avec ses ambassadeurs touchant l'observance du traicté, et
touchant le faict du mariage, et comme vous vous estes donnés
assez de satisfaction les ungs aulx aultres, pour les bons
termes où semble qu'avez mutuellement remis les affaires; et
que cependant vous desirés, Sire, quand à ce qui appartient au
traité, estre esclarcy de quelle intention elle pouvoit estre
sur les advis qu'on vous avoit baillez par escript; lesquelz
je l'ay supplyée vouloir prendre la peyne elle mesmes de les
lyre, et de vouloir considérer sur iceulx que, si les choses
estoient ainsy, comme je me doubtois assez d'une partye
d'icelles, qu'il ne pouvoit estre qu'il ne vous restât à
jamays une très juste occasion de vous plaindre de sa foy, de
sa parolle, de sa promesse, de son sèrement, et de la lettre
expresse qu'aviez devers vous, escripte de sa mein, en ce
mesmement qu'au lieu d'espérer secours d'elle, jouxte vostre
dernier traité, il se trouvoit maintenant qu'elle traictoit
avec ceulx de voz subjectz qui s'estoient soublevés; et
qu'elle layssoit sortir de Londres, et des ports de deçà, ung
équippage fourny d'argent et d'armes, d'hommes, de vaysseaulx,
d'artillerye, de monitions et de toutz aultres moyens prins en
son royaulme, pour vous aller fère la guerre au vostre; qui au
contrayre fesiez escrupule de prester seulement l'oreille au
moindre de ses fuytifz, et qui mesme, quand au propos de
Monseigneur le Duc, persévériez plus que jamays d'en
pourchasser une heureuse conclusion, sellon que Vostre Majesté
et la Royne, vostre mère, aviez ouvert là dessus le fondz de
voz desirs au dict sieur comte et au Sr de Vualsingam, si bien
que c'estoit maintenant à elle d'en résouldre tout l'effect.
Et me suis esforcé, Sire, de luy desduyre, par le menu, toutes
les particullaritez de voz lettres, et toutes celles que j'ay
estymé appartenir aux deux affaires affin de la retirer
entièrement de l'ung, et la fère advancer, le plus que je
pourrois, en l'aultre; qui pourtant m'estandray à racompter
icy davantage tout ce que je luy ay dict, affin de donner tant
plus de lieu à ce que j'ay peu recueillir de ses responces.
Lesquelles, en subtance, sont, Sire, qu'elle avoit ung
singulier plésir de voyr que le voyage du comte de Worchester
eût produict le bon effect qu'elle desiroit, de vous avoyr
apporté aultant de contentement pour le baptesme de Madame,
vostre fille, comme vous luy aviez faict d'honneur de la
convier d'en estre l'une des commères; et qu'elle prioit Dieu
de la rendre aussy heureuse comme elle estoit grande, et comme
elle s'assuroit qu'elle seroit vertueuse princesse, et de la
fère ung commancement d'une si accomplie lignée à Voz Majestez
Très Chrestiennes, que bientost elle eût une suyte d'aultant
de frères, comme, pour la succession de vostre grandeur, vous
en pouviez desirer; qu'elle ne pouvoit ouyr chose qui plus la
contantast, que la continuation de vostre amityé, et qu'elle
vous offroit pour jamays la sienne;
Que, touchant le premier des deux advis, que je luy avoys
monstré, il ne se trouveroit poinct qu'elle eût jamais faict
ligue avec aulcuns subjectz, et mesmes, sans la persuasion de
l'Empereur, elle n'eut point contracté celle qui duroit
encores d'entre elle et les princes de l'Empire, parce qu'ilz
n'estoient souverains; et que, touchant ceulx de vostre
royaulme, elle vous prioit ne l'estimer jamays princesse de
vérité, si elle en avoit faict, ny si elle estoit entrée en
aulcune confédération avec eulx; et, quand elle en voudroit
venir là, ce ne seroit soubz mein, affin de ne décevoir ceulx
de la Rochelle, de ne les secourir si petitement et à cachète,
sçachant que, à une force royalle comme la vostre, il en
faudroit oposer une aultre royalle, ou ne s'en mesler poinct,
par ainsy qu'elle se déclareroit ouvertement;
Et que, du comte de Montgommery, elle me pouvoit jurer, avec
vérité, qu'elle n'estoit aulcunement informée de son faict, et
qu'elle ne pensoit pas qu'il peût trouver tant d'argent à
