Communication sur les affaires de Pologne.--Nouvelles méfiances

des Anglais et des Français réfugiés sur les projets du roi

contre les protestans.--Affaires d'Écosse.--Excès du comte de

Morton.

AU ROY.

Sire, l'on avoit donné entendre, en ceste court, que les prélatz et

palatins poulonnois, qui sont en la vostre, estoient si

merveilleusement opiniastres que, pour ne vouloir rien rabattre de

beaucoup de choses, qui mesmes apparoissent par trop extraordinayres

et hors de moyen ez chapitres de leur demandes, leur légation s'alloit

finir en ropture, au grand malcontantement d'eux, et peu de

satisfaction de Vostre Majesté et du Roy, vostre frère, et desjà ceste

princesse m'en avoit touché quelque mot, en passant. Dont j'ay esté

infinyement bien ayse d'avoyr eu de quoy fère voyr à elle et aulx

seigneurs de son conseil, par la lettre qu'il vous a pleu m'escripre,

du XIe du présent, que le tout estoit bien et gracieusement accordé,

au mutuel contantement de Voz Majestez et des dicts prélats et

palatins, et que les articles avoient esté desjà fort solennellement

jurez, en la grande églyse de Nostre Dame de Paris, avec l'aclamation

et publicque réjouyssance de ce nombre de grandz personnages, et d'une

infinyté de peuple, qui y avoient assisté, et que Dieu qui n'avoit

moins monstré sa divine faveur, ez actes qui avoient suivy l'élection

que en l'élection mesmes, laquelle luy seul avoit conduicte,

manifestoit encores clèrement qu'il vouloit mener tout l'affère à son

heureuse perfection.

A quoy la dicte Dame et iceulx de son dict conseil m'ont mandé de bien

honnestes responces, du plésir qu'elle et eulx avoient que les choses,

les unes après les aultres, succédassent toutes bien à establir ce

grand estat en la personne du Roy de Pouloigne, vostre frère; et que

l'Angleterre, aussy bien que la France, en desiroit le très ferme et

perpétuel establissement; et qu'ilz ne mettoient en grand compte les

démonstrations qu'aulcuns voysins faysoient, et mesmement le roy de

Dannemarc, de ne vouloir laysser en paix les affères de dellà, tenant

encores arrestés ung des ambassadeurs et le jeune Sr de Lansac: car ne

faysoient aulcun doubte que l'arrivée du Roy, vostre frère, en son

royaulme, ne réduyse incontinent tout le pays en ung aussy paysible et

assuré estat qu'il le sçauroit desirer, et que, non seulement il ne

seroit inquiété, ains ardemment recherché de bien estroicte amityé par

toutz les princes chrestiens, qui seroient ses voysins.

Et s'est la dicte Dame faicte enquérir soigneusement si j'avoys receu

aulcunes nouvelles de Mr le mareschal de Retz, depuis qu'il estoit

party; qui semble, Sire, qu'elle attande en grande dévotion la

responce de la lettre qu'elle luy a escripte. Et se faict une

généralle démonstration, en ceste court et en ce royaulme, que le

voyage, que luy avez faict fère par deçà, et les propos que luy avez

faict tenir, ont hasté ceulx cy de retourner en leur bonne première

disposition vers Vostre Majesté; qui n'y cheminoient qu'à regret, et

comme s'ilz eussent marché sur des épineuses et fort malaysées

difficultez. Et se continue la résolution d'envoyer, sur le

commancement de ce moys prochein, le Sr de Quillegreu par dellà,

sellon que mon dict sieur le mareschal mandera qu'il se debvra fère.

Il est vray qu'on a faict courir, icy, ung bruit qu'à Paris avoient

esté tués quelques cappitaynes, qui avoient esté recognus estre de

ceulx qui avoient soustenu le siège de la Rochelle, ce qui a cuydé

renouveller les escrupules à ceulx cy, lesquelz sont naturellement

deffiantz; qui m'ont faict fort curieusement examiner si j'en sçavois

quelque chose, mais j'ay jetté cella bien loing, et ay fort réduict

ung chacun à n'en croyre rien. Les Françoys, qui sont icy, en

demeurent ung peu en suspens, lesquelz toutefoys je conforte fort de

retourner toutz en leur mayson, et qu'ilz y vivront très assurez,

soubz la protection de Vostre Majesté et observance de vostre dernier

édict.

