La dicte Dame, qui ne s'attandoit d'avoyr à présent de ses

lettres, s'estant composée de contenance, mais devenue

vermeille au visage, les a prinses et leues incontinent

d'affection, et les a trouvées fort pleynes d'honneur et

d'honneste amityé; dont m'a respondu qu'elles l'arguoient

d'une grande faulte, de n'avoir escript à Monseigneur le Duc,

mais qu'elle rabilleroit cella, si elle pouvoit entendre que

le dict cappitayne Orsey allât au camp, et qu'elle luy avoit

par trop d'obligation pour ne manquer à ce debvoir, si elle ne

vouloit estre trouvée ingrate.

J'ay poursuivy à luy dire que, si, en la commission du dict

cappitayne, il y avoit chose aulcune qui peût mettre en

quelque suspens Voz Majestez et Monseigneur le Duc de la bonne

intention d'elle, que je la priois de le vouloir promptement

réparer, affin de ne deffallir de correspondance, de sa part,

à la plus parfaicte et constante amityé, dont elle seroit

jamays aymée, ny bien volue, de nulz aultres princes qui

fussent au monde.

Elle m'a soubdein mené en une fenestre assez loing, et m'a

dict, que, s'il vous playsoit luy fère cest honneur de

l'employer à la paciffication de vostre royaulme, qu'elle

mettroit peyne de vous y complayre de tout son pouvoir, et de

conserver ce qui seroit de l'honneur et authorité et grandeur

de Vostre Majesté, pour vous rendre les subjectz très humbles

et très obéyssantz, et les plus modérez qu'elle pourroit en ce

qu'ilz demanderoient de l'exercice de leur religion, pour n'en

avoyr que aultant, et en la forme que trouverez raysonnable de

leur accorder, de vostre propre grâce, pour satisfaction de

leurs consciences, sans troubler le repos de vostre estat:

Et, quand à l'entrevue, que ceulx de son conseil avoient bien

digéré la responce qu'elle vous y avoit faicte, laquelle vous

ne trouveriez, à son advis, que desvoyât aulcunement l'affère,

ains, possible, le remettroit en meilleur chemin qu'il

n'estoit auparavant; et qu'elle estoit bien ayse de demeurer

satisfaicte et de pouvoir satisfère aultruy de vostre

persévérance vers elle, car vouloit, puisqu'elle estoit femme,

me réveller ung secret: c'est que, depuis trois jours, sur

quelques responces de grande importance qu'on luy faysoit

attandre de quelque part du monde, l'on luy estoit venu dire

que véritablement elles luy estoient mandées très bonnes et

pleines de tout contantement, mais qu'en France l'on luy

avoit, coup sur coup, tué trois courriers qui apportoient les

dépesches, et qu'elle me layssoit juger que vouloit dire

cella.

Je n'ay uzé ny de réplicque, ny de curiosité, pour fère

explicquer davantage la dicte Dame, ains, l'ayant seulement

pryée de vouloir radresser la commission du cappitayne Orsey,

si elle ne la luy avoit donnée parfaictement bonne, quand il

partit; et de vouloir escripre à Monseigneur le Duc, elle m'a

promis de fère l'ung et l'autre; et puis, m'ayant fort

volontiers baillé la mein à bayser au nom de Monseigneur le

Duc, je me suis licencié d'elle. Qui est, Sire, le sommayre de

ce qui s'est passé en ceste audience.

CCCXXIXe DÉPESCHE

--du XIIe jour de juillet 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Audience.--Communication officielle de la paix conclue en

France.--Félicitations de la reine.--Demande de l'ambassadeur

qu'Élisabeth consente à l'entrevue sollicitée par le duc

d'Alençon.--Demande d'un délai pour donner la

réponse.--Nouvelles d'Écosse.--Le lord de Hume et le lair de

Granges retenus prisonniers.

AU ROY.

