A quoy la dicte Dame m'a respondu que nulle aultre nouvelle luy estoit

plus agréable, aujourdhuy, au monde, que celle de vostre bon

portement; et que, pour celuy là, n'espargneroit elle non plus ses

meilleures et plus dévotes prières à Dieu qu'elle faysoit pour elle

mesmes, comme chose, d'où elle vous supplioyt de croyre qu'il n'en

venoit pas plus de soulagement à vous qu'elle en sentoit de repos en

elle, et qu'elle vous supplioyt, Sire, d'avoyr vostre santé en

singullière recommandation; que, pour le regard du Roy de Pouloigne,

elle avoit grand plaisir qu'il trouvât maintenant, en Allemaigne, la

faveur que l'Empereur et les Estats de l'Empire vous y avoient

promise, pour la seureté de son passage; et que, sellon que toutes

aultres choses luy avoient bien succédé jusques icy, elle jugeoit que

son voyage seroit heureux, et que heureusement il seroit receu et

estably en son royaulme; quand à Me Randolphe, qu'en une chose

doncques se pourroit elle louer de luy, s'il avoit donné du

contantement à Voz Très Chrestiennes Majestez, car c'estoit ce qu'elle

luy avoit fort expressément commandé de fère, mais qu'en effect il ne

s'estoit pas mis en beaucoup de debvoir de la contanter à elle, ayant

tant faict le long, en chemin, qu'il n'avoit sceu arryver à Vitry,

avant que la Royne, vostre mère, se départît de Vostre Majesté, et

puis avoit failleu qu'il l'allât suyvre à Nancy, affin de publier

davantage ce qui debvoit estre tenu secret, ny n'avoit, en deux moys

qu'il avoit esté par dellà, jamays escript ung seul mot à elle, bien

qu'il eût assez escript, à d'aultres de son conseil, tout ce qu'il luy

avoit pleu; que, puisqu'il estoit si près d'arryver, qu'elle verroit

ce qu'il apporteroit, et puis, elle et moy, en pourrions communicquer

ensemble, et ne doubtoit nullement, veu les passées démonstrations,

dont aviés tousjours uzé vers elle, qu'il ne luy apportât beaucoup de

bonnes satisfactions de la part de Voz Majestez; que, pour le regard

de Monseigneur le Duc, elle me vouloit bien renouveller ce que,

d'aultrefoys, elle m'avoit dict, qu'elle n'estoit si curieuse de

rechercher quelles perfections estoient en luy, bien qu'elle en fît

quelque dilligence, comme elle creignoit qu'il trouvât trop d'ans, et

trop d'aultres imperfections en elle; et qu'elle mettoit en grand

compte qu'il couroit une très bonne réputation de sa vertu, et qu'il

estoit de sang royal et d'une des plus illustres extractions de tout

l'universel monde, car, avec ung, de telle qualité, avoit elle proposé

de se maryer, si elle le debvoit jamays estre; et que le plus galant

gentilhomme et le plus accomply, qui vive aujourdhuy entre les

mortels, quand bien elle le pourroit avoyr, ne luy seroit jamays rien,

s'il n'estoit de sang et mayson royalle. Et s'est mise à discourir,

fort privéement et longuement, de toutz ces propos avecques moy,

monstrant qu'après le retour du dict Randolphe, et, sellon les choses

qu'elle entendroit de luy, elle se résouldroit de ce qu'elle debvroit

fère en cest endroict.

Néantmoins, Sire, pour obvier à toute longueur, et de tant qu'il

fault tousjours que tout le pourchas viegne du costé des hommes, il

vous plerra me commander si je incisteray maintenant à requérir le

saufconduict de Monseigneur le Duc, et que la dicte Dame vous vueille

fère une ouverte déclaration de son intention vers luy; ou bien au cas

qu'y voyez plus intervenir aucune difficulté, ou bien quelque nouvelle

remise, que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, prendrés cella

pour ung advertissement de ne debvoir plus donner, à elle, l'ennuy, ny

à vous, la honte de jamays plus en parler. J'ay desjà communicqué avec

milord trézorier de la bonne expédition qu'avez donnée à Me Randolphe,

et ay disposé luy, et les aultres, que je cognoys bien affectionnés à

ce propos, à l'observer et le fère si bien observer, à son arrivée,

que j'espère qu'il n'ozera parler sinon ainsy qu'il doibt, et sellon

la vérité des choses qu'il a vues et ouyes, et de celles qu'il

rapporte de dellà.

