J'ay, incontinent après, parlé à milord trézorier et au comte de

Sussex, et mestre Smith, estant le comte de Lestre encores absent en

sa maison, et leur ay faict l'honneste compliment du postscript de la

lettre de Vostre Majesté, qu'ilz ont receu à beaucoup de faveur, et

m'ont parlé en très bonne façon et en beaucoup d'espérance de cest

affère. Et le dict grand trézorier m'a confirmé ce qu'elle m'avoit

dict de la maladye et empeschement du Sr de Quillegreu, et m'a adverty

qu'elle avoit mandé Me Randolf pour le fère apprester, et l'avoit

choisy elle mesmes bien qu'il luy en eût nommé ung aultre, lequel elle

n'avoit voulu accepter, par ce, disoit elle, qu'il n'estoit bien

affectionné à son mariage; ce que le dict grand trézorier avoit prins

pour ung bon signe, et m'a assuré qu'il trouvoit la dicte Dame très

bien disposée en ce propos; mais, de tant, Sire, que le dict Randolf

ne me revient non plus, ny possible si bien, que faysoit Quillegreu,

je suis après à fère changer l'élection. Et sur ce, etc. Ce XIVe jour

d'octobre 1573.

_Par postille à la lettre précédente._

Si Vostre Majesté trouvoit bon de fère venir icy quelques

lettres de crédit, pour fère respondre, condicionellement, par

des banquiers, en ceste ville, à ceulx qui peuvent ayder cest

affère, que, au cas que le dict affère viegne à bonne

conclusion, et que le dict mariage ensuyve, qu'il leur sera

payé comptant telle et telle somme, l'on a opinyon que cella

feroit un grand effect, car les simples promesses ne sont

tenues en compte; et qu'on auroit plus à gré une telle somme

de deniers contantz, que non pas une pension, ny ung revenu,

ny ung estat en France; et si, ne courra rien de hazard, si

l'affère demeuroit imparfaict, mais faudroit que ce fust de

sommes assez notables.

CCCXLVe DÉPESCHE

--du XVIIIe jour d'octobre 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Désignation de Me Randolf pour passer en France.--Remise de

l'ouverture du parlement.--Menées du duc d'Albe.--Secours

donnés par les Anglais au prince d'Orange.--Desir des réfugiés

de rentrer en France.

AU ROY.

Sire, je vous ay renvoyé Jacques, le courier, le XIIIIe de ce moys,

avec le récit de toutes les responces que la Royne d'Angleterre m'a

faictes, quand je luy ay présenté les lettres, que Vostre Majesté et

la Royne, vostre mère, et le Roy de Pouloigne, et Monseigneur, luy

avez, toutz quatre, escriptes de voz meins, ensemble ce que j'ay peu

nother davantage des propos que les seigneurs de ce conseil m'ont

tenu; qui n'en racompteray rien plus icy, et seulement vous diray,

Sire, que Me Randolf, lequel la dicte Dame a mandé par la poste, parce

qu'il estoit absent avec le comte de Lestre, est arryvé le deuxiesme

jour après, et est allé descendre au logis de milord trézorier, où

j'estime qu'il a esté fort soigneusement examiné; et ne se publie

encores rien de son partement, ny ne s'en sçaura, à mon advis, le

certein, jusques à demein au soyr, que le dict comte de Lestre doibt

estre de retour. Et ne voy pas qu'il me puisse estre bien séant, Sire,

de fère rien davantage, touchant l'élection du dict Randolf, plus que

ce que j'ay desjà faict; car est besoing, en l'endroict de ceulx cy,

sur une telle chose, après les avoyr bien advertys une foys seulement,

les laysser, de là en avant, fère comme ilz l'entendent, aultrement

ilz s'imagineroient des souspeçons qui seroient très difficilles de

les leur oster. Je procèderay en cella, et en toute aultre chose, qui

concernera icy l'advancement de cest affère, le plus accortement que

je pourray.

