tellement difficile que les spécialistes se déclarent incompétents. Que
d'erreurs de diagnostic commises à propos des méningites! Et comment
aussi interpréter le cas suivant? Sans cause connue, un enfant d'un
an, bien élevé au sein maternel, éprouve un malaise insolite, devient
grognon, refuse de prendre le sein, a de la fièvre. Les jours suivants,
la fièvre augmente, une pâleur inquiétante s'étend sur la face, un
amaigrissement rapide préoccupe à juste titre tout l'entourage; puis, au
bout de quelques jours, sans qu'on ait rien fait que de laisser l'enfant
bien tranquille, l'appétit revient peu à peu, la fièvre diminue, et tout
rentre dans l'ordre. Divers confrères appelés en consultation n'ont pas
pu étiqueter cette «maladie», ni se prononcer sur son issue; mais,
tous ayant eu le bon esprit de ne pas aggraver la situation par une
médication intempestive, tout s'est terminé pour le mieux, et l'enfant a
gardé son secret.
La faute de ces insuffisances et de ces erreurs de diagnostic n'est
pas aux médecins, mais aux difficultés des problèmes cliniques. En les
dénonçant, nous ne voulons nullement dénoncer la faillite de la science:
bien au contraire, ce que nous voulons dire, c'est qu'en thérapeutique
infantile il faut avant tout de la sagacité, et que, dans certains cas,
il faut que le médecin sache reconnaître son incompétence.
Dans d'autres cas, d'ailleurs, la science prend une revanche éclatante,
et c'est alors que le médecin est en droit de se féliciter d'avoir fait
de bonnes études de pathologie générale.
Voyez, par exemple, cet enfant né à terme, et qui vient bien pendant les
six premières semaines; puis voici que, tout en continuant à prendre
ardemment le sein, sans avoir ni diarrhée, ni vomissements, son poids
cesse d'augmenter; il diminue de 200, de 300 grammes en quelques jours.
Qu'est-ce à dire? Mais c'est que l'enfant est un hérédo-syphilitique. Le
traitement mercuriel, sous forme de liqueur de Van Swieten, de frictions
mercurielles, ou mieux encore d'injections de sublimé à la dose de 3 à
5 milligrammes par jour, fait merveille et rétablit entièrement cet
enfant.
Nous avons dit plus haut combien souvent la méningite, qu'on croit
tuberculeuse, et qui survient de deux à cinq ans, est d'origine
syphilitique. Déjà en 1872, quand nous faisions nos études à
Montpellier, le regretté professeur Fonsagrives nous disait qu'il avait
sauvé beaucoup d'enfants, atteints de méningite tuberculeuse, en leur
donnant de l'iodure de potassium. C'est, sans doute, qu'il s'agissait de
méningites syphilitiques. Mais pour formuler un diagnostic de méningite
syphilitique, pour dépister l'hérédo-syphilis, soit par l'examen de
l'enfant, soit par une enquête sur les parents, ne faut-il pas que le
médecin ait beaucoup travaillé, beaucoup vu et beaucoup retenu? Son rôle
n'est donc pas inutile, et si, le plus souvent, il doit se contenter de
faire de l'expectation armée, il peut, dans beaucoup de cas, rendre aux
enfants malades des services inappréciables.
Que dire d'un bain chaud donné, en temps utile, à un enfant atteint de
pneumonie; de l'immersion alternative dans l'eau chaude et dans l'eau
froide d'un enfant nouveau-né atteint de congestion pulmonaire, sinon
que, dans certaines circonstances, le médecin opère ainsi de véritables
résurrections?
Encore une fois, nous ne voulons ni rabaisser le rôle social du médecin,
bien au contraire, ni introduire dans l'esprit des jeunes confrères un
scepticisme infécond: ce que nous voulons, c'est leur dire qu'il ne faut
pas se spécialiser dans l'étude de la pathologie infantile, et que, pour
bien soigner un enfant, il faut savoir beaucoup, mais surtout qu'il faut
souvent savoir s'abstenir.