Sire, après que j'ay eu loué et remercyé Dieu de la bonne nouvelle de

la paix[21], qu'il vous a pleu me mander, du premier de ce moys, je la

suis allé porter à la Royne d'Angleterre, laquelle, d'un semblant fort

joyeux et contant, m'a demandé, premier quasi que j'aye eu loysir de

luy en entamer le propos, s'il estoit bien vray qu'elle fût faicte. Et

je luy ay dict que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, aviez

estimé très raysonnable, aussytost que Dieu vous y avoit faict voyr

quelque certitude, et premier quasy qu'elle fût du tout bien conclue,

ou aulmoins devant qu'elle fût publiée en vostre court, d'en fère la

première part à elle, affin de luy advancer, devant les aultres

princes, voz alliez et confédérés, l'ayse et le plésir que vous vous

assuriez qu'elle en recevroit, comme celle qui, plus que nul d'entre

eulx, avoit monstré tousjours la desirer, et qui s'estoit offerte, par

le cappitayne Orsey, de bien honnorablement et en très bonne façon

s'employer de la fère. De quoy me commandiés de l'en remercyer de tout

vostre cueur, et l'assurer que vostre résolution avoit tousjours

esté, au cas qu'il fût besoing d'y appeller aulcun de voz alliez, d'y

uzer les moyens et expédientz qui viendroient d'elle, sans vous ayder

d'aulcun aultre prince; et qu'aussytost que le cappitayne Orsey estoit

arrivé, vous l'eussiez volontiers faict acheminer au camp et à la

Rochelle, pour ayder à la conclusion des articles, mais ilz estoient

desjà toutz concludz; et néantmoins vous ne layssiez de vous sentir

aultant obligé à elle, comme s'il en eût prins la peyne, et comme si

le nom de la dicte Dame y fût intervenu; qui la priés de prendre ceste

vostre dilligence, de luy avoyr faict la première communicquation de

la dicte paix, et de l'avoyr notiffiée à ses ambassadeurs, premier

qu'à toutz les aultres, qui résident près de Vostre Majesté, ung

tesmoignage certein que vous n'aviez rien mis en oubly de ce que vous

sçaviez luy en debvoir, et que vous lui promettiés, Sire, de luy

approprier le bien, que vous en recepvriés, à l'utillité sienne, et

aultant à la tranquillité de son royaulme, comme elle avoit tousjours

monstré de desirer le repos du vostre.

[21] Paix conclue le 24 juin 1573 par la capitulation de la

Rochelle, et confirmée par l'édit rendu le 6 juillet suivant.

Elle a monstré d'estre fort contante et de la nouvelle, et des propos

que luy en fesiez tenir, et m'a dict que l'ayse et le playsir, que Voz

Majestez en avoient, ne surmontoit en cest endroict le sien; et

qu'aulmoins vous prioit elle de ne mettre aulcun aultre prince, de

toutz voz alliés, au pareil reng qu'elle en cella, car elle sçavoit

bien que vous luy feriez tort; et vous remercyoit infinyement

qu'eussiez prins de bonne sorte l'offre qu'elle vous avoit envoyé fère

par le cappitayne Orsey, et qu'eussiez cognu qu'elle estoit pure, et

pleine d'une singullière affection vers tout ce qui pouvoit concerner

et l'honneur de Vostre Majesté et toutz les degrés de vostre

souverayne authorité sur voz subjectz, comme si elle eût voulu

procéder en cella pour sa cause propre, et pour celle de sa couronne.

Et m'a curieusement demandé quelles estoient les conditions de la

paix, et si vostre dernier édict estoit pas restably, et toutz voz

subjectz rappellés, et si le comte de Montgommery pourroit pas aussy

bien retourner, comme les aultres, en vostre bonne grâce?

Je luy ay dict que je recuillerois le sommayre de ce que je

trouverois, des dictes conditions de la paix, ez lettres de Vostre

Majesté pour le luy envoyer, et que je ne pensois que voulussiez

excepter le comte de Montgommery, s'il ne vous apparoissoit bien qu'il

eût machiné quelque chose de plus que les aultres contre vostre propre

personne. Et luy ay touché cepandant aulcuns poinctz des susdictes

conditions pour voyr comme elle les prendroit, qui ne m'a faict

semblant de les trouver sinon assez raysonnables. Et, après, j'ay

adjouxté que, de tant qu'à ceste heure les ostacles, que ceulx de son

conseil avoient mis au faict de l'entrevue, estoient ostés, et que la

guerre contre ceulx de leur religion, en laquelle ilz les avoient

fondés, s'estoit terminée en la façon, que eulx mesmes desiroient,

d'une bonne paix et d'ung amyable accord; et que Monseigneur le Duc ne

se trouveroit plus ny sanglant ny meurtrier des dicts de la nouvelle

religion de devant la Rochelle, ains possible aultant leur amy et

bienvueillant que prince de la Chrestienté; que Vostre Majesté et la

Royne, vostre mère, me commandiés de luy incister qu'elle vous voulût

rendre une responce bien entière à vostre offre, et me déclarer

qu'elle l'acceptoit; et que me feist dellivrer les seuretés.