Le comte de Montgommery s'estant enfin approché en ceste ville, et,

premier qu'il soit allé saluer ceste princesse, ny voyr pas ung des

siens, il m'est venu trouver en mon logis; et, après s'estre fort

curieusement enquis qu'est ce qu'il pouvoit espérer de vostre bonne

grâce, et qu'il protestoit bien à Dieu de n'avoyr jamays eu aultre

affection ny volonté que d'ung très loyal et fidelle subject vers le

service de Vostre Majesté, il m'a allégué, pour la plus urgente

occasion qui l'eût meu de prendre les armes en ces derniers troubles,

et de n'avoyr voulu entendre à pas ung party qui luy eût esté offert

pour son particullier, qu'il jugeoit bien ne luy pouvoir estre à

honneur, ains qu'il luy fût tourné à estime du plus meschant homme,

lasche et fally de cueur, qui fût au monde, s'il eût abandonné ceulx

du party de sa religion, lorsqu'ilz se trouvoient les plus affligés et

persécutés, et qu'ilz estoient poursuyvis et assiégés avec plus

d'effort et de danger, et avec moins de secours qu'ilz eussent oncques

eu; et que ce qu'il en avoit faict avoit esté seulement pour garantir

soy et eulx, aultant qu'il pouvoit, jusques à ce qu'il eût pleu à

Vostre Majesté prendre ung plus modéré expédient vers eulx; ce

qu'estant depuis advenu, il me déclaroit qu'il vous vouloit

entièrement rendre le debvoir d'obéyssance d'ung vray et naturel

subject, et offrir sa vye et celle de ses enfantz, lesquelz, à cest

effect, il m'avoit admenés, pour vostre service; et de desirer jouyr

le bien et le béneffice de la paix, en vostre royaulme, soubz la

protection et bonne grâce de Vostre Majesté. Je luy ay dict que

j'avoys grand plaisir de le voyr en ceste bonne volonté, et que, si

les choses estoient ainsy comme il disoit, qu'il n'eût attempté rien

de plus extraordinayre contre la personne et l'estat de Vostre Majesté

qu'avoient faict les aultres de sa religion, que je ne doubtois

nullement qu'il ne peût jouyr, aussy bien qu'eulx, de la grâce et

clémence de Vostre Majesté et du béneffice de vostre édict. Il m'a

réplicqué qu'il vous supplyeroit doncques très humblement de luy en

vouloir octroyer une déclaration particullière, sellon qu'il faysoit

plus de besoing à luy qu'à ung aultre de l'avoyr; et m'en a baillé sa

requête, laquelle je luy ay prié de la signer et de n'y mettre rien

qui ne fût sellon l'édict; et luy ay promis de la vous fère tenir, et

de luy en fère avoyr bientost la responce, comme je vous supplie très

humblement, Sire, me la mander, et m'envoyer, par le premier, la

provision et déclaration[24] qu'il vous plerra luy octroyer. Et sur

ce, etc.

Ce XVIIe jour de décembre 1573.

[24] Cette déclaration, en date du 20 janvier 1574, est jointe

aux _Mémoires de Castelnau_, t. III, p. 377.

CCCLVIIe DÉPESCHE

--du XXIVe jour de décembre 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Retour de Me Randolf à Londres.--Résolution du comte de

Montgommery de se retirer à Gersey.--Inquiétudes causées en

Angleterre par les puritains.--Affaires d'Irlande.--Nouvelle

irritation d'Élisabeth contre Marie Stuart.--Autorisation

donnée à l'évêque de Ross de passer en France.

