touchant l'entrevue, resteroient assez bien satisfaictes de ce qu'elle
vous en avoit mandé par ses lettres, et faict dire par son
ambassadeur, et qu'elle desiroit bien fort estre esclarcye si c'estoit
par la seule importunité de Monseigneur le Duc, lequel elle estoit
bien advertye, de plusieurs endroictz, qu'il avoit beaucoup d'honneste
affection vers elle, ou bien si la volonté de la Royne, vostre mère,
avoit concoru libérallement à ce que ceste offre se feist, attandu que
auparavant elle l'avoit contredicte, sinon qu'elle veist le mariage
tout assuré: dont attandoit là dessus une dépesche de son ambassadeur,
après laquelle il n'y auroit plus de remises que celles que Voz
Majestez Très Chrestiennes y voudroient mettre; qu'elle me pouvoit
jurer, avec vérité, qu'elle ne sçavoit, en façon du monde, que le
comte de Montgommery fût en ce royaulme, et, quand il y viendroit,
elle vous respondroit de mesmes que feist le feu Roy, vostre père, à
la feu Royne Marie, sa sœur,--«Qu'il ne vouloit estre le bourreau de
la Royne d'Angleterre;»--Et ainsy, que Vostre Majesté l'excusât, si
elle ne vouloit être le bourreau de ceulx de sa religion, non plus
qu'il ne l'avoit voulu estre de ceulx qui n'estoient pas de la sienne,
mais qu'elle vous promettoit qu'elle le guarderoit bien qu'il ne fît
rien contre Vostre Majesté, et qu'il ne retournast plus à ce que,
sans qu'elle le sceût, ny le consentît, il avoit une foys entreprins;
et qu'il estoit bien vray, comme je le disoys, que la comtesse de
Montgommery, accompaignée des parantz et amys de son mary, avoient
esté vers elle pour la prier de beaucoup de choses, mais qu'elle leur
avoit respondu qu'elle n'avoit esté du premier conseil du dict comte,
et ne vouloit estre du segond; et avoit esté bien esbahie comme il
n'avoit voulu accepter les bonnes offres de Vostre Majesté, et que la
dicte comtesse luy avoit respondu qu'il s'estoit trop légièrement
obligé, par promesse et par sèrement, à ceulx de la Rochelle, de leur
admener le secours, non en intention que ce fût contre l'honneur et le
service de Vostre Majesté, mais pour donner quelque respict aulx
assiégés, et aulx aultres de leur party, de pouvoir impétrer aulcunes
tollérables condicions, pour la seureté de leur vye et de leur
religion, et qu'il avoit à se pleindre infinyement de ce que les
Angloys ne luy avoient quasy rien tenu de ce qu'ils luy avoient
promis: et que la dicte comtesse avoit exprimé cella, avec tant de
larmes et avec tant d'humbles requestes, assistées de celles de ses
amys, qu'ilz l'avoient assez esmue, mais néantmoins qu'elle ne leur
avoit octroyé, ny octroyeroit, rien qui peût estre contre Vostre
Majesté;
Que, des choses d'Escoce, elle m'avoit naguyères respondu, ce qu'elle
me confirmoit de rechef, qu'elle ne prétandoit qu'il y fût attempté
par armes, ny par traicté, aulcune chose, au préjudice ou diminution
de l'allience de France, et que seulement elle avoit satisfaict au
desir des Estatz du pays, aulxquelz elle estimoit que Vostre Majesté
avoit aussy intention de satisfère; et que le Sr de Vérac pourroit
maintenant cognoistre comme elle y avoit procédé; que, quand au siège
de la Rochelle, et les aultres exploictz de guerre de vostre royaulme,
elle les déploroit en toutes sortes pour voyr que la clémence du
prince vers les subjectz, et l'obéyssance des subjectz vers leur
prince, et la socialle amityé d'entre les mesmes subjectz, estoient
converties en aultres bien contrayres effectz de fureur, de
désobéyssance, et d'une très violente inimityé, dont n'y avoit
personne, soubz le ciel, qui desirât plus d'y voyr bientost quelque
bon remède qu'elle faysoit. Et a terminé ceste audience en plusieurs
semblables propos, pleins de grande bienvueillance vers Vostre
Majesté.