La dicte Dame m'a respondu que ma demande estoit raysonnable, et

qu'elle ne la vouloit différer, et manderoit venir milord trézorier,

et les aultres de son conseil qui estoient absentz, pour en dellibérer

avec eulx, affin que, devant le XVe du présent, auquel jour elle

dellibéroit de commancer son progrès, elle me peût rendre sa responce;

et que cepandant elle verroit ce que le cappitayne Orsey et son

ambassadeur, résident, luy en escripvoient, desquelz le pacquet venoit

tout présentement d'arriver, mais leurs lettres n'avoient esté encores

lues. Et m'a demandé là dessus si je sçavois que le dict cappitayne

Orsey s'en revînt.

Je luy ay dict que je n'en sçavois rien, et que j'estimois qu'il

feroit sellon qu'elle luy avoit commandé.

A quoy, après avoyr esté ung peu pensive, elle m'a continué dire qu'il

avoit charge de suivre ce qu'il verroit qui plus vous pourroit

complère, et qu'il sçavoit bien la bonne et droicte intention qu'elle

avoit à Voz Majestez.

Et, après, je luy ay sommayrement touché les particullaritez, dont il

avoit traicté avecques vous, et la satisfaction qu'il vous avoyt

donnée, et que seulement vous restiez esbahys comme il ne vous avoit

faict aulcune mencion des choses d'Escoce, bien que la lettre d'elle

en parlât.

A quoy soubdein elle m'a respondu qu'il avoit attendu qu'on luy en

commançât le propos, mais qu'avant partir il vous en rendroit bon

compte, et sommes passez à quelques aultres gracieux propos de son

progrès, et des chasses qu'on dellibéroit de luy monstrer en chemin.

Et puis, ay communicqué aulx seigneurs de son conseil la mesmes

desirée nouvelle de la paix, qui ont monstré toutz de s'en resjouyr;

et ainsy me suis desparty d'elle et d'eulx.

Cepandant le Sr de Quillegreu est revenu d'Escoce, avec ung grand

nombre de papiers et chiffres qui ont esté trouvés dedans le chasteau

de Lillebourg. Le dict chasteau est gardé par James Douglas, frère

bastard du comte de Morthon, et par le cappitaine Humes; milord de

Humes a esté remis prisonnyer dans le mesmes chasteau, et le layr de

Granges envoyé à Loclevin, et les aultres principaulx distribués en

aultres lieux. Les soldatz, qui ont suivy le party du dict de Morthon,

passent peu à peu en Ollande, et ceulx du party de la Royne s'en vont

servir le roy de Suède, de sorte qu'il en sort envyron quatre mille du

pays, ce qui fera davantage continuer la paix. Milord Claude ny Adam

Gourdon ne bougent; le cappitayne Cauberon a suivy, icy, le dict de

Quillegreu, et dict on qu'il a charge du comte de Morthon de requérir

l'évesque de Roz comme rebelle. Sur ce, etc.

Ce XIIe jour de juillet 1573.

CCCXXXe DÉPESCHE

--du XXe jour de juillet 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par Groignet, mon secrettère._)

Retour du capitaine Orsey à Londres.--Négociation du

mariage.--Sollicitations du comte de Morton pour obtenir

d'Élisabeth l'autorisation de mettre à mort les seigneurs

écossais pris dans le château d'Édimbourg.--Soumissions faites

par les Français réfugiés en Angleterre.--_Mémoire._ Détails

d'audience.--Négociation du mariage.--Consentement d'Élisabeth

à accorder les sûretés nécessaires pour l'entrevue.--Plaintes

du roi au sujet des affaires d'Écosse.--Sollicitations de

l'ambassadeur en faveur de l'évêque de Ross, qui est réclamé

par le comte de Morton.--Déclaration de la reine qu'il ne sera

pas livré.--_Avis à part à la Reine._ Mécontentement de

Leicester.

AU ROY.

Sire, trois jours de reng, le conseil a esté tenu à Grenvich pour

dellibérer de la responce qu'on avoit à me fère, où j'entendz que les

choses ont esté merveilleusement débatues, non par contention de

parolles, mais avec des argumentz pourpousés de si loing, et si

artifficieusement recherchés, qu'on a mis ceste princesse à ne sçavoir

à quoy se résouldre; et le cappitayne Orsey a esté dilligemment

examiné de ce qu'il raportoit de vostre intention, et de celle de la

Royne, vostre mère, et de l'estat des choses de France: dont me suis

présenté au dict lieu, le XVe de ce moys, comme je y estois assigné,

pour ouyr ce qu'on me voudroit dire, dont je mets le récit à part.

