J'ay suivy à luy dire que ce qu'elle avoit leu monstroit qu'il

ne se pouvoit desirer rien de mieulx en l'affection, où vous

vous confirmiés de plus en plus, de luy demeurer à jamais très

bon amy et perpétuel confédéré; et que vous vouliez que cella

fût notoyre à toute la Chrestienté avec dellibération que, si

le feu Roy François le Grand, vostre ayeul, s'estoit oncques

monstré ferme amy des princes protestantz en la première

guerre que l'Empereur Charles cinquiesme leur avoit commancé,

aulxquelz il avoit faict secours, pour une foys, de cinq centz

mille escuz, car ilz avoient d'aultres forces assez; et le feu

Roy Henry, vostre père, quand il fit, quelque temps après, la

guerre au mesme Empereur pour la dellivrance du duc de Saxe et

lansgrave de Hetz, et pour la liberté de l'Allemaigne; et, si

l'ung et l'aultre avoient esté constantz vers les feus Roys

Henry et Edouard, ses père et frère, quand eulx mesmes ne les

avoient provocqués, que vous vous proposiez de l'estre encores

plus vers elle en toutz les accidentz et occasions qui s'en

présenteroient jamais au monde;

Et, pour ne m'arrester trop en ce poinct, duquel elle avoit

vostre foy, vostre sèrement et vostre propre lettre, pour

gages, je voulois venir à l'aultre principal poinct de voz

lettres, lequel estoit l'entière confirmation d'estuy cy, et

confutoit toutz les argumentz qu'on pouvoit fère au contraire:

c'estoit du propos de Monseigneur le Duc, lequel Voz Majestez

me commandoient de le résouldre avec elle, et que, pour ne le

laysser plus en simples parolles et remises, et n'y laisser

ainsy naistre des difficultés les unes après les aultres, vous

la vouliez instamment prier de vous vouloir maintenant

esclarcir de sa résolue volonté, affin qu'après ceste foys

Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, vous imposissiez à

vous mesmes ung perpétuel silence de ne donner à elle l'ennuy,

ny à vous la honte, de jamais plus en parler; qu'elle se

pouvoit souvenir qu'au moys d'aoust dernier elle m'avoit donné

charge de vous respondre, présent le Sr de La Molle, que,

suivant la contreinte, qu'elle s'estoit faicte à elle mesmes

pour l'amour de ses subjectz, de se résouldre à se marier,

qu'elle avoit dellibéré de prendre party de grand lieu, parce

qu'elle n'estoit petite, et que celluy que Voz Majestez luy

offroient de Monseigneur le Duc luy sembloit très honnorable,

si toutes aultres choses y pouvoient convenir, dont elle

avoit estimé que aulcunes gisoient en l'entrevue d'entre eulx

deux; et qu'elle m'avoit dict et faict bailler par escript

qu'elle estoit contante que toutz les articles, qui avoient

esté trouvés bons au premier propos de Monsieur, frère de

Vostre Majesté, restassent accordés en ce segond, réservé le

seul poinct où l'aultre avoit esté délayssé, touchant accorder

plus ou moins de l'exercice de la religion: dont n'y pouvoit

plus rester que celle seule difficulté, et une aultre,

laquelle il falloit plus tost vuyder, qui estoit, si elle

avoit depuis faict nulle contrayre résolution de ne se marier

pas; car sur celle là faudroit il couper entièrement le

propos, et establyr, en tout ce que fère se pourroit, celluy

de la ligue.

Elle m'a respondu qu'elle avoit bonne souvenance des propos

que je luy ramantevoys, de la résolution à prendre party

sellon elle, et qu'elle en estoit encores là, et ne se feroit

jamais ce préjudice, d'en prendre d'aultre qualité, et qu'elle

voudroit qu'aussi peu se fussent elloignées les choses du

costé de Vostre Majesté que du sien; mais si, en ung tel

party, ne se trouvoient maintenant, les aultres considérations

qui estoient requises pour le repos d'elle et de son estat,

force luy seroit de s'en passer.

J'ay réplicqué que, puisque ce doubte estoit vuydé, tout

l'affère estoit bien près de sa conclusion, car ne restant

plus aulcun escrupulle, ny apparance de danger, que au seul

poinct de la religion, la Royne, vostre mère, en avoit parlé

si clèrement au comte de Worchester et au Sr de Valsingam, et

croy qu'encores escript à elle mesmes, que c'estoit maintenant

à elle d'y mettre l'effect, quand elle voudroit.