Depuys, aussytost que le courrier a esté arrivé avec la dépesche, du
vingt quatriesme du présent, j'ay renvoyé supplier la dicte Dame de me
vouloir ouyr sur aulcunes choses, que me commandiez de luy fère
incontinent sçavoir. De quoy elle s'est assez esbahye que ce pouvoit
estre, et m'a pryé que je luy concédasse ung jour pour satisfère à ses
mèdecins, qui luy avoient ordonné quelque chose pour le mal de teste
que j'avois veu qu'elle avoit.
Cepandant, Sire, l'aultre courrier angloys, qui m'a apporté vostre
aultre dépesche, du vingt cinquiesme du passé, est arrivé, sur
laquelle, après avoyr, à meins joinctes, et les genoux en terre, loué
et remercyé Dieu de l'élection de Monseigneur, frère de Vostre
Majesté, à la couronne de Pouloigne, j'en suis allé porter la nouvelle
à la dicte Dame, et luy en ay faict l'expresse conjouyssance, que Voz
Majestez me commandoient, avec le récit en quoy en sont les choses,
sellon que voz ambassadeurs vous l'avoient escript; et que vous la
priez de croyre que, tant plus vous viendroit d'augmentation de
grandeur et de puissance, et plus d'accessions de biens et d'honneur
à vostre couronne, plus Voz Majestez se confirmoient de vouloir
honnorer et aymer la dicte Dame; et pourchassiez tousjours beaucoup
plus instamment, en temps de voz prospéritez, que non en voz
adversitez, l'accomplissement de son mariage avec Monseigneur le Duc,
vostre frère, luy faysant là dessus une particullière mencion du grand
desir que Mon dict Seigneur le Duc avoit de la venir bientost mettre
en possession de l'entier et pur don qu'il luy avoit faict de luy
mesmes.
A quoy la dicte Dame, surprinse de quelque admiration d'une si grande
nouvelle, comme est celle de l'élection de Mon dict Seigneur, m'a
respondu qu'elle vous remercyoit infinyement de la bonne et prompte
part, qu'il vous plaisoit luy fère, de la joye, que Vostre Majesté et
la Royne, vostre mère, en aviez reçue; qui estoit si grande en elle,
qu'elle avoit de quoy mutuellement s'en resjouyr à non moindre mesure
avec Voz Majestez; et qu'il y avoit plusieurs considérations de la
concurrence des compéditeurs, de la rarité de l'acte, et de l'occasion
des temps, qui rendoient ceste élection très ample et très honnorable
pour vostre couronne, et bien heureuse pour voz meilleurs alliez,
desquelz elle vous prioit de croyre que nul en sentiroit le plaisir
plus parfaict et accomply qu'elle.
Et s'estant eslargie en divers propos et en aulcunes assez curieuses
demandes là dessus, sçavoyr: si l'Empereur se trouvoit offancé? si Mon
dict Seigneur feroit maintenant la guerre aux Turcs? s'il l'auroit
contre le Moscovite? s'il espouseroit la princesse de Pouloigne? quand
il pourroit partir pour ce voyage? et s'il laysseroit le siège de la
Rochelle pour y aller? Et luy ayant respondu à tout avec le plus de
discrétion que j'ay peu, elle est venue, quand à Monseigneur le Duc,
à me dire qu'elle luy restoit très obligée à jamais pour sa
persévérance vers elle, laquelle toutesfoys elle pensoit bien que ne
seroit semblable, ou aulmoins ne dureroit guyères, s'il l'avoit une
foys veue ainsy passée d'aage comme elle est; et que les doubtes et
difficultez, qu'elle voyoit en cest affère, et l'escrupulle que la
Royne, vostre mère, avoit faict de l'honneur de Mon dict Seigneur le
Duc, son filz, en cest endroict, joinct que deux ans s'estoient desjà
écoulés depuis le propos encommancé, elle estoit quasy réduicte à ne
debvoir plus penser de se maryer, ny donner la peyne à Monseigneur le
Duc de venir.
