ne se pouvoit desirer rien de mieulx en l'affection, où vous
vous confirmiés de plus en plus, de luy demeurer à jamais très
bon amy et perpétuel confédéré; et que vous vouliez que cella
fût notoyre à toute la Chrestienté avec dellibération que, si
le feu Roy François le Grand, vostre ayeul, s'estoit oncques
monstré ferme amy des princes protestantz en la première
guerre que l'Empereur Charles cinquiesme leur avoit commancé,
aulxquelz il avoit faict secours, pour une foys, de cinq centz
mille escuz, car ilz avoient d'aultres forces assez; et le feu
Roy Henry, vostre père, quand il fit, quelque temps après, la
guerre au mesme Empereur pour la dellivrance du duc de Saxe et
lansgrave de Hetz, et pour la liberté de l'Allemaigne; et, si
l'ung et l'aultre avoient esté constantz vers les feus Roys
Henry et Edouard, ses père et frère, quand eulx mesmes ne les
avoient provocqués, que vous vous proposiez de l'estre encores
plus vers elle en toutz les accidentz et occasions qui s'en
présenteroient jamais au monde;
Et, pour ne m'arrester trop en ce poinct, duquel elle avoit
vostre foy, vostre sèrement et vostre propre lettre, pour
gages, je voulois venir à l'aultre principal poinct de voz
lettres, lequel estoit l'entière confirmation d'estuy cy, et
confutoit toutz les argumentz qu'on pouvoit fère au contraire:
c'estoit du propos de Monseigneur le Duc, lequel Voz Majestez
me commandoient de le résouldre avec elle, et que, pour ne le
laysser plus en simples parolles et remises, et n'y laisser
ainsy naistre des difficultés les unes après les aultres, vous
la vouliez instamment prier de vous vouloir maintenant
esclarcir de sa résolue volonté, affin qu'après ceste foys
Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, vous imposissiez à
vous mesmes ung perpétuel silence de ne donner à elle l'ennuy,
ny à vous la honte, de jamais plus en parler; qu'elle se
pouvoit souvenir qu'au moys d'aoust dernier elle m'avoit donné
charge de vous respondre, présent le Sr de La Molle, que,
suivant la contreinte, qu'elle s'estoit faicte à elle mesmes
pour l'amour de ses subjectz, de se résouldre à se marier,
qu'elle avoit dellibéré de prendre party de grand lieu, parce
qu'elle n'estoit petite, et que celluy que Voz Majestez luy
offroient de Monseigneur le Duc luy sembloit très honnorable,
si toutes aultres choses y pouvoient convenir, dont elle
avoit estimé que aulcunes gisoient en l'entrevue d'entre eulx
deux; et qu'elle m'avoit dict et faict bailler par escript
qu'elle estoit contante que toutz les articles, qui avoient
esté trouvés bons au premier propos de Monsieur, frère de
Vostre Majesté, restassent accordés en ce segond, réservé le
seul poinct où l'aultre avoit esté délayssé, touchant accorder
plus ou moins de l'exercice de la religion: dont n'y pouvoit
plus rester que celle seule difficulté, et une aultre,
laquelle il falloit plus tost vuyder, qui estoit, si elle
avoit depuis faict nulle contrayre résolution de ne se marier
pas; car sur celle là faudroit il couper entièrement le
propos, et establyr, en tout ce que fère se pourroit, celluy
de la ligue.
Elle m'a respondu qu'elle avoit bonne souvenance des propos
que je luy ramantevoys, de la résolution à prendre party
sellon elle, et qu'elle en estoit encores là, et ne se feroit
jamais ce préjudice, d'en prendre d'aultre qualité, et qu'elle
voudroit qu'aussi peu se fussent elloignées les choses du
costé de Vostre Majesté que du sien; mais si, en ung tel
party, ne se trouvoient maintenant, les aultres considérations
qui estoient requises pour le repos d'elle et de son estat,
force luy seroit de s'en passer.
J'ay réplicqué que, puisque ce doubte estoit vuydé, tout
l'affère estoit bien près de sa conclusion, car ne restant
plus aulcun escrupulle, ny apparance de danger, que au seul
poinct de la religion, la Royne, vostre mère, en avoit parlé
si clèrement au comte de Worchester et au Sr de Valsingam, et
croy qu'encores escript à elle mesmes, que c'estoit maintenant
à elle d'y mettre l'effect, quand elle voudroit.
Elle m'a dict incontinent que la Royne n'avoit parlé que en
termes généraux, et qu'il sembloit qu'elle estoit allée fort
retenue en ce propos, auquel l'on voyoit néantmoins que, du
costé de Monseigneur le Duc, estoit raysonnable que se
demandoit l'esclarcissement de toutz les doubtes, et s'est
mise à en déduyre plusieurs.
Dont enfin je luy ay dict, en termes bien clers, que Vostre
Majesté et la Royne, vostre mère, desiriez qu'elle jugeât
ainsy de Monseigneur le Duc comme d'ung prince catholicque,
qui avoit aultant à cueur ce qui estoit de son Dieu, de sa
religion et de sa conscience, que prince qui fût au monde; et,
s'il estoit aultre, vous l'estimiés si vertueuse qu'elle ne
l'auroit en aulcun compte, et que d'un prince desirable qu'il
estoit, elle le tiendroit pour ung ambitieulx digne d'estre
rejetté;
Que pourtant Voz Majestez la prioient de luy accorder aultant
du dict exercice comme elle jugeoit bien qu'il ne pouvoit
estre en Dieu, en conscience et en honneur, qu'il n'en heût;
et, pour parler en termes plus exprès, que, _venant
Monseigneur le Duc par deçà_, elle ne le voulût tant
contreindre en sa conscience que de ne luy laysser pour luy et
ses domesticques, non subjectz de ceste couronne, l'exercice
de _sa religion en privée, en ung quartier où il logeroit, et,
pour obvier à toutz les escandalles qu'elle alléguoit, s'il
estoit besoing que ce fût à huys clos, avec ung de ses
huyssiers à la porte, qu'il ne refuzeroit de le fère_.
Elle a monstré de ne trouver poinct maulvais cella, et m'a
dict que, si on luy eût voulu parler si clèrement, il y a
longtemps qu'elle eût baillé sa response, et qu'elle s'en
alloit, le jour après, à Grenvich, où elle en confèreroit avec
ceulx de son conseil, et puis me manderoit un jour pour me la
fère, m'ayant demandé, d'elle mesmes, si Vostre Majesté
m'avoit envoyé le reste des articles.
Je luy ay dict qu'il fauldroit suyvre ceulx mesmes du premier
propos.
Et puys ay suivy à luy dire que maintenant voulois je, hors de
voz lettres, luy parler de l'expédition qu'ung chacun disoit
et qu'on voyoit que le comte de Montgommery s'aprestoit de
fère je ne sçavois où, parce que je n'avois pas tant pénétré
en ses entreprinses; mais j'entendois que c'estoit en quelque
lieu contre vous, et que je n'avois pas tant de regret au mal
qu'il vous pourroit fère, qui y aviez très bien pourveu, comme
à ce qu'il s'estoit pourveu d'armes, d'argent, d'hommes et de
monitions, et possible, de maulvaise affection dedans Londres,
allant et venant en la court de la dicte Dame, et alloit
prendre vaysseaulx et tout aultre équipage en ses portz; que
ce m'estoit chose si griefve, après luy avoir veu, ceste
mesmes année, lever la mein à Dieu pour vous jurer amityé, et
vous la luy aviez pareillement jurée à elle, qu'il falloit
bien ou que je luy demandasse congé, ou bien qu'elle commandât
que le dict de Montgommery ny aultres eussent à sortir de ses
portz avec armement, sans prendre bonne seureté qu'ilz
n'yroient poinct contre Vostre Majesté, ny troubler vostre
royaulme, ny porter dommage à voz subjectz, ny atempter
aulcune chose, soit à la Rochelle ou ailleurs, contre la bonne
ligue et confédération d'entre Voz Majestez.
La dicte Dame, après m'avoir, en contre eschange de cella,
racompté aulcunes particullarités des propos que Carcade avoit
tenus à son retour en Escoce, et des souspeçons que la
dépesche de Vérac par mer, et plusieurs advis qu'elle avoit
de France, luy pouvoient avoyr donné beaucoup plus grandes à
elle de Vostre Majesté que non à vous d'elle, si elle les
vouloit prendre, m'a dict qu'elle desireroit de bon cueur que
vous sceussies au vray ce qui s'estoit passé, de sa part, sur
les instances de Montgommery et de ceulx de la Rochelle, et
sur les présens affères de vostre royaulme; car avoit opinion
que ne pourriez fère que ne luy en sentissiez une bien grande
obligation, et que j'aurois occasion de me pleindre, si je
voyois qu'elle baillât de ses navyres, et argent, et hommes,
au dict de Montgommery, mais, de le laisser aller là où il
voudroit, mesmement qu'elle juroit ne sçavoir quelle part
c'estoit, et cuydoit que ce ne seroit poinct à la Rochelle,
elle ne le debvoit empescher; et, affin que pas ung angloys ne
peût traicter avecques luy, au préjudice de ce qu'elle me
disoit, elle commanderoit à ses conseillers de conférer
avecques moy, et je leur pourrois fère la mesmes remonstrance
que j'avois faicte à elle.
Sur quoy, ayant reprins le premier propos de l'entretènement
de vostre traicté, et l'ayant priée qu'elle voulût si bien
déposer toutz ces umbrages et deffiances, qu'on s'efforçoit de
luy imprimer de vous, qu'elle vous en rendît son amityé plus
parfaicte, et de me vouloir bientost résouldre du faict de
Monseigneur le Duc, elle m'a bien fort gracieusement licencié.
CCCVIIe DÉPESCHE
--du XIXe jour de mars 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Ouater._)
Efforts de l'ambassadeur pour empêcher le départ de l'expédition
du comte de Montgommery.--Nouvelles d'Allemagne.--Arrivée de Mr
de Chateauneuf à Londres.--Audience.--_Mémoire au roi._ Détails
de l'audience.--Nouvelles plaintes au sujet de l'expédition du
comte de Montgommery.--Assurance donnée par la reine que toutes
les mesures sont prises pour arrêter l'exécution de ses
projets.--Déclaration que les prises faites sur les Français ne
seront pas reçues en Angleterre.--Affaires d'Écosse.--Plainte
de la reine à l'égard du projet imputé au roi de venir en
personne au secours de l'Écosse, après la réduction de la
Rochelle, afin d'envahir l'Angleterre.--Demande d'un délai pour
répondre sur la négociation du mariage.--_Mémoire à la reine._
Détails particuliers de la négociation de Mr de Chateauneuf sur
le mariage.
AU ROY.
Sire, le jour après que j'eus communicqué avec la Royne d'Angleterre
des poinctz principaulx de voz lettres, du XIIIIe et XXIIIe du passé,
elle mit en dellibération les remonstrances que je luy avoys faictes,
dont le comte de Montgommery s'apperceut incontinent qu'elle auroit
grand regret que, par les déportementz de luy, vous vous sentissiez
offancé d'elle, ny qu'il se fît aulcune altération au bon traicté
d'entre Voz Majestez; et que pourtant il ne pourroit tirer ny hommes,
ny argent, ny monitions, ny aulcung notable secours procédant de la
dicte Dame, ny sinon celluy que les évecques, et aulcuns siens
particulliers parantz, et quelques passionnés protestantz, aulxquelz
elle mesmes n'ozeroit contredire, luy pourroient moyenner sur le seul
crédit et responce de ceulx de la Rochelle, dont il a changé l'ordre
qu'il avoit préparé pour son voyage; et au lieu que le cappitayne
Poyet, et ung nombre de françoys, debvoient aller en Holande, il les
mène presque toutz avecques luy, réservé les Srs vidame, Pardaillan,
Le Plessis, La Garde et quelques aultres, qui demeurent. Il est bien
certein que, suyvant l'eschange du sel et du vin, qu'on va quérir à la
Rochelle pour d'aultres vivres et monitions, qu'on y porte d'icy,
plusieurs navyres angloys y vont de compagnie, qui sont équippés,
moytié en guerre, moytié en marchandises; et avec ceulx là, et les
pirates, et d'aultres vaysseaulx, qui l'attendent au pays d'Ouest, il
faict estat de mettre plus de cinquante navyres de combat ensemble:
dont le rendez vous est ez isles de Grènesay, avec résolution de
crever ou de se fère mestres de la mer, et de combattre les gallères
et navyres de Vostre Majesté; et puis, par les marées haultes, mettre
des hommes, des armes, des monitions, et des vivres pour ung an, dans
la Rochelle.
Le cappitayne Morguen, et mille angloys passent peu à peu en Holande,
et, le quatorziesme de ce moys, l'homme du comte Palatin a conféré de
rechef fort estroictement avec milord Quipper et avec le comte de
Lestre, et puis s'est licencié pour aller, du premier bon temps, tout
de long, en Hembourg; et ung marchand d'Allemaigne, qui est icy,
assure qu'il se faict une levée de reytres en son pays, nomméement
pour aller en France.
Toutes ces choses, Sire, m'ont donné occasion de retourner à
l'audience, dont je donne le récit à part, en ayant assez bon argument
par les deux dépesches de Vostre Majesté du IIe et IIIIe du présent,
et par la venue de Mr de Chasteauneuf, laquelle j'ay toute convertye
en une honneste visite de Monseigneur le Duc vers ceste princesse,
chose qui s'est trouvée estre plus à propos que je n'eusse espéré. Et
sur ce, etc.
Ce XIXe jour de mars 1573.
MÉMOIRE AU ROY.
Sire, après avoyr aydé au Sr de Chasteauneuf de fère l'office
qui convenoit pour Monseigneur le Duc, duquel il s'est aussy
bien et modestement acquicté qu'il se pouvoit desirer pour le
contantement de ceste princesse, j'ay parlé bien exprès à elle
de toutes les choses, une à une, qui sembloient tourner au
préjudice de l'amityé et des bons traictés d'entre Voz
Majestez; et que, de tant que je n'estois icy que pour
procurer l'entretènement de l'une, et pour m'oposer à
l'infraction des aultres, je la suplioys d'y pourvoir, ou bien
qu'elle trouvât bon que je supliasse très humblement Vostre
Majesté de me permettre que je la peusse requérir de mon
congé; car, après cella, il ne siéroit plus bien ny à moy, ny
à pas ung aultre, de la part de Vostre Majesté, de se trouver
auprès de la sienne.
La dicte Dame, en bonne et bien fort bénigne façon, m'a
respondu que quelle démonstration que je fisse, je sçavois
bien que Vostre Majesté avoit occasion de la remercyer sur le
faict mesmes du comte de Montgommery, duquel tant je me
pleignois; et que, oultre ce que j'avoys entendu par les gens
de son conseil, qu'elle luy avoit interrompu une armée,
laquelle la noblesse d'Angleterre luy avoit offerte, et faict
prendre ses pirates, et qu'elle pouvoit assurer qu'il n'avoit
esté accomodé par elle d'ung seul escu, n'y d'aultant de
poudre qu'il en pourroit dans la mein, ny d'armes jusques à
une simple espée, ny d'hommes, ny de vaysseaulx; encores
l'avoit elle, après ma précédante audience, faict appeller en
son conseil pour luy deffandre de sortir, aulcunement armé, de
ses portz, ce qu'il avoit trouvé si estrange qu'il luy avoit
demandé à quel titre le vouloit elle retenir prisonnier;
Et que néantmoins elle luy avoit esté si redde en cella, que
les évesques et plusieurs principaux personnages de ce
royaulme luy estoient venus remonstrer que, oultre le tort
qu'elle faysoit à elle mesmes, à sa couronne et à ses
subjectz, d'abandonner la deffance de leur religion, elle ne
pourroit plus griefvement offancer Dieu et à sa conscience que
d'empescher que le dict de Montgommery n'allât soubstenir en
son pays, par les moyens qu'il pourroit, la cause de sa
religion; et que, nonobstant, elle ne l'avoit voulu laysser
partir sans prendre promesse et seureté de luy qu'il n'iroit
point contre Vostre Majesté, ny fère chose aulcune au
préjudice de la bonne confédération d'entre ces deux
royaulmes;
Dont pouvoit jurer qu'elle ne sçavoit où il alloit; et que,
possible, alloit il aussytost en Flandres que en France;
néantmoins que, ayant depuis sceu comme il y avoit, en l'isle
d'Ouyc, sèze vaysseaulx et six centz françoys, qui se
préparoient pour l'aller trouver, elle les avoit faict
arrester, et avoit aussy elle mesmes, de sa bouche, prescript
à des milords et à plusieurs gentilshommes de sa court, qui
avoient affection à ceste entreprinse, d'entièrement s'en
départir.