J'adjouxteray, icy, que le comte de Morthon inciste fort que la Royne

d'Angleterre ayt agréable qu'il puisse fère exécuter à mort ceulx

qu'il a prins dans le chasteau de Lillebourg, à quoy semble qu'elle

fermera les yeulx, pour d'autant confirmer son party; et j'entendz

qu'elle a ordonné quelque nombre de gentilshommes ses pencionayres, au

dict pays d'Escoce, desquelz je mettray peyne de sçavoir les noms. Le

Sr de Villy s'en est retourné vers Vostre Majesté et le Sr Voysin, son

compaignon, reste encores icy, qui ont toutz deux, ainsy qu'ilz

disent, trouvé ez francoys, qui sont par deçà, une bonne disposition

vers vostre service. Le comte de Montgommery, à ce que j'entendz, n'a

attendu que le retour du cappitayne Orsey pour envoyer devers moy. Je

orray ce qu'il me mandera. Le Sr de Languillier est venu très

libérallement offrir sa personne, et sa vye, pour vostre service, et

de vouloir vivre et mourir vostre très humble subject. Mr le vidame ne

peut trouver qu'il soit suffizamment pourveu, par les articles de la

paix, à la nécessité de leur religion; néantmoins que ce ne sera luy

qui yra rien recalculer là dessus, et percistera à vouloir jouyr, en

pacience, la paix et bonne grâce de Vostre Majesté. Et sur ce, etc.

Ce XXe jour de juillet 1573.

MÉMOIRE.

Sire, après avoir grandement remercyé la Royne d'Angleterre de

l'offre qu'elle vous avoit envoyé fère, de s'employer à la

paix de vostre royaulme, et de persévérer en la ligue, je luy

ay dict que, ayant Vostre Majesté et la Royne, vostre mère,

ouy, par deux foys, le cappitayne Orsey, et vous estant, après

l'assurance de la paix, bien fort explicqués à luy et à

l'ambassadeur, résident, touchant le propos de Monseigneur le

Duc et de l'entrevue, vous estiez restés fort esbahys qu'ilz

vous avoient layssez aussy incertains et irrésolus de

l'intention d'elle en cella, comme si le dict Orsey n'en eût

eu nulle charge; et pourtant me commandiés d'incister à

obtenir la responce qu'elle me voudroit donner sur la dicte

entrevue, et d'impétrer les seuretés qui estoient pour cella

nécessayres.

A quoy la dicte Dame m'a respondu que c'estoit à elle et non à

Vous, Sire, que touchoit de recognoistre tout l'effaict du

voyage du cappitayne Orsey, car, en récompense de quelque

petite courtoysie qu'elle vous avoit envoyé offrir par luy,

Voz Majestez en avoient par luy mesmes remandé à elle au

double, et de si bonnes que de meilleures ne les eussiez sceu

fère à vostre propre seur germayne; et, quand à la responce

que demandiés maintenant de l'entrevue, qu'elle vous prioit de

croyre qu'elle avoit cherché de la vous fère, sellon vostre

desir, et quoyque ses conseillers luy déduysissent des

empeschements si extrêmes, qu'il leur sembloit qu'elle voulût,

avec Voz Majestez Très Chrestiennes, conjurer la ruyne de

ceulx de sa propre religion, si ne voulait elle monstrer

d'estre si mal nourrye que de ne recognoistre l'obligation

qu'elle vous avoit et à Monseigneur le Duc, pour tant

d'honneur que luy aviez faict; et pourtant qu'elle ne vouloit

différer d'accepter l'entrevue, et d'offrir les seuretés,

sinon jusques à tant qu'elle vous eût encores escript à toutz

troys, de sa mayn, comme les raysons qu'on luy avoit alléguées

contre le mariage contrepesoient et mesmes sembloient si fort

surbalancer celles qui font pour icelluy, qu'elle estimoit ne

pouvoir procéder sincèrement avec Voz Majestez, si elle ne

vous advertissoit que, venant Monseigneur le duc, elle

creignoit bien fort que son intention ne peût réuscyr à

l'effect qu'il voudroit.