Sur quoy luy ayant faict et redoublé toutes les réplicques, que j'ay
estimé opportunes, pour rejetter bien loing ceste sienne
dellibération, elle m'a dict qu'elle attandroit ce que, sur sa
dernière responce, il vous plairoit luy fère entendre. Et puis, d'elle
mesmes, a adjouxté que, depuis vingt quatre heures, elle avoit entendu
que le comte de Montgommery estoit arrivé à l'isle de With, et que
soubdein elle luy avoit dépesché sir Artus Chambernan pour l'advertyr
qu'elle ne tenoit en si peu vostre amityé, qu'elle luy voulût
permettre de venir en sa court, au retour de telz exploictz qu'il
venoit de faire, et qu'elle vous assuroit, Sire, qu'il ne tireroit
aulcun moyen de ce royaulme pour vous nuyre; et, quand aulx choses
d'Escoce, si le Sr de Vérac trouvoit maintenant sur le lieu qu'elles
n'allassent sellon le traicté, qu'elle seroit preste de les redresser
fort volontiers de sa part. Qui est, en substance, tout ce que, pour
ceste foys, j'ay peu recueillir des propos de la dicte Dame.
Et, au partir d'elle, j'ay conféré avec milord trézorier, avec milord
de Lestre et Me Smith, les troys ensemble, et puis fort amplement avec
chacun à part, pour voyr si, de leur propos, je pourrois tirer aulcune
conjecture sur les choses de vostre segonde lettre que j'ay moy mesmes
déchiffrée. Et, après qu'ilz ont eu, aussy bien que leur Mestresse,
admiré l'élection de Monseigneur, ilz m'ont dict, touchant le propos
de Monseigneur le Duc, que, quand Vostre Majesté voudroit remettre les
choses au mesme trein qu'elles estoient auparavant l'évènement de
Paris, ou aulmoins non tant hors de chemin comme elles vont
maintenant, que vous retrouveriez leur Mestresse, et eulx, au mesme
endroict que vous les aviez layssés. Et m'ont confirmé, au reste, ce
que leur Mestresse m'avoit dict du comte de Montgommery et de
l'Escoce, et qu'après qu'ilz auront plus amplement devisé avec la
dicte Dame ilz traicteront, ung jour de ceste sepmayne, davantage
avecques moy. Et sur ce, etc. Ce IIIe jour de juing 1573.
Je suis en quelque traicté avec la comtesse de Montgommery,
par interposées personnes, de fère retourner son mary à
l'obéyssance de Vostre Majesté; et, s'il vous plaist, Sire,
que je luy permette de venir parler à moy, l'on me donne
espérance que je le pourray réduyre. L'on me vient d'advertyr
que le comte de Morthon et les Angloys, qui sont devant le
chasteau de Lillebourg[19], ont capitulé avec ceulx de dedans,
et que le chasteau recognoit maintenant le jeune Prince à Roy.
[19] Le château d'Édimbourg s'était en effet rendu par
capitulation le 29 mai 1573, après trente-quatre jours de siège.
A LA ROYNE.
Madame, je n'allay jamais avec plus d'ayse, ny avec plus de parfaicte
affection, porter aulcune nouvelle, en part du monde, que je feys,
hier, à ceste princesse, celle de l'élection qu'ont faict les Estatz
de Pouloigne de Monsieur, vostre filz, pour leur Roy, et vous prometz,
Madame, que j'ay miz peyne de fère voyr à la dicte Dame combien il
plaist à Dieu de bénire voz enfans; qui les ayantz faictz princes très
royaulx d'extraction, les faict encores devenir Roys par élection, et
qu'elle pouvoit cognoistre par là combien elle confirmeroit son
vouloir avec celluy de Dieu, de fère aussy élection de Monseigneur le
Duc, vostre troysiesme filz, pour la venir accompaigner à ceste
couronne.
Elle a monstré de réputer ceste nouvelle pour la plus grande et la
plus honnorable pour le Roy, et la plus comble de félicité pour Vostre
Majesté, et la plus pleyne d'esplandeur et de gloyre pour Monsieur, et
encores la plus heureuse pour la France, que nulle aultre qui fût
advenue, depuis que le royaulme est estably; et m'a dict que, oultre
la part que luy aviez faicte de vostre joye, elle en prenoit ugne
aultre en elle mesmes de celle qu'elle imaginoit estre si accomplye en
vous, qu'elle surabondoit beaucoup pour elle, et pour toutz ceulx qui,
comme elle, aymoient et honnoroient parfaictement Vostre Majesté.