Londres comme je disoys, parce que les marchandz n'estoient
trop volontayres de prester à ung estrangier, sans bons gages
et sans bonne seureté;
Qu'il estoit bien vray que plusieurs de ses subjectz avoient
esté priez de prendre les armes pour ceste cause, et plusieurs
en grand nombre, et qui ont de bons moyens, s'estoient très
vollontiers offertz de le fère, pourveu qu'elle le leur voulût
permettre; et qu'elle vouoit à Dieu qu'elle le leur avoit très
expressément deffandu, et commanderoit de nouveau à ses
conseillers de ne laysser rien sortir hors de ce royaulme, qui
peût aller contre les affères de Vostre Majesté, et qu'elle
sçavoit bien qu'on ne la pourroit tromper en cella sinon,
possible, soubz la couleur des marchandz, qui la
contreignoient de leur permettre d'armer leurs vaysseaulx pour
se deffandre contre les pirates, ou bien ilz vouloient
délaysser du tout le trafficq en ce royaulme;
Qu'elle vous estimoit d'ung si vertueux naturel que vous ne
pourriez mescognoistre qu'elle ne vous eût esté très bonne
amye en voz précédans affères, comme elle dellibéroit de
l'estre en ceulx cy, ainsy que le Roy d'Espaigne commançoit
aussy de s'appercevoyr que l'amityé d'elle ne luy pouvoit
estre sinon bien utille; de quoy il luy avoit desjà donné de
si bonnes enseignes, d'avoyr changé la maulvaise opinion qu'il
en avoit eu auparavant, qu'elle feroit cognoistre à toute la
Chrestienté qu'elle n'en vouloit plus doubter;
Et qu'elle vous prioit, Sire, que la faulceté de ces advis,
qu'on vous avoit maintenant donnés, vous fût cause de
n'adjouxter plus de foy à ceulx qu'on vous bailleroit cy
après, comme elle ne vouloit aussy croyre toutz ceulx qu'on
luy escripvoit de France: d'où l'on l'advertissoit qu'aulcuns
personnages de crédit avoient assuré qu'aussytost que vous
auriez réduict la Rochelle, vous commanceriez la guerre à
l'Angleterre, pour l'occasion de restituer la Royne d'Escoce,
qui vous serviroit de bon prétexte en cella, mesmement à ceste
heure que la déclaration estoit arrivée de Rome, comme le
comte de Boudouel n'estoit plus son mary, et qu'on disoit que
Monsieur, frère de Vostre Majesté, y vouloit prétendre pour
luy; à quoy elle a adjouté, avec ung soubsrire, qu'elle s'y
opposeroit, et allègueroit que c'estoit à elle, à qui il avoit
premier promis mariage;
Que, à la vérité, il avoit esté interçu, au frère du
cappitayne Granges en Escoce, des lettres de Vostre Majesté,
lesquelles, encor que fussent en chiffres, il avoit néantmoins
exposé sa créance par escript, qui estoit d'avoir charge
d'admonester ceulx du chasteau de Lislebourg de ne faire point
de paix, et que, dans le moys de may, Vostre Majesté leur
envoyeroit de bonnes forces pour les secourir, avec monsieur
de Guyse;
Que, nonobstant tout cella, nul, soubz le ciel, desiroit plus
la paix de vostre royaulme qu'elle faysoit; qui vous vouloit
bien advertir, Sire, et vous prioit de luy adjouxter foy en
cecy, que, si ne trouviés moïen de paciffier voz subjectz sur
la seureté de leurs vyes, et au faict de leurs consciences, ou
aulmoins de ne les contreindre du tout en la liberté que leur
aviez cy devant permise par voz édictz, que vous estiez pour
vous trouver en plus d'affères, ceste année, que n'en aviez eu
aulx précédantes;
Que, pour le regard du propos de Monseigneur le Duc, elle vous
remercyoit et la Royne, vostre mère, de tout son cueur, pour
la bonne affection que vous y aviez, et mercyoit Monseigneur
le Duc de sa persévérance vers elle; et que ses ambassadeurs
ne luy avoient escript ung seul mot de ce faict; dont, après
que le comte seroit arrivé, elle adviseroit, sur le rapport
qu'elle entendroit de luy, et sur ce que je luy en disois, de
vous faire une si bonne responce qu'elle espéroit que Voz
Majestez s'en contanteroient.
Voylà, Sire, quasy en propres termes, ce qu'elle m'a
respondu.
Ce que la dicte Dame dict des affères, que pourrés avoyr ceste
année, est sur le rapport que luy a faict le secrettère du
comte Palatin.