Au regard des prinses qu'on avoit faictes sur voz subjectz,
elle n'entendoit qu'il en eût esté rien débité en son
royaulme, ny rien entré dans sa coustume, ains vouloit que
tout ce qu'elle en avoit faict recouvrer par ses propres
vaysseaulx, fût entièrement rendu; et que de cella j'en
parlasse avec ceulx de son conseil;
Quand aulx choses d'Escosse, que je m'advançoys bien de me
pleindre de cella, mesmes qu'elle avoit bien fort grande
occasion de se douloir pour les menées qu'elle avoit
découvertes qui s'y faysoient contre elle du costé de France,
jusques à y debvoir Vostre Majesté mesmes passer, en personne,
après la prinse de la Rochelle, et entrer en armes en
Angleterre; où elle ne s'attandoit pas, à la vérité, que vous
y voulussiez jamays venir en sorte d'ennemy, puisque vous y
pouviez venir en sorte d'amy, et y estiés ainsy plus desiré
que personne qui fût au monde;
Et, encor qu'elle eut pensé, comme je disoys, d'envoyer du
secours en Escoce pour expugner le chasteau de Lillebourg,
c'estoit en faveur du jeune Roy, son parant, et pour la
noblesse et la paix universelle du royaulme, et non pour y
préjudicier en rien à vostre alliance, ny pour fère, de ce
costé, ny de nul aultre, aulcun préjudice à l'amityé et aulx
bons traictés d'entre Voz Majestez; et qu'elle vous prioit de
croyre qu'elle n'estoit pas plus résolue de ne souffrir point
d'offance, si, d'avanture, quelqu'ung luy en vouloit fère,
qu'elle avoit fermement résolu de ne commancer à vous en fère
aulcune de sa part;
Et quand à l'instance, que je luy fesois, de respondre au
faict de Monseigneur le Duc, qu'elle ne le vouloit ny
différer, ny prolonger, bien que ces saincts jours de Pasques
la rendoient un peu excusable, et qu'elle avoit advisé d'y
procéder ainsy honnorablement, et par l'ordre que les aultres
princes avoient accoustumé fère en choses de si grand
importance, comme estoit ceste cy à elle, qui me prioit ne
trouver maulvais si elle respondoit là dessus à Vostre Majesté
et à la Royne, vostre mère, par son ambassadeur; pour de tant
plus s'assurer de voz intentions; et qu'elle m'en feroit aussy
participant par deçà, et espéroit que sa responce seroit si
honnorable que Voz Majestez s'en contanteroient.
Les propos de la dicte Dame ont esté dictz en si bonne façon
que j'ay estimé luy en debvoir rendre beaucoup de mercyement
pour les ungs, et j'ay bien voulu aussy réplicquer ung peu sur
les aultres, et nomméement j'ay passé à diverses remonstrances
sur le faict du comte de Montgommery, et bien fort
expressément sur n'envoyer point de forces en Escosse, et de
vouloir elle mesmes deffandre les poinctz de l'amityé et
confédération d'entre Voz Majestez, et commander à ses
conseillers de n'y laysser venir, de son costé, aulcune
altération; comme vous ne souffririez qu'il y en vînt du
vostre;
Et m'ayant fort assuré qu'elle le feroit ainsy; et que mesmes
ce qu'elle m'avoit dict mander des forces en Escoce, n'estoit
que contre les larrons de la frontière, et qu'elle envoyeroit
milord trézorier pour conférer davantage avecques moy à
Londres, et qu'elle seroit preste de favoriser l'élection de
Monsieur en Pouloigne, en tout ce qu'elle pourroit; et nous
nous sommes fort gracieusement licenciés d'elle.
MÉMOIRE A LA ROYNE.
Au regard du propos de Monseigneur le Duc, j'ay faict que le
voyage de Mr de Chasteauneuf, qui aultrement eut esté peu
honnorable pour Voz Majestez, ayt esté fondé sur une honneste
visite de Mon dict Seigneur le Duc vers ceste princesse, ce
qui a esté receu de merveilleusement bonne part.
Et après qu'il a eu, en fort bonne façon, explicqué sa
créance, j'ay dict à la dicte Dame que Mon dict Seigneur le
Duc ayant fally au plésir et contantement qu'il espéroit
recepvoyr par la venue du comte de Worchester, s'il fût arrivé
à temps de s'enquérir à luy de toutes les bonnes nouvelles de
la dicte Dame, et luy tesmoigner la dévotion et servitude
qu'il luy porte, ayant esté contreinct, pour sa réputation, de
s'acheminer au camp avec Monsieur, son frère, il avoit
moyenné, estant devant la Rochelle, au dict Sr de
Chasteauneuf, qui estoit de ses favoris, gentilhomme de
mayson, et des mieulx apparantés de France, ce voyage tout
exprès pour la venir visiter, luy bayser les meins de sa part,
luy présenter une sienne lettre, sçavoyr de son bon portement,
et santé, luy tesmoigner le regret de n'avoir veu le comte de
Worchester, et l'assurer qu'entre les princes qui avoient
aspiré à son amityé, nul luy demeureroit jamays plus constant
serviteur que luy; et qu'il la suplioit de luy permettre qu'il
peût commancer sa première guerre et ses armes soubz la faveur
de son nom, et qu'en quelle part qu'il fût, il se peût advouer
son champion, espérant que la recordation d'elle le feroit
venir à bout des plus haultes et généreuses entreprinses qu'il
eût en son cueur, et le jetteroit hors des plus grands
dangiers, et luy feroit acquérir tant de réputation qu'il
mériteroit ung jour le bien de ses bonnes grâces; et surtout
qu'il la suplioit de fère une bonne responce aulx honnestes et
raysonnables demandes que Voz Majestez luy avoient faictes
pour luy.
A quoy la dicte Dame ayant, avec toute faveur, receu le dict
Sr de Chasteauneuf, et leu fort curieusement la lettre qu'il
luy portoit, nous a respondu qu'elle participoit au mesmes
regret de Mon dict Seigneur le Duc, aultant que luy, que le
comte de Worchester ne l'eût peu voyr pour le remercyer bien
fort de la bonne souvenance qu'il luy plésoit avoyr d'elle, et
de l'honneste affection qu'il monstroit luy porter, laquelle
luy estoit si expressément signiffyé par Voz Majestez Très
Chrestiennes, et par les propres lettres de luy, et fort
souvant par celles du Sr de Vualsingam, et quasy, à toute
heure, par les bons rapportz que je luy en fesois, qui luy
monstrois ordinayrement ce qu'il m'en escripvoit;
Et, à présent, estoit confirmée par ce nouveau message,
qu'elle vouloit confesser de luy avoyr une très grande
obligation, et qu'il méritoit d'apporter quelque meilleure et
plus agréable faveur, que ne luy seroit la sienne, en ses
premières armes, et mesmes qu'elle avoit regret de luy en
bailler là où il estoit, qui voudroit de bon cueur que
Monsieur, son frère, et luy, employassent tant de valeur,
qu'il y a en eulx, en d'aultres entreprinses qui fussent
contre les ennemys et non contre les subjectz de la couronne
d'où ilz sont;
Et que, touchant vous fère responce à ce que demandiés pour
luy, il estimeroit qu'elle y auroit trop respondu s'il la
voyoit, car la trouvant ainsy vieille qu'elle estoit, elle le
feroit bientost retirer de sa poursuyte; néantmoins que le
dict Sr de Chasteauneuf l'assurât qu'elle la vous feroit
bientost, et la vous feroit honnorable.
Et après avoyr monstré d'estre bien marrye du tort qu'on avoit
faict en chemin au dict de Chasteauneuf, de luy avoyr osté la
lettre qu'il portoit, et avoyr faict quelque difficulté d'y
vouloir respondre, elle l'a fort gracieusement licencié; et,
le jour après, luy a envoyé la responce à Mon dict Seigneur le
Duc, avec laquelle il s'en retourne vers luy par le mesmes
chemin qu'il estoit venu, et passera là où est le comte de
Montgommery, affin qu'avec les choses que je luy ay
communicquées de son entreprinse, il puisse encores mieulx
informer Monseigneur de tout ce qu'il en aura veu davantage et
apprins sur le lieu.
CCCVIIIe DÉPESCHE
--du dernier jour de mars 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)
Réponse de la reine sur la négociation de Mr de Chateauneuf.--Sa
persistance dans son refus de prendre un engagement formel sur
le mariage, avant qu'une entrevue ait eu lieu.
AU ROY.