Et, bien qu'elle m'ayt faict, là dessus, quelques assez curieuses
demandes, et m'ayt tenu des propos assez remis et froidz, touchant
l'aultre faict de Monseigneur le Duc, si m'a elle dict que ceste
nouvelle élection de Monsieur vous debvoit fère espérer
l'accomplissement du reste de la prophétie, qu'on vous avoit donnée,
que vous verriez toutz voz enfans Roys, et que mesmes ce ne seroit
sellon la maulvayse interprétation que aulcuns en faysoient, que cella
se debvoit entendre de la mesmes couronne de France, l'ung après
l'aultre, car Dieu feroit que vous les verriez toutz troys, à la foys,
roys de troys grandz royaumes, et a monstré la dicte Dame de fouyr
d'un costé, et de se fère poursuyvre par ung aultre, sur le dict
propos de Monseigneur le Duc. Dont est besoing, Madame, de la fère
parler, ceste foys, si cler qu'il n'y puisse rester aulcune particulle
d'ambiguyté. Et je trouve, Madame, que surtout il est expédiant que le
comte de Lestre soit promptement gratiffié de quelque honneste
présant, et pareillement milord trézorier, et toutz deux entretenuz de
quelques gracieuses lettres de la mein de Vostre Majesté et de
Monseigneur le Duc. Car l'on s'esforce, à grand pris, de les attirer à
ung aultre party fort contrayre au vostre, et ne pourra ce
qu'employerez en cest endroict estre perdu, car aulmoins retiendront
ceulx cy ceste princesse, et ce royaulme, tousjours à vostre
intelligence pour cepandant conduyre voz affères ailleurs. Sur ce,
etc. Ce IIIe jour de juing 1573.
CCCXXIe DÉPESCHE
--du VIe jour de juing 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par Joz, mon secrétère._)
Conseil tenu en Angleterre à l'occasion de l'élection du roi de
Pologne.--Sollicitations de nouveaux secours pour le comte de
Montgommery et la Rochelle.--Certitude de la reddition de
Lislebourg.--Communication secrète faite au roi par le prince
d'Orange.
AU ROY.
Sire, après avoyr, dimenche dernier, notiffié à la Royne d'Angleterre
l'heureuse élection du Roy de Pouloigne, vostre frère, toutz ceulx de
son conseil se sont, le lundy et mardy, assemblés à Grenvich pour
prendre, sur ceste grande nouvelle, nouvelles résolutions ez choses de
France; qui ne sçay encores quelles elles sont. Il est vray que
s'estantz lors les amys du comte de Montgommery présentés, avec plus
d'instance que jamays, pour luy impétrer ung nouveau renfort, ou
quelques nouvelles provisions, ilz n'ont pas esté tant esconduictz des
dictz du conseil comme ilz ont esté reboutés de la dicte Dame.
J'ay sceu aussy, Sire, qu'après le dict conseil à Grenvich, un party
de cent mille escus a esté conclud et arresté en ceste ville, pour en
estre faict le payement, par tout ce moys de juing, à Noremberg,
Hambourg et Couloigne, mais la pluspart à Noremberg, au mandement du
duc de Cazimir ou du duc Christofle son frère, (dont vous plaira,
Sire, fère prendre garde en Allemaigne;) et que, d'aultre costé, l'on
a ordonné que le comte d'Essex, avec troys ou quatre mille angloys, et
bonne provision d'argent et de monitions, passera en Irlande pour
réprimer les saulvages qui commancent de rechef à tumultuer.
L'on a aussi dépesché en Escoce pour advertyr le Sr de Quillegreu que,
commant que ce soit, il y ayt à mettre l'accord; mais cepandant est
arrivé l'advertissement comme le chasteau de Lillebourg est rendu au
jeune Roy, bien qu'on ne publie encores à quelles condicions: dont je
creins qu'il y ayt couru de l'argent, et que, pour la réputation, l'on
a voulu que le canon ayt tiré, premier que parler de se rendre.
Le Sr de Lumbres, en venant de Hollande, a esté prins sur mer par des
pirates angloys, qui ne le cognoissoient poinct, et l'ont descendu par
deçà. Il doibt aller trouver demein ceste princesse à Grenvich; et
aujourdhui, bon matin, il a mandé secrettement quérir ung de mes plus
confidans gentilshommes pour me communiquer chose qui importoit à
vostre service, dont luy ay envoyé le Sr de Vassal; et il m'a mandé
qu'il estoit dépesché vers Vostre Majesté par le prince d'Orange son
mestre, et qu'il me prioit de vouloir envoyer quérir en dilligence son
passeport par ung des miens, à qui il commettroit son pacquet pour luy
passer la mer avec ung de ses gens qui l'yroit attandre à Abbeville,
parce qu'on avoit aulcunement icy suspecte sa venue. Sur ce, etc.