Elle m'a dict incontinent que la Royne n'avoit parlé que en

termes généraux, et qu'il sembloit qu'elle estoit allée fort

retenue en ce propos, auquel l'on voyoit néantmoins que, du

costé de Monseigneur le Duc, estoit raysonnable que se

demandoit l'esclarcissement de toutz les doubtes, et s'est

mise à en déduyre plusieurs.

Dont enfin je luy ay dict, en termes bien clers, que Vostre

Majesté et la Royne, vostre mère, desiriez qu'elle jugeât

ainsy de Monseigneur le Duc comme d'ung prince catholicque,

qui avoit aultant à cueur ce qui estoit de son Dieu, de sa

religion et de sa conscience, que prince qui fût au monde; et,

s'il estoit aultre, vous l'estimiés si vertueuse qu'elle ne

l'auroit en aulcun compte, et que d'un prince desirable qu'il

estoit, elle le tiendroit pour ung ambitieulx digne d'estre

rejetté;

Que pourtant Voz Majestez la prioient de luy accorder aultant

du dict exercice comme elle jugeoit bien qu'il ne pouvoit

estre en Dieu, en conscience et en honneur, qu'il n'en heût;

et, pour parler en termes plus exprès, que, _venant

Monseigneur le Duc par deçà_, elle ne le voulût tant

contreindre en sa conscience que de ne luy laysser pour luy et

ses domesticques, non subjectz de ceste couronne, l'exercice

de _sa religion en privée, en ung quartier où il logeroit, et,

pour obvier à toutz les escandalles qu'elle alléguoit, s'il

estoit besoing que ce fût à huys clos, avec ung de ses

huyssiers à la porte, qu'il ne refuzeroit de le fère_.

Elle a monstré de ne trouver poinct maulvais cella, et m'a

dict que, si on luy eût voulu parler si clèrement, il y a

longtemps qu'elle eût baillé sa response, et qu'elle s'en

alloit, le jour après, à Grenvich, où elle en confèreroit avec

ceulx de son conseil, et puis me manderoit un jour pour me la

fère, m'ayant demandé, d'elle mesmes, si Vostre Majesté

m'avoit envoyé le reste des articles.

Je luy ay dict qu'il fauldroit suyvre ceulx mesmes du premier

propos.

Et puys ay suivy à luy dire que maintenant voulois je, hors de

voz lettres, luy parler de l'expédition qu'ung chacun disoit

et qu'on voyoit que le comte de Montgommery s'aprestoit de

fère je ne sçavois où, parce que je n'avois pas tant pénétré

en ses entreprinses; mais j'entendois que c'estoit en quelque

lieu contre vous, et que je n'avois pas tant de regret au mal

qu'il vous pourroit fère, qui y aviez très bien pourveu, comme

à ce qu'il s'estoit pourveu d'armes, d'argent, d'hommes et de

monitions, et possible, de maulvaise affection dedans Londres,

allant et venant en la court de la dicte Dame, et alloit

prendre vaysseaulx et tout aultre équipage en ses portz; que

ce m'estoit chose si griefve, après luy avoir veu, ceste

mesmes année, lever la mein à Dieu pour vous jurer amityé, et

vous la luy aviez pareillement jurée à elle, qu'il falloit

bien ou que je luy demandasse congé, ou bien qu'elle commandât

que le dict de Montgommery ny aultres eussent à sortir de ses

portz avec armement, sans prendre bonne seureté qu'ilz

n'yroient poinct contre Vostre Majesté, ny troubler vostre

royaulme, ny porter dommage à voz subjectz, ny atempter

aulcune chose, soit à la Rochelle ou ailleurs, contre la bonne

ligue et confédération d'entre Voz Majestez.

