retrette du comte de Montgommery, sinon celles que j'avoys apportées,
ny ne sçavoit on qu'il estoit devenu, mays, hier au soyr, arrivèrent
deux des siens, l'ung qui dict luy avoyr esté envoyé de la Rochelle,
pendant qu'il estoit à l'ancre devant la ville, et l'aultre se nomme
le cappitaine Ber, lesquelz racomptent les choses non guyères
aultrement que Vostre Majesté me les a escriptes; mais ilz adjouxtent
que le dict de Montgommery est descendu depuis à Belle Isle, et que,
le XXVIIIe du passé, il a prins par composition le chasteau, et qu'il
dellibère de fortiffier toutz les portz et advenues du lieu, et que
certeins navyres, qu'il avoit envoyé vers la coste d'Hespaigne, luy
avoient desjà ramené deux ou trois prinses qui valoient plus de
cinquante mille escus, et que bientost le Sr de Languillier viendroit
icy affin solliciter de rechef ung plus notable et plus grand secours
que le premier pour la Rochelle. Sur ce, etc.
Ce VIIIe jour de may 1573.
L'on a escript en ceste court qu'il a esté faict de rechef un
grand massacre de ceulx de la nouvelle religion à Chasteaudun,
de quoy les souspeçons renouvellent aulx Angloys que la
conjuration, de les exterminer toutz, soit vraye, si,
d'avanture, ilz n'entendent que Vostre majesté en face fère
quelque punition.
Je viens d'avoyr relation comme, depuis cinq ou six jours, dix
jeunes gentilshommes escouçoys ont esté mandés ostages en
Angleterre pour douze pièces d'artillerye, et pour les
monitions que ceste princesse a prestées au prétendu régent et
aulx Estatz d'Escoce, et que troys compagnies d'angloys, de
trois centz hommes chacune, les sont allez conduyre par dellà,
et que desjà l'on besoigne à une platte forme pour assoyr la
dicte artillerye contre le chasteau de Lillebourg.
CCCXVIIe DÉPESCHE
--du XIIe jour de may 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Pierre Combes._)
Retour de Walsingham en Angleterre.--Conférence de l'ambassadeur
avec Burleigh.--Offre de la médiation de l'Angleterre et des
princes protestans d'Allemagne pour rétablir la paix en
France.--Nouvelles d'Écosse.--Rupture de la négociation tendant
à la capitulation de Lislebourg.
AU ROY.
Sire, le jour de la Panthecoste, le Sr de Walsingam est arrivé devers
la Royne, sa Mestresse, à Grenvich, où elle et ses deux principaulx
conseillers l'ont fort curieusement examiné, deux jours durant, à
part, des choses de France, et puis ont mandé le reste du conseil pour
l'ouyr aujourdhuy davantage; dont ne fault doubter que, du rapport
qu'il fera, bon ou maulvais, n'ayt à dépendre ce qu'avez à espérer, de
bien ou de mal, de ce costé. Et, de tant que milord trézorier m'a
librement dict que, lors du premier congé du dict Sr de Walsingam, il
s'en venoit persuadé que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère,
estiez plus animés que jamays contre voz subjectz de la nouvelle
religion, et entièrement résolus à la ruyne des Protestantz, et que
vous, ny elle, ne vouliez nullement le mariage de Monseigneur le Duc
avec leur Mestresse, il ne fault doubter que, si ne l'avez, ceste
segonde foys, renvoyé mieulx édiffié de voz bonnes intentions, qu'en
lieu d'allience et confédération avec les Angloys, Vostre Majesté
n'ayt à les compter pour ceulx qui ouvertement, ou soubz mein, seront
ordinayrement en armes contre la France. Milord trézorier m'a fort
conjuré de vouloir bien penser de la sincère volonté de la Royne, sa
Mestresse, vers Vostre Majesté et vers la Royne, vostre mère, et
pareillement de celle de luy vers l'entretènement de tout le traicté,
mais qu'il n'estoit pas possible que la dicte Dame ni luy, avec toute
l'ayde qu'il luy sçauroit fère, peussent surmonter l'universel
consens, dont le conseil et toute la noblesse d'Angleterre convenoient
à se bander contre les dellibérations de Voz Majestez Très
Chrestiennes, en ce que vouliez poursuyvre à oultrance l'oppression de
la religion protestante, et exterminer ceulx de voz subjectz qui en
faysoient profession; et que, de tant qu'il me pouvoit fère clèrement
voyr, s'il vouloit, mais vous l'expérimantiez assez, que l'entreprinse
ne vous estoit nullement aysée, il vous vouloit, pour le debvoir de la
ligue, très humblement supplier de ne vous y opiniastrer tant, que la
Royne, sa Mestresse, et les princes protestantz fussent, à la fin,
contreinctz de vous monstrer que vostre entreprinse ne leur seroit
tollérable; et que s'il vous plésoit fère deviser avec elle, ou avec
quelqu'ung des dictz princes, de remettre la paciffication en vostre
royaulme, qu'il estoit très assuré qu'ilz seroient moyen qu'avec une
bonne parolle, et avec quelque démonstration de clémence, Vostre
Majesté regaigneroit plus d'authorité sur ses subjectz et recouvreroit
mieulx l'obéyssance qu'ilz luy doibvent, et se soubsmettroient plus
facillement à Monsieur que si vous y employez toutes les forces, et
tout l'estat de vostre couronne; et qu'il desiroit grandement que la
Royne, vostre mère, voulût prendre cest affère en sa mein.
Je l'ay bien fort remercyé de la bonne affection qu'il avoit à la paix
de vostre royaulme; mais je luy ay dict, sans toutesfoys rejetter son
conseil, qu'il ne deffailloit ny bonnes parolles ny clémence de la
part de Vostre Majesté, ny le bon office de la Royne, vostre mère, et
de Messeigneurs voz frères, et aultres grandz princes de vostre
royaulme, pour la réduction de voz subjectz, mais c'estoit l'habitude
que quelques ungs s'estoit faicte, depuis douze ans en çà, de
reprendre trop facillement les armes, qui rendoit tout le reste
opiniastre: et n'ay point suivy plus avant.
L'ung de ceulx que j'avoys secrettement envoyé en Escoce vient
d'arriver, qui rapporte qu'encor qu'il n'ayt recouvert la responce de
ceulx du chasteau de Lillebourg, que néantmoins il leur a fait tenir
mon chiffre, et ilz luy ont fait signal de l'avoyr receu; et que cella
est advenu sur le poinct que le comte de Rothes avoit esté desjà cinq
foys parlemanter à eulx, et sur le poinct qu'ilz estoient prestz de
livrer le dict chasteau au comte de Morthon, en, par luy, baillant
celluy de Blacnes, garny de quatre pièces d'artillerye, en baillant
aussy le revenu de Saint André pour le cappitaine Granges, mais que
toute ceste praticque avoit esté lors rompue. Dont le dict de Morthon,
à la persuasion du Sr de Quillegreu, avoit envoyé emprunter
l'artillerye et les neuf centz harquebousiers de la Royne
d'Angleterre; et que néantmoins l'on disoit que le dict chasteau
n'estoit pour estre forcé, mais bien creignoit on qu'il y eût de
l'intelligence dedans, ou bien que le cappitayne prétandoit de le
rendre avec plus d'honneur quand il verroit le canon, et assuroit on
qu'il y avoit vivres dedans jusques à la Saint Michel, et prou
pouldre, mais peu de bouletz. Sur ce, etc.
Ce XIIe jour de may 1573.
CCCXVIIIe DÉPESCHE
--du XXIIIe jour de may 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)
Audience.--Négociation du mariage.--Affaires de la Rochelle et
d'Écosse.--Envoi de la réponse d'Élisabeth sur la demande de
l'entrevue avec le duc d'Alençon.
AU ROY.
Sire, ayant la Royne d'Angleterre prins le loysir, durant toutes ces
festes de Pantecoste, de dellibérer avec les seigneurs de son conseil
de ce qu'elle avoit à me respondre sur l'offre de l'entrevue, et sur
les aultres deux instances, que je luy avoys faictes, du comte de
Montgommery et des choses d'Escoce; après qu'elle a eu bien examiné le
Sr de Walsingam, de l'intention qu'il pouvoit avoyr cognue là dessus
de Voz Majestez Très Chrestiennes, elle m'a faict, depuis troys jours
en çà, et non plus tost, appeler devers elle pour me dire que, devant
toutes choses, elle vous remercyoit infinyement de la favorable
expédition que, par deux foys, Vostre Majesté et la Royne, vostre
mère, aviez donnée à son ambassadeur, qui le luy aviez renvoyé le plus
satisfaict et le plus contant que nul aultre gentilhomme qu'elle eût
jamays mandé en charge; et que, si, de ceste vostre faveur, la
récompanse se pouvoit fère par une grande recognoissance d'elle, et
par une très grande obligation de luy, vous ne vous plaindriés jamais
du payement, mais qu'il luy deffailloit bien à elle le moyen, comme
sur une aultre plus grande obligation qu'elle vous avoit pour la tant
expresse déclaration, qu'il luy avoit apportée, de vostre parfaicte et
perdurable amityé vers elle, elle vous y peût bien satisfère;
néantmoins que là où les parolles propres, pour vous en rendre ung
assez suffisant grand mercy, luy deffailloient, elle adjouxteroit
davantage de la recognoissance dans son cueur pour vous produyre les
bons effectz que pourriez desirer de sa correspondance: et a
accompaigné cella d'une si bonne expression qu'elle a monstré de le
dire de bon cueur: que, touchant l'octroy que luy aviez voulu defférer
de l'entrevue, lequel elle recognoissoit procéder d'une singullière
faveur et très grande grâce de Vostre Majesté et de la Royne, vostre
mère, et de Monseigneur le Duc, elle mettroit peyne de vous y fère la
plus honnorable et cordialle responce, qu'elle pourroit, par ses
lettres qu'elle vous feroit présenter, et avec quelques parolles de
son intention par son ambassadeur: que, du comte de Montgommery, elle
estoit bien assurée qu'il n'y avoit plus ny hommes ny vaysseaulx
angloys en sa compagnie, s'estant toutz les navyres marchandz, qu'il
cuydoit conduyre dans la Rochelle, retirés par deçà, et qu'il n'y en
yroit poinct d'aultres, et que, si j'entendoys qu'il en allât
aultrement, que je l'en advertisse; car me juroit qu'elle y mettroit
bon remède, estant résolue de vous guarder, comment que ce fût,
inviolablement l'amityé: que, des choses d'Escoce, l'entreprinse du
chasteau de Lillebourg estoit bien advancée, en laquelle, ny en chose
qui se traictât par dellà, vous ne trouveriez qu'il s'y fît rien à
vostre préjudice; et puisque le comte de Morthon ne respondoit rien
sur le voyage du Sr de Vérac, il monstroit bien qu'il ne vouloit pas
qu'il y allât; néantmoins qu'elle remettoit en la liberté du dict Sr
de Vérac de s'y acheminer ou de s'en retourner en France.
Je luy ay réplicqué, Sire, sur les deux derniers poinctz que, de tant
que, pour l'amour d'elle, vous aviez faict fère une publication,
incontinent après la retraicte du dict de Montgommery, qu'on eût à
bien recepvoir les Angloys en vostre royaulme, que je la supplioys de
fère aussy, pour l'amour de vous, publier maintenant une deffence au
sien que nul eût à suyvre les entreprinses du dict de Montgommery,
puisqu'il avoit monstré acte d'hostillité contre vous; et, touchant
l'Escoce, qu'elle me déclarât ouvertement si elle vouloit demeurer
aulx termes du traicté, à procurer, conjoinctement avec Vostre
Majesté, la paix du pays, ou bien si je vous manderois qu'elle
délibéroit d'y poursuyvre les choses par les armes; et que je la
supplioys de trouver bon que je débatisse plus amplement ces deux
faictz avec les seigneurs de son conseil, affin que j'eusse tant plus
de commodité de traicter avec elle de l'aultre principal, et plus
agréable propos, sur lequel, de tant que la Royne, vostre mère, et
Monseigneur le Duc m'avoient commandé de recouvrer, le plus tost que
je pourrois, la responce qu'elle voudroit fère à leurs lettres, et de
procurer qu'elle la leur fît si clère, sur la réalité de leur offre,
qu'il n'y peût rester aulcune ambiguyté, je la supplioys bien
humblement me donner moyen de leur bien satisfère.
Elle a respondu qu'elle trouvoit bon de me bailler ses lettres, et de
me toucher encores quelque mot de ce qu'elle manderoit dedans; c'est
qu'elle estoit en peyne de ce que la Royne, vostre mère, avoit estimé
mal honnorable que Monseigneur le Duc vînt icy sans assurance de
mariage, et que néantmoins, sans l'avoyr eu, elle offroit maintenant
l'y laysser venir; dont desiroit estre satisfaicte de la diversité de
l'occasion, et estre bien assurée que, au cas que le mariage ne peût
succéder, que Mon dict Seigneur le Duc n'en sentiroit pourtant aulcune
offance en son honneur, ny n'en viendroit aulcune diminution en vostre
mutuelle amityé; et que, ce faict, s'il plaisoit à Mon dict Seigneur
le Duc de passer en ce royaulme, il y seroit le très bien venu, et
elle mettroit peyne de l'honnorer sellon sa grandeur et sellon celle
de vostre couronne d'où il estoit, comme s'il fût ung empereur, et,
aultant qu'il seroit en elle, et en toutz ses moyens, et de ceulx de
son royaulme, de le pouvoir mieulx fère; et que, des seuretés, oultre
que Voz Majestez n'en debvoient nullement doubter, elle les bailleroit
si bonnes et si grandes comme je les voudroys demander; et qu'on luy
avoit bien voulu fère remarquer, en ceste offre de l'entrevue, que ce
n'estoit sinon après la prinse de la Rochelle, et que, si la Rochelle
n'estoit prinse, l'on ne luy offroit rien, ou bien que, puis après,
l'on se mocqueroit, possible, d'elle, mais qu'elle considéroit bien
que cella estoit plus procédé de l'affection que Voz Majestez avoient
à la réduction de ceste place, que non pour mettre, de vostre part,
aulcung retardement au propos.
Je luy ay répliqué, Sire, qu'à la vérité il n'avoit esté faict mencion
de la Rochelle, sinon parce que Monseigneur le Duc n'avoit peu, avec
son honneur, parler aultrement, ny laysser ceste entreprinse de
guerre, qui touchoit grandement à voz affères et à la réputation de
Monsieur, et à la sienne mesmes, pour venir à une aultre entreprinse,
qui estoit pleyne de tout plésir et contentement; et, quand au
doubte, dont elle desiroit estre satisfaicte, premier que déclarer sa
volonté sur l'entrevue, qu'il n'estoit besoing d'attendre plus grand
esclarcissement que celluy qui apparoissoit assez de ce qu'après une
tant expresse protestation, qu'elle vous avoit faicte en cella, Voz
Majestez n'avoient layssé de luy offrir l'entrevue; et qu'elle debvoit
excuser l'affection maternelle qui avoit faict desirer à la Royne,
premier que d'envoyer son filz, de pouvoir mettre ung peu plus de
seureté en son affère que les difficultez, que le Sr de Walsingam luy
avoit proposé de la religion, ne luy permettoient d'en prendre,
lesquelles difficultez sembloient estre ung refus; et que je luy
voulois dire tout librement que, si Vostre Majesté et la Royne, vostre
mère, sçaviez certaynement ou pensiez qu'elle deût refuzer Mon dict
Seigneur le Duc, qu'en nulle façon du monde vous luy permettriez d'y
venir, mais que, sur ce qu'elle m'avoit dict qu'elle n'estoit si
maulvayse ny si desloyalle qu'elle eût voulu mettre en avant la dicte
entrevue, en intention de le refuzer, ains pour l'épouser de bon
cueur, s'il plaisoit à Dieu qu'ilz se peussent complayre, et qu'elle
vouloit résoluement se marier, vous luy aviez consenty qu'il la peût
venir voyr; et pourtant je la supplioys de remettre maintenant, sans
aulcune condicion, à Voz Majestez Très Chrestiennes et à luy,
d'accomplir son voyage, quand vous verriez qu'il luy seroit commode et
honnorable de le fère.
Sur cella elle m'a respondu qu'elle avoit bien cognu, par les propos
de messire Walsingam, que la Royne, vostre mère, avoit prins pour
chose arrestée ce qu'il luy avoit seulement dict par manyère de devis,
du faict de la religion, de Monseigneur le Duc, qu'il se debvoit
contenter de la liberté de conscience sans aulcung exercice privé ny
externe de sa dicte religion, mais elle avoit tousjours prétandu que
cella seroit réservé entre eulx deux; et que, de la déclaration que je
vous avoys mandée, qu'elle se vouloit marier, et qu'elle n'avoit
intention de refuzer Mon dict Seigneur le Duc, s'ilz se pouvoient
complaire, qu'elle estoit très vraye, néantmoins qu'elle desiroit bien
fort pouvoir estre esclarcye du doubte que la Royne, vostre mère,
avoit eu de l'honneur de luy, bien que, sur les raysons que je venois
de lui déduyre là dessus, lesquelles luy sembloient fort
considérables, elle y penseroit encores, premier que d'escripre ses
lettres, et que je pourrois, quand je traicterois avec ses conseillers
des aultres deux poinctz, leur parler aussy de cestuy cy.
Et me licenciant ainsy de la dicte Dame avec plusieurs aultres bien
honnestes parolles, elle commanda à milord trézorier, au comte de
Sussex et mestre Smith, qui estoient là présentz, de conférer à loysir
avecques moy. De laquelle conférance, Sire, après que les choses ont
esté débatues, de chacun costé, aultant avant qu'il s'est peu fère, et
dont le Sr de Vérac est intervenu en celles qui concernoient l'Escoce,
iceulx du conseil ont volu encores rapporter le tout à leur Mestresse.
Et, depuis, s'en est ensuivy que la dicte Dame a faict, quand à
l'entrevue, la responce qui est contenue ez lettres qu'elle escript à
la Royne, vostre mère, et à Monseigneur le Duc, et qu'elle a mandé au
pays d'Ouest de n'aller pas ung à la Rochelle, ou que ce sera à leur
damp, et qu'elle a fait expédier passeport au Sr de Vérac jusqu'à
Barvic, où luy et le Sr de Sabran se sont desjà acheminés, affin que,
si l'on faict difficulté à l'ung, l'aultre puisse passer en Escoce. Et
sur ce, etc.
Ce XXIIIe jour de may 1573.
CCCXIXe DÉPESCHE
--du XXVIIIe jour de may 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Motifs qui ont déterminé la réponse d'Élisabeth au sujet de
l'entrevue demandée.--Nouvelles d'Écosse.
AU ROY.
Sire, quand la Royne d'Angleterre vous a deu rendre la responce, que
je vous ay mandée par le Sr de Vassal, ceux de son conseil, qui ont
esté appellés pour en dellibérer avec elle, luy ont trop curieusement
interprété les circonstances de l'offre de l'entrevue, car luy ont
donné entendre qu'elles monstroient plus d'artiffice pour contenir
l'Angleterre pendant les troubles de vostre royaulme, qu'il
n'aparoissoit en Voz Majestez, de volonté par après, de l'effectuer.
De quoy ne les ayant le Sr de Walsingam, à son retour, peu assez bien
esclarcyr, ou ne l'ayant ozé fère, ilz ont, à ce que j'entendz,
induict la dicte Dame de respondre assez artificieusement aulx petites
lettres de la Royne, vostre mère, et de Monseigneur le Duc; de quoy
les siennes vous auront faict foy de ce qui en est, car je vous ay
seulement représanté les propos qu'elle m'en a tenus. Tant y a, Sire,
qu'il se voyt clèrement que la matière est si affectée en ceste court
que, ny ceulx, qui la desirent, veulent qu'on la délaysse, ny ceulx,
qui la creignent, permettent qu'elle soit conclue; et m'a l'on assuré
qu'on l'entretiendra toujours en cest incertein, jusques à ce que, par
ung langage cler et non condicionné de vostre part, Voz Majestez Très
Chrestiennes auront contreinct la dicte Dame de vous y respondre de
mesmes. Tant y a que puisque ceste princesse monstre quelque
modération procédante d'elle mesmes, il semble, Sire, qu'il sera
expédiant, en ce temps, que la supportiez ung peu sur l'impétuosité de
ses subjectz; et que néantmoins renforciez si bien vostre armée de mer
et pourvoyez en si bonne sorte à vostre frontière, ainsy comme avez
faict jusques icy, que ceulx, qui y voudront entreprendre, n'en
puissent rapporter que beaucoup de honte et beaucoup de dommage.
J'entendz que l'artillerye n'a encores faict grand effort contre le
chasteau de Lillebourg, et que le comte de Morthon a commancé d'avoyr
suspectz aulcuns des principaulx qui avoient suivy le party de la
Royne d'Escoce, nonobstant l'accord qu'ilz ont faict avecques luy,
dont demande davantage de forces de ce costé; et je creins assez qu'on
luy en baillera. L'on m'a dict qu'il menoit un traicté de livrer le
petit Prince d'Escoce aulx Angloys, et que ce qui est allé d'hommes,
d'artillerye et de monitions, par dellà, et les ostages qu'on a prins
de ce costé, a esté plus à ces fins qu'en intention d'espugner le
chasteau; et que cella a esté aulcunement découvert, ou aulmoins l'on
en a eu tant de souspeçon qu'il y a esté remédyé; et je sçay que la
grand mère a dict icy que le petit Prince, son petit filz, estoit en
très grand danger, dont prioit Dieu qu'elle le voulût préserver. Et
sur ce, etc.
Ce XXVIIIe jour de may 1573.
CCCXXe DÉPESCHE
--du IIIe jour de juing 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par Jacques._)
Audience.--Négociation du mariage.--Déclaration d'Élisabeth
qu'elle ne livrera pas le comte de Montgommery au roi;
protestation de sa part qu'elle ne lui donnera aucun
secours.--Affaires d'Écosse.--Seconde audience.--Communication
de la décision des états de Pologne, qui ont fait élection du
duc d'Anjou pour leur roi.--Capitulation de
Lislebourg.--Satisfaction de la reine sur l'élection du duc
d'Anjou.
AU ROY.
Sire, avant que recepvoir vostre dépesche, du vingt quatriesme du
passé, j'avoys esté parler du contenu en celle du dix huictiesme
auparavant à ceste princesse pour, en premier lieu, la prier que si,
sur le faict de l'entrevue, elle ne vous avoit par ses lettres et par
son ambassadeur respondu si clèrement et sans condicion, comme le
requéroit la réalité de l'offre que luy aviez faicte, elle me voulût
dire maintenant quelque chose qui peût supléer à la satisfaction de ce
que Voz Majestez Très Chrestiennes en desiroient; que s'estant le
comte de Montgommery, ainsy qu'on vous l'avoit dict, retiré par deçà
pour y recouvrer nouveaux secours, affin de tenter de rechef
l'entreprinse, qu'il avoit une foys fallye, de mettre du
refraychissement dans la Rochelle, que, non seulement elle ne voulût
permettre qu'il en tirât pas ung de ce royaulme, mais qu'elle le feist
saysir et ses complices, pour les remettre en voz meins, affin d'en
fère justice, parce qu'ilz s'estoient desjà efforcés de vous fère la
guerre, et de rompre la bonne confédération d'entre ces deux
royaulmes; que Vostre Majesté avoit trouvé bien estrange qu'elle eût
envoyé des forces et de l'artillerye en Escoce; et desiriez sçavoyr
si elle vouloit demeurer aulx bons termes du traicté, de procurer
conjoinctement une bonne paciffication dans le pays, ou bien y
procéder par les armes, luy racomptant, au surplus, de l'estat du
siège de la Rochelle, et des aultres exploictz qui se faysoient en
vostre royaulme, sellon qu'il estoit contenu dans voz lettres.