Ce VIe jour de juing 1573.
CCCXXIIe DÉPESCHE
--du IXe jour de juing 1573.--
(_Envoyée à la court par le Sr de Vérac._)
Départ de Mr de Vérac pour retourner en France.--Son audience de
congé.--Ses plaintes de n'avoir pu se rendre en
Écosse.--Excuses données par la reine.--Ses protestations
qu'elle n'a voulu porter aucune atteinte au traité.--Favorable
disposition d'Élisabeth sur la négociation du mariage.
AU ROY.
Sire, n'ayant esté possible au Sr de Vérac, en façon du monde, de
passer en Escoce, par l'empeschement que le comte de Morthon, ou bien
ceulx cy, et, par advanture, eulx et luy tout ensemble, luy ont faict,
il va retrouver maintenant Vostre Majesté pour luy compter le succès
de son voyage, et comme (sur la pleincte que j'ay faicte à la Royne
d'Angleterre que, ayant le dict Sr de Vérac couru tout ce royaulme, et
veu les bords de celluy d'Escoce, il s'en retournoit sans s'estre
apperceu que, en l'ung ny en l'aultre, luy eut esté uzé ce qui se
debvoit à l'allience ancienne, ny ce qui s'espéroit de la rescente
confédération avec Vostre Majesté,) la dicte Dame s'en est non
petitement troublée. Laquelle a incontinent appelé ceulx de son
conseil, en présence du dict Sr Vérac, pour se plaindre bien fort
aygrement à eulx de ceste faulte, et a monstré, avec parolles et
visage plein de courroux, qu'elle vouloit bien fort en demeurer
excusée vers Vostre Majesté; et, m'ayant tiré à part, m'a juré que son
intention avoit esté que le dict Sr de Vérac passât, ou bien, si le
comte de Morthon ne le vouloit aulcunement permettre de luy, que ce
fût aulmoins le Sr de Sabran; et que, quand il playroit à Vostre
Majesté d'y envoyer quelqu'ung, elle offroit, dez à présent, le
passage sans aulcune difficulté; et que, quand à ce qui estoit advenu
du chasteau de Lillebourg, elle vous envoyeroit ung gentilhomme exprès
pour vous en donner si bon compte, que Vostre Majesté cognoistroit
qu'elle n'y avoit procédé sinon jouxte le traicté, pour ayder à
réduyre a l'obéyssance du jeune Prince, son nepveu, ceulx qui tenoient
fort dans le dict chasteau, et garder qu'ilz ne nuysissent à elle,
sans y avoyr rien retenu en sa puissance, ny rien altéré de l'ancienne
allience que Vostre Majesté a avec les Escouçoys.
A quoy je luy ay respondu que le dict Sr de Vérac ne pouvoit fère
qu'il ne vous racomptât au long ce qui luy estoit advenu, et ce qu'il
avoit apprins en son voyage, et qu'à Vostre Majesté, puis après,
seroit de juger si les articles du traicté avoient esté bien guardés,
ou non, en ceste entreprinse d'Escoce; car, puisque j'étois l'un de
ceulx, qui avoient été présentz, quand elle avoit levé la mein à Dieu
pour les jurer, je ne voulois mal juger de sa conscience, ains voulois
laysser ce propos pour luy fère entendre ce que Vostre Majesté me
commandoit de luy dire de celluy de l'entrevue. Et ainsy ay passé à
luy réciter, par le menu, tout le contenu de vostre lettre du XXXe du
passé; et lui ay baillé celle que la Royne, vostre mère, luy
escripvoit; qui me semble, Sire, qu'après qu'elle l'a eue leue fort
distinctement, et qu'elle a eu fort bien prins les raysons que je luy
ay déduictes, et celles que, sur les siennes, je luy ay réplicquées,
elle est demeurée mieulx disposée vers l'entrevue et vers le mariage,
que je ne l'y avoys vue de longtemps, et m'a promis de vous y mander
bientost une si bonne responce, qu'elle espéroit qu'elle vous
contanteroit.
