courriers d'Escoce, dont le premier apportoit nouvelles comme le petit
Prince du pays estoit si extrêmement mallade qu'on espéroit peu de sa
vye, et ne se publioit rien de la dépesche du segond, j'ay eu
souspeçon qu'elle estoit faicte sur l'accidant de la mort; dont ay
soubdein envoyé, de plusieurs costés, pour en apprendre la vérité,
mais j'ay esté trois jours entiers sans qu'on m'en ayt rapporté que
des conjectures semblables aulx miennes. Et, le quatriesme, envyron
les dix heures de nuict, d'ung bon et notable lieu de ce royaulme, il
m'a esté envoyé ung personnage de qualité pour me dire que, faulx ou
vray que fût le bruict de la mort du dict Prince, je tînse pour chose
certeyne qu'il se menoit, d'icy, une chaulde et très malheureuse
praticque de le fère mourir, et qu'on s'en deschargoit à moy, comme
ambassadeur de Vostre Majesté, pour y mettre le meilleur remède que je
pourrois. Et, peu de jours auparavant, la Royne d'Escoce avoit trouvé
moyen de m'advertyr, le plus secrettement qu'elle avoit peu, qu'on
insidioit aussy à sa vye, et qu'elle me prioit de luy envoyer tout
incontinent de bon mitridat et aultres préservatifz. Sur quoy, Sire,
j'ay mis peyne de pourvoir, le plus promptement que j'ay peu, au
besoing de la mère; et, quand au danger du filz, j'en ay mandé
l'advertissement à Me Asquin par ung escousoys qui semble estre assez
fidelle. Et depuis, j'ay seu, par advertissement de Lillebourg du VIe
du présent, que le petit Prince se porte mieulx, et que le comte de
Morthon s'efforce de persuader aulx seigneurs du pays qu'ils veuillent
venir passer leur yver au dict Lillebourg, et qu'il dellibère d'aller,
bientost après, vers le Nort, pour y réduyre le pays à son obéyssance;
et que milord de Glames a esté faict chancellier du royaulme, et que
milord de Humes traicte de rentrer dans ses deux chasteaulx, que les
Angloys ont indubitablement rendus; ce qu'il espère d'obtenir,
moyennant vingt quatre mille livres qu'il baillera au dict de Morthon;
et que Melvin a été mis en liberté. Et j'entendz que le dict Morthon
veult fère offrir à l'évesque de Roz de le remettre en toutz ses
biens, pourveu qu'il quicte le party de sa Mestresse, ce que je ne
puis croyre qu'il puisse jamays consentir. Icelluy de Roz a si bien
sollicité, de son costé, et je luy ay tant assisté, de la faveur de
Vostre Majesté, que sa liberté luy a esté enfin accordée, pour se
retirer en France. Et sur ce, etc.
Ce XVIIIe jour de novembre 1573.
CCCLIIe DÉPESCHE
--du XXIIIe jour de novembre 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Suspension de la négociation du mariage jusqu'au retour de Me
Randolf.--Affaires d'Écosse.--Délibérations sur le parti qu'il
y aurait à prendre, en cas de mort du prince
d'Écosse.--Nécessité d'envoyer de France un ambassadeur dans ce
pays.--Sollicitations faites auprès de l'ambassadeur par
l'agent de la Rochelle.
AU ROY.
