend

toujours quelque détail dont on pourra tirer profit: si l'on agit de

cette façon, le malade, par une sorte de discrétion inconsciente,

arrive, après quelques entrevues, à ne plus abuser de la patience de

son auditeur, et se contente de répondre aux quelques questions bien

précises qu'il lui pose.

Une fois que le médecin aura ainsi pris position, les conseils qu'il

donnera, non seulement sur l'hygiène mentale, mais sur l'hygiène

alimentaire, musculaire, auront toutes chances d'être suivis; et ainsi

tout concourra à la guérison ou à l'amélioration cherchée.

4° Un autre principe, c'est de dire au malade la vérité dans la mesure

du possible. Évidemment, s'il y a une lésion organique incurable,

le médecin doit avoir la discrétion de se taire, sauf dans les cas

exceptionnels où le malade a des motifs sérieux pour savoir la vérité

entière. Mais le plus souvent il faut dire la vérité au malade, lui dire

très franchement l'idée que l'on se fait de son état, la durée probable

du traitement, etc. Si, cependant, le traitement doit demander des

années, comme il arrive trop souvent chez les malades à capital

restreint, mieux vaut rester dans le vague, et dire: «Le traitement sera

long, un peu pénible, mais la guérison est assurée.» Il faut encore,

dès les premières entrevues, avertir le malade des rechutes possibles,

probables, ou certaines: si c'est une femme, la prévenir que, dans les

douze jours qui précéderont l'époque menstruelle, elle aura fatalement,

durant quelques mois, une réapparition de toutes ses misères, mais à un

degré de moins en moins marqué; dans tous les cas, avertir le patient,

s'il s'agit d'un état grave, que, tous les deux jours, il risque d'avoir

une légère aggravation, puis, quand son état s'améliorera, tous les

trois jours, puis tous les huit jours, et ce, en dehors de toute cause

appréciable, par le seul fait de cette tendance qu'a le système nerveux

à protester d'une façon intermittente. Mais il faut, en outre, l'avertir

que toute émotion violente, et surtout que toute infraction au régime

alimentaire, musculaire, cérébral, qui lui a été ou qui va lui être

prescrit, se soldera inévitablement par une rechute plus ou moins grave,

suivant la gravité de l'infraction,--une rechute qui, chose curieuse,

ne se manifestera que le lendemain ou le surlendemain de l'écart

commis;--l'avertir enfin qu'une affection accidentelle, la grippe en

particulier, fera faire un pas en arrière d'autant plus grand qu'elle

aura été plus grave, et soignée plus tardivement; donner, par

conséquent, au malade des conseils préventifs, pour qu'il se mette, dans

la mesure du possible, à l'abri des affections intercurrentes, et lui

recommander de demander ou de prendre des soins immédiats, en lui

faisant bien remarquer que les affections accidentelles ne sont graves,

en général, que lorsqu'elles ne sont pas bien soignées dès leur début.

5° Le médecin doit éviter d'imposer au malade des prescriptions qui lui

seraient plus pénibles que les malaises dont il se plaint. Il doit même

éviter, en général, de multiplier ses prescriptions, sans quoi il risque

de décourager le patient, ou, ce qui est pire encore, de le rendre

égoïste et hypocondriaque, et d'entretenir sa «maladie» par le soin

même apporté à la combattre. Aussi bien la thérapeutique est-elle, en

général, plus simple qu'on ne croit, et les questions de régime, en

particulier, sont presque toujours faciles à résoudre.

Ce dont il faut surtout tenir compte, avant de formuler une

prescription, c'est de la mesure où il sera possible et facile, au

malade, de l'appliquer. Pour ma part, je n'arrête jamais un programme

de vie sans l'avoir discuté, point par point, avec le malade, et, si

possible, avec l'un des membres de sa famille. Je donne alors au malade

une feuille où est marquée la ligne de conduite à suivre depuis l'heure

du réveil jusqu'à l'heure du coucher, et où, aux heures prescrites, sont

indiqués les menus des repas, voire même les livres à lire. J'ai soin,

en outre, d'indiquer que «tout ce qui n'est pas permis est défendu», en

laissant entendre au patient que, dans un avenir plus ou moins rapproché

«tout ce qui ne sera pas défendu sera permis». Le malade, pourvu de

cette feuille directrice, est averti qu'il doit s'en rapprocher le plus

possible, mais sans en devenir l'esclave.

On peut dire, en principe, qu'un traitement efficace de la «maladie»,

si grave qu'elle soit, est toujours praticable, quelles que soient

les conditions de la vie sociale du malade. Mais il est des cas où ce

traitement doit être simplifié au maximum: par exemple, chez une mère

de famille ayant des occupations multiples de toutes sortes. Il serait

souverainement absurde de proposer à cette malade un régime ou des soins

personnels qui l'empêcheraient d'accomplir ses devoirs de tous les

instants; on doit se borner, alors, aux prescriptions les plus

importantes, en faisant comprendre à la malade que l'on ferait mieux

si les circonstances de sa vie n'étaient pas un obstacle, mais que, en

définitive, le peu qu'on va faire sera déjà très utile, et qu'on en sera

quitte pour prolonger le traitement plus longtemps.

En fait, les seuls vrais obstacles qui s'opposent à un traitement

méthodique proviennent de deux sources: 1° De l'absence de foi du

malade, 2° de la mauvaise volonté de son entourage.

1° Il est des malades qui viennent nous consulter malgré eux, sous la

pression de leur famille, avec l'idée bien arrêtée qu'ils vont prendre

une consultation de plus, tout aussi dérisoire et inutile que les

précédentes. Il faut que le médecin, du premier coup, comprenne la

mentalité des sujets de ce genre; avec l'habitude, il peut être fixé

dès les premières paroles échangées, voire dès le premier abord. A lui,

alors, de déployer toute sa puissance de suggestion. S'il sait s'y

prendre, il peut arriver à faire, d'un malade irréductible en apparence,

l'être le plus doux, le plus confiant, le plus obéissant, et il parvient

alors à des résultats inespérés. Les choses se passent ainsi huit fois

sur dix.

Plus difficiles à convaincre sont les malades qui n'ont pas d'énergie,

qui, loin de se cabrer, semblent des victimes soumises à l'avance, ou

encore ceux qui, désabusés, désespérant de tout, ne souhaitent que la

mort. En face de tous ces malheureux, le médecin ne doit pas se dérober,

quelque souci que lui réservent les patients de cette sorte.

Enfin, plus difficiles encore sont les malades à théories, qui ont leur

siège fait, après avoir vu des médecins de tous les pays, suivi, dans

les sanatoria les plus variés, les traitements les plus dissemblables;

qui connaissent toutes les dernières nouveautés sur les choses

médicales, le discours de la veille à l'Académie de médecine, les livres

qui vont paraître. Avec ceux-là, rien à faire. Le mieux, pour ne pas

perdre un temps précieux, est de leur déclarer de suite qu'on ne

parviendrait pas à s'entendre avec eux. Fort heureusement, d'ailleurs,

ces cas sont assez rares.

Ajoutons qu'il est des malades à mentalité spéciale qui commencent par

dire toujours non, ou à le penser, ce qui est encore plus grave. La

psychothérapie, comme tous les agents thérapeutiques, a à compter avec

ce que, dans notre langage barbare, nous appelons les «idiosyncrasies».

2° L'autre obstacle, beaucoup plus fréquent, provient de l'hostilité de

l'entourage du malade.

La lutte pour la santé: essai de pathologie générale · 第 10 / 17 段