Et quand à ces advis qu'on luy a mandés de France, et les
lettres qui ont esté surprinses en Escoce, ne fault doubter
que ne luy ayent augmanté la deffiance, laquelle elle avoit
desjà assés grande auparavant; en quoy si, d'advanture, ce
n'estoit que vaynes parolles, il y pourroit, possible, par
aultres parolles estre satisfaict, mais, si c'est à bon
esciant, il faudra, Sire, qu'y pourvoyez par quelque bon
effect, à cause que desjà je commance à descouvrir que, soubz
couleur de fournir la garnison de Barvic, l'on parle d'envoyer
des gens et toutes sortes de monitions de guerre vers la
frontière d'Escoce.
Au regard de ce qu'elle a dict du Roy Catholique, je ne fais
plus de doubte que, dans peu de temps, les portz et le
commerce ne soient ouvertz pour deux ans entre ce royaulme et
les pays du dict Roy, sellon que luy mesmes a escript ceste
foys, de sa mein, de fort bonnes lettres à la dicte Dame, à
milord de Burgley et aultres de ce conseil, pour le requérir.
CCCIVe DÉPESCHE
--du IIIe jour de mars 1573.--
(_Envoyée jusques à Calais par Estienne._)
Négociation avec les seigneurs du conseil pour empêcher le départ
de l'expédition préparée par le comte de Montgommery.
AU ROY.
Sire, après que j'eus parlé à ceste princesse, le XXIIIIe du passé,
voyant que, pour lors, je ne pouvois avoyr aulcune conférence avec les
seigneurs de ce conseil, à cause qu'ilz estoient sur leur partement
pour ce petit progrès qu'elle estoit allé fère à vingt mille d'icy,
j'ay depuis envoyé le Sr de Vassal après eulx, avec de mes lettres,
conformes aulx propos que j'avoys tenu à leur Mestresse, pour les
exorter de vouloir bien mesurer, par vos bons déportementz vers elle,
combien elle se porteroit de préjudice à elle mesmes, et à la
confédération qu'elle avoit faicte bien seure et estable avecques
vous, et au party qui seul aujourdhui la poursuivoit d'alliance, si
elle et eulx permettoient que rien sortît de ce royaulme qui allât au
dommage de voz affères; et qu'ilz pouvoient bien penser que vous ne
réputeriez jamais aulcune sorte d'inimityé plus dommageable de leur
costé, que si, se monstrantz en parolle voz amys, ilz se portoient en
effect voz couvertz ennemys, et que vous imputeriez à eulx tout le mal
que le comte de Montgommery s'esforceroit de vous fère, plus que non
pas à luy, qui n'y pouvoit apporter que la maulvayse volonté, là où il
prendroit, d'eux et de ce royaulme, toutz les aultres moyens de vous
nuyre.
Sur quoy, ayantz les dicts du conseil conféré de rechef avec leur
dicte Mestresse, et s'estantz assemblés par deux foys là dessus, ilz
m'ont enfin mandé, par le mesmes Sr de Vassal, que la dicte Dame me
prioit d'escripre ardiment à Vostre Majesté qu'elle n'envoyeroit, ny
donroit permission qu'on envoyât, d'icy, aulcuns vaysseaulx ny hommes,
ny armes, artillerye, monitions, ny vivres en France; car ne vouloit
enfreindre le traicté, ny vous faulcer son sèrement, tant que luy
garderiez le vostre; et, quand au comte de Montgommery, elle m'avoit
desjà respondu qu'elle n'estoit bien advertye de son faict, ny eulx
pareillement, et que ce ne seroit tout ce qu'on m'en avoit rapporté;
que, au surplus, ilz me vouloient dire librement que leur Mestresse ny
eulx n'avoient peu trouver de bonne digestion que Monseigneur le Duc,
qui estoit bien capable de traicter luy mesmes de son faict, fût party
de Paris troys foys vingt quatre heures après le jour préfix du
partement du comte de Worchester de ceste court; ce qui leur donnoit
argument de penser que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, ne
vouliez poursuivre ceste alliance, que jusques après avoyr bien
pourveu à voz affères, et que, d'un certein propos, qui avoit esté
tenu en ung bon et grand lieu de France, il avoit esté recueilly ung
advis par lequel l'on les advertissoit que Vostre Majesté avoit
commancé de donner secrettement ordre, en Normandye et Bretaigne, à un
embarquement pour passer des gens de guerre en Écosse; et que
Monsieur, frère de Vostre Majesté, en seroit le conducteur, et que Mr
le chevallier et Mr de Guyse, et aultres grandz du royaulme, debvoient
estre de la partye; et que mesmes le cappitayne Sarlabos assembloit
desjà pour cest effect, au Hâvre de Grâce, le plus de soldatz qu'il
pouvoit: ce que la dicte Dame ne vouloit encores résoluement croyre,
ains attandoit qu'elle en vît quelque chose plus avant.