AU ROY.

Sire, après avoyr faict sçavoyr à la Royne d'Angleterre que Me

Randolphe estoit licencié de Vostre Majesté, et s'estoit achemyné de

Chalons, le Ve de ce moys, pour la venir retrouver, il s'est passé dix

ou douze jours qu'elle n'a entendu aulcunes nouvelles de luy, de quoy

elle n'a pas esté contante de son peu de dilligence. Et enfin il est

arryvé, le jour de St Thomas, sur l'entrée de la nuict; et n'a poinct

bougé, ce soyr, de son logis; mais, le bon matin, il est allé en

court, où il a esté fort curieusement examiné sur le pourtraict; et

puis m'est venu trouver pour me prier de remercyer très humblement

Vostre Majesté du favorable traictement, qu'il vous avoit pleu luy

fère recevoyr en France, trop meilleur qu'il ne l'avoit mérité, et

plus grand qu'il ne l'eust sceu desirer, et que, ayant, pour cella,

beaucoup d'obligation à vostre service, il satisferoit à son debvoir

de rapporter fidellement à la Royne, sa Mestresse, et en ceste court,

les choses qui résultoient de sa légation; car c'estoit ce en quoy il

se pouvoit, à présent, monstrer vostre serviteur; et que desjà il y

avoit donné tel commancement qu'il espéroit que son voyage ne

réuscyroit, de toutes partz, inutille; et que, de tant qu'il n'avoit

encores veu milord trézorier, à cause de son indisposition, il me

prioit de l'excuser, s'il n'entroit plus avant en discours avecques

moy, jusques à ce qu'il eût parlé à luy. Et ainsy m'a promis qu'il

reviendroit une aultre foys.

Cependant j'ay pourveu, Sire, par toutz les meilleurs moyens qu'il m'a

esté possible, qu'il ne puisse, quand bien il le voudroit fère, rien

changer ny déguyser de la vérité des choses; et ceulx qui le

cognoissent m'assurent fort qu'il ne le fera pas, et qu'il dira

franchement ce qu'il a veu, bien qu'il se soit assez faict remarquer

pour ung de ceulx qui, depuis la St Barthèlemy, se sont plus

formalizés et opposés à ce bon propos. Et suis bien marry que milord

trézorier se trouve ainsy mallade maintenant, et si abbattu de la

goutte et d'aultres indispositions, encores pires, dans son lict,

qu'il ne peut donner ny le conseil, ny la conduicte à ce négoce, qu'il

monstre bien qu'il voudroit fère. Je verray, le plus tost que je

pourray, la dicte Dame pour, incontinent après, vous mander comme je

l'auray trouvée satisfaicte de ce voyage de Randolphe.

Le comte de Montgommery, avant partyr d'icy, m'est venu dire qu'elle

l'avoit mis en propos de Monseigneur le Duc, et luy avoit semblé

qu'elle avoit meilleure inclination vers luy qu'il ne cuydoit, dont

luy avoit offert de rechercher, le pluz avant qu'il luy seroit

possible, le fondz de l'intention qu'il pouvoit avoir vers elle, pour

la luy fère sçavoyr, ce qu'elle avoit monstré d'avoyr fort à plaisir;