Dont, encor que, par ses propres lettres, et de la Royne,

vostre mère, elle eut promesse qu'il en prendroit tout le

hazard sur luy, si cognoissoit elle bien qu'il y courroit

encores une bonne partie de hazard pour elle, d'altérer la

bonne amityé, en quoy elle se trouvoit maintenant avec toutz

troys, et que pourtant elle y vouloit obvier, aultant qu'il

luy seroit possible, dont vous escriproit franchement tout ce

qui en estoit, sans vous en rien dissimuler; et puis à Voz

Majestez seroit d'en uzer comme bon vous sembleroit, car les

seuretés se trouveroient incontinent toutes prestes, telles

que je les voudrois demander.

Je luy ay, pour réplicque, récapitullé tout ce qui avoit esté

dict et faict, et escript, depuis le commancement du propos

jusques à ceste heure, et comme la mesmes difficulté, qu'elle

alléguoit maintenant, estoit desjà vuydée par les propres

lettres de Voz Majestez et de Monseigneur le Duc, qu'elle

avoit devers elle; et que vous vous estiez layssez mener à

elle jusques au fin bout de ce que luy pouviez defférer

d'honneur et d'avantage en cest endroict, de sorte que vous ne

vous estiez réservez à y pouvoir fère ung pas davantage, et

tout le parfayre et l'accomplyr estoit à ceste heure en la

main d'elle; qui la priés de l'y mettre si bon et si

honnorable, comme ses propos précédans, ses démonstrations,

ses lettres et responces vous avoient tousjours faict croyre

qu'elle y procédoit d'une pure et non feincte, ny simulée,

sincérité.

La dicte Dame m'a soubdein demandé si je voulois empescher

qu'elle ne vous donnât cet advertissement, qu'elle vous

vouloit escripre.

Je luy ay respondu que non, ains la supliois de le vous

exprimer le plus qu'elle pourroit, affin que n'envoyassiez,

par mesgarde, ce vertueux prince à ung manifeste refus, comme

je sçavois bien que vous en vouliés très bien garder, mais

que, par ensemble, elle m'accordât l'entrevue et les seuretés;

qui estoient deux choses que j'avois simplement charge de

requérir; et puis Voz Majestez en uzeroient sellon leur bon

plésir. Qui vous assuriez bien que si, ez perfections de

prince qui fût en la Chrestienté, Dieu avoit laissé de quoy

pouvoir agréer à celles de la dicte Dame, que Monseigneur le

Duc luy complerroit entièrement.

Elle, ne se pouvant assez bien démesler de ce poinct, a

appellé milord trézorier et les quatre comtes, d'Arondel, de

Sussex, de Betfort et de Lestre, commandant de chasser tout le

reste de la chambre. Et ayant longtemps devisé avec eulx, en

angloys, et avec réplicques, d'ung chacun costé, enfin par

leurs advis, et eulx présentz, elle m'a respondu qu'elle

accordoit que les seuretés fussent expédiées, et que j'en

baillerois le mémoyre, quand je voudrois, mais que ne seroient

envoyées qu'elle ne vous eût premièrement escript le susdict

advertissement, et qu'elle en eût eu vostre responce.

Je n'ay rien plus réplicqué là dessus, mais j'ay adjouxté que

Voz Majestez demeuroient escandalisées de ce que le cappitayne

Orsey ne vous avoit touché ung seul mot des choses d'Escoce,

bien qu'elle vous eût escript qu'elle luy en avoit donné

charge; dont je la priois de vous fère explicquer, par son

ambassadeur résident, ce que c'estoit; et qu'elle me voulût

octroyer ung passeport pour ung gentilhomme, que Vostre

Majesté dellibéroit d'envoyer par dellà; et qu'au reste

j'ozois bien employer le nom de Vostre Majesté pour incister

qu'elle ne voulût bailler l'évesque de Roz au comte de

Morthon, comme j'estois adverty qu'il pourchassoit de l'avoir

en ses mains.