La dicte Dame, après m'avoir, en contre eschange de cella,

racompté aulcunes particullarités des propos que Carcade avoit

tenus à son retour en Escoce, et des souspeçons que la

dépesche de Vérac par mer, et plusieurs advis qu'elle avoit

de France, luy pouvoient avoyr donné beaucoup plus grandes à

elle de Vostre Majesté que non à vous d'elle, si elle les

vouloit prendre, m'a dict qu'elle desireroit de bon cueur que

vous sceussies au vray ce qui s'estoit passé, de sa part, sur

les instances de Montgommery et de ceulx de la Rochelle, et

sur les présens affères de vostre royaulme; car avoit opinion

que ne pourriez fère que ne luy en sentissiez une bien grande

obligation, et que j'aurois occasion de me pleindre, si je

voyois qu'elle baillât de ses navyres, et argent, et hommes,

au dict de Montgommery, mais, de le laisser aller là où il

voudroit, mesmement qu'elle juroit ne sçavoir quelle part

c'estoit, et cuydoit que ce ne seroit poinct à la Rochelle,

elle ne le debvoit empescher; et, affin que pas ung angloys ne

peût traicter avecques luy, au préjudice de ce qu'elle me

disoit, elle commanderoit à ses conseillers de conférer

avecques moy, et je leur pourrois fère la mesmes remonstrance

que j'avois faicte à elle.

Sur quoy, ayant reprins le premier propos de l'entretènement

de vostre traicté, et l'ayant priée qu'elle voulût si bien

déposer toutz ces umbrages et deffiances, qu'on s'efforçoit de

luy imprimer de vous, qu'elle vous en rendît son amityé plus

parfaicte, et de me vouloir bientost résouldre du faict de

Monseigneur le Duc, elle m'a bien fort gracieusement licencié.

CCCVIIe DÉPESCHE

--du XIXe jour de mars 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Ouater._)

Efforts de l'ambassadeur pour empêcher le départ de l'expédition

du comte de Montgommery.--Nouvelles d'Allemagne.--Arrivée de Mr

de Chateauneuf à Londres.--Audience.--_Mémoire au roi._ Détails

de l'audience.--Nouvelles plaintes au sujet de l'expédition du

comte de Montgommery.--Assurance donnée par la reine que toutes

les mesures sont prises pour arrêter l'exécution de ses

projets.--Déclaration que les prises faites sur les Français ne

seront pas reçues en Angleterre.--Affaires d'Écosse.--Plainte

de la reine à l'égard du projet imputé au roi de venir en

personne au secours de l'Écosse, après la réduction de la

Rochelle, afin d'envahir l'Angleterre.--Demande d'un délai pour

répondre sur la négociation du mariage.--_Mémoire à la reine._

Détails particuliers de la négociation de Mr de Chateauneuf sur

le mariage.

AU ROY.

Sire, le jour après que j'eus communicqué avec la Royne d'Angleterre

des poinctz principaulx de voz lettres, du XIIIIe et XXIIIe du passé,

elle mit en dellibération les remonstrances que je luy avoys faictes,

dont le comte de Montgommery s'apperceut incontinent qu'elle auroit

grand regret que, par les déportementz de luy, vous vous sentissiez

offancé d'elle, ny qu'il se fît aulcune altération au bon traicté

d'entre Voz Majestez; et que pourtant il ne pourroit tirer ny hommes,

ny argent, ny monitions, ny aulcung notable secours procédant de la

dicte Dame, ny sinon celluy que les évecques, et aulcuns siens

particulliers parantz, et quelques passionnés protestantz, aulxquelz

elle mesmes n'ozeroit contredire, luy pourroient moyenner sur le seul

crédit et responce de ceulx de la Rochelle, dont il a changé l'ordre

qu'il avoit préparé pour son voyage; et au lieu que le cappitayne

Poyet, et ung nombre de françoys, debvoient aller en Holande, il les

mène presque toutz avecques luy, réservé les Srs vidame, Pardaillan,

Le Plessis, La Garde et quelques aultres, qui demeurent. Il est bien

certein que, suyvant l'eschange du sel et du vin, qu'on va quérir à la

Rochelle pour d'aultres vivres et monitions, qu'on y porte d'icy,

plusieurs navyres angloys y vont de compagnie, qui sont équippés,

moytié en guerre, moytié en marchandises; et avec ceulx là, et les

pirates, et d'aultres vaysseaulx, qui l'attendent au pays d'Ouest, il

faict estat de mettre plus de cinquante navyres de combat ensemble:

dont le rendez vous est ez isles de Grènesay, avec résolution de

crever ou de se fère mestres de la mer, et de combattre les gallères

et navyres de Vostre Majesté; et puis, par les marées haultes, mettre

des hommes, des armes, des monitions, et des vivres pour ung an, dans

la Rochelle.