J'espère, Sire, que j'yray trouver bientost la dicte Dame sur
l'occasion de vostre dépesche du XIIIIe du passé, et sur le retour du
comte de Worchester qui arriva hier, et mettray peyne de luy rabbattre
ceste impression, aultant qu'il me sera possible. Cependant le dict de
Montgommery s'appreste en la plus grande dilligence qu'il peut, et
bien que, à cause de mes instances, il ne pourra, possible, tirer tout
ce qu'il espéroit d'hommes et d'argent d'icy, si ne layssera il, à ce
que je voy, de se mettre sur mer, et ne sera son embarquement de grand
monstre, car n'y aura que quelques ungs des siens qui partiront
avecques luy, sur ung ou deux vaisseaulx, mais, au rendés vous, se
doibvent assembler, comme on dict, soixante à quatre vingtz navyres,
et envyron cinq mille hommes, entre marinyers et soldatz. Je n'attandz
que l'heure qu'il parte d'icy, dont le feray suivre par ung homme
exprès, affin qu'il me rapporte quand et comment il s'embarquera. Et
sur ce, etc. Ce IIIe jour de mars 1573.
CCCVe DÉPESCHE
--du IXe jour de mars 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Rapport favorable du comte de Worcester à son retour.--Opposition
mise aux armemens pour la Rochelle.--Rejet de la proposition
faite en Angleterre d'envoyer une armée en France.--Préparatifs
de départ du comte de Montgommery.--Négociation des princes
protestans d'Allemagne pour former une ligue avec
Élisabeth.--Nouvelles d'Écosse.--Communication faite par
l'ambassadeur aux protestans de France.--Accord conclu en
Écosse pour la reconnaissance de Jacques VI.
AU ROY.
Sire, la Royne d'Angleterre m'a envoyé prier de différer mon audience
jusques à demein, qu'elle sera de retour en ung lieu qui est bien près
d'icy, où je ne faudray, tout à une foys, de tretter avec elle du
contenu en voz deux dernières dépesches; et cependant je vous diray,
Sire, que les bonnes démonstrations et bonnes parolles dont Vostre
Majesté et la Royne, vostre mère, avez uzé au comte de Worchester, et
le bon rapport qu'à son retour il a faict icy de toutz deux, et le
moyen que m'avez donné par voz lettres de rendre plusieurs évidentz
tesmoignages à ceste princesse de vostre droicte intention vers elle,
ont faict naistre beaucoup d'empeschemens, au comte de Montgommery et
à ceulx de la Rochelle, de ne pouvoir ouvertement, ny soubz mein,
impétrer tout ce qu'ilz pourchassoient en ceste court, ny, à beaucoup
près, tout ce qu'ilz pensoient leur y estre desjà octroyé; car ung
milord, qui est aultant digne de foy qu'il y en ait en ce royaulme,
m'a assuré que les choses de Paris avoient bien si merveilleusement
immué toute l'affection, que les Angloys commançoient avoyr assez
bonne vers nous, en une extrême indignation contre nous, que ung bon
nombre de la noblesse estoient venus, d'ung commun accord, se offrir
de mener trente mille hommes bien armés en France à leurs despens,
s'il playsoit à leur Mestresse de le leur permettre, et oultre cella,
d'advancer, du leur, demy million d'or pour ceste guerre, pourveu
qu'ilz le peussent recouvrer, dans deux ans, par des moyens qui ne
toucheroient rien au revenu de la dicte Dame, ce qu'à la vérité elle
n'a jamais voulu concéder; ains je sçay qu'elle l'a fort rejetté. Mais
ny encores le dict de Montgommery n'a pu avoyr le tiers de l'argent
que l'évesque de Londres et luy avoient praticqué en ceste ville, ny
pareillement toutz les vaysseaulx qu'il pensoit; et mesmes y a
beaucoup de gentilshommes angloys qui avoient donné parolle, et
s'apprestoient pour l'accompaigner, à qui a esté deffandu de ne
bouger; et une partie des pirates ont esté prins ou escartés par le
bon debvoir que l'admyral d'Angleterre a faict faire contre eulx,
suyvant ce que ceste princesse et les siens luy en ont commandé pour
interrompre principallement l'entreprinse du dict de Montgommery; qui
pourtant ne la délaysse, ains partira, à ce que j'entendz, mardy
prochein de ceste ville.