Elle, en la mesmes présence de ses conseillers, m'a respondu

que, à dire vray, le cappitayne Orsey n'avoit satisfaict à ce

poinct, comme il luy avoit esté commandé, et seulement, en

parlant de la conscience d'elle à la Royne, vostre mère, il

luy avoit dict qu'encor qu'elle s'estoit peu saysir du

chasteau de Lillebourg, elle néantmoins l'avoit entièrement

délayssé aulx Escouçoys; et parce que la Royne, vostre mère,

n'avoit lors suivy le propos, il n'y avoit sceu retourner une

aultre foys, mais elle avoit desjà faict escripre à son

ambassadeur qu'il ne faillît de le vous parachever; et qu'elle

m'accordoit le passeport que je demandois, et commandoit, dès

à présent, qu'il me fût dellivré, quand je le vouldrois;

Quand à l'évesque de Roz, qu'elle me promectoit de le refuzer

au comte de Morthon, et de procurer qu'il peût retourner en

ses biens, ou, s'il ne pouvoit estre soufert d'en jouyr dans

le païs, qu'il en peût aulmoins avoyr le revenu icy ou en

France, s'il playsoit à sa Mestresse qu'il y passât, et, sur

ce, estant la dicte Dame pressée de partir pour fère la

première trette de son progrès, elle m'a licencié.

ADVIS, A PART, A LA ROYNE.

Madame, j'ay parlé, à part, au comte de Lestre, lequel m'a uzé

de beaucoup de bonnes parolles, mais icelles conformes à la

résolution du reste du conseil, et je me suis efforcé de fère

que le malcontantement, que son secrettère, qui estoit avec le

cappitayne Orsey, luy avoit imprimé, de ce que Voz Majestez

n'avoient, sinon petitement et bien tard, faict mencion de luy

au dict Orsey, fût rejecté sur ce que icelluy Orsey, lequel

vous sçaviés bien qu'il estoit à luy, et par lequel aviez

espéré d'avoir plusieurs advertissementz particulliers et

expéciaulx, en l'affère de Monseigneur, vostre filz, ne vous

y avoit jamays respondu une seule bonne parolle.

De quoy je luy voulois bien dire que j'avois fort exprès

commandement, de Vostre Majesté, de m'en pleindre à luy: qui

m'a respondu que le dict Orsey estoit vrayement son bon amy,

mais qu'il avoit esté dépesché par commandement plus hault,

lequel il luy avoit convenu suyvre.

Et, depuis, ayant par un tiers faict sonder bien avant le dict

comte, il ne m'a raporté de luy que doubtes et difficultez

touchant le mariage, et qu'il ne pouvoit, ny vouloit s'en

mesler plus avant que les aultres du conseil.

Et au regard de son particullier, il lui avoit discouru fort

au long, mais avec charge de n'en parler jamays à personne,

comme il se trouvoit fort déceu en ce qu'il avoit espéré de

Voz Majestez Très Chrestiennes, pour lesquelles il disoit

s'estre déclaré si avant qu'il ne sçavoit qu'est ce qu'il

n'avoit faict pour la France, jusques avoyr mis sa Mestresse

et son royaulme en voz meins, si l'eussiez voulu avoyr, abbatu

la ligue d'Espaigne et relevé la vostre, saulvé la vye de la

Royne d'Escoce, diverty toutes occasions de guerre entre ces

deux royaulmes, et faict beaucoup de grandes despences pour

honnorer et traicter les Françoys, et se porter, en toutes

choses, très parcial pour la France:

De quoy il n'avoit acquis que souspeçons et deffiences vers

les siens, et non jamays ung seul bouton vaillant, ny une

lettre, ny mesmes ung grand mercys de Voz Majestez, ny de nul

aultre endroit de France, et qu'il ne se vouloit plus mettre à

tel pris.

Et, comme l'aultre luy a respondu que le temps ne vous donnoit

loysir de luy pouvoir tesmoigner, à ceste heure, voz bonnes

volontés, et qu'il ne failloit pour cella qu'il layssât de

demeurer bon parcial françoys, et de pourchasser ce party de

Monseigneur le Duc à sa Mestresse, sellon qu'elle avoit

nécessayrement besoing d'avoyr ung mary ou ung déclaré

successeur;

Il a réplicqué soubdein que sa Mestresse avoit voyrement

besoing de l'ung ou de l'aultre, et qu'il avoit peur qu'elle

les laysseroit sans pas ung des deux, et tout son estat en

grand confusion, néantmoins qu'il demeureroit, quand à luy,

bien bon angloys, et n'est passé plus avant.

Je fay, Madame, le mieulx que je puis, pour maintenir vostre

affère, et conserver voz amys en ceste court, et y employe

beaucoup de bonnes paroles; mais le torrent de deniers et de

présantz qui viennent d'ailleurs les emportent, et c'est de là

d'où je me sents le plus traversé.

CCCXXXIe DÉPESCHE

--du XXVIe jour de juillet 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Négociation du mariage.--Conférence de l'ambassadeur et de

Burleigh sur cette négociation.

AU ROY.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 27 / 35 段