Le cappitayne Morguen, et mille angloys passent peu à peu en Holande,

et, le quatorziesme de ce moys, l'homme du comte Palatin a conféré de

rechef fort estroictement avec milord Quipper et avec le comte de

Lestre, et puis s'est licencié pour aller, du premier bon temps, tout

de long, en Hembourg; et ung marchand d'Allemaigne, qui est icy,

assure qu'il se faict une levée de reytres en son pays, nomméement

pour aller en France.

Toutes ces choses, Sire, m'ont donné occasion de retourner à

l'audience, dont je donne le récit à part, en ayant assez bon argument

par les deux dépesches de Vostre Majesté du IIe et IIIIe du présent,

et par la venue de Mr de Chasteauneuf, laquelle j'ay toute convertye

en une honneste visite de Monseigneur le Duc vers ceste princesse,

chose qui s'est trouvée estre plus à propos que je n'eusse espéré. Et

sur ce, etc.

Ce XIXe jour de mars 1573.

MÉMOIRE AU ROY.

Sire, après avoyr aydé au Sr de Chasteauneuf de fère l'office

qui convenoit pour Monseigneur le Duc, duquel il s'est aussy

bien et modestement acquicté qu'il se pouvoit desirer pour le

contantement de ceste princesse, j'ay parlé bien exprès à elle

de toutes les choses, une à une, qui sembloient tourner au

préjudice de l'amityé et des bons traictés d'entre Voz

Majestez; et que, de tant que je n'estois icy que pour

procurer l'entretènement de l'une, et pour m'oposer à

l'infraction des aultres, je la suplioys d'y pourvoir, ou bien

qu'elle trouvât bon que je supliasse très humblement Vostre

Majesté de me permettre que je la peusse requérir de mon

congé; car, après cella, il ne siéroit plus bien ny à moy, ny

à pas ung aultre, de la part de Vostre Majesté, de se trouver

auprès de la sienne.

La dicte Dame, en bonne et bien fort bénigne façon, m'a

respondu que quelle démonstration que je fisse, je sçavois

bien que Vostre Majesté avoit occasion de la remercyer sur le

faict mesmes du comte de Montgommery, duquel tant je me

pleignois; et que, oultre ce que j'avoys entendu par les gens

de son conseil, qu'elle luy avoit interrompu une armée,

laquelle la noblesse d'Angleterre luy avoit offerte, et faict

prendre ses pirates, et qu'elle pouvoit assurer qu'il n'avoit

esté accomodé par elle d'ung seul escu, n'y d'aultant de

poudre qu'il en pourroit dans la mein, ny d'armes jusques à

une simple espée, ny d'hommes, ny de vaysseaulx; encores

l'avoit elle, après ma précédante audience, faict appeller en

son conseil pour luy deffandre de sortir, aulcunement armé, de

ses portz, ce qu'il avoit trouvé si estrange qu'il luy avoit

demandé à quel titre le vouloit elle retenir prisonnier;

Et que néantmoins elle luy avoit esté si redde en cella, que

les évesques et plusieurs principaux personnages de ce

royaulme luy estoient venus remonstrer que, oultre le tort

qu'elle faysoit à elle mesmes, à sa couronne et à ses

subjectz, d'abandonner la deffance de leur religion, elle ne

pourroit plus griefvement offancer Dieu et à sa conscience que

d'empescher que le dict de Montgommery n'allât soubstenir en

son pays, par les moyens qu'il pourroit, la cause de sa

religion; et que, nonobstant, elle ne l'avoit voulu laysser

partir sans prendre promesse et seureté de luy qu'il n'iroit

point contre Vostre Majesté, ny fère chose aulcune au

préjudice de la bonne confédération d'entre ces deux

royaulmes;

Dont pouvoit jurer qu'elle ne sçavoit où il alloit; et que,

possible, alloit il aussytost en Flandres que en France;

néantmoins que, ayant depuis sceu comme il y avoit, en l'isle

d'Ouyc, sèze vaysseaulx et six centz françoys, qui se

préparoient pour l'aller trouver, elle les avoit faict

arrester, et avoit aussy elle mesmes, de sa bouche, prescript

à des milords et à plusieurs gentilshommes de sa court, qui

avoient affection à ceste entreprinse, d'entièrement s'en

départir.