Le chancellier et le grand trézorier, et le grand chambelland, et

plusieurs aultres seigneurs de ce conseil et de la noblesse de ceste

court, se sont trouvés à l'ouverture de ce terme de la justice, le

segond vendredy de ce moys, pour remettre encores plus loing la tenue

du parlement, duquel la continuation estoit assignée au XVe de ce

mesmes moys; et ilz l'ont prononcée au IIIIe de febvrier prochein: et

ont fort dilligemment examiné la cause de ceste élévation, qui avoit

apparu, vers Cambrich, à quarante mille d'icy, où ilz ont trouvé qu'il

y avoit de la malice d'aulcuns et de la simplicité des aultres; et

sont après à y donner quelque forme de chastiement, si discrète,

qu'elle ne puisse effacer le lustre du repos, qu'on veut persuader à

ung chacun qu'est bien estably en ce royaulme.

Ces libelles, que les angloys, qui sont à Louvein, en avoient envoyé

semer icy ung nombre, ont mis du trouble beaucoup en ceste court; car

il y est remonstré aulcunes choses à ceste princesse, de ceulx à qui

elle donne la principalle authorité, qu'il semble qu'elles soient très

expresses et bien fort apparantes contre eulx, de sorte qu'ilz ne

sçavent où ilz en sont, et creignent que leur crédit en demeure fort

ravallé; et présuppose l'on que le duc d'Alve a tenu la mein à cella,

et qu'il faict que les partisans de Bourgoigne, icy, monstrent eulx

mesmes d'en estre offancés, affin que ces imputations soient

esclayrées et espluchées davantage, et que, par une telle attacque,

ceulx qu'il luy semble que tiennent icy les choses trop reddes contre

le Roy, son Mestre, en soient d'aultant réprimés. J'entendz qu'il a

esté proposé de fère bientost passer quelque personnage de bonne

qualité, de la part du dict Roy d'Espaigne, vers ceste princesse, mais

ne se parle plus que ce soit le duc de Medina Celly, soubz couleur de

son retour, ains que ce sera ung aultre seigneur, tout exprès, et,

possible, ung ambassadeur résident. Néantmoins le prince d'Orange ne

laysse, pour cella, d'avoyr tousjours icy bien vifves ses praticques,

et tire ordinayrement beaucoup de commodités de ce royaulme; et mesmes

les Escossoys, qu'il a, qui sont bien douze centz cinquante en nombre,

luy ont esté addressés d'icy; vray est qu'on assure que leur payement

vient des deniers que le dict prince et le comte Ludovic, son frère,

avoient faict dépositer, l'année passée, en France, pour une nouvelle

levée de françoys, après la route de Genlis,[23] et m'a l'on confirmé,

de rechef, qu'il se prépare encores mille escouçoys à cheval pour

aller, à ce printemps, trouver le dict prince.

[23] Voyez ci-dessus _note_, p. 44.

J'ay baillé des passeportz à douze ou quinze soldatz françoys, qui

sont naguyères venus de Ollande, pour eulx retirer en leurs maysons,

qui sont les ungs de Languedoc et Provence, les aultres de la

Guienne, les aultres de Bretaigne, et les aultres de Normandye, et

plusieurs d'entre eulx catholicques, qui s'estoient layssés mener par

diverses persuasions au dict pays, avant la défaicte ou peu après

icelle du dict Sr de Genlis. Et toutz m'ont protesté, avecques

sèrement, de vivre, sans contradiction aulcune, en bons et très

humbles subjectz, soubz l'obéyssance de voz édictz.

Je vous supplie très humblement, Sire, de m'envoyer les saufconduictz

pour les Srs de Languillier, Du Refuge, Des Champs, La Meaulce, à

chacun ung; et pareillement pour Moyssonnyère, car ceulx là feront si

bien le chemin aulx aultres, qu'à peyne en restera il pas ung, après

eulx, par deçà. Et desjà le cappitayne La Meaulce s'estoit confié sur

ung passeport mien, mais, ainsy qu'il a voulu partir, il est tombé si

extrêmement malade qu'on ne sçayt qu'espérer de luy. Les aultres

françoys, qui sont de robbe longue, marchandz, artisantz, et leurs

femmes, repassent toutz les jours de dellà, et en est repassé plus de

cinq centz depuis ung moys. Sur ce, etc.

Ce XVIIIe jour d'octobre 1573.

CCCXLVIe DÉPESCHE

--du XXIIIe jour d'octobre 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr Ratheau._)

Mission de Me Randolf.--Nouvelles des Pays-Bas.--Sollicitations

du comte de Montgommery pour être reçu par

Élisabeth.--Protestation de dévouement du député de la

Rochelle.--Nouvelles d'Écosse.

AU ROY.

Sire; aussytost que le comte de Lestre a esté de retour de

Quilingourt, l'on a mis en dellibération du conseil le voyage de

celluy qui doibt aller en France, et je n'ay oublyé d'envoyer, soubz

mein, remonstrer, en la meilleure façon que j'ay peu, qu'il estoit

fort expédient qu'ung gentilhomme, de bonne intention et bien choisy,

y fût envoyé. En quoy, après que toutes choses ont esté bien débatues,

la résolution a esté prinse de fère partir, dans la fin de ceste

sepmayne, Me Randolf pour aller achever ceste commission. Et le dict

comte ayant, avec une démonstration de très grand contantement, bien

receu l'office, que m'avez commandé de luy fère par le postscript de

vostre lettre, du XXIIIe du passé, m'a adverty que les ennemys de ce

propos avoient uzé de beaucoup de malice, pendant qu'il estoit absent;

et qu'ilz avoient supposé ung homme, comme venant de France, qui avoit

parlé si peu à l'advantage de la personne de Monseigneur, frère de

Vostre Majesté, qu'il me vouloit dire, en général, que nul plus

maulvais rapport l'on n'eût su fère de luy, et qu'il n'estoit pas

besoing que j'en sceusse davantage les particullaritez, mais qu'il

voudroit, de bon cueur, avoyr eu ce bien de voyr une foys Mon dict

Seigneur, affin de conveincre les faulces inventions qu'on s'efforçoit

de mettre ainsy en avant: et monstre le dict sieur comte de prendre

bien à cueur cest affère. Le susdict Me Randolf dépend entièrement de

luy; et est extrêmement passionné en sa religion. Il a esté

ambassadeur devers le Moscovite, et souvant employé vers les

Escossoys, et est reputé icy assez adversayre de la Royne d'Escoce. Il

est mestre des postes de ce royaulme, qui est ung estat duquel l'on

faict assez de compte. J'estime qu'il voudra conférer avecques moy,

premier que de partir, dont je mettray peyne, s'il vient, de le

disposer le mieulx qu'il me sera possible, et desjà il promect de se

déporter fort droictement en sa dicte commission.

Ceulx cy tiennent pour assez certein l'advertissement, qu'on leur a

donné, du passage du Roy d'Espaigne en Flandres, à ce prochein

printemps, et en font plusieurs discours, non sans y mesler des

souspeçons et des deffiences beaucoup; et mesmes que ung docteur, de

ce pays, et ung milord, qui sont toutz deux personnaiges de beaucoup

d'estime vers les catholicques de ce royaulme, se sont, depuis ung

moys, acheminés de Louvein vers le dict Roy d'Espaigne; ce qui faict

que, d'icy, l'on fomante davantage le party du prince d'Orange, et

qu'on ne prend plésir d'entendre qu'il se traicte d'accord ez Pays

Bas, ce que néantmoins l'on se persuade; et creinct on assez qu'il se

fera, bien que d'ailleurs l'agent du Roy d'Espaigne, qui est icy,

semble avoyr découvert que troys centz harquebuziers françoys doibvent

bientost aller trouver, de nouveau, les cappitaynes Poyet et

Maysonfleur, en Hollande, et que les flammantz, qui sont icy, lèvent

des deniers entre eulx pour les payer.

L'on m'a rapporté que le comte de Montgommery a fort pourchassé de

venir en ceste court, promettant de mettre en avant des choses à ceste

princesse, qui seroient grandement pour son service; et que milord

trézorier luy avoit escript qu'il eût ung peu de pacience, et que

bientost il luy impètreroit cette permission; mais, voyant qu'elle

tardoit trop, il a faict semblant de s'en vouloir retourner en France,

de quoy son beau frère a donné incontinent, icy, advis, et luy mesmes

a fort incisté qu'il peût venir, mais il luy a esté de rechef respondu

que cella ne se pouvoit encores fère. Et, à la vérité, Sire, l'on a

esté, l'espace de quinze jours, à attandre, en ung logis de ceste

ville, que, d'heure en heure, le dict de Montgommery y arrivât, qui

est signe qu'il a eu grande espérance d'y venir; mais enfin, les Srs

de Lorges et Du Refuge, son filz et beau filz, sont partis, ceste

sepmayne, pour l'aller trouver, non sans que le dict Du Refuge me soit

venu dire adieu: et toutz deux monstrent d'estre fort desireux de

repasser en France.

L'agent de la Rochelle est venu, depuis deux jours, me prier que je ne

voulusse interpréter, sinon à bien, sa demeure, pour encores, en ceste

ville, et de fère que Vostre Majesté ne le prînt à mal, ny pensât que

ceulx de sa ville y praticquassent rien, qui ne fût sellon le debvoir

de très obéyssantz et très loyaulx subjectz; et que ce qui le détenoit

icy, à ceste heure, estoit pour achever de payer ce qu'il avoit

emprunté au nom de ses concitoyens, pour lesquelz il estoit comme en

arrest, et qu'ilz supplioient très humblement Vostre Majesté de

demeurer très assuré de leur fidellité et perpétuelle subjection; et à

moy, de m'informer, aultant curieusement que je voudrois, de leurs

déportementz, affin de n'en demeurer en doubte. Je luy ay respondu que

luy et ceulx de sa ville n'avoient chose qui plus leur importât

aujourdhuy, en ce monde, que d'imprimer une bonne et indubitable

opinyon de leur foy et obéyssance à Vostre Majesté, et d'éviter toutes

occasions qui vous pourroient fayre prendre tant soit peu de souspeçon

d'eux; qui pourtant l'exortois de se retirer d'icy, le plus tost qu'il

pourroit, attandu les choses passées, et que, puisqu'il m'estoit venu

advertyr de la nécessayre occasion, qu'il avoit, d'y demeurer quelque

peu de temps, que je le tesmoignerois à Vostre Majesté.

Jacmes Levisthon, qui est de voz gardes, vient d'arriver, tout

présentement, d'Escoce, il s'attand d'avoyr, demein ou après demein,

son passeport, et de continuer, incontinent après, son chemin vers

Vostre Majesté, à laquelle il donra bon compte de toutes nouvelles de

son pays, et de la démonstration que faict la Royne d'Angleterre de

vouloir remettre les deux chasteaulx, qu'elle tient par dellà, ez

meins des Escouçoys, suyvant l'instance que, en vertu du dernier

traicté, je luy en ay souvent faicte; mais je croy bien, si elle en

vient à tant, que ce sera au comte de Morthon qu'elle s'en démettra.

Et sur ce, etc.

Ce XXIIIe jour d'octobre 1573.

CCCXLVIIe DÉPESCHE

--du XXVIe jour d'octobre 1573.--

(_Envoyée jusques à Calais par ung serviteur de Me Randolf._)

Conférence de l'ambassadeur avec Me Randolf.--Vives

recommandations pour qu'il lui soit fait bon accueil en France.

AU ROY.

Sire, après que la Royne d'Angleterre a eu bien instruict Me Randolf

sur les choses qu'elle luy vouloit commettre en France, elle luy a

commandé de me venir trouver, pour me conférer le tout, et j'ay mis

peyne de l'examiner bien curieusement de l'intention, avec laquelle il

passoit de dellà; et il m'a monstré d'y apporter une très bonne

affection vers le propos de Monseigneur, frère de Vostre Majesté, et

de desirer que son voyage soit si heureulx qu'il puisse servir à y

fère venir quelque bonne conclusion; et qu'estant sa Mestresse fort

judicieuse, qui a l'esprit fort rare, et à laquelle il a toute

obligation de naturel subject de luy procurer son bien et

contantement, qu'il mettroit peyne de s'acquicter droictement, et avec

toute fidellité, et encores en conscience, de la charge qu'elle luy

bailloit, et de luy en rapporter aultant de certitude et de vérité,

comme il seroit en sa capacité de le pouvoir fère. Et m'ayant allégué

là dessus plusieurs doubtes et creintes, ès quelles l'importance de ce

faict le mettoient, pour estre de chose qu'il réputoit trop privée, et

appartenir de trop près à la propre personne de très grandz princes,

vers lesquelz il n'avoit jamais eu auparavant rien à traicter, je l'ay

conforté de n'en estre en nulle peyne, et qu'il avoit son addresse à

des princes qui estoient les plus courtois et humains, qui fussent en

tout le reste du monde, et qu'il auroit, d'abondant, ung très bon

directeur en Mr le mareschal de Retz, dont ne falloit qu'il doubtât de

ne s'en retourner très contant de Vostre Majesté et de la Royne,

vostre mère, et de toutz ceulx de vostre couronne. Et luy ay, au

reste, si particullièrement remonstré les très grandes utillités, qui

procèderont de son voyage pour le bien public de son pays, et pour le

sien particullier, qu'il me semble, Sire, qu'il s'en va bien disposé

et en bonne volonté de bien fère. Dont, suyvant cella, je vous supplye

très humblement de le fère bien et favorament recevoir, et de le fère

honnorer et bien traicter, affin qu'il y ayt encores de l'inclination

davantage. Il m'a dict qu'il emporte les mémoyres pour achever ce qui

reste, de l'article du commerce, dans le traicté. Et sur ce, etc.

Ce XXVIe jour d'octobre 1573.

A LA ROYNE.

Madame, après que j'ay eu faict ma sollicitation en ceste court, sur

la dépesche de mestre Randolphe, j'ay mis peyne, quand il m'est venu

voyr, par deux foys, et fère bonne chère en mon logis, de luy fère les

démonstrations du général intérest des deux royaulmes, et de celluy de

son particullier, qui dépendoient de son voyage, en si expresse façon

que je ne pense qu'il ayt esté rien obmis de ce qui luy pouvoit estre

remonstré en cest endroict; et il monstre de partir aultant bien

édiffyé qu'il se peult dire vers tout ce qui y peut appartenir, et

d'avoyr une singullière affection de l'advancer. Il est vray qu'il

monstre de creindre bien fort la difficulté du jugement qu'il a à

rapporter à sa Mestresse, et me semble qu'il part avec une opinyon

préjugée de la debvoir, à son retour, conseiller que, sans donner foy

ny à peintres, ny à rapporteurs, elle ne doibve croyre sinon à la

présence, et qu'en toutes sortes, elle le doibve voyr; qui n'est le

pire expédient qu'il pourroit choisir, pour se desmeller d'une

commission qu'il répute dangereuse. Néantmoins il importe beaucoup

qu'il parle, à son retour, en très bonne sorte des choses qu'il aura

vues, et ouyes, par dellà, comme je sçay bien qu'il ne le pourra fère

sinon ainsy, s'il ne veult laysser la vérité. Mais encores vous

supplyè je très humblement, Madame, ne trouver maulvais que je vous

recorde que ceste nation se gaigne, plus que nulle aultre du monde,

par faveur et bonne chère, et par libérallité, et qu'il est expédient

de luy en uzer ung peu largement; et qu'avec celle que Voz Majestez

luy feront, il luy en viegne encores quelque aultre de Monseigneur,

vostre filz, et n'oublier quelque promesse pour l'advenir, et de luy

confirmer bien fort expressément celles plus grandes qu'avez faictes

espérer au comte de Lestre et à milord de Burgley; car il dépend

entièrement des deux. Et sur ce, etc. Ce XXVIe jour d'octobre 1573.

CCCXLVIIIe DÉPESCHE

--du dernier jour d'octobre 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)

Détails de la conférence de l'ambassadeur avec Me

Randolf.--Objections faites contre le mariage.--Mesures prises

en Angleterre à l'égard des puritains.--Délibération au sujet

de la prochaine arrivée du roi d'Espagne dans les Pays Bas.

AU ROY.

Sire, premier que Me Randolphe se soit acheminé devers Vostre Majesté,

le XXVIe de ce moys, ainsy que je le vous ay escript, du dict jour, il

m'est venu entretenir de plusieurs propos qui concernoient son voyage;

dont les deux plus considérables ont esté de me dire que, si la Royne,

sa Mestresse, n'avoit poinct voulu croyre à Mr le comte de Lincoln, ny

à plusieurs milords qui estoient avecques luy, ny à Mr de Walsingam,

ny à Mr de Quillegreu, touchant la disposition de la personne de

Monseigneur, frère de Vostre Majesté, comment pourroit on penser

qu'elle deût maintenant adjouxter plus de foy au rapport qu'il luy en

feroit? et que pourtant son voyage avoit à estre, ou inutille, si elle

ne s'arrestoit non plus à son opinyon qu'à celle de ceulx qui

l'avoient veu devant luy, ou bien fort périlleux, si il en opinoit en

aultre sorte qu'ilz n'avoient faict. A quoy je luy ay respondu que la

seule vérité le mettroit hors de tout ce danger, car sa Mestresse ne

vouloit sinon sçavoyr ce qui en estoit; et Voz Majestez desiroient

infinyement qu'elle le sceût, sans qu'il luy en fût rien déguysé; et

qu'estant davantage aydé par le portraict, il ne pouvoit nullement

errer en sa commission. Il m'a réplicqué qu'il vous supplieroit

donques, Sire, et la Royne, vostre mère, de ne trouver maulvais, au

cas qu'il remarquât quelque chose au dict pourtraict, qui fût

dissemblable de la vraye présence, qu'il vous requît de le fère

rabiller. De quoy je l'ay assuré que, non seulement Voz Majestez ne

seroient marryes d'estre advertyes de ce deffault, mais qu'elles

auroient très grand plaisir de le fère réparer.

Son aultre propos a esté que, advenant le cas que Monseigneur fût bien

agréable à sa Mestresse, comme il le vouloit ainsy espérer, si je

tenois pour cella que le mariage fût desjà faict. Je luy ay respondu

que, du costé de Monseigneur, il n'y avoit nulle difficulté, et, du

costé d'elle, l'on nous faysoit accroyre qu'il n'y en restoit plus que

celle là. Il a réplicqué que de certeyne impression, qu'elle s'estoit

donnée, que, à cause de son aage qui commançoit ung peu à passer, elle

seroit bientost mesprisée de ce jeune prince, lequel ne faysoit

qu'entrer en la fleur du sien; et de ne luy pouvoir poinct porter

d'enfantz, ou bien, si elle luy en apportoit, que ce seroit avec le

grand danger de sa personne, naystroient assez d'aultres difficultez,

qui seroient bien mal aysées de veincre; mais encores, quand toutes

celles là ne viendroient à produyre aulcun empeschement, j'avoys à

rechercher si le peuple de ce royaulme resteroit bien contant du dict

mariage, car mal volontiers vouloient souffrir les Angloys qu'un

prince estranger régnât sur eulx, tesmoing ce qu'on avoit veu du Roy

d'Espaigne; et que je ferois bien de m'esclarcyr de ce poinct, premier

que de passer oultre, car me vouloit bien advertyr que beaucoup de

ceulx, qui avoient desiré le mariage de leur princesse, ne vouloient

plus, à ceste heure, qu'elle se maryât, et que, parmy ceux là, il y en

avoit des plus grandz. Je luy ay respondu que ces particullaritez

n'estoient de la considération présente, et ne touchoient en rien sa

commission, car elles avoient desjà esté toutes débatues, et que je

m'assurois qu'il n'y auroit ny deffault d'amityé, ny, Dieu aydant, de

lygnée, ny de toute aultre bénédiction et bonheur en ce mariage; et

que je n'estimoys pas qu'il y peût avoyr ung seul sy desloyal subject,

en ce royaulme, qui ne voulût que la Royne, sa princesse, se maryât;

et qu'elle ne pourroit proposer rien de plus digne, ny de plus

honnorable, à son peuple, pour son mariage que Monseigneur, frère de

Vostre Majesté, lequel ne viendroit icy estrangier, ains pour s'y

porter comme naturel angloys, et que l'exemple du Roy d'Espaigne ne me

mouvoit de rien, parce que la rayson estoit bien diverse.

Et ainsy, Sire, je n'ay faict semblant au dict Me Randolphe que je

m'arrestasse beaucoup à toutes ses considérations, lesquelles

toutesfoys j'ay bien voulu mettre icy, affin que Vostre Majesté les

ayt en tel compte comme elle jugera qu'elles le méritent; et cependant

je mettray peyne d'aprofondir d'où elles peuvent derriver.

Ces jours passez, les seigneurs de ce conseil ont esté fort occupés

sur les remonstrances, que les évesques de ce royaulme sont venus fère

à ceste princesse, des grandz désordres qui proviennent en leurs

églises et diocèses, pour la multiplicité des religions, et mesmes

pour la presse que les Puretains font de vouloir avoir l'exercice de

la leur. Sur quoy, après plusieurs assemblées des plus grandz et

notables du royaulme, et longue conférence avec les dicts évesques,

par meure dellibération de conseil, a esté faicte une proclamation,

mais aulcuns estiment que cella ne sera suffisant remède, parce que le

nombre des Puretains est trop grand; tant y a que les Catholicques

demeurent paysibles.

Les dicts du conseil ont aussy longuement dellibéré sur la venue du

Roy d'Espaigne en Flandres, laquelle ils tiennent pour fort certayne,

et que ce sera, à ce prochein primptemps, avec huict mille Espaignolz

de renfort et une fort grande provision de deniers, et qu'il fera son

chemin par Gènes. Sur quoy j'entendz, Sire, qu'entre eulx celle

opinyon a prévalu, laquelle a monstré de tendre à s'entretenir aulx

bons termes, où l'on est avec le dict Roy d'Espaigne, et d'accomoder

le faict des prinses, et les choses mal passées depuis cinq ans, et de

retourner à l'ancienne confédération, dont luy mesmes recherche ceste

princesse, et de conduyre dextrement, là dessus, et avec le plus qu'on

pourra d'honneur pour ceste couronne, une bonne négociation, avec

ceulx qu'il y vouldra commettre de sa part. Et sur ce, etc.

Ce XXXIe jour d'octobre 1573.

CCCXLIXe DÉPESCHE

--du VIe jour de novembre 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr Vigier._)

Conférence particulière de l'ambassadeur avec le lord garde des

sceaux sur la négociation du mariage.

AU ROY.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 31 / 35 段