En résumé, la pathologie de l'enfance, tout en étant compliquée, comme
tout ce qui touche au problème de la vie, nous semble être relativement
simple, l'enfant n'étant, pour ainsi dire, «qu'un tube digestif percé
aux deux bouts».
Plus nous allons voir l'être humain avancer dans sa carrière, plus vont
devenir nombreux et compliqués les problèmes de la vie. Le système
nerveux ne va pas tarder à entrer en scène, les mille et une conditions
défavorables qu'impose à l'homme le milieu cosmique vont imprimer à son
capital biologique des dépenses qu'on ne peut certainement pas évaluer
mathématiquement, mais qui se traduiront par une diminution de sa
valeur. La vie ne va être de plus en plus qu'une série d'oscillations,
de luttes entre la tendance à «persévérer dans l'être» et les causes de
destruction de l'être vivant; bref, un état d'équilibre instable, la
santé n'étant qu'un bel accident passager.
CHAPITRE VII
DU SEVRAGE A LA PUBERTÉ
Il est logique d'introduire une subdivision dans ce chapitre, et
d'étudier d'abord l'enfant de deux à sept ans, d'autant que, à cette
période de la vie, il n'y a pas à tenir compte de la différence des
sexes.
I
Pendant cette période, la nutrition a son activité maximum, l'enfant
améliore son capital, accumule les réserves; mais il faut bien savoir
qu'il a aussi des dépenses colossales. Combien d'influx nerveux doit
être dépensé pour faire connaissance avec le monde extérieur, pour
apprendre le sens des mots, la notion des distances, etc.! On est
effrayé en pensant au travail cérébral que supposent ces acquisitions.
De là ce grand principe, qu'il faut éviter à l'enfant toute fuite
nerveuse inutile. Il faut presque se borner à le faire «boire, manger,
dormir; manger, dormir et boire». Il faut avant tout, que l'enfant de
cet âge dorme beaucoup. En aucun cas, on ne devrait le réveiller. Pour
démontrer combien peu d'enfants ont leur dose _optima_ de sommeil,
prenez au hasard un enfant de cinq ans, laissez-le, un premier jour,
dormir à volonté; il s'octroiera douze heures de sommeil. Le lendemain,
il se réveillera après onze heures, le surlendemain et les jours
suivants après dix heures. C'est donc que, au moment précis où
l'expérience a commencé, il avait un arriéré de besoin de sommeil.
Quant au problème de l'alimentation, il est relativement simple, et
l'expérience des mères de famille répond à la plupart des indications.
L'enfant doit manger quatre fois par jour; mais, en général, il mange
trop vite. Les parents devraient, pour leur usage personnel et pour le
bien de leurs enfants, se rappeler qu'il existe des glandes salivaires
sécrétant, chez l'homme adulte, 1 500 grammes de salive par jour, et
que, si une bonne digestion commence dans la cuisine, elle se continue
dans la bouche.
En réalité, cet âge de la vie est celui où il y a le moins d'influences
nocives; et un peu de surveillance suffit pour que l'enfant se porte
bien.
Les «maladies» accidentelles elles-mêmes évoluent, en général, d'une
façon bénigne, quand elles ne sont pas troublées par une thérapeutique
incendiaire. De là la faible mortalité afférente à l'âge que nous
étudions, dénoncée par les tables qui servent de base aux calculs des
Compagnies d'assurances sur la vie.
Quand l'enfant subit un choc accidentel quelconque, scarlatine,
rougeole, angine, il se rétablit avec une rapidité contrastant avec la
lenteur de la convalescence chez l'adulte, et encore bien plus chez le
vieillard. Voyez, par exemple, une angine herpétique! Elle occasionne
chez l'enfant de tumultueux symptômes: de la fièvre, du délire; mais,
au bout de quatre jours, tout rentre dans l'ordre, et, quatre jours
après, l'enfant paraît aussi bien portant qu'avant. Chez l'adulte, au
contraire, le même nombre de points d'herpès sur la gorge provoque un
état maladif moins tumultueux, mais qui se termine par une convalescence
de quinze jours à un mois, pendant laquelle il a besoin de soins, ou
tout au moins d'un repos, qui ne sont nullement nécessaires à l'enfant
convalescent, doué de plus d'élasticité.