Au regard des prinses qu'on avoit faictes sur voz subjectz,

elle n'entendoit qu'il en eût esté rien débité en son

royaulme, ny rien entré dans sa coustume, ains vouloit que

tout ce qu'elle en avoit faict recouvrer par ses propres

vaysseaulx, fût entièrement rendu; et que de cella j'en

parlasse avec ceulx de son conseil;

Quand aulx choses d'Escosse, que je m'advançoys bien de me

pleindre de cella, mesmes qu'elle avoit bien fort grande

occasion de se douloir pour les menées qu'elle avoit

découvertes qui s'y faysoient contre elle du costé de France,

jusques à y debvoir Vostre Majesté mesmes passer, en personne,

après la prinse de la Rochelle, et entrer en armes en

Angleterre; où elle ne s'attandoit pas, à la vérité, que vous

y voulussiez jamays venir en sorte d'ennemy, puisque vous y

pouviez venir en sorte d'amy, et y estiés ainsy plus desiré

que personne qui fût au monde;

Et, encor qu'elle eut pensé, comme je disoys, d'envoyer du

secours en Escoce pour expugner le chasteau de Lillebourg,

c'estoit en faveur du jeune Roy, son parant, et pour la

noblesse et la paix universelle du royaulme, et non pour y

préjudicier en rien à vostre alliance, ny pour fère, de ce

costé, ny de nul aultre, aulcun préjudice à l'amityé et aulx

bons traictés d'entre Voz Majestez; et qu'elle vous prioit de

croyre qu'elle n'estoit pas plus résolue de ne souffrir point

d'offance, si, d'avanture, quelqu'ung luy en vouloit fère,

qu'elle avoit fermement résolu de ne commancer à vous en fère

aulcune de sa part;

Et quand à l'instance, que je luy fesois, de respondre au

faict de Monseigneur le Duc, qu'elle ne le vouloit ny

différer, ny prolonger, bien que ces saincts jours de Pasques

la rendoient un peu excusable, et qu'elle avoit advisé d'y

procéder ainsy honnorablement, et par l'ordre que les aultres

princes avoient accoustumé fère en choses de si grand

importance, comme estoit ceste cy à elle, qui me prioit ne

trouver maulvais si elle respondoit là dessus à Vostre Majesté

et à la Royne, vostre mère, par son ambassadeur; pour de tant

plus s'assurer de voz intentions; et qu'elle m'en feroit aussy

participant par deçà, et espéroit que sa responce seroit si

honnorable que Voz Majestez s'en contanteroient.

Les propos de la dicte Dame ont esté dictz en si bonne façon

que j'ay estimé luy en debvoir rendre beaucoup de mercyement

pour les ungs, et j'ay bien voulu aussy réplicquer ung peu sur

les aultres, et nomméement j'ay passé à diverses remonstrances

sur le faict du comte de Montgommery, et bien fort

expressément sur n'envoyer point de forces en Escosse, et de

vouloir elle mesmes deffandre les poinctz de l'amityé et

confédération d'entre Voz Majestez, et commander à ses

conseillers de n'y laysser venir, de son costé, aulcune

altération; comme vous ne souffririez qu'il y en vînt du

vostre;

Et m'ayant fort assuré qu'elle le feroit ainsy; et que mesmes

ce qu'elle m'avoit dict mander des forces en Escoce, n'estoit

que contre les larrons de la frontière, et qu'elle envoyeroit

milord trézorier pour conférer davantage avecques moy à

Londres, et qu'elle seroit preste de favoriser l'élection de

Monsieur en Pouloigne, en tout ce qu'elle pourroit; et nous

nous sommes fort gracieusement licenciés d'elle.

MÉMOIRE A LA ROYNE.

Au regard du propos de Monseigneur le Duc, j'ay faict que le

voyage de Mr de Chasteauneuf, qui aultrement eut esté peu

honnorable pour Voz Majestez, ayt esté fondé sur une honneste

visite de Mon dict Seigneur le Duc vers ceste princesse, ce

qui a esté receu de merveilleusement bonne part.

Et après qu'il a eu, en fort bonne façon, explicqué sa

créance, j'ay dict à la dicte Dame que Mon dict Seigneur le

Duc ayant fally au plésir et contantement qu'il espéroit

recepvoyr par la venue du comte de Worchester, s'il fût arrivé

à temps de s'enquérir à luy de toutes les bonnes nouvelles de

la dicte Dame, et luy tesmoigner la dévotion et servitude

qu'il luy porte, ayant esté contreinct, pour sa réputation, de

s'acheminer au camp avec Monsieur, son frère, il avoit

moyenné, estant devant la Rochelle, au dict Sr de

Chasteauneuf, qui estoit de ses favoris, gentilhomme de

mayson, et des mieulx apparantés de France, ce voyage tout

exprès pour la venir visiter, luy bayser les meins de sa part,

luy présenter une sienne lettre, sçavoyr de son bon portement,

et santé, luy tesmoigner le regret de n'avoir veu le comte de

Worchester, et l'assurer qu'entre les princes qui avoient

aspiré à son amityé, nul luy demeureroit jamays plus constant

serviteur que luy; et qu'il la suplioit de luy permettre qu'il

peût commancer sa première guerre et ses armes soubz la faveur

de son nom, et qu'en quelle part qu'il fût, il se peût advouer

son champion, espérant que la recordation d'elle le feroit

venir à bout des plus haultes et généreuses entreprinses qu'il

eût en son cueur, et le jetteroit hors des plus grands

dangiers, et luy feroit acquérir tant de réputation qu'il

mériteroit ung jour le bien de ses bonnes grâces; et surtout

qu'il la suplioit de fère une bonne responce aulx honnestes et

raysonnables demandes que Voz Majestez luy avoient faictes

pour luy.

A quoy la dicte Dame ayant, avec toute faveur, receu le dict

Sr de Chasteauneuf, et leu fort curieusement la lettre qu'il

luy portoit, nous a respondu qu'elle participoit au mesmes

regret de Mon dict Seigneur le Duc, aultant que luy, que le

comte de Worchester ne l'eût peu voyr pour le remercyer bien

fort de la bonne souvenance qu'il luy plésoit avoyr d'elle, et

de l'honneste affection qu'il monstroit luy porter, laquelle

luy estoit si expressément signiffyé par Voz Majestez Très

Chrestiennes, et par les propres lettres de luy, et fort

souvant par celles du Sr de Vualsingam, et quasy, à toute

heure, par les bons rapportz que je luy en fesois, qui luy

monstrois ordinayrement ce qu'il m'en escripvoit;

Et, à présent, estoit confirmée par ce nouveau message,

qu'elle vouloit confesser de luy avoyr une très grande

obligation, et qu'il méritoit d'apporter quelque meilleure et

plus agréable faveur, que ne luy seroit la sienne, en ses

premières armes, et mesmes qu'elle avoit regret de luy en

bailler là où il estoit, qui voudroit de bon cueur que

Monsieur, son frère, et luy, employassent tant de valeur,

qu'il y a en eulx, en d'aultres entreprinses qui fussent

contre les ennemys et non contre les subjectz de la couronne

d'où ilz sont;

Et que, touchant vous fère responce à ce que demandiés pour

luy, il estimeroit qu'elle y auroit trop respondu s'il la

voyoit, car la trouvant ainsy vieille qu'elle estoit, elle le

feroit bientost retirer de sa poursuyte; néantmoins que le

dict Sr de Chasteauneuf l'assurât qu'elle la vous feroit

bientost, et la vous feroit honnorable.

Et après avoyr monstré d'estre bien marrye du tort qu'on avoit

faict en chemin au dict de Chasteauneuf, de luy avoyr osté la

lettre qu'il portoit, et avoyr faict quelque difficulté d'y

vouloir respondre, elle l'a fort gracieusement licencié; et,

le jour après, luy a envoyé la responce à Mon dict Seigneur le

Duc, avec laquelle il s'en retourne vers luy par le mesmes

chemin qu'il estoit venu, et passera là où est le comte de

Montgommery, affin qu'avec les choses que je luy ay

communicquées de son entreprinse, il puisse encores mieulx

informer Monseigneur de tout ce qu'il en aura veu davantage et

apprins sur le lieu.

CCCVIIIe DÉPESCHE

--du dernier jour de mars 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)

Réponse de la reine sur la négociation de Mr de Chateauneuf.--Sa

persistance dans son refus de prendre un engagement formel sur

le mariage, avant qu'une entrevue ait eu lieu.

AU ROY.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 20 / 35 段