L'homme du comte Palatin est encores icy, et tout ce que, jusques à
ceste heure, j'ay peu découvrir de sa négociation, est qu'il a fort
instamment pressé ceste princesse de vouloir entrer ouvertement avec
les princes protestantz en la deffance de leur religion, et nomméement
en France, pareillement aussy en Flandres, et de contribuer, comme la
plus riche, aulx principaulx frays de ceste guerre. A quoy j'entendz
que la résolution a esté prinse, mais fort secrettement, par ceulx de
ce conseil, de luy respondre que, pour aulcunes bonnes et grandes
considérations, concernantz la seureté de sa couronne, la dicte Dame
ne pouvoit ny vouloit entrer aulcunement en guerre contre Vostre
Majesté, ny aussy se déclarer, pour encores, plus avant qu'elle avoit
faict contre le Roy d'Espaigne; mais, quand aux frays de la guerre, en
tout ce que les dictz princes jugeroient estre bon de fère et
d'entreprendre pour la deffance de leur religion, elle ne voudroit
estre veue de n'y contribuer aultant ou plus largement que nul aultre
prince ou princesse de la Chrestienté; et, là dessus, se sont
poursuyvies d'aultres négociations particullières et bien estroictes,
que je ne sçay pas encores quelles elles sont. Tant y a qu'ung
secrettère du comte Ludovic, qui est arrivé depuis six jours, s'y est
allé incontinent mesler bien avant.
J'ay advis, de plusieurs costés, comme le Sr de Vérac est
véritablement abordé en ce royaulme. Je ne faudray d'en fère une bien
expresse mencion à la dicte Dame. Je n'ay receu, longtemps y a,
aulcunes nouvelles d'Escoce, et croy que les choses n'y passent du
tout ainsy qu'il a esté rapporté à Mr le cardinal de Lorrayne. Il est
bien vray que, en ceste court, l'on a opinion qu'il s'y pourra fère
bientost quelque paix, car la noblesse se debvoit assembler pour cest
effect dès la my febvrier, et ne faut doubter, puisque Carcade est
prins, que ceulx du chasteau de Lillebourg ne se trouvent en grande
nécessité, aulxquelz, depuis naguières, j'ay escript par deux foys.
J'espère qu'ilz auront receu mes lettres.
J'ay communicqué, par Mr le vydame de Chartres et le jeune Sr de
Pardaillan, aulx aultres gentilshommes françoys, la vertueuse responce
que Vostre Majesté m'a mandé de leur fère, et leur en ay baillé tout
l'article de vostre lettre par escript, affin qu'il n'y puisse estre
rien varié. Ilz m'ont prié d'en rendre leurs très humbles grâces à
Vostre Majesté, et qu'après qu'ilz auront dellibéré ensemble, ilz
adviseront d'envoyer quelqu'ung d'entre eulx devers Vostre Majesté. Et
sur ce, etc.
Ce IXe jour de mars 1573.
Depuis ce dessus, m'est venu advis comme l'accord a esté faict
en Escosse, et que toutz les principaulx de la noblesse se
sont rengés à recognoistre le Prince, et n'y a rien plus que
le chasteau de Lillebourg qui tiegne pour la Royne d'Escosse.
Je creins assez qu'on entreprendra de le assiéger, et que les
Angloys y envoyeront gens et monitions.
CCCVIe DÉPESCHE
--du XIIIe jour de mars 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne._)
Audience.--Expédition du comte de Montgommery.--Nouvelles
d'Écosse et d'Allemagne.--_Mémoire._ Détails de
l'audience.--Satisfaction montrée par la reine de la mission du
comte de Worcester.--Négociation du mariage.--Discussion de
l'article sur l'exercice de la religion.--Proposition faite à
cet égard par l'ambassadeur.--Plaintes au sujet de l'expédition
du comte de Montgommery.--Plaintes de la reine à raison de la
conduite des Français en Écosse.--Assurance qu'elle ne donnera
aucun secours au comte de Montgommery.
AU ROY.
Sire, de tant que je metz dans un mémoire à part ce qui s'est passé en
la conférance que j'ay heu avec la Royne d'Angleterre, je vous diray
au surplus que le dict de Montgommery, le jour d'après, a faict une
extrême sollicitation en ceste court, mais j'espère qu'il luy aura
esté plus osté que accreu de moyens. Il n'a peu encores partir, mais
j'entends qu'il s'acheminera aujourdhuy vers l'Ouest, résolu, comme
le commun dict, de s'aller jecter dans la Rochelle, avec moins de
forces beaucoup qu'il n'avoit promis d'y mener. Aultres assurent que
son entreprinse est ailleurs, ez confins d'entre la Normandye et
Bretaigne, et qu'il tirera toute faveur des isles de Grènezé. J'ay mis
gens après. