La dicte Dame, après avoyr ung peu pensé, m'a, d'une fort bonne et

modeste façon, respondu qu'elle vouloit tousjours remercyer le Roy et

Vostre Majesté du bon desir que monstriez avoyr à son alliance, et de

l'honnorable pourchas que continués d'en fère, et de ce que, toutz

deux, aviez mis peyne de chercher ung expédiant sur la principalle

difficulté, qui estoit celle de la religion; mais qu'il sembloit que,

sur l'aultre, qui estoit de l'entrevue, vous y aviez, Madame, trouvé

ce dont elle vous avoit tousjours requise, que ne la voulussiez

consentir, si jugiez qu'il y eût tant soit peu de chose mal honnorable

pour Monseigneur le Duc; et qu'il luy sembloit que Vostre Majesté

avoit fort bien réduict l'affère au poinct où il la falloit proprement

délaysser: car, après vous avoyr faict entendre qu'elle avoit résolu

de ne s'obliger jamays à aulcun mariage qu'elle n'eût veu celluy

qu'elle espouseroit, et Vostre Majesté estant résolue que Monseigneur

le Duc ne passe icy, sans qu'elle vous ayt promis de l'espouser,

c'estoient deux résolutions si contrayres l'une à l'aultre, qu'il ne

luy restoit sinon de mander à son ambassadeur de n'en parler plus, et

à moy de me prier que je vous voulusse assurer, de la part d'elle,

qu'elle n'avoit esté si meschante ny si desloyalle, après vous avoyr

faict déclairer qu'elle se vouloit résoluement marier d'ung bon et

grand lieu sellon elle, qu'elle eût faict proposer à Voz Majestez

l'entrevue de Monseigneur le Duc et d'elle, en intention de vous

offancer toutz troys en le refuzant, ains de l'espouser de bon cueur,

s'il eût pleu à Dieu qu'ilz se fussent compleus l'ung de l'aultre, et

qu'elle verroit ce que, sur la dépesche du gentilhomme que je vous

avoys naguyères envoyé, vous m'en respondriez; qui toutesfoys ne

sçavoit si elle debvoit plus consentir la dicte entrevue, puisque

Vostre Majesté y voyoit du danger; car avoit tousjours estimée que le

poinct de la religion pourroit estre très honnorable à l'ung et à

l'aultre, s'il advenoit, par quelque occasion, que le dict mariage ne

peût succéder.

Je n'ay fally de remonstrer à la dicte Dame combien vous aviez de

justes occasions de requérir ceste secrette seureté, et de n'azarder

le voyage de Mon dict Seigneur le Duc, sans plus de fondement de bonne

espérance qu'elle ne vous en avoit encores donné, et qu'elle debvoit

laysser conduyre ce mariage en la façon accoustumée des princes, par

ambassadeurs et ministres; mais elle est demeurée ferme au poinct de

l'entrevue, et d'attandre ce que me manderez par le Sr de Vassal.

Sur quoy m'estant gracieusement licencié de la dicte Dame, Mr le comte

de Lestre m'est venu demander où j'en estoys demeuré avec elle; et je

le luy ay particullièrement récité: lequel m'a dict qu'il y avoit de

la rayson des deux costés, et qu'il en vouloit aller, sur l'heure

mesmes, parler avec elle, et que, le jour après, il viendroit à

Londres, où milord trézorier estoit, pour en conférer toutz deux

avecques moy; comme il a faict, bien que, après avoyr, eulx deux, esté

quelque temps ensemble, il n'a heu loysir davantage d'attandre, et le

propos a esté seulement entre le dict milord et moy. Lequel m'a dict

que, sellon troys choses, que le Sr de Walsingam avoit recuillies de

voz propos, la Royne, sa Mestresse, et eulx avoient prins quelque

conjecture que Vostre Majesté ne vouloit poinct le dict mariage; la

première estoit le refus de l'entrevue, après l'avoyr d'aultrefoys

voulue, et après avoyr offert, Vostre Majesté mesmes, d'y venir, qui

estoit ung trêt qu'il estimoit non guyères dissemblable à celluy du

premier propos, pour fère que la dicte Dame se trouve tousjours

refuzée; la segonde est le party que Vostre Majesté a dict avoyr en

mein pour Monseigneur le Duc, si n'estiez bientost respondue d'estuy

cy; et la troysiesme, la commémoration qu'avez faicte de la Royne

d'Escoce, comme le Sr de Vérac avoit charge de relever son party en

Escoce, bien que vous fussiez depuis corrigée, quand le dict Sr de

Walsingam vous avoit dict que le traicté portoit qu'il ne seroit

poinct parlé d'elle.

Aulxquelles troys choses j'ay mis peyne de satisfère si bien au dict

milord, qu'il a bien veu que la vérité surmontoit les dictz argumentz,

et que le Roy et Vous, Madame, et Monseigneur le Duc, et toutz ceulx

de vostre couronne, aviez une très droicte, très certayne et

indubitable, bonne intention au dict mariage, et qu'il estoit desjà

tout résolu de vostre costé, et le poinct de la religion entièrement

esclarcy.

Il m'a réplicqué que, puisque Monseigneur le Duc estoit de si belle

disposition, et de belle taille, et avoit de si belles et vertueuses

qualitez, comme je disoys, pourquoy est ce que Vostre Majesté

creignoit l'entrevue, car me pouvoit jurer, devant Dieu, qu'il ne

voyoit aultre dellibération en sa Mestresse que de se marier pour

satisfère à ses subjectz, et servir à la nécessité du temps; et

qu'elle ne s'arresteroit poinct à la couleur du visage; et le faict de

la religion se pourroit assez bien accomoder entre eulx, sellon ce qui

en estoit desjà proposé; mais qu'elle estoit entièrement résolue de

voyr celluy qu'elle espouseroit, fût ce le plus grand prince de la

terre, premier que de luy promectre mariage; et qu'il sçavoit bien

certaynement que ce n'estoit en intention de refuzer Mon dict Seigneur

le Duc, qu'elle demandoit l'entrevue, ains pour l'espouser, si Dieu

vouloit qu'ilz se peussent complère. Et sur ce, etc.

Ce XIIIe jour d'apvril 1573.

MÉMOIRE AU ROY.

Sire, je suis allé trouver la Royne d'Angleterre, et, après

l'avoir fort grandement mercyée, ainsy qu'il vous plaisoit me

commander de le fère, de ce qu'elle avoit envoyé réprimer les

pirates, et de ce qu'elle avoit faict rendre à voz subjectz ce

qui avoit esté recoux d'eulx, qui leur appartenoit, et

singullièrement de ce qu'elle n'avoit layssé au comte de

Montgommery, ny à ceulx qu'il avoit praticqués par deçà, toute

la faculté et les moyens d'exécuter leur maulvayse volonté et

leurs maulvais desseings qu'ilz avoient contre Vostre Majesté;

je luy ay dict que, par ung article d'une de voz lettres, vous

vous esbahyssiez néantmoins comme j'osoys vous assurer si

confidemment, comme je faysois, de la parfaicte amytié d'elle

et de l'observance des traictés, là où vous aviez trois

argumentz devant les yeulx qui vous donnoient occasion de

creindre le contrayre.

L'ung estoit ceste persévérance en laquelle le dict

Montgommery continuoit de prendre icy les armes, pour s'aller

esprouver sinon contre vostre personne, aulmoins contre celle

de Messieurs voz frères, qui estoient campés devant la

Rochelle, pour les empescher en la réduction de ceste place à

vostre obéyssance, chose que vous ne pouviez en façon du monde

bien gouster; le segond, qu'en mesmes temps les marchandz

angloys, qui estoient à Roan et ez aultres villes de vostre

royaulme, vendoient leurs biens et laissoient à vils prix

leurs marchandises pour se retirer à grand haste deçà la mer,

pour quelque advertissement qui leur estoit venu d'icy, ou

bien du Sr de Walsingam, comme si elle avoit proposé de vous

commancer bientost la guerre; et le troisiesme, que le Sr de

Vérac, lequel vous envoyez en Escoce, estoit arresté par deçà,

bien qu'il fût garny de vostre passeport, et de voz lettres et

pacquetz;

Qui estoient troys trêtz, sur lesquelz me commandiez de vous

esclarcyr de l'intention d'elle, affin de ne vous trouver

surprins de quelque mal, du costé que vous n'espériez que

bien; car c'estoient tousjours les plus nuysans coups, ceulx

qu'on n'avoit pas préveus: et que, de tant que vous luy

renouvelliez et confirmiez de rechef devant Dieu, et sur

l'obligation de vostre honneur et de vostre conscience, de luy

garder invyolablement la confédération que luy aviez jurée, et

d'empescher que vous, ny voz subjectz, ny pas un, vers qui

vous eussiez moyen ou puissance, l'enfrennissent à jamais au

préjudice d'elle, ny du repoz de sont estat, que vous la priez

et l'adjuriez qu'elle voulût uzer de mesmes droictement vers

vous; et que, suyvant cella, elle fît cesser l'apareil et les

entreprinses du dict de Montgommery, et fît que les marchandz

angloys, qui estoient en France, y continuassent doulcement

leur commerce, comme ilz avoient accoustumé, et qu'au Sr de

Vérac fût baillé son passeport pour continuer le voyage que

luy aviez commandé en Escoce.

A toutes lesquelles choses la dicte Dame m'a respondu que,

devant toutes aultres, elle vous prioit de vivre en très

parfaicte assurance d'elle, et qu'elle ne vous deffaudra ny

d'amityé ny de ligue, ainsy qu'elle le vous a juré, tant

qu'elle sera en ce monde, si premièrement vous ne la luy

rompés:

Et, quand au faict du comte de Montgommery, qu'elle m'y avoit

desjà amplement respondu, et vous y avoit faict satisfère par

son ambassadeur, et qu'elle y avoit uzé, du commancement, et

continuoit d'y uzer encores, en façon que sa conscience

l'assuroit fort que vous sentiés beaucoup plus d'obligation

que d'offance d'elle en cest endroict;

Qu'elle feroit commander aulx principaulx marchandz de Londres

de continuer, par leurs facteurs, leur commerce en France,

comme ilz avoient accoustumé, et de les advertir bien de ne

fère, ny dire, chose qui ne soit sellon la bonne intelligence

d'entre ces deux royaulmes;

Et, quand au passeport du Sr de Vérac, que j'avoys bien veu,

en ma précédante audience, la volonté qu'elle avoit eu de le

luy octroyer, mais que, le soyr mêmes, estoit arrivé ung

pacquet du comte de Morthon, par lequel il la prioit de ne le

laysser poinct passer, estimant que cella pourroit renouveller

quelque altération en la bonne paix, où le païs estoit à

présent, et par ainsy que je l'excusasse; car, tant s'en

falloit qu'elle voulût retarder la dicte paix, que au

contrayre elle la vouloit advancer et establir, parce que

celle de son royaulme en dépandoit;

Et que, de tant qu'il n'y avoit rien plus que le chasteau de

Lillebourg qui l'empeschât, elle me vouloit bien dire, et

avoit mandé à son ambassadeur de le notiffier à Vostre

Majesté, qu'elle permettoit à ses subjectz, qui sont vers la

frontière d'Escosse, d'aller secourir le jeune Roy, son

nepveu, à réduyre le dict chasteau à son obéyssance, ainsy

que, jouxte les traictés, elle en avoit esté requise par luy

et par les Estatz du pays.

J'ay réplicqué, Sire, que Vostre Majesté et la Royne, vostre

mère, aviez prié le Sr de Walsingam de luy remonstrer qu'elle

ne voulût plus estre vostre amye et bonne seur à demy, ains

entièrement, comme vous luy vouliés estre vray frère et tout

entier amy, à jamais; et que, déposantz toutz deux les

jalousies et deffiances d'entre vous, il ne fût plus uzé

d'aulcune sorte de simulation, ny de ces façons couvertes, et

soubz mein, l'ung vers l'aultre, et que pourtant elle advisât

si elle aymoit mieulx, à ceste heure, complayre au comte de

Morthon, d'arrester icy le Sr de Vérac, que de satisfère à

Vostre Majesté, de luy donner moyen de continuer son voyage;

et que je pouvois jurer, suyvant ce que m'aviez escript, qu'il

n'avoit commission de fère chose aulcune par dellà que sellon

le traicté de la ligue, et de procéder en tout conjoinctement

avec son ambassadeur;

Et, quand à mander de ses forces en Escoce, que cella vous

osteroit le moyen de vous pouvoir excuser d'y envoyer des

vostres, qui aviez jusques icy respondu à ceulx qui vous en

avoient pressé, que vous aviez une mutuelle promesse avec elle

de n'y envoyer des françoys non plus qu'elle des angloys; et,

quoy que soit, je la prioys d'attandre qu'est ce que Vostre

Majesté respondroit là dessus à son ambassadeur; car je

sçavoys bien que le dernier traicté portoit que, dans quarante

jours, l'ung et l'aultre debviez retirer les gens de guerre

que pouviez avoyr au dict païs, tant s'en falloit qu'elle y en

deût envoyer, et que je ne pouvois fère de moins cepandant que

de protester de l'infraction du traicté; mais que je la

supplyois de me laysser débattre ce faict avec les seigneurs

de son conseil, affin que je luy peusse tenir ung plus

agréable propos.

Et là dessus, Sire, je luy ay parlé amplement de l'audience

que la Royne vostre mère avoit donné au Sr de Walsingam en

vostre gallerie de Fontainebleau, à quoy elle s'est rendue

fort attentive; et néantmoins m'a assez faict cognoistre que

le dict de Walsingam luy en avoit mandé quelque particullarité

qui ne l'avoit bien contantée. Et de tant, Sire, que j'ay mis

le récit de cella en la lettre de la Royne, je adjouxteray

seulement icy que, ayant depuis débatu les affères d'Escoce

avec les dictz du conseil, il me semble les avoyr ramenés à

quelque rayson; et m'a esté octroyé que le Sr de Vérac puisse

envoyer son homme jusques au comte de Morthon, pour quérir son

passeport, si, d'avanture, il le veult bailler.

CCCXIIe DÉPESCHE

--du XVIIe jour d'apvril 1573.--

(_Envoyée jusques à Calais par le Sr Christofle Dumont._)

Nouvelles de la Rochelle.--Reprise du commerce entre l'Angleterre

et l'Espagne.--Conférence de l'ambassadeur et de Burleigh sur

les affaires d'Écosse.--Fausse nouvelle de la prise de

Lislebourg.

AU ROY.

Sire, de tant que le comte de Montgommery faict son embarquement à

plus de cent soixante dix mil d'icy, et que celluy, que j'ay envoyé

pour le recognoistre, ne revient poinct, ains m'a l'on dict qu'il a

esté découvert et qu'on l'a arresté; et que le dict de Montgommery a

envoyé se pleindre que je descouvrois beaucoup de ses affères, et les

luy traversoys, qui creignoit que ce fût par le moyen du jeune Sr de

Pardaillan, l'on m'a observé, et toutz les miens, beaucoup de plus

près qu'on ne souloit. Dont ne vous puis mander, pour ceste heure,

Sire, sinon la confirmation de ce qu'en avez veu par mes précédantes,

du XIIIe de ce moys, auxquelles je vous supplie très humblement

adjouxter foy. Et vous diray davantage que j'ay sceu que quelques ungs

de la Rochelle, lesquelz s'institulent mayre, juratz et payrs de la

ville, ont escript une lettre, du XVIe de mars, au dict de

Montgommery, par laquelle ilz luy mandent que le Sr de La Noue, avec

quelques aultres, les ont layssés, de quoy ilz sont fort ayses, pour

ce qu'ilz ne pouvoient vivre sans quelque souspeçon de luy, puisqu'il

avoit passé par la court, non qu'il ne se fût porté en fort vaillant

gentilhomme et en homme de bien, tant qu'il avoit esté avec eulx.

Au surplus, Sire, les articles de l'ouverture du commerce pour deux

ans, entre les pays du Roy d'Espaigne et l'Angleterre, sont passés, et

le duc d'Alve les a signés pour le Roy Catholique et milord trézorier

pour la Royne sa Mestresse; à laquelle le dict Roy Catholique a mandé,

de sa mein, qu'il vouloit de bon cueur que les choses passassent à

l'honneur et advantage d'elle, comme de celle de qui, pour beaucoup de

respectz, il desiroit conserver l'amityé; et elle luy a pareillement

escript, de sa mein, qu'elle luy vouloit defférer le semblable, comme

à celluy par qui elle recognoissoit que la vye et l'estat luy avoient

esté conservés.

Le Sr de Vérac et moy avons obtenu qu'il puisse dépescher, par la

poste, son homme devers le comte de Morthon, en Escoce, pour aller

quérir son passeport, affin de continuer son voyage, s'il le luy

envoye, ou bien s'en retourner, s'il le luy refuze. Milord trézorier,

quand je luy ay débatu que sa Mestresse ne pouvoit, sans enfreindre

les traictés, envoyer des forces en Escoce, m'a dict qu'il ne falloit

que Vostre Majesté eût opinyon qu'elle voulût entreprendre, ny en

Escoce, ny en nulle part du monde, chose aulcune que pour la seule

nécessité de sa seureté et pour le repos de son estat; et que, si elle

pouvoit avoyr ces deux poinctz, avec vostre amityé, ne falloit doubter

qu'elle ne vous gardât invyolablement la sienne avec aultant

d'affection comme pour sa propre vye; mais que les choses luy

estoient, en cest endroict, fort suspectes; dont voudroit, à ceste

heure que ceulx de la noblesse du pays se trouvoient aulcunement unis

à l'obéyssance du jeune Roy, que, à l'occasion du chasteau de

Lillebourg et de ceulx qui sont dedans, l'on ne retournât plus aulx

armes, et que pourtant le cappitaine Granges, milord de Humes et le Sr

de Ledington, qui seuls maintenant excitoient le trouble, se

voulussent contanter des seuretés qu'on leur vouloit bailler, toutes

semblables à celles que le duc, le comte de Honteley et les

principaulx, qui avoient suivy le party de la Royne d'Escoce, avoient

prins pour eulx mesmes; et qu'ilz voulussent libérallement rendre le

chasteau pour estre miz ez meins du comte de Rothes, ainsy que les

Estatz du pays l'avoient ordonné; et qu'il tardoit à la Royne, sa

Mestresse, que milord de Humes se fût rengé à l'obéyssance du dict

jeune Roy, affin de luy rendre incontinent son chasteau, lequel elle

avoit tout à plat refusé à ceste occasion au susdict de Morthon,

affin de n'en frustrer le propriétayre, bien qu'elle n'eût promis de

le rendre sinon en général aulx Escouçoys; et que le dict de Morthon

s'estoit monstré fort modéré en cest accord de l'Escoce, car avoit

rendu toutz les biens et estats qu'il tenoit, et le duc et ses enfants

avoient recouvert leurs terres et les abbayes d'Arbret et de Peselay,

et pareillement l'estat de chancellier avoit esté baillé au comte

d'Arguil, et celluy d'admiral à ung aultre; et le comte de Honteley et

luy estoient, à présent, grandz amys; qu'il me vouloit bien advertyr

néantmoins de deux choses: l'une, qu'il avoit esté faict ung acte de

parlement entre les Escouçoys pour requérir la Royne, sa Mestresse, de

les recevoir en ligue avec elle, pour la deffance de leur commune

religion, contre toutz ceulx qui se voudroient monstrer ennemys

d'icelle; l'aultre, que madame de Levisthon avoit esté faicte

prisonnyère, à cause d'une lettre de créance qu'elle avoit escripte à

la comtesse de Mar; dont celluy qui la portoit avoit esté prins, et

déposoit que c'estoit pour pratiquer, avec elle et avec Me Alexandre

Asquin, de transporter le jeune Roy en France; et que, si Vostre

Majesté avoit prins quelque souspeçon de la Royne, sa Mestresse, par

les appretz du comte de Montgommory par deçà, et pour voyr retirer les

marchandz anglois hors de France, et pour vouloir envoyer quelque

secours aulx Estatz d'Escoce, qui le demandent, qu'elle avoit plus

d'occasion de se craindre des dellibérations de Vostre Majesté parce

qu'elles tendoient à la ruyne d'elle, estant mesmement guydées par les

ennemys de sa couronne, là où elle ne prétandoit, par toutes ses

entreprinses, qu'à se conserver.

A quoy j'ay respondu fort court que nulle sorte de nouvelle ligue se

pouvoit fère en Escoce, ny envoyer des forces dans le pays, sans

contrevenir aulx traictés, et que c'estoit la Royne, sa Mestresse, qui

tâchoit d'avoyr le Prince entre ses meins; mais que si, pour se mectre

hors de toutes ces difficultés, elle vouloit s'esclarcyr avec Vostre

Majesté du faict du chasteau de Lillebourg, et du dict Prince, et de

l'entière paix du pays, et de toutes aultres choses qu'aviez à

desmeller ensemble, que vous seriez prest de le fère. Ce qu'il a

trouvé fort bon, mais je creins que, pour cella, le dict secours pour

l'Escoce ne sera suspendu, tant ceulx cy ont à cueur la reddition du

chasteau de Lillebourg, laquelle ilz font, à toute heure, presser

davantage. Et sur ce, etc.

Ce XVIIe jour d'apvril 1573.

Ainsy que je signois la présante, l'on m'est venu dire qu'ung

courrier arrivoit d'Escoce, qui disoit que le chasteau de

Lillebourg s'étoit rendu par composition à l'obéyssance du

jeune Roy. J'entendray mieulx comme il en va: car, dès hier,

on m'avoit bien dict que le comte de Rothes avoit esté dedans,

mais non rien davantage.

CCCXIIIe DÉPESCHE

--du XXIe jour d'apvril 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Départ de l'expédition du comte de Montgommery.--Affaires

d'Écosse.

AU ROY.

Sire, ung messager est venu, du quartier d'Ouest, qui assure que le

comte de Montgommery s'est ambarqué, le XVIe du présent, à Plemmue. Il

est allé par mer jusques à Falmue, qui est à la poincte de Cornoaille,

pour, de là en hors, fère voyle à l'Isle Dieu, où il prétend de

recueillir toutz ses vaysseaulx. Je n'ay aultres nouvelles d'Escoce,

depuis mes précédantes, du XVIIe de ce moys, sinon que de la part de

ceulx qui ont suivy le party de la Royne d'Escoce, qui mènent quelques

praticques en faveur de ceulx du chasteau de Lillebourg pour les fère

comprendre dans l'accord; que le comte de Rothes a esté devers eulx

dans la place, et que le cappitaine Granges a offert de la luy

remettre en ses meins, ou bien ez meins de celluy que ceulx de la

noblesse nommeront, en luy baillant néantmoins, premier qu'il s'en

descharge, une bonne somme de deniers contantz pour s'acquicter des

grandz debtes qu'il a faictz pour la fournyr et conserver durant le

temps qu'il en a esté cappitaine, en luy baillant aussy le chasteau de

Blacnes pour sa seureté, et pour celle aussy de ceulx de son party. De

quoy il n'y a encores rien de faict, et m'a l'on dict que les trèze

centz harquebusiers, que la Royne d'Angleterre avoit faictz approcher

vers ces quartiers là pour les envoyer au comte de Morthon, lesquelz,

à la vérité, ont esté jusques sur la frontyère d'Escoce, s'en estoient

retournés; ce que, si ainsy est, Sire, elle a voulu monstrer de

n'aller poinct contre la protestation que je luy ay faicte, et à ceulx

de son conseil, de n'y envoyer poinct de forces s'ilz ne vouloient

enfraindre le traicté. Néantmoins l'on continue de m'advertyr qu'elle

passera oultre à fère passer les dictz harquebousiers et l'artillerye

pour forcer ou pour intimyder ceulx du dict chasteau, s'ilz ne

viennent à composition. Et sur ce, etc. Ce XXIe jour d'apvril 1573.

CCCXIVe DÉPESCHE

--du XXVIe jour d'apvril 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Nouvelles du comte de Montgommery.--Affaires d'Écosse.--Mise en

liberté de lord de Lumley et des sirs Thomas et Edouard de

Stanley.--Le comte de Soutampton retenu à la Tour.--Nouvelles

arrivées à Londres des succès remportés par les protestans de

la Rochelle.

AU ROY.

Sire, jusques au XXIIe du présent, le partement du comte de

Montgommery n'a esté bien sceu en ceste court, mais, ce matin là, il

est arrivé ung courrier du Ouest qui assure de l'avoyr veu à la

voylle, le XVIe auparavant, hors du port de Falammue, avec le nombre

de vaysseaulx que je vous ay desjà mandé. Je sçay bien, Sire, que le

Sr de Walsingam vous aura parlé de ceste expédition, sellon qu'on luy

a escript d'icy ce qu'il auroit à vous en dire; dont je desire bien

entendre la vertueuse et prudente responce que Voz Majestez luy auront

faicte, affin que je la suive par deçà. Je voys bien que ceulx cy

mettent à exécution les dellibérations qu'ilz avoient prinses en une

leur assemblée de conseil, qui a esté tenue au commancement de ce

moys; et, suivant icelles, ilz layssent aller ceste flotte du comte de

Montgommery en France, et layssent couler en Flandres, nonobstant le

dernier accord, le secours qu'ilz avoient promis au prince d'Orange:

et ne fays aussy doubte qu'ilz n'envoyent en Escoce les trèze centz

hommes et les douze pièces de batterie, que le comte de Morthon attand

d'eulx; car j'entendz que le capitaine Granges demeure fermement

opiniastre de ne quicter le chasteau de Lillebourg, que premièrement

l'on ne luy ayt fourny contant vingt mille livres d'esterlin, qui sont

soixante six mille sept centz soixante quinze escus, et qu'on l'ayt

mis en possession du chasteau de Blacnes pour la seureté sienne et des

siens.

Le conseil, ces jours passez, a vacqué à l'examen de ces seigneurs

catholicques, qui estoient dans la Tour, dont milord Lommeley, les

sires Thomas Standley, Edouard Standley, Gérard, et aultres, sont

remis en liberté, bien que encores soubz quelque guarde; mais le comte

de Surthampton, ayant esté mené en la présence du dict conseil, après

avoyr esté ouy, je ne sçay pour quelle occasion, plus que les aultres,

a esté ramené dans la Tour. Sur ce, etc.

Ce XXVIe jour d'apvril 1573.

Depuis ce dessus, l'on me vient d'advertyr que, de Roan, est

arrivé ung advis en ceste court, comme la nuict, du VIIe de ce

moys, ayant Monsieur voulu fère donner une camisade à ceulx de

la Rochelle, les siens y ont esté repoulsés, avec la perte de

troys centz gentilshommes, et que Mr de Guyse et le Sr Strossy

y ont esté blessés à la mort, et pareillement y ont esté

blessés Mr le marquis Du Mayne et Mr de Nevers, l'ung au bras,

et l'aultre à la jambe; et que, à Bordeaux et en la Gascoigne,

y a quelque révolte, que Vostre Majesté a esté contreincte d'y

envoyer des forces. Qui sont nouvelles qui convyeroient les

Angloys, si elles estoient vrayes, de favorizer encores

davantage l'entreprinse du comte de Montgommery; dont je

desire leur pouvoir fère bientost voyr tout le contrayre.

CCCXVe DÉPESCHE

--du premier jour de may 1573.--

(_Envoyée jusques à la court par Jacques Laurent._)

Audience.--Détails sur l'expédition du comte de

Montgommery.--Résolution des Anglais d'envoyer des troupes en

Écosse pour réduire Lislebourg.--_Mémoire._ Détails de

l'audience.--Perte essuyée par les troupes royales à l'assaut

de la Rochelle.--Accord des Vénitiens avec les Turcs.--Vives

plaintes du roi contre les secours donnés à la Rochelle, et la

conduite tenue par Élisabeth, tant à l'égard de l'Écosse que de

la négociation du mariage.--Explications données par la reine

d'Angleterre.

AU ROY.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 22 / 35 段