Sire, par les deux dernières responces, que la Royne d'Angleterre et
les seigneurs de ce conseil m'ont faictes, desquelles j'ay faict ample
mencion à Vostre Majesté, le XVIIIe de ce moys, ilz m'ont bien faict
cognoistre que leur résolution estoit de ne passer nullement oultre,
en chose qui fût du propos du mariage, que Me Randolphe ne fût de
retour; dont j'ay toujours esté, depuis, et seray encores, jusques à
ce qu'il viegne, sans leur en toucher rien davantage. Et vous diray,
icy, Sire, que, sur la nouvelle qui courut, il y a quinze jours, que
le Prince d'Escoce estoit mort, ceulx icy prévoyantz que, d'ung tel
accidant, se renouvelleroient de plus grandz troubles que jamays au
dict pays, à cause de la compétence que les Amelthons et les Stuardz
se font, les ungs aulx autres, sur la succession de la couronne, ilz
s'assemblèrent en conseil pour ouvrir à leur mestresse des moyens et
expédientz comme elle se pourroit entremettre bien avant en ce faict,
sellon que, par quelque example, qu'ilz allèguent du passé, ilz
veulent bien inférer que les roys d'Angleterre sont, encores
aujourdhuy, au droict et possession de le pouvoir fère. Et y a danger,
Sire, si le cas advenoit, qu'ilz se voulussent efforcer de fère tomber
cest estat au jeune comte de Lenoz, oncle du dict petit Prince, au
préjudice de la mère, qui est la vraye et naturelle princesse du pays.
En quoy, pour l'importance que ce seroit à l'honneur et réputation de
vostre couronne, qu'ung tel acte se passât, sans l'intervention du nom
et de l'authorité de Vostre Majesté, j'estime, Sire, qu'il sera bon
que faciez, de bonne heure, regarder en vostre conseil comme, en tout
évènement, il auroit à y estre procédé de vostre part. Et tousjours
semble il, Sire, qu'il est expédient qu'envoyez résider ung agent, ou
ung ambassadeur, sur le lieu, sellon que je viens d'estre adverty que
le Sr de Quillegreu s'appreste pour y aller, avec sa femme et toute sa
famille, résider ambassadeur de la Royne d'Angleterre. Et croy
qu'entre les occasions, pour lesquelles l'on haste sa dépesche, ceste
cy, dont je viens de parler, est bien la principalle; mais aussy
estimè je que son partement est aulcunement pressé pour aller pourvoyr
au secours que le prince d'Orenge attend encores du dict pays, et pour
y apporter de l'argent pour lever des gens de guerre, sellon que ung
cappitayne escouçoys, qui se nomme Montgommery, lequel est, depuis
huict jours, repassé icy de Ollande, de la part du dict prince, faict
beaucoup de sollicitation et de dilligences pour luy en ceste court.
L'agent de la Rochelle se trouve maintenant fort empesché de satisfère
à ce qu'il avoit emprunté, icy, pour ceulx de sa ville, et pour les
frays qu'à sa requeste aulcuns angloys disent avoyr faictz pour les
secourir, durant le siège, de sorte qu'il en a esté plusieurs jours en
arrest; et, enfin, ayant remis l'affère en arbitrage, le vidame de
Chartres et le Sr de Languillier ont faict quelque difficulté d'en
vouloir estre arbitres, si je ne le consentoys, creignant que je le
fisse trouver maulvais à Vostre Majesté. Dont le dict agent m'est venu
prier de le trouver bon, comme chose qui estoit conforme à vostre
édict de paciffication, et qu'il ne pensoit estre tenu, envers les
Angloys, pour toutes choses, que à quatorze ou quinze mille escus,
mais que, s'ilz en demeuroient seulz les juges, il sçavoit bien qu'ilz
feroient monter les frays à des sommes fort excessives et
extraordinayres. Je luy ay respondu que je desiroys, de bon cueur, que
ceulx de sa ville n'eussent jamays occasion d'emprunter ainsy de
l'argent des Angloys, et que les Angloys ne leur en voulussent jamays
plus prester, et que j'avoys faict tout ce que javoys peu pour
empescher qu'il ne trouvât ceste somme, ny encores de beaucoup plus
grandes que je sçavoys bien qu'il s'estoit efforcé d'emprunter; mais
que, depuis l'édict de paciffication, Vostre Majesté ne m'avoit rien
commandé de tout cella; dont je n'y adjouxteroys aussy ny mon
consentement ny ma contradiction, si Vostre Majesté ne le me
commandoit de nouveau. Et ainsy, je ne m'en suys pas plus avant
entremis, et il pourvoit maintenant à son affère, comme il peut. Ceulx
cy ont eu opinyon que Vostre Majesté n'avoit faict venir les
compagnies de gens de pied, en Picardye, que pour quelque grand
effect. Ils ont eu, depuis peu de jours, nouvelles d'Irlande comme le
comte d'Essex y a receu une estrette, et que les naturelz du pays
l'ont mis en beaucoup de nécessités. Sur ce, etc. Ce XXIIIe jour de
novembre 1573.
CCCLIIIe DÉPESCHE
--du dernier jour de novembre 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Desir d'Élisabeth d'envoyer chercher des vins à
Bordeaux.--Sollicitations faites auprès d'elle par le prince
d'Orange.--Victoire remportée sur mer par les Gueux.
AU ROY.
Sire, ainsy que la Royne d'Angleterre estoit, mardy dernier, devisant
avecques ses dames, en sa chambre privée, la gouvernante des filles
devint soubdein mallade, et, à l'instant, mourut; de quoy s'estant la
dicte Dame donnée peur, elle deslogea, dans une heure après, de
Grenwich, avec bien peu de compagnye, et s'en vint en ceste ville de
Londres, où elle est encores; et semble qu'elle y séjournera jusques à
tant que Me Randolphe reviegne; duquel elle commence de s'esbahyr
comme il tarde tant en son voyage, ou aulmoins que l'ambassadeur, et
luy, ne luy font cepandant quelque dépesche, mais désormays elle a
bien opinyon que ce sera luy, le premier, qui luy apportera des
nouvelles: et jusques allors, Sire, il ne peult estre rien touché au
propos, pour lequel il est passé par dellà. La dicte Dame m'a faict
escripre, par Me Smith, qu'affin que, dorsenavant, elle puisse estre
mieulx servie de vin de sa bouche, et pour sa mayson, qu'elle ne l'a
esté, ces années passées, et aussy, pour soulager ses marchandz, elle
dellibéroit de reprendre l'ordre que le feu Roy, son père, et ses
prédécesseurs avoient accoustumé de tenir, c'est d'envoyer elle
mesmes, de ses propres deniers, fère sa provision de vin à Bourdeaulx;
dont elle me prioit de vouloyr bailler mon passeport à deux
gentilshommes, officiers et serviteurs de sa maison, lesquels, à cest
effect, elle y dépeschoit présentement par terre; et pareillement mes
lettres au gouverneur, et à ceulx qui sont officiers pour Vostre
Majesté à Bourdeaulx, pour les y fère bien recepvoyr, et pour y fère
bien recepvoir aussy les navyres qu'elle y envoyera, qui auront les
merques et enseignes d'Angleterre; affin que, tant à l'arryver,
séjour, cargayson, que retour; ilz y puissent jouyr les anciennes
libertés et privilèges accoustumés. Ce que ne luy ayant refuzé, j'ay,
d'abondant, mandé au dict Me Smith que, par mes premières,
j'advertirois Vostre Majesté d'escripre promptement et favorablement
au dict Bourdeaulx, en recommandation de cest affère pour la dicte
Dame. De quoy, Sire, je vous en supplye très humblement.
Il semble qu'elle et ceulx de son conseil ayent quelque advertissement
que le prince d'Orange commance d'estre abandonné de ses gens, de quoy
ilz sont en bien fort grand peyne. Et ne sçay si le cappitayne
Montgommery, escouçoys, qui est encores icy à solliciter les affères
du dict prince, impètrera maintenant rien de troys poinctz, que
principallement il y est venu réquérir: l'ung est que les Angloys
vueillent cesser de tout traffic avec ceulx qui tiennent le party du
dict duc d'Alve, et que le dict prince puisse déclarer de bonne prinse
les navires, desquelz les chartes parties monstreront qu'ilz alloient
ailleurs que là où l'on luy obéyt, sinon qu'ilz eussent congé et
saufconduict de luy; l'aultre, que la dicte Dame et ceulx de son
conseil vueillent fère haster les deniers, qu'ilz luy ont promis de
fournir, pour fère une nouvelle levée de troys mille hommes de pied,
et mille de cheval, en Escoce, affin qu'il les puisse avoyr toutz
prestz du premier jour; et le troysiesme, qu'elle et iceulx de son
conseil vueillent escripre au comte de Morthon de mettre en mer ung
nombre de navyres, équippés en guerre, pour favorizer les affères du
dict prince. Dont j'entendz que, pour ce dernyer, icelluy prince a
desjà faict passer vingt mille florins en Escoce, mais, parce qu'on va
temporisant, à ceste heure, icy, la dépesche de Me Quillegreu pour le
dict pays d'Escoce, cella me faict accroyre que ceulx cy ne veulent se
haster de rien qu'ilz ne voyent comme les choses succèderont en
Flandres; joinct qu'il semble bien que, peu à peu, ilz sont venus à ne
se trouver moins empeschés des Pureteins en ce royaulme, que en France
des Huguenotz, et en Flandres des Gueulx; dont, vendredy dernier,
s'est tenue une assemblée, en ceste ville, pour adviser des moyens
expédientz comme les pouvoir contenir et réprimer. Et sur ce, etc.
Ce XXXe jour de novembre 1573.
Depuis ce dessus escript, est arrivé ung homme, qui dict venir
de Fleximgues, lequel rapporte qu'il y avoit nouvelles comme
les vaysseaulx du prince d'Orange avoient combatu la flotte,
que le duc d'Alve envoyoit pour avitailler Middelbourg, et
qu'ilz avoient eu du meilleur, et avoient prins vingt des
meilleurs navyres de la dicte flote; ce que, si ainsy est, ne
fault doubter que le dict prince n'impètre plus facillement
les choses qu'il poursuivoit, icy, qu'il n'eût faict
auparavant.
CCCLIVe DÉPESCHE
--du Ve jour de décembre 1573.--
(_Envoyée jusques à Calais par Nicolas de Malehape._)
Audience.--Convalescence du roi.--Détails sur les adieux du roi
et du roi de Pologne.--État de la négociation du mariage.
AU ROY.
Sire, j'ay, avec très grand plaisir, donné assurance à la Royne
d'Angleterre, par vostre lettre du XIe du passé, que Vostre Majesté se
portoit mieulx, et que desjà, grâces à Dieu, vous estiez quasy hors de
vostre maladye, de quoy elle a faict une non petite démonstration
d'estre infinyement bien ayse de ceste bonne nouvelle. Et soubdein,
sans me laysser continuer davantage mon propos, m'a pryé de vous
escripre que le bruict de vostre mal avoit couru plus grand jusques
icy, et en nom, et qualité de plus dangereulx pour vostre personne,
que je ne le luy avois premièrement dict, et qu'elle y avoit participé
avec très grande douleur comme à ung accidant qu'elle estimeroit des
plus malheureux qui luy peût advenir au monde; et que Dieu, qui voyoit
son cueur, sçavoit qu'elle avoit pryé pour vostre convalescence, et
que véritablement elle avoit pryé, et ne cesseroit de prier, avec le
plus de dévotion qu'elle pourroit, pour icelle, jusques à ce qu'elle
en eût plus de confirmation: car, à cause que Me Randolphe avoit
escript qu'il vous avoit veu encores bien fort foyble, elle ne pouvoit
que n'en fût beaucoup en peyne.
De quoy je luy ay, de vostre part, Sire, gratiffié très grandement, et
en la plus expresse façon que j'ay peu, ceste sienne bonne volonté.
Et ay suivy à luy dire que je ne pouvois que bien espérer, et fère
bien espérer à elle de vostre santé, parce que voz lettres m'en
donnoient toute asseurance, bien que, à vray dire, elles me fesoient
quelque mencion comme vous estiés encores ung peu foible, mais que
c'estoit sans fiebvre, ny altération quelquonque; et néantmoins que,
pour ne vous commettre si tost au vent et au froid, vous aviés esté
contreinct vous despartir, plus tost que n'esperiés, du Roy de
Pouloigne, vostre frère, et de laysser à la Royne, vostre mère, et à
Monseigneur le Duc, vostre frère, et à la Royne de Navarre,
d'accomplyr pour vous la dellibération qu'aviés faicte de l'aller
convoyer jusques à la frontyère. Et me suis ung peu eslargy à luy
racompter le congé qu'il a prins, et le poinct de l'adieu qu'avés dict
à l'ung et à l'aultre, sellon la vifve expression que Mr Pinart m'en a
faicte; qui, du profond regret et des larmes abondantes de Vostre
Majesté, et de celles qu'il a veu jetter à ceulx qui estoient
présentz, il a facillement provoqué non seulement les miennes, mais
assez esmeu ceste princesse, en les oyant réciter.
Laquelle a dict que cella monstroit combien toutz deux aviez le
naturel bon et humein, et combien vostre norriture se manifestoit
d'avoyr esté tousjours très louable et vertueuse; et qu'en son advis
il ne s'estoit veu, de longtemps, en la Chrestienté, ung dire adieu
plus royal et plus dolent, tout ensemble, ny qui plus eût layssé de
regret à ceulx qui se despartoient; et néantmoins l'occasion estoit
très honnorable et desirable au Roy de Pouloigne de s'en aller, et non
moins honnorable à Vostre Majesté et à la Royne, sa mère, de le luy
permettre; dont elle prioit Dieu qu'il peût rencontrer tant de bonnes
fortunes par dellà, et Voz Majestez en ouyr bientost de si bonnes
nouvelles, que toutz les regretz qu'il emportoit, et ceulx qu'il
layssoit, en peussent estre oubliés. Puis, a suivy à dire que Me
Randolphe, par ses lettres, s'efforçoit bien fort de s'excuser de ce
qu'il n'estoit arryvé assez à temps, à Vitry, pour vous y trouver
toutz quatre ensemble; néantmoins que Vostre Majesté l'avoit fort
favorablement receu, et luy avoit mis à option d'aller suivre la Royne
et Monseigneur le Duc à Metz, ou bien d'attandre leur retour, et
qu'elle ne sçavoit lequel des deux il auroit faict; et qu'il n'avoit
encores escript ung seul mot touchant le faict de sa principalle
charge, où il y eût rien de substance, seulement qu'il creignoit de
perdre la meilleure adresse qu'il eût en vostre court, si Mr le
mareschal de Retz faisoit le voyage de Pouloigne, comme il
s'apprestoit d'y aller. Et m'a la dicte Dame fort volontiers
entretenu, plus d'une heure, en divers aultres propos de Vostre
Majesté et de la Royne, vostre mère, et de voz deux frères, et de se
vouloyr, de plus en plus, confirmer en vostre amityé; et que, quoy
qu'il adviegne du propos, dont vous la recherchiez, que vous la
trouveriez, et toutz les vostres, très persévérante en l'amityé
qu'elle vous avoit promise, et qu'elle la continueroit vers le Roy,
vostre frère, plus parfaictement que ne l'avoit oncques eue, ny ses
prédécesseurs aussy, avec nul aultre roy de Pouloigne.
De quoy l'ayant bien fort remercyée, j'ay faict venir à propos de luy
monstrer aulcuns poinctz des lettres, que toutz quatre m'aviez
escriptes pour luy tesmoigner de mesmes vostre persévérance vers elle,
et comme vous entendiés de procéder tousjours très sincèrement à
vouloir qu'elle vît fort clèrement de vostre costé, et qu'elle fût
entièrement satisfaicte de tout ce qu'elle desiroit de dellà; et que,
s'il y restoit quelque chose à accomplyr, oultre le poinct qui estoit
commis au dict Me Randolphe, que Vostre Majesté me commandoit de
l'entendre d'elle et de ceulx de son conseil, affin qu'y peussiez
pourvoyr avant son retour, comme aussy vous la pryez bien fort que,
vous estant condescendu à toutz les poinctz qu'elle avoit desiré pour
son advantage, elle ne voulût laysser plus aller vostre honneste
pourchas en longueur, ny remises.
Ce que, avec une fort agréable démonstration, elle m'a expressément
promis qu'elle ne le feroit; et semble, Sire, que la disposition de
ceste princesse ne sçauroit, à présent, estre meilleure qu'elle est
vers la France. Il est vray qu'elle ne laysse d'estre instamment
sollicitée, de l'autre costé, et luy a l'on faict tant de diverses
remonstrances, sur l'arryvée du grand commandeur de Castille en
Flandres, et sur la révocation que l'on estime qui s'ensuyvra bientost
du duc d'Alve, et sur ce qu'il se continue que le Roy d'Espagne, avant
peu de moys, pourra luy mesmes passer aulx Pays Bas, qu'elle a faict
dépescher en Envers, le XXVIIe du passé, ung personnage d'assez bonne
qualité, qui est mestre des marchandz de Londres, pour aller voyr
comme les choses s'y passent. Sur ce, etc.
Ce Ve jour de décembre 1573.
CCCLVe DÉPESCHE
--du XIIe jour de décembre 1573.--
(_Envoyée jusques à Calais par Odoard Paquentin._)
Satisfaction montrée par Élisabeth de la convalescence du
roi.--Nouvelles d'Écosse.--Exécutions faites en Suède et en
Danemark des écossais auxiliaires.--Convocation d'une assemblée
à Londres pour prendre une résolution à l'égard des
puritains.--Nouvelles des progrès faits en Languedoc par les
protestans qui ont repris les armes.
AU ROY.
Sire, j'ay mis la Royne d'Angleterre hors du doubte, où elle monstroit
d'estre, de vostre convalescence, l'ayant assurée, par vostre lettre
du XXIIIIe du passé, que vous estiés desjà remis en chemin, et venu à
Chalon, pour vous rapprocher en çà, avec pleyne guérison, et avec une
aultant bonne disposition, grâces à Dieu, de vostre santé que vous
l'eussiez eue de longtemps; de quoy elle a monstré de se resjouyr bien
fort, et de bon cueur, et en a loué et remercyé Dieu, comme dellivrée
d'un pesant soulcy, où la peur de vostre mal l'avoit cy devant
détenue. Elle a eu playsir de sçavoyr que son ambassadeur et Me
Randolphe fussent arrivés à Nancy, et qu'ilz y eussent encores trouvé
la Royne, vostre mère, de séjour, pour les ouyr, et pour se pouvoir,
eulx, satisfère de ce qu'ilz desiroient voyr de sa compagnye. Dont la
dicte Dame se promect maintenant qu'icelluy Me Randolphe sera
bientost, icy, de retour.
Le voyage de Me Quillegreu en Escoce est encores différé, et quasy ne
s'en parle plus, parce que le Prince d'Escosse se porte bien; et le
comte de Honteley ne monstre de prendre trop à cueur que milord Glames
soit faict chancellier, ny n'apparoit qu'il y doibve pour cella avoyr
d'altération au pays, s'y monstrant les choses assés tranquilles pour
le présent. Il est vray qu'il est arrivé une malle fortune aulx
Escouçoys, car aulcuns d'eulx qui alloient au service du roy de
Dannemarc, ayantz, par temps contrayre, esté gettés en Suède, le roi
de Suède les a faictz exécuter; et le roy de Dannemarc a faict le
semblable de quelques aultres qui sont abordés en son pays, qui
alloient servir le roi de Suède.