et luy avoit dict qu'il estoit bien besoing que quelqu'ung le

ramenteût, car bien peu, de ceulx d'auprès d'elle, parloient

maintenant, icy, pour luy. Le dict de Montgommery, après avoir parlé

deux foys à elle, et avoyr esté quatre jours en ceste court, il s'en

est allé à Sion, une mayson de la dicte Dame, à huict mille d'icy, où

il s'est retiré avec toute sa famille, et n'en bougera jusques à ce

que je luy auray faict sçavoyr la responce de Vostre Majesté, après

laquelle il dict avoyr obtenu de pouvoir aller habiter ez isles de

Gersay et Grènesay; lesquelles ne sont qu'à sept ou huict lieues de sa

mayson, d'où il pourra tirer ses commoditez, mais que ce a esté à très

grand difficulté, que la dicte Dame et ceulx de son conseil le luy ont

voulu concéder, tant ilz sont meffiantz depuis la paix; et n'a esté

sans qu'il ayt desjà baillé son segond filz au comte de Lestre, pour

estre nourry en l'escuyerye de la dicte Dame. Encores pensent aulcuns

que ce a esté le cappitayne Leyton, gouverneur de Grènesay, qui luy a

beaucoup aydé d'obtenir cette permission, parce qu'il prétend espouser

une des filles du dict comte, qui est veufve, mais il semble qu'elle

n'ayt aulcune volonté d'y entendre.

Le faict des Pureteins est venu à tel poinct qu'on ne trouve voye ny

moyen de les pouvoir bien accorder, et les évesques et curés crient

que leurs églises vont, de plus en plus, en trouble, et en ung très

grand désordre à cause d'eux, et ont defféré plus de mille cinq centz

personnes de qualité, qui sont de ceste secte; mais, à cause de la

maladye de milord trézorier et de Me Smith, l'on n'y touche rien.

Chacun s'attand qu'à ce prochein parlement, de febvrier, il y sera mis

bon ordre, avec punition exemplayre de quelqu'ung.

Mr Walsingam a esté faict segond secrettayre d'estat et receu au

conseil. L'on m'a dict qu'il est venu, de rechef, de fort maulvayses

nouvelles à ceulx cy des choses d'Irlande, dont je ne sçay encores

aultrement les particullaritez, sinon que le conseil a bien esté, ces

troys jours passez, assemblé là dessus, et qu'on dict que, de nouveau,

il sera bientost envoyé hommes, armes, argent et monitions, par

dellà, pour renforcer l'entreprinse.

Quelques ungs ont faict, en ceste court, de bien fort maulvais, et je

croy que bien fort faulx, rapportz de la Royne d'Escoce, de façon

qu'il y a danger que la Royne d'Angleterre, laquelle est tousjours en

peur et en jalouzie de son estat, et plus de la Royne d'Escoce que de

nulle aultre personne qui vive, se laysse aller à quelques maulvayses

dellibérations contre elle, à ce prochein parlement; car, à ces fins,

cognoys je bien que ses ennemys se sont meintenant resveillés contre

ceste pouvre princesse; et ont si bien ulcéré le cueur de la dicte

Royne d'Angleterre qu'elle n'a pas été plus picquée, ny offancée, des

aultres choses les plus grandes, qui ont cy devant passé entre elles

deux, qu'elle monstre de l'estre maintenant, encor que ce ne soit que

pour parolles. Je mettray peyne de l'en advertyr en la meilleure façon

que je le pourray fère, affin qu'elle, de son costé, et moy, d'icy,

puissions divertyr, le mieulx que nous pourrons, le mal qui luy en

pourroit advenir. L'évesque de Roz a obtenu pleynement son congé et

passera du premier jour en France. Et sur ce, etc.

Ce XXIVe jour de décembre 1573.

CCCLVIIIe DÉPESCHE

--du dernier jour de l'an 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Sabran._)

Audience.--Satisfaction montrée par Élisabeth de l'accueil fait à

Me Randolf en France.--Instance de l'ambassadeur pour obtenir

la réponse de la reine sur la négociation du mariage.--Nouvelle

d'une entreprise tentée contre la Rochelle.--Autorisation

donnée à l'évêque de Ross de passer en France.

AU ROY.

Sire, bien peu d'heures, après que Me Randolphe a eu faict son rapport

et présenté le pourtraict à la Royne d'Angleterre, j'ay esté adverty

qu'il avoit parlé à elle dignement, et en homme entier, des choses

qu'il avoit veues et ouyes en France, sans en rien dissimuler, et

l'avoit rendue beaucoup plus satisfaicte des principaulx poinctz de sa

légation, et mesmement du plus principal, qu'elle ne l'espéroit; dont

suis allé la trouver, avec l'argument de la lettre de Vostre Majesté

que le dict Me Randolphe m'avoit apportée. Et, après aulcunes

particullarités de la satisfaction, qu'il vous avoit donnée, de

beaucoup de bons et honnestes propos que, par deux foys, à l'aller et

au retour, il vous avoit tenus, de l'amityé que la dicte Dame vous

portoit, et comme il vous avoit aussy trouvé d'une semblable et si

entière affection vers elle que vous dellibériez manifester à toute la

Chrestienté de n'avoyr moins à cueur son bien, son repos et sa

grandeur, que la vostre propre, je suis venu à luy dire que je

creignois bien fort que, pour le désordre où Me Randolphe avoit trouvé

les choses, quand il estoit arrivé par dellà, à cause de

l'indisposition de Vostre Majesté, et du partement du Roy de

Pouloigne, vostre frère, et de ce voyage de Nancy, il n'eût veu rien

d'assez bien préparé en vostre court, ny en la personne de Monseigneur

le Duc, pour en pouvoir fère, icy, le rapport que Vostre Majesté

desireroit; et mesmes que le pourtraict, lequel eût, possible, en

quelque chose favorisé Mon dict Seigneur, s'il eût esté achevé à

loysir, avec les colleurs et lustres qu'on y eût peu mettre, ne

s'estoit trouvé à peyne commancé, dont estant apporté si frays faict,

il estoit malaysé qu'il fût arryvé, icy, sans estre aulcunement gasté

et mal condicionné; mais que sçavoys bien aussy que le desir de Vostre

Majesté et de la Royne, vostre mère, estoit qu'elle vît clèrement, et

quasy à nud, en l'offre que luy aviez faicte de vostre frère, affin

qu'elle s'assurât mieulx de ce qui en estoit, et ne trouvât rien que

redire en vostre sincérité; dont la suppliois de prendre le tout de

bonne part, et croyre que aulmoins n'y avoit il rien de feinct, ny de

déguysé, de vostre costé.