A partir de sept ans s'esquisse, chez certains enfants, une
différenciation qui ira s'accusant d'année en année. Un oeil attentif
va percevoir si l'enfant appartient au type _musculaire_ ou au type
_cérébral_. Le _musculaire_ est cet enfant actif, aimant à jouer,
turbulent, ne parvenant pas à fixer son intention pour un quart d'heure
de suite, n'ayant, par conséquent, aucun goût pour l'étude telle qu'elle
lui est imposée. Le _cérébral_ est l'enfant réfléchi, n'aimant pas les
jeux bruyants, et dont l'esprit est en avance notable sur celui des
enfants de son âge. A chacun de ces deux enfants conviendrait une
éducation différente; malheureusement, les nécessités sociales les
soumettent, l'un et l'autre, à la même discipline pédagogique,--bien
comprise, il faut l'avouer, pour les individus moyens. Mais si, pour
ces enfants moyens, le système pédagogique actuellement en vigueur
s'approche autant que possible de la perfection, il faut bien dire qu'il
convient moins aux types extrêmes que nous venons de mentionner. Le
petit _musculaire_, condamné à de longues heures d'étude, s'agite,
s'inquiète, devient de plus en plus dissipé, et ne tarde pas à entrer
dans la catégorie des enfants dits «paresseux». Sa santé physique peut
ne pas souffrir outre mesure du régime compressif auquel il est soumis;
il grandit, se porte bien en apparence; mais son cerveau est, pour ainsi
dire, faussé, et ne donnera qu'un rendement inférieur. Chez le petit
_cérébral_, au contraire, l'éducation moyenne peut amener des troubles
de la santé physique: les récréations bruyantes et agitées, imposées
après les repas, les longues promenades hebdomadaires, l'insuffisance
du sommeil, une alimentation mal adaptée à son tube digestif, très
vulnérable le plus souvent, le fatiguent à la longue; et, d'un enfant
qui aurait pu donner les plus belles espérances, la pédagogie officielle
fait un être malingre, nerveux, à terreurs nocturnes, en un mot un
malade.
Faut-il donc préconiser l'éducation individuelle? Oui, dans les cas
extrêmes et dans des circonstances exceptionnelles.
Une autre classe d'enfants chez lesquels l'éducation collective et le
surmenage cérébral imposé par nos programmes amènent les plus fâcheuses
conséquences, pour le présent et pour l'avenir, c'est celle des enfants
que l'hérédité n'a pas préparés au travail cérébral. Tels ces fils
de cultivateurs qui ont une longue hérédité terrienne, et que leur
intelligence hâtive semble désigner comme particulièrement aptes aux
études supérieures. Ce sont, quelquefois, de très brillants élèves; ils
arrivent aux écoles supérieures: mais ils y arrivent malades, et seront
malades toute leur vie.
De l'âge de sept ans à celui de la puberté, les «maladies» accidentelles
sont presque inévitables, à cause de la promiscuité des enfants dans les
écoles; mais elles sont, en général, de peu de gravité. Ce ne sont pas
elles qui diminuent sensiblement le capital biologique individuel. Les
fautes commises contre l'hygiène alimentaire sont d'une bien plus grande
importance.
Combien on voit, notamment, de «maladies» aiguës qui ressemblent plus
ou moins à la fièvre typhoïde, et qui sont dues à des indigestions! En
général, l'hygiène alimentaire de l'enfant n'est pas assez surveillée.
Les enfants mangent trop vite, comme nous l'avons dit plus haut; et,
très souvent, ils mangent trop, précisément parce qu'ils mangent trop
vite, la sensation de faim n'étant pas calmée par l'introduction
brusque, dans l'estomac, d'une masse alimentaire mal élaborée. D'autre
part, de trop nombreux parents, oubliant que ce n'est pas ce qu'on mange
qui profite, mais ce qu'on assimile, se figurent qu'il faut que l'enfant
mange beaucoup pour se donner des forces; et ce préjugé amène chez
l'enfant des intoxications chroniques qui retentissent sur son système
nerveux, sur sa croissance, jusqu'au moment où l'estomac surmené
commence à protester. A partir de ce moment, le cercle vicieux est
établi, et, si un régime alimentaire bien compris n'est pas institué,
l'enfant devient un malade, et restera malade indéfiniment. C'est ce que
M. le Dr Laumonier a très bien exposé dans un article du _Correspondant
médical_ de 1905:
Voici des enfants qui sont, en apparence, bien portants; ils mangent
beaucoup, sont gros et gras, et bien que leur sommeil ne soit pas
toujours aussi calme qu'il faudrait, pourtant on ne peut, à première
vue, les accuser d'aucun trouble évident. Cependant, certains soirs
principalement, ils se montrent tantôt plus énervés que d'habitude,
tantôt plus abattus au contraire, et si, à ce moment, on prend leur
température rectale, on constate 38° C, 38°5, parfois même 39° et au
delà. Cet accès fébrile est d'ailleurs passager; le lendemain, il n'y
paraît plus. On ne lui attribue généralement aucune importance, et les
parents se gardent bien, pour si peu de chose, de faire appeler le
médecin; ils ont tort, car cette fièvre digestive est le symptôme
de troubles fonctionnels d'assez grande importance, et qu'il est en
conséquence nécessaire de soigner dès le début.
Ces enfants, en effet, ne restent pas toujours gras et de belle
apparence: peu à peu leur appétit, qui faisait l'admiration de leurs
parents, fléchit; et aussitôt l'embonpoint et les belles couleurs
disparaissent. Ils finissent ainsi par se transformer en enfants
chétifs, maigres, pâles, ayant mauvaise haleine, présentant des
alternatives de constipation et de diarrhée, souffrant parfois de
douleurs stomacales vives; en un mot ce sont maintenant de véritables
dyspeptiques.
Or, cette dyspepsie n'est que l'aboutissant fonctionnel extrême, pour
ainsi dire, de troubles longtemps existants et dont les accès légers de
fièvre digestive ont été l'un des premiers et des plus caractéristiques
symptômes. Il suffit, pour s'en convaincre, de suivre avec quelque
attention l'évolution progressive des phénomènes.
Très souvent, les enfants qui manifestent ces accès fébriles ont été,
pendant leur première enfance, mal nourris, sinon comme qualité du lait,
au moins comme quantité; en d'autres termes, leur ration a été trop
copieuse. Puis, après le sevrage, ils ont été mis rapidement à la
nourriture commune de la famille; ils ont mangé de tout, et trop;
parfois aussi on leur a laissé prendre l'habitude de boire du vin, du
café. Peu à peu, ainsi, ils sont devenus polyphages et polydipsiques.
C'est une grosse erreur de croire que l'enfant,--pas plus que l'homme,
du reste--ne mange qu'à sa faim; toujours, ou presque toujours, à ce
point de vue, la limite est dépassée. La quantité d'aliments ingérés
est beaucoup plus une affaire d'habitude que de besoin réel, comme le
prouvent manifestement les résultats du traitement imposé à ces petits
malades. Quoi qu'il en soit, le fait est qu'ils mangent trop, dépassent
ainsi les limites du pouvoir digestif de l'estomac, dans lequel les
aliments, étant insuffisamment élaborés par les sécrétions digestives,
stagnent et donnent lieu à des fermentations anormales. D'où, d'une
part, l'insuffisance et l'épuisement des glandes gastriques, la
dilatation et l'atonie stomacales, et, d'autre part, la production des
substances toxiques qui, résorbées, entraînent l'auto-intoxication et
l'élévation thermique qui en est la conséquence. Notons d'ailleurs,--et
c'est là un point essentiel,--que la fièvre digestive peut se produire
et se produit ordinairement avant que l'épuisement glandulaire et
l'atonie ou l'ectasie gastriques soient complètement réalisés;
elle coexiste plutôt à la phase de polyphagie et constitue un signe
prodromique, avertissant que la limite digestive est dépassée, que
l'estomac commence à se fatiguer, que l'auto-intoxication d'origine
digestive est déjà manifeste.
Il est inutile d'insister ici sur les signes physiques divers de cet
état, gros ventre, clapotage ou ectasie gastrique, gros foie... etc.,
ils sont bien connus et faciles à mettre en évidence; d'autres signes,
plus incertains, dyspnée, terreurs nocturnes, manifestations cutanées,
peuvent exister aussi, qui complètent la signification des premiers.
Passons donc et arrivons au traitement.
La première indication est de réduire la ration alimentaire à ce qui est
strictement nécessaire à l'enfant, suivant l'âge, le sexe, le poids,
la taille, et de composer cette ration d'aliments faciles à digérer,
fournissant le minimum de fermentation, tels que lait, oeufs, pain
grillé, viande crue, purée de légumes. Sans en arriver au régime sec,
qui a beaucoup d'inconvénients, on réduira cependant le plus possible la
quantité de la boisson, constituée par de l'eau pure de bonne qualité ou
des tisanes chaudes. Enfin, en outre des mesures hygiéniques générales,
on assurera la liberté du ventre par des habitudes régulières ou à
l'aide de quelques lavements tièdes, mais sans en abuser.
DE LA PUBERTÉ A L'AGE ADULTE
I.--CHEZ LA FILLE
Chez la petite fille, l'apparition des règles constitue un moment
solennel dans l'existence. La plupart des mères de famille le savent,
s'en inquiètent, mais ne connaissent pas les précautions à prendre. Ces
précautions consistent à supprimer plus que jamais les fuites nerveuses.
Ainsi, il convient alors de diminuer le travail cérébral, le travail
musculaire, d'éviter à l'enfant les émotions, de la mettre à l'abri de
toutes les influences qui, par action réflexe, retentissent sur son
système nerveux (indigestions, coups de froid).
Pendant les premières périodes menstruelles, le repos presque absolu au
lit s'imposerait, si les règles étaient douloureuses ou trop abondantes;
et un repos relatif s'impose même quand elles sont correctes. Ce qu'il
faut bien savoir, c'est que l'anémie qui accompagne, en général, cette
période de la vie n'est justiciable ni du fer, ni du quinquina, ni de
la suralimentation; ce qu'il faut pour la combattre, ce sont les
précautions citées plus haut, et, par intervalles, quelques injections
de cacodylate de soude, ou mieux, de cacodylate de magnésie. C'est là un
des rares médicaments capables de rendre des services, à la condition
formelle qu'il ne soit pris ni par l'estomac ni par l'intestin.
Une fois la menstruation établie, il ne faut pas s'inquiéter outre
mesure si, pendant les premières années, les règles ne viennent pas à
époques fixes, et il faut se déclarer satisfait si elles ne sont ni
douloureuses, ni trop abondantes.
Plus tard, vers l'âge de dix-huit ans, il est fréquent de voir la santé
des jeunes filles subir un assaut considérable, qui se traduit par de
la chloro-anémie, avec état nerveux, suppression des règles, troubles
dyspeptiques, constipation, etc.
Les causes en sont multiples. Chez la jeune ouvrière, c'est, le plus
souvent, le surmenage physique, la vie anti-hygiénique des ateliers,
l'accumulation des privations. Dans d'autre milieux, c'est le fait du
surmenage intellectuel pour l'obtention des brevets. Mais, plus souvent
encore, ce sont les causes morales qui portent atteinte au système
nerveux. C'est une vocation contrariée, une suite continue de petits
malentendus avec la famille, avec la mère en particulier. La mère, ne
se décidant pas à s'apercevoir que sa fille grandit, continue à vouloir
exercer sur elle une autorité despotique, contre laquelle l'enfant se
cabre en vain pendant de long mois, et dont elle souffre de jour en jour
davantage.