Il y a dix ou douze jours que quatre centz cinquante harquebousiers

escoussoys, de ceulx du comte de Morthon, estantz abordés en ung port

de ce royaulme, aussytost qu'ilz ont eu le vent bien à propos, ils

sont passez en Holande au service du prince d'Orange, et assure l'on

qu'il en est allé plus de quatre mille aultres escouçoys au service du

roy de Suède, et que, quand Vostre Majesté, ou le Roy de Pouloigne,

en voudrez tirer quelque nombre, qu'ilz y yront trop plus volontiers

que au service de nulz aultres princes du monde. Ceulx, qui sont ainsy

sortis, sont cause qu'on vit en quelque façon tollérable dans le pays,

sans guerre, bien que soubz la dominion du dict de Morthon, qui est

violent et fort avare, et qui ne s'est réservé aulcun amy, et a imposé

des subcides et empruntz sur la ville de Lillebourg, laquelle estoit

franche de tout temps; et a transporté la fabricque de la monoye en sa

mayson de Datquier, et enfin a uzurpé toutz les droictz royaulx. Il a

retiré des bagues de la Royne d'Escoce, qui estoient en gages, et a

exigé par menaces, de ceulx qui les avoient, aultant de somme qu'ilz

avoient desjà presté sur icelles, par prétexte qu'ilz avoient fourny

de l'argent à ceulx qu'il a déclarés rebelles; et a faict mettre

prisonnier dans le chasteau de Lillebourg le Sr Craffort, qui est de

voz gardes, parce qu'il avoit parlé à la Royne d'Escoce, en passant.

Le comte d'Arguil, ayant répudié la bastarde d'Escosse, a espousé la

fille d'ung milord, qui n'est amy du dict de Morthon, de quoy il est

bien marry. Je ne puis assez, Sire, ramentevoir à Vostre Majesté,

l'estat du dict pays, affin qu'il vous playse pourvoyr à ce qui faict

besoing, pour la conservation de vostre alliance; et semble qu'on

tienne icy en suspens le vieulx Cauberon de ne luy bailler sa dépesche

vers le dict de Morthon, sur la tenue du prochein parlement d'Escoce,

et sur l'affère de milord de Humes, de Cadinguen, et aultres qu'il

tient encores prisonniers, jusques à ce qu'on verra comme la

négociation, que Mr le mareschal de Retz a remise en termes, s'yra

continuant. Sur ce, etc.

Ce XXVe jour de septembre 1573.

CCCXLIIe DÉPESCHE

--du dernier jour de septembre 1573.--

(_Envoyée jusques à Calais par le beau fils de Cahier._)

Secours donnés en Angleterre au prince d'Orange.--Convocation du

parlement d'Écosse à Lislebourg.--Protestation de dévouement au

roi faite par le député de la Rochelle.

AU ROY.

Sire, samedy dernier, ceste princesse est venue finir son progrès de

ceste année au mesme lieu de Grenvich, d'où elle l'avoit commancé, et

semble qu'elle y fera quelque séjour, attandant qu'il luy vienne des

nouvelles de France, après le retour de Mr le mareschal de Retz, sur

la disposition des propos qu'elle a eus avec luy; et que sellon cella,

elle se puisse résouldre des moyens qu'elle y aura, puis après, à

suyvre. Dont j'attandz aussy, Sire, quelque dépesche de Vostre

Majesté, affin que j'aye occasion d'aller trouver la dicte Dame, et

que je recognoisse si elle persévère en ce qu'elle et les siens

principaulx nous ont faict espérer de sa bonne intention en cest

endroict. L'on s'attandoit que les principaulx du royaulme deussent

estre mandez, à la my octobre prochein, pour continuer le parlement,

mais je pense comprendre que cella sera remis jusques après la

chandelleur.

J'ay curieusement recherché le faict dont l'on m'avoit donné advis du

cappitayne Boychamp, et enfin j'ay trouvé que c'est le cappitayne

Boysseau, à qui ceulx de la Rochelle, durant le siège, avoient donné

charge de leurs vaysseaulx de guerre, parce qu'il est natif de leur

ville, et que le comte de Montgommery luy avoit aussy baillé une

commission de sa part, mais il ne m'appert encores qu'on luy ayt

renouvellé son pouvoir depuis la paix; et si, d'avanture, l'on l'a

faict, j'ay opinyon, Sire, que c'est pour servir au prince d'Orenge:

car l'on faict, tous les jours, nouvelles dilligences, icy, en sa

faveur, à recouvrer armes, monitions, hommes et vaysseaulx, pour luy

envoyer; et mesmes l'on m'a dict que le Sr de Quillegreu, pendant

qu'il a esté en Escoce, luy a praticqué mille cinq centz chevaulx

escouçoys qui sont prestz à partir, pourveu que, d'icy, leur soit

envoyé quelque commancement de paye et moyen de s'embarquer; ce qui ne

sera trop difficille d'estre moyenné par les évesques et plus

affectionnés protestantz de ce royaulme. Et croy que c'est ung des

articles sur lequel l'on a faict temporiser quelque temps le vieulx

Cauberon, lequel, à mon advis, sera renvoyé ceste sepmayne. Et m'a

l'on dict que le parlement, que le comte de Morthon avoit mandé au

premier d'octobre à Lillebourg, est remis jusques au XXVIIIe du dict

moys, ce qui vous donra loysir, Sire, d'y pouvoir envoyer quelqu'ung

pour y assister de vostre part; et souspeçonne l'on assés que le dict

de Morthon vueille dresser une entreprinse pour courre sus au comte de

Honteley, à cause de quelques jalousies qu'il a prinses de luy, bien

qu'il escript, icy, d'avoyr donné si bon ordre par toutz les portz et

advenues d'Escoce, qu'on ne doibt creindre que nulz estrangiers y

puissent faire descente.

L'agent, qui est encores icy, de la Rochelle, m'est venu confirmer, de

la part de ceulx de sa ville, que, en nulle sorte, ilz n'attempteront,

ny icy ny en nulle aultre part du monde, chose aulcune qui ne soit de

très obéissantz et fort loyaulx et fidelles subjectz de Vostre

Majesté, et qu'ilz ne desirent rien tant que de voyr qu'on leur

continue la seureté qu'il vous a pleu leur donner, et que, sans

aulcune aultre garde, ilz ayent à confier, du tout, leurs vyes, biens

et personnes, à la seule protection de la parolle de Vostre Majesté,

et qu'il estoit tout esbahy de ce qu'on disoit que les depputés de la

Rochelle avoient nouvellement esté tués à Paris. A quoy je luy ay

respondu, quand au premier, qu'il ne debvoit demeurer en aulcun doubte

de vostre droicte intention vers les promesses qu'avez faictes à ceulx

de sa ville, pourveu qu'ilz se continssent en celle loyalle obéyssance

qu'il me disoit, et que je tenois le bruict de ce meurtre de Paris

pour entièrement faulx, parce que j'avoys des lettres assez fresches

de Vostre Majesté, qui n'en faysoient aulcune mencion. De quoy il a

monstré de rester bien fort satisfaict. Sur ce, etc.

Ce XXXe jour de septembre 1573.

CCCXLIIIe DÉPESCHE

--du VIe jour d'octobre 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Anthoine de la Rue._)

Audience.--Cérémonies faites à Paris à l'occasion de l'élection

du roi de Pologne.--État de la négociation du mariage.--Mission

du capitaine Cauberon en Écosse.

AU ROY.

Sire, j'ay faict part à la Royne d'Angleterre, ainsy qu'il vous a pleu

me le commander par vostre lettre, du XVe et XVIIe du passé, de tout

l'ordre qui a esté tenu, dimanche, tréziesme du dict moys, en la

proposition et présentation, que les ambassadeurs de Pouloigne ont

publicquement faicte à Vostre Majesté, des décretz des Estatz de leur

pays, sur l'élection de vostre frère, et la déclaration que, par le

bon consentement de Vostre Majesté, le Roy, vostre frère, leur a

faicte d'accepter d'estre leur roy; et de l'entrée magnificque et

honnorable qui, le jour après, luy a esté faicte, comme à Roy de

Pouloigne, en vostre ville de Paris, avec le royal festin le soyr, en

vostre grande salle du pallays, ensemble le somptueux festin, du

lendemein, par la Royne, vostre mère, à son pallays des Tuilleryes; et

comme le tout a esté conduict avec tant d'honneur et de bon ordre, et

de dignité, qu'on peut compter cest acte, ainsy achevé, pour ung des

plus excellantz qu'on ayt jamays veu en France, et l'ung des plus

notables que Dieu ayt faict advenir, de beaucoup de siècles au monde;

et que Voz Majestez me commandoient d'en fère une expresse

conjouyssance avec elle, comme avec celle que vous sçaviez qui vouloit

participer, de bon cueur, aulx choses qui vous estoient et à honneur

et à contantement.

A quoy la dicte Dame m'a respondu que, voyrement, elle participoit

grandement à ceste vostre félicité, et à l'heur et bonne fortune du

Roy de Pouloigne, vostre frère, et que Dieu ne permît pas qu'elle peût

tant oublier le debvoir, auquel l'amityé, que luy avés tousjours

monstrée, obligeoit la sienne entièrement vers vous, qu'elle ne se

resjouyst de toutz les advantages et grandeurs qui vous advenoient, et

qu'elle ne se douleût pareillement de ce qui ne vous viendroit bien,

plus que nul aultre de toutz les princes de vostre allience; et que,

de ces actes tant honnorables, qui s'estoient passez avec les

ambassadeurs de Pouloigne, aulxquelz elle ne pouvoit qu'elle ne louât

infinyement la royalle esplendeur et générosité de vostre cueur, et la

singullière prudence de la Royne, vostre mère, et les desirables

qualités du Roy, vostre frère, elle s'en estoit desjà beaucoup réjouye

en elle mesmes; mais que sa joye en estoit devenue de beaucoup plus

grande pour celle portion de la vostre que Voz Majestez luy en

faisoient maintenant adjouxter, et qu'elle espéroit que, d' ung

commancement et progrès si heureulx, qu'on avoit veu jusques icy es

dicts affères de Pouloigne, la fin n'en pouvoit réuscyr sinon ainsy

heureuze et honnorable, comme le desiriez, et comme elle en prioit

Dieu, de bon cueur. Et m'a curieusement examiné de plusieurs

particullaritez des dicts actes passez, et de ceulx d'advenir, et du

voyage du Roy, vostre frère.

A quoy je luy ay satisfaict le mieulx que j'ay peu, et luy ay promis

de luy bailler le mémoyre qui m'en sera envoyé par escript, aussytost

que je l'auray receu, ce qu'elle m'a pryé de n'oublier pas. Et j'ay

adjouxté que Vostre Majesté, et la Royne, vostre mère, me commandiez

de luy dire que vous n'estiez meus de moins de desir, et n'aviez

l'affection moindre au bon propos, que luy aviez faict refreschir par

Mr le mareschal de Retz, que à ce mesmes affère de Pouloigne; et que

c'estoit ce dont aujourdhuy vous desiriez l'accomplissement aultant de

bon cueur, que de chose qui soit au monde, affin de la fère

participante, comme vraye et germayne seur, non seulement de ceste

nouvelle accession de Pouloigne, mais encores de toutes les aultres

prospéritez et bonnes fortunes, que Dieu vous envoyera jamays.

A quoy elle m'a respondu que Vostre Majesté, et la Royne, vostre mère,

luy aviez faict voyr si avant, dedans vostre intention, et dedans les

bons et vertueux desirs qu'avez vers elle, qu'elle ne vouloit, en

façon du monde, vous deffallir de correspondance, et que pourtant elle

attandoit de sçavoyr ce qui auroit succédé, après le retour de Mr le

mareschal de Retz par dellà, pour incontinent y envoyer ung

gentilhomme, sellon l'ordre qu'elle en avoit pris avecques luy.

Et se sont passez plusieurs propos, qui seroient longs à mettre icy,

entre elle et moy, là dessus; esquelz elle s'est efforcée d'excuser la

longueur et les difficultez, que j'ay accusé procéder de son costé, et

m'a assuré que Mr le mareschal avoit bien cognu qu'elles n'estoient ny

légières ny vagues, et qu'il avoit assez comprins, sellon qu'il estoit

bien expérimanté ez choses d'estat, que les dictes difficultez

estoient fondées en grandes considérations; dont elle les vouloit

réduyre à facillité, si elle pouvoit, affin de ne laysser venir aulcun

dégoust ny une seulle apparance de malcontantement, cy après, à Voz

Majestez et à Monseigneur, vostre frère, en ce faict, ou bien elle

auroit une extrême regret de le laysser passer plus avant; et nous

sommes remis, toutz deux, à ce qui nous en sera mandé par la procheyne

dépesche de France.

Et, sur la fin, je luy ay faict une expécialle salutation, de la part

de Monseigneur, vostre frère, laquelle elle a monstré d'avoyr fort

agréable, et m'a soigneusement enquis de sa santé, et qu'elle n'avoit

peu comprendre, par la lettre que Mr le mareschal luy avoit escripte,

s'il estoit encores du tout parfaictement guéry; mais qu'elle avoit

biens comprins d'aultres choses de ce qu'il luy avoit escript, qui

l'obligeoient grandement vers mon dict sieur le mareschal, et la

confirmoient en la bonne et grande oppinyon qu'elle avoit conceue de

luy.

Les seigneurs de ce conseil, au partir d'elle, m'ont longuement

entretenu de ce mesmes propos, et qu'ilz s'esbahyssoient comme il

n'estoit venu aulcune dépesche, depuis l'arryvée de mon dict sieur le

mareschal par dellà, et m'ont parlé aussy bien fort honnorablement des

choses de Pouloigne; et mesmes a semblé que ce fût avec leur grand

plésir d'entendre qu'elles succédoient ainsy, de bien en mieulx. Et ay

trouvé que la dicte Dame et eulx estoient, en apparance, toutz bien

contantz, sinon ung peu milord trézorier qui a prins plus à cueur, que

ne font les aultres, certeins livres diffamatoires contre l'estat du

gouvernement de ce royaulme, que ceulx de Rouen ont envoyé semer en

ceste ville; de quoy a esté faict une proclamation fort rigoureuse

contre ceulx qui apporteront, ny qui publieront, cy après, rien de

semblable.

Le vieulx Cauberon a esté cependant renvoyé, avec une fort ample

dépesche, devers le comte de Morthon, et croy que c'est sur ce nombre

d'escossoys qui doibvent passer en Hollande, et sur des conséquences

qu'on faict icy, de la blessure d'Adan Gordon, plus grandes, à mon

advis, que le cas ne le requiert. Et sur ce, etc.

Ce VIe jour d'octobre 1573.

CCCXLIVe DÉPESCHE

--du XIIIIe jour d'octobre 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par Jacques._)

Audience.--Réponse du roi sur la négociation du maréchal de

Retz.--Satisfaction d'Élisabeth.--Sa résolution d'envoyer un

ambassadeur en France pour cette négociation.

AU ROY.

Sire, parce que le courrier, qui m'a esté dépesché, le XXVIIe du

passé, a esté contreinct de séjourner huict jours entiers à Callays,

pour l'empeschement de la mer, (laquelle a bien esté la plus haulte,

et pleyne de tourmante, qu'on l'ayt veue de fort longtemps, ayant

apparu, tout au long de ces costes, force mastz et pièces de navyres

rompus, et des corps mortz en grand nombre, signe de quelque grand

naufrage advenu non guières loing d'icy), les lettres de Vostre

Majesté, qu'il m'a apportées, ont esté retardées jusques au VIIIe du

présent, non sans que j'aye bien senty qu'elles se faisoient

aulcunement desirer en ceste court, et que les malintentionnés en

commançoient desjà d'arguer quelque réfroydissement: ce qu'ilz

eussent, possible, persuadé, si une lettre de Mr le mareschal de Retz

ne fût auparavant arryvée à ceste princesse, laquelle l'a tousjours

entretenue en bonne espérance. Et je vous puis assurer, Sire, que la

dicte Dame a monstré de prendre maintenant à beaucoup de plésir les

particullaritez, qu'il vous a pleu me commander de luy dire, de

mercyement des faveurs et bon traictement, qu'elle avoit faictz à mon

dict sieur le mareschal, et du desir que vous aviez de vous en

revencher vers quelqu'ung des siens, qu'elle pourroit envoyer par

dellà, de ceulx qu'elle ayme et estime beaucoup; et de la privée

communicquation qu'elle vous avoit voulu fère par luy d'aulcunes de

ses intentions, pareillement de vous avoyr, par luy mesmes, ouvert le

fondz de son cueur; ensemble de l'assurance, qu'il vous avoit

apportée, que non seulement elle persévèreroit constamment en vostre

amityé, mais qu'elle estoit très bien disposée de l'estreindre et la

rendre plus ferme par le mesmes moyen, dont vous la recherchiez, du

propos de Monseigneur, frère de Vostre Majesté.

En quoy, Sire, seroit trop long de vous discourir tout ce que je luy

ay déduict, par le menu, sinon vous assurer que je ne luy ay rien

obmis du contenu de voz lettres; ny rien de ce que j'ay estimé qui

pouvoit servir en cest endroict; mais il seroit encores beaucoup plus

long de vous racompter, une à une, toutes les honnestes responces

qu'elle m'y a faictes: car, en lieu de recevoir de voz mercyementz,

elle s'est efforcée de vous en rendre infinys, de son costé, pour

avoyr, Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, voulu prendre de si

bonne part, comme elles ont, ce peu qu'elle a uzé de bon traictement

vers Mr le mareschal, et ce qu'elle vous a mandé par luy. Et s'est

ellargie à me discourir du contantement, que luy avez donné, de la

forme de négocier qu'il a tenu avec elle, laquelle luy avoit esté

singullièrement agréable, et de la foy que pouvez indubitablement

adjouxter aulx choses qu'il vous avoit rapportées de sa part;

lesquelles elle vous prioit que les voulussiez très fermement croyre.

Mais, quand j'ay reprins le propos pour luy dire qu'elle trouveroit

l'entière confirmation de tout ce que je venois de luy dire dans les

lettres de la propre mein de Voz Majestez et de Monseigneur,

lesquelles je luy ay soubdein présentées; et que je l'ay eue bien fort

conjurée de ne vouloir plus laysser au hazard du temps, ny au danger

de la longueur, ung si précieulx affère, comme estoit celluy de ce

propos; et que vous la suplyiez de bon cueur qu'elle vous volût rendre

maintenant certein de ce qu'elle avoit résolu d'en fère, il a apparu,

Sire, en son visage et en ses contenances, une plus grande

satisfaction que je ne la vous sçaurois exprimer, et a soubdein leu, à

part elle, toutes les quatre lettres, et puis me les a releues fort

distinctement, notant avec beaucoup de curiosité toutz les poinctz de

chascune.

Et a remis à plus de loysir de lire la cinquiesme, qui estoit de Mr le

mareschal; duquel elle a suivy à dire qu'elle cognoissoit bien qu'il

n'avoit pas réfroydy la matière, ainsy que quelques ungs l'avoient

desjà pensé, et qu'elle voyoit Voz Majestez Très Chrestiennes, et les

vostres, continuer tousjours d'une si honnorable façon au pourchas de

son allience, qu'elle s'estimeroit par trop indigne d'honneur, si elle

ne mettoit peyne de vous y bien voyr correspondre; et que, sans

doubte, elle y avoit tousjours correspondu de bon cueur, mais que le

temps et les occasions ne luy avoient servy qu'elle l'eût peu ainsy

manifester, comme elle eût bien desiré de le fère; et qu'elle n'avoit

jamays prins de dellay en cecy, que pour garder qu'il ne s'y en peût

mettre, quand les choses en seroient venues à meilleure conclusion; et

que, depuis le partement de Mr le mareschal, elle n'avoit pas perdu

temps à bien disposer aulcuns des siens à ce propos, qui estoient des

principaulx de son royaulme; car n'avoit à se soulcier de toutz, mais

bien se vouloit elle fort soulcier que, venant Monseigneur par deçà,

il y fût communément bien receu d'ung chacun, et aultant honnoré et

bien veu, et y eût aultant de contantement comme elle mesmes; et que,

quand elle verroit qu'il ne se pourroit fère ainsy, que jamays elle ne

consentiroit sa venue, nonobstant l'advantage qui luy en pourroit

rester à elle; et que sa déterminée résolution avoit esté de fère

partir, ce soyr mesmes qu'elle parloit à moy, le gentilhomme qu'elle

avoit promis à Mr le mareschal qu'elle envoyeroit par dellà; mais

qu'il estoit tombé malade, ainsy que je le pouvois bien avoyr sceu:

comme, Sire, cella est véritable; mais qu'elle en feroit apprester

ung aultre qui partiroit indubitablement dans trois jours; et qu'elle

avoit à fère une querelle à Mr le mareschal de ce qu'il vous avoit

révellé, et à la Royne, vostre mère, le secret de ce message, car luy

avoit promis que Voz Majestez, pareillement Monseigneur, vostre frère,

n'en scauriés rien, toutesfoys qu'elle remettoit bien en luy d'en uzer

comme il jugeroit estre bon, car le tenoit pour si advisé et accord,

et d'une si bonne inclination en cest endroict, qu'il conduiroit le

tout à bon port.

Je luy ay réplicqué qu'elle trouveroit que la coulpe n'en estoit venue

de luy, ny du costé de dellà, en façon du monde, ains de ce costé icy,

et que ce seroit luy mesmes qui la rabilleroit.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 30 / 35 段