Or, Sire, le Sr de Vérac vous comptera en quoy en restent les choses,
et qu'est ce qu'avons entendu de la capitulation du dict chasteau de
Lillebourg, et du malcontantement qu'en ont eu les principaulx
seigneurs d'Escoce, qui se sont départis, à ceste occasion, la
pluspart, d'avec le dict Morthon, et ce qui nous semble qui pourroit
estre maintenant uzé par dellà pour vostre service, ensemble d'aulcuns
propos que j'ay esté d'advis qui fussent suivys avec ceulx de la
Rochelle, qui sont icy. Sur ce, etc. Ce IXe jour de juing 1573.
CCCXXIIIe DÉPESCHE
--du XVIIe jour de juing 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Sabran._)
Délibération des seigneurs du conseil sur la négociation du
mariage.--Mission donnée au capitaine Orsey de passer en
France.
A LA ROYNE.
Madame, ayant la Royne d'Angleterre trouvé en la lettre, que vostre
Majesté luy a escripte, du XXe du passé, aultant de satisfaction comme
elle en demandoit pour le faict de l'entrevue, et plus qu'elle n'en
avoit espéré, je l'ay fort instamment priée que, puisque la volonté du
Roy et celle de Vostre Majesté, et toutes celles qui sont dans le
cueur de Monseigneur le Duc, avec sa mesmes personne, venoient estre
si entièrement remises en sa mein qu'elle n'avoit rien plus que
doubter de vostre costé, qu'elle voulût aussy du sien maintenant se
résouldre si bien à la correspondance, laquelle vous aviez tousjours
espéré d'elle, que n'eussiez aulcune occasion de vous en douloir; et
que pourtant elle voulût accepter la dicte entrevue, et fère expédier
les seuretés que je demandois. A quoy la dicte Dame a monstré, en
plusieurs sortes, qu'elle y avoit si bonne disposition que j'ay espéré
de pouvoir promptement tirer d'elle une responce du tout conforme à ma
demande; mais milord de Burgley, qui n'a ozé procéder seul en cella, a
trouvé moyen de fère assembler les seigneurs de ce conseil pour leur
proposer le contenu de vostre dicte lettre, affin que, par
l'honnesteté d'icelle, et de l'offre que Vostre Majesté y fesoit, ils
fussent induictz d'approuver non seulement l'entrevue, mais tout ce
qui se doibt espérer d'icelle.
Dont est advenu que la dicte Dame m'a faict communicquer les argumentz
qu'ilz ont débatus entre eulx, qui, encores que milord de Burgley ayt
monstré de fère grand cas qu'il eût gaigné ung poinct, qu'il dict
estre fort nécessayre à l'advancement du propos, (c'est de l'avoir
faict de rechef approuver par le dict conseil;) si, luy ay je faict
cognoistre qu'il ne pouvoit revenir à vostre satisfaction qu'en lieu
que la Royne, sa Mestresse, et eulx debvoient accepter vostre offre,
et vous envoyer incontinent les seuretés, elle et eulx ayent mis en
termes quelque aultre chose. Et, à dire vray, Madame, encores que je
trouve, en ceste princesse et en toutz les siens, une trop plus
ouverte et meilleure disposition vers cest affère que, dix moys a, je
ne les y avoys veus, et que le comte de Lestre semble s'y affectionner
grandement, et le dict milord de Burgley aussy, à l'envy l'ung de
l'aultre, et que le comte de Sussex, Me Smith et aultres monstrent d'y
convenir, et allèguent toutz des occasions grandes et nécessayres du
dict mariage pour leur Mestresse et son estat, si ne me peut nullement
playre ceste leur responce; et j'ay tant de preuves de l'inconstance
et changementz de leurs dellibérations que je ne puis prendre grande
espérance, ny ne veulx fère guyères espérer à Vostre Majesté d'eulx,
sinon aultant que j'en toucheray avec la mein, et que j'en verray par
effect. Dont vous supplye très humblement, Madame, que, pendant que
l'affère est fervant et chauld, il vous playse incister qu'il soit du
tout accomply ou bien du tout délayssé.
Et m'a quelqu'un adverty que toutes choses sont icy maintenant pour
vous, et qu'il y a une occulte occasion dans ce royaulme qui vous
dispose assez bien cest affère pour le rendre effectué avant le
prochein septembre, s'il est bien vifvement mené, mais, s'il ne
s'accomplit entre cy et là, il n'y a apparance qu'il se puisse jamays
plus conduyre. Le cappitayne Orsey, lequel elle envoye maintenant par
dellà, a esté pensionnayre du feu Roy, vostre mary, et monstre avoir
bonne inclination à la France; il est tout entièrement du comte de
Lestre; et la Royne faict cas de luy. Sur ce, etc.
Ce XVIIe jour de juing 1573.
CCCXXIVe DÉPESCHE
--du XXe jour de juing 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Bouloigne par le Sr Cavalcanti._)
Déclaration faite par Burleigh à l'ambassadeur que, si la paix
n'est pas promptement rétablie en France, la reine d'Angleterre
est décidée à prendre parti pour les protestans.--Efforts de
l'ambassadeur pour s'opposer à cette résolution.--Affaires
d'Écosse.--Mission du capitaine Orsey.
AU ROY.
Sire, le cappitayne Orsey partira dans bien peu d'heures, d'icy, pour
aller trouver Voz Majestez, avec la responce que faict, de sa mein, la
Royne, sa Mestresse, aulx lettres que la Royne, vostre mère, luy avoit
escriptes. Sa dicte Mestresse et ceulx de ce conseil ont entendu les
effortz qui ont esté faictz, ainsy qu'ilz disent, le XXVIIIe du passé
et le Ve d'estuy cy, à la Rochelle; et m'a milord de Burgley mandé
qu'elle et eulx sont fort esmeus de voyr que les choses vont à
l'extrémité, et que Vostre Majesté ne veult entendre à la modération
qui se pourroit bien trouver en cecy, s'il vous playsoit conférer avec
les princes, intéressez en la cause de la religion, des moyens
d'assurer une bonne et perdurable paix en vostre royaulme; et que la
dicte Dame et eulx seroient enfin contreinctz de vous remonstrer que
voz subjectz ne combattent pour vous dénier rien de ce qu'ilz vous
doibvent, ny pour usurper rien qui appartienne à vostre grandeur, car
recognoissent estre très obéyssantz subjectz de vostre Majesté, qui ne
tiennent fermées leurs portes que pour ne souffrir la violence qu'on
leur veult fère, d'abjurer leur religion, sans tenir ny ordre, ny
forme, pour les instruyre, et persuader à une aultre, que seulement
avec l'espée et la mort: chose qu'ilz sçavent bien que Vostre Majesté
ne soufriroit qu'il se fît de mesmes, en Angleterre, vers ceulx qui
sont réputez catholicques romains; et que le dict de Burgley m'avoit
souvent remonstré, et remonstroit encores, que ceste cause touchoit de
si près à la conscience et à la seureté de la Royne, sa Mestresse, et
à la tranquillité de son estat, qu'il me vouloit librement dire que
l'amityé ne pourroit aulcunement durer entre ces deux royaulmes, si
Vostre Majesté continuoit de poursuyre l'extermination de leur
religion, ainsy qu'il a commancé.
Je ne luy ay encores rien respondu là dessus, réservant de le fère, en
présence, quand j'iray parler à sa Mestresse. Je notte bien que c'est
ung trêt qui m'advertit de prendre garde à leurs déportementz, et à ce
qui pourra résulter de la conférance du comte de Montgommery avec ung
gentilhomme de ceste court, qu'on a envoyé parler à luy, jusques en la
mayson de madame Messen, à trente mille d'icy, et à ce aussy que je
pourray descouvrir qui se résouldra avec ung agent du comte Palatin,
duquel l'on attand, d'heure en heure, la venue en ceste court.
Néantmoins j'espère que, sur la dépesche de Vostre Majesté, du Xe du
présent, laquelle je viens de recepvoir, je pourray remectre les
choses en quelques meilleurs termes, et plus conformes de vostre
desir. Et desjà j'ay si bien imprimé à plusieurs de ceste court que
Vostre Majesté mettroit, de bref, la paix en son royaulme, et ay
trouvé moyen de le fère ainsy entendre au comte de Montgommery, que ny
eulx ne parlent si fort de luy bailler nouveau renfort, ny luy inciste
plus tant de l'avoyr comme il faysoit auparavant. Et desjà Lorges, son
filz, et la plupart des françoys, qui sont revenus de devant la
Rochelle, s'embarquent pour passer en Hollande et à Fleximgues,
ensemble plusieurs angloys, de ceulx qui parlent françoys, et
plusieurs walons avec eulx.