Dans d'autres cas, enfin, c'est une passion contrariée, un mariage
désiré qui se trouve rendu impossible par la volonté intransigeante des
parents, ou par des circonstances indépendantes de toute volonté ou même
c'est un vague et obscur besoin du mariage: pour suivre, en somme, les
lois de la nature, et donner satisfaction à cette sorte d'instinct de la
maternité qui se rencontre chez la femme depuis son plus jeune âge, et
se traduit, dans la première enfance, par le besoin de la poupée.
Quelle que soit la cause, le mal se prépare sourdement; puis, un jour,
la «maladie» éclate, souvent à la suite d'une affection aiguë qui
contribue à faire tomber brusquement la force de résistance du système
nerveux.
Si variés que soient les symptômes par lesquels le mal se traduit, la
thérapeutique doit être la même. Elle consiste à ne pas aggraver la
«maladie» par une médicamentation intempestive; ce ne sont ni les
pilules de fer, ni le drap mouillé, ni la douche froide qui
pourront faire du bien à une jeune fille ainsi atteinte, ni même la
suralimentation, malgré l'anémie évidente. Non: ce qu'il faut, c'est
chercher la cause de la «maladie», et la supprimer ou l'amoindrir autant
que possible.
Quand c'est le surmenage physique, le repos absolu s'impose, et la jeune
malade arrive très vite à la guérison. Quand le surmenage physique n'est
pas la seule cause à invoquer, rien n'est plus difficile que de doser le
repos et l'exercice. Le plus souvent, le repos relatif est de rigueur.
Dans d'autres cas, au contraire, chez les musculaires en particulier, un
exercice modéré, et même poussé assez loin, peut produire d'excellents
effets. Le médecin, appelé à se prononcer sur l'opportunité de ce moyen
thérapeutique, basera son jugement sur les résultats de l'enquête qu'il
fera au sujet du passé de la malade, et il aura le droit de procéder par
tâtonnements. J'ajouterai que, dans les cas graves où le repos absolu
s'impose d'abord, rien n'est plus difficile que de doser l'exercice
dès que la malade est capable de le supporter, mais le principe est de
rester en deçà de ce que la malade peut donner.
Quand la «maladie» de la jeune fille est due au milieu familial, le
remède essentiel est de le lui faire quitter. Malheureusement, on attend
souvent trop longtemps pour prendre ce parti radical; on attend que la
vie soit devenue impossible, que la jeune fille ait perdu le sommeil,
les forces, l'appétit, et soit dans un état d'excitation inquiétant. On
l'isole alors dans une maison de santé ou d'hydrothérapie, où on lui
impose le plus souvent, à notre avis, une séquestration trop radicale.
Car la priver de toute visite, de toute correspondance, la soumettre à
une discipline d'une sévérité exagérée, nous semble vraiment excessif.
L'enfant se révolte, et ne tire de la cure d'isolement qu'un bénéfice
relativement restreint. Elle prend sur elle pour simuler la guérison, et
pour échapper à la tutelle des médecins; elle sort avec les apparences
de la santé; mais elle n'est pas guérie, et, comme elle retombe dans le
milieu familial hostile, la «maladie» ne tarde pas à renaître de ses
cendres, jusqu'au jour où une circonstance quelconque amène enfin un
changement de vie radical, qui la guérit.
Le mieux ne serait-il pas, quand c'est possible, d'éloigner l'enfant, de
temps à autre, du milieu familial, dès qu'on s'aperçoit que c'est lui
qui est l'ennemi, en la confiant soit à une parente intelligente, soit
même à une garde bien choisie, jusqu'au moment où on trouvera à la
marier, chose qu'il ne faudra faire qu'après mûre réflexion, mais qui,
dans bien des cas, est le remède par excellence? Pendant les absences de
la jeune fille, l'état nerveux du milieu familial lui-même se calme, ce
qui rend la vie commune acceptable par intermittences. Loin de nous,
cependant, l'idée de porter atteinte à l'esprit de famille en proposant
pareille mesure; nous ne la considérons que comme exceptionnelle et
comme un pis-aller, préférable souvent à la maison de santé, et, en
définitive, moins onéreuse.