La dicte Dame, d'ung visage fort contant et joyeulx, m'a dict que, si

jamays elle avoit eu besoing de l'office d'ung gentilhomme, qu'elle

recouroit maintenant à moy, pour luy ayder à remercyer infinyement

Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Monseigneur le Duc, des

grandes et bien fort remarcables satisfactions qu'il vous avoit pleu

luy mander par Me Randolphe; lesquelles elle recognoissoit qui

partoient de la mesmes source d'honneur, dont aviés tousjours uzé vers

elle, depuis qu'aviés commancé de pourchasser son allience, et que

c'estoient des neudz bien serrés, par où vous l'attachiez, de plus en

plus, à vostre obligation, et luy faysiez prendre tant de seureté de

vostre amityé, qu'elle ne feroit nulle difficulté d'y assoyr

dorsenavant sa meilleure confience; et qu'elle ne mettoit en petit

compte ce qu'il vous avoit pleu renvoyer si honnoré et bien traicté,

et si abondamment gratiffyé, comme vous aviez faict, le gentilhomme

qu'elle vous avoit envoyé; lequel auroit à se louer, toute sa vye, de

Vostre Majesté; et elle à vous en debvoir une grande obligation, car

n'y avoit chose qui peût estre plus à son gré au monde, que de voyr

fère quelque sorte de faveur aulx siens, pour l'amour d'elle; et

qu'aulmoins me pouvoit elle assurer qu'en une chose s'estoit il

efforcé bien fort de s'en monstrer recognoissant, c'est que, dès son

arrivée, il avoit commancé et ne cessoit, ny pouvoit mettre fin de

dire plusieurs choses à la grande louange et grande réputation de Voz

Majestez Très Chrestiennes, et de Monseigneur, et qu'il n'estoit

possible qu'on peût parler plus honnorablement de quelques aultres

princes qui fussent au monde, qu'il faysoit de tous troys; et que, par

une parcelle d'ung de ses propos, lequel elle me vouloit réciter, je

pourrois juger quelz pouvoient estre les aultres: et que c'estoit

touchant Monseigneur, duquel, après avoyr rapporté tout ce qui se peut

de bien d'ung prince, il avoit adjouxté qu'il ne vouloit pas fère ung

si hault jugement de dire qu'il fût digne d'estre mary et espoux de la

dicte Dame, qui estoit sa Royne et sa Mestresse, mais qu'il vouloit

bien assurer qu'il n'estoit indigne de l'estre de quelconque princesse

que ce fût, et fût elle Dame du plus grand et plus riche estat de

tout le monde; et qu'elle croyoit fort fermement qu'il estoit ainsy,

sellon les bons et grandz tesmoignages qui estoient toutjour venus, et

qui venoient ordinayrement, de luy; et lesquelz luy estoient, à

présent, si notoyres, qu'elle ne pensoit avoyr à fère plus aulcune

sorte de recherche en cella; et qu'à elle touchoit maintenant de

respondre à l'entrevue et saufconduict que luy aviés demandé: dont y

penseroit, durant ces fêtes, et en communicqueroit avec ceulx de son

conseil, pour, incontinent après, m'en fère sçavoyr sa responce.

J'ay réplicqué que cest affère avoit esté toujours prins par elle,

avec aultant de loysir comme elle avoit voulu, et elle avoit eu du

temps beaucoup pour la considérer, dont j'espéroys qu'elle ne voudroit

remettre à ung aultre jour de m'y respondre, et qu'aulmoins la priois

je de me dire si, ce pendant, je vous en pourrois escripre quelque mot

de bonne espérance.

Elle m'a respondu que le terme ne seroit long, et qu'elle m'useroit

lors d'ung langage si cler que je verrois bien qu'il n'y auroit ny

remise, ny ambiguyté, et que, ayant, Vostre Majesté, procédé d'ung

très grand honneur vers elle, elle s'estimeroit n'en avoyr poinct, si

elle n'uzoit de mesmes vers vous; et pourtant vous prioit de croyre

que, quelle yssue que prînt l'affère, elle feroit qu'elle seroit très

honnorable.

Je pourchasseray doncques, Sire, le plus dilligemment que je pourray,

la dicte responce, et travailleray, en tout ce qu'il me sera possible,

qu'elle vous soit faicte bonne. Sur ce, etc. Ce XXXIe jour de décembre

1573.

Depuis ce dessus, il est venu nouvelles de la Rochelle comme

l'on y a descouvert une praticque qu'on y menoit pour

surprendre la ville[25], ce qui a troublé ung peu ceulx de

voz subjectz de la nouvelle religion qui sont icy; mais je

mettray peyne de les rassurer, et de fère que ceste princesse

et les siens ne s'en troublent, attandant de sçavoyr au vray

ce qui en est par les procheynes lettres de Vostre Majesté.

[25] Biron, Du Lude, Landereau et Puy-Gaillard ayant été chargés

par Catherine de Médicis de surprendre la Rochelle, avaient

traité avec Jacques Du Lyon, qui s'était engagé à leur livrer la

ville. Le complot ayant été découvert, Du Lyon fut tué dans sa

maison de campagne, et un grand nombre de ses complices, entre

autres, La Zardonière, Planta, Turgier et Salis, tous capitaines

de compagnies des grisons, furent condamnés et mis à mort.

Guillaume Gui Le Taillon, qui avait été maire de la Rochelle, eut

la tête tranchée. Biron et Puy-Gaillard retirèrent les troupes

qu'ils avaient fait approcher. Cette entreprise fut le signal

d'une nouvelle guerre civile.

FIN DU CINQUIÈME VOLUME.

TABLE

DES MATIÈRES DU CINQUIÈME VOLUME.

ANNÉE 1572.--SECONDE PARTIE.