L'on n'a peu encores prendre assez bon expédient sur le faict des
Pureteins, et de ceulx qui troublent l'ordre de la religion receue en
ce royaulme, seulement l'on en a mis quelques ungs des plus
opinyastres en prison; mais, au quinziesme de ce moys, se doibt fère,
de rechef, une grande assemblée, en ceste ville, pour y mettre une
résolution. L'on a nouvelles, en ceste ville, du costé de la Rochelle,
comme la paix y continue fort bien, mais que, en Languedoc, ceulx de
la nouvelle religion sont si fortz qu'ilz ont assiégé Avignon. Le
comte de Montgommery, depuis trois jours, s'est approché à quatre
lieues d'icy, en ung lieu, où ses filles et petitz enfantz sont
nourris avec la vefve du feu conseiller Fumer. Je ne sçay s'il
s'approchera davantage. Je ne cesse d'assurer ceulx de voz subjectz de
la dicte nouvelle religyon, qui sont encores par deçà, que vostre
dellibération est d'establir fermement la paix en vostre royaulme, et
d'y remettre les choses en ung estat tranquille et heureulx, pour le
repos d'ung chacun, ainsy qu'elles l'ont esté du temps de voz
prédécesseurs; de quoy ilz monstrent d'en estre bien fort ayses et
d'en avoyr grande espérance. Et sur ce, etc.
Ce XIIe jour de décembre 1573.
CCCLVIe DÉPESCHE
--du XVIIe jour de décembre 1573.--
(_Envoyée jusques à la court par Urbein Fougerel._)
Audience.--Détails sur le voyage du roi de Pologne.--Mission de
Me Randolf en France.--Négociation du mariage.--Soumission du
comte de Montgommery.
AU ROY.
Sire, partant le postillon de Callays, d'icy, avec ma dépesche, du
XIIe du présent, le courrier, qui m'a apporté celle de Vostre Majesté,
du Ve, est arrivé; et, le deuxiesme jour après, je suis allé assurer,
de rechef, la Royne d'Angleterre de vostre parfaicte et bien confirmée
santé, et que vous la vouliés remercyer bien fort affectueusement du
grand sentiment qu'elle avoit monstré avoyr de vostre mal. Et luy ay
compté en quoy le Roy de Pouloigne estoit de son partement et voyage,
et comme vous attandiez, de brief, le retour de la Royne, vostre mère,
et de Monseigneur, vostre frère, vers vous; et que son ambassadeur et
Me Randolphe avoient layssé une grande satisfaction de beaucoup de
choses, de la part d'elle, à Voz Majestez, comme vous pensiés aussy
qu'il n'en rapportoit pas de moindres à elle de la vostre; et que le
séjour de Nancy avoit esté prolongé, de deux jours entiers, pour
l'amour d'eux, et pour leur donner moyen qu'ilz veissent et ouyssent
ce qu'ilz desiroient de la compagnye; et qu'à présent, ayant bien
accomply leur commission, ilz estoient de retour à Paris, d'où
bientost le dict Me Randolphe arriveroit vers elle, avec de si
certeynes et vrayes enseignes de ce, pourquoy il estoit allé par
dellà, qu'elle ne pourroit jamays plus doubter qu'il y deffaillît une
seule de toutes les meilleures parties et perfections, qui se
pouvoient souhayter en ung très accomply et bien fort desirable
subject. Et ay estendu ces poinctz, ainsy restreinctz, en d'aultres
propos beaucoup plus amples, sellon que j'en ay trouvé l'instruction
très bonne et prudente ez lettres de Voz Majestez, et en celle, que Mr
le mareschal de Retz m'a escripte, du XXVe du passé.