Pages

254e _Dépêche_.--3 juin.--

AU ROI. 1

Négociation de Mr du Croc en

Ecosse. _Ib._

Proposition du parlement. 3

Succès des gueux; prise de

Valenciennes. 4

255e _Dépêche_.--5 juin.--

AU ROI. 5

Assurance pour Marie Stuart. _Ib._

Exécution du duc de Norfolk. 6

Nouvelles d'Ecosse. 7

A LA REINE. 8

Détails sur Marie Stuart et le

duc de Norfolk. _Ib._

256e _Dépêche_.--9 juin.--

AU ROI. 10

Préparatifs pour recevoir Mrs

de Montmorenci et de Foix. _Ib._

Résolution contre Marie Stuart. _Ib._

257e _Dépêche_.--17 juin.--

AU ROI. 12

Arrivée de Mrs de Montmorenci

et de Foix. _Ib._

AU ROI. 14

Détails de la Négociation de

Mrs de Montmorenci et de

Foix. _Ib._

258e _Dépêche_.--22 juin.--

AU ROI. 19

Audience sur la négociation du

mariage. _Ib._

A LA REINE. 22

Détails particuliers sur cette

négociation. _Ib._

259e _Dépêche_.--28 juin.--

Négociation de Mrs de Montmorenci,

de Foix et de La

Mothe Fénélon, touchant le

mariage du duc d'Alençon. 24

260e _Dépêche_.--1er juillet.--

AU ROI. 25

Négociation de Mrs de Montmorenci

et de Foix. _Ib._

A LA REINE. 29

Explication sur la négociation

du mariage du duc d'Anjou. _Ib._

261e _Dépêche_.--5 juillet.--

AU ROI. 30

Audience. _Ib._

A LA REINE. 38

Conférence avec Leicester. _Ib._

262e _Dépêche_.--10 juillet.--

AU ROI. 40

Retour du comte de Lincoln et

de Me Smith. _Ib._

Clôture du parlement. 42

Résolution sur Marie Stuart. _Ib._

Affaires des Pays-Bas. 43

A LA REINE. 44

Négociation du mariage. _Ib._

263e _Dépêche_.--15 juillet.--

AU ROI. 47

Audience. _Ib._

A LA REINE. 54

Négociation du mariage. _Ib._

264e _Dépêche_.--20 juillet.--

AU ROI. 57

Conférence avec le comte de

Lincoln. _Ib._

Irrésolution d'Elisabeth. 59

Affaires des Pays-Bas. 60

A LA REINE. 61

Négociation du mariage. _Ib._

265e _Dépêche_.--22 juillet.--

AU ROI. 62

Négociation du mariage. 63

266e _Dépêche_.--29 juillet.--

AU ROI. 65

Audience. _Ib._

A LA REINE. 72

Conférence avec Leicester et

Burleigh. 73

267e _Dépêche_.--3 août.--

AU ROI. 76

Arrivée de Mr de La Mole. _Ib._

Nouvelles des Pays-Bas. 78

268e _Dépêche_.--7 août.--

AU ROI. 79

Audience. _Ib._

269e _Dépêche_.--11 août.--

AU ROI. 83

Négociation de Mr de La Mole. 84

Audience. _Ib._

Nouvelles des Pays-Bas. 88

270e _Dépêche_.--13 août.--

AU ROI. 89

Nouvelles d'Ecosse. _Ib._

271e _Dépêche_.--28 août.--

AU ROI. 91

Audience. 92

Détails de la négociation de Mr

de La Mole sur le mariage. _Ib._

A LA REINE. 108

Nouveaux détails. _Ib._

272e _Dépêche_.--30 août.--

AU ROI. 112

Première nouvelle de la Saint

Barthèlemy. _Ib._

Irritation des Anglais. 113

A LA REINE. 114

Ignorance complète de l'ambassadeur

sur les explications

qu'il doit donner. _Ib._

273e _Dépêche_.--2 septemb.--

AU ROI. 115

Premiers détails de la Saint-Barthèlemy. 116

Mort de Coligni. _Ib._

Interruption des négociations. _Ib._

Demande de nouvelles instructions. 117

Exécution du comte de Northumberland. 118

A LA REINE. _Ib._

Suspension du commerce. 119

274e _Dépêche_.--14 septemb.--

AU ROI. 120

Vive irritation des Anglais

contre la France. 121

Audience. Déclaration des motifs

qui doivent justifier la

Saint-Barthèlemy. 122

Même communication faite au

conseil. 128

Horreur, inspirée à Londres par

cette exécution. _Ib._

A LA REINE. 131

Efforts pour empêcher une

rupture. 132

Danger de Marie Stuart. 133

275e _Dépêche_.--18 septemb.--

AU ROI. _Ib._

Efforts du roi pour arrêter les

exécutions. 134

Preuves de la conspiration. _Ib._

Le comte de Montgommery réfugié

à Jersey. 135

Armemens en Angleterre. 136

A LA REINE. _Ib._

Insultes faites à l'ambassadeur. 137

Difficulté de renouer la négociation

du mariage. _Ib._

276e _Dépêche_.--29 septemb.--

AU ROI. 138

Massacres d'Orléans, Lyon et

Rouen. _Ib._

Audience. 139

Correspondance de Coligni. 140

Justification de l'amiral par

Elisabeth. 142

Consentement d'Elisabeth à

l'entrevue, à Douvres, pour

le mariage. 147

A LA REINE. 149

Négociation du mariage. _Ib._

277e _Dépêche._--2 octobre.--

AU ROI. 152

Armemens en Angleterre. 153

Refus de livrer Montgommery. 155

Nouvelles d'Ecosse. 156

Reproche fait à Marie Stuart. 157

A LA REINE. _Ib._

Négociation du mariage. 158

278e _Dépêche_.--7 octobre.--

AU ROI. 160

Maladie d'Elisabeth. _Ib._

Irritation croissante des Anglais. 161

Efforts des partisans de l'Espagne. _Ib._

A LA REINE. 165

Négociation du mariage. _Ib._

279e _Dépêche_.--13 octobre.--

AU ROI. 164

Conférence avec Sussex, Leicester

et Burleigh. 165

A LA REINE. 171

Négociation du mariage. _Ib._

280e _Dépêche_.--18 octobre.--

AU ROI. 173

Réponses d'Elisabeth aux demandes

du roi. _Ib._

Intrigues des Espagnols. 174

Nouvelles de la Rochelle. 175

Affaires d'Ecosse. 176

A LA REINE. 177

Négociation du mariage. _Ib._

Demande par l'ambassadeur de

son rappel. 179

281e _Dépêche_.--28 octobre.--

AU ROI. 180

Massacres de Bretagne. _Ib._

Retour de Mrs Du Croc et de

Vérac, venant d'Ecosse. 181

Nouvelles de France et des

Pays-Bas. 182

A LA REINE. 183

Effet produit en Ecosse par la

nouvelle de la Saint-Barthèlemy. _Ib._

282e _Dépêche_.--2 novemb.--

AU ROI. 184

Audience. _Ib._

A LA REINE. 191

Détails particuliers de l'audience. _Ib._

283e _Dépêche_.--4 novemb.--AU

AU ROI. 194

Accouchement de la reine de

France. 193

Consentement d'Elisabeth à être

marraine de là fille du roi. _Ib._

284e _Dépêche_.--9 novemb.--

AU ROI. 196

Intrigues des Espagnols. _Ib._

Départ de la flotte pour Bordeaux. 198

Reprise d'armes à la Rochelle. _Ib._

Retraite du prince d'Orange. _Ib._

Nouvelles d'Ecosse; mort du

comte de Mar. 199

285e _Dépêche_.--15 novemb.--

AU ROI. 200

Négociation des Espagnols. _Ib._

Sollicitations des protestans de

France. 201

Nouvelles d'Ecosse. 203

286e _Dépêche_.--23 novemb.--

AU ROI. _Ib._

Audience. 204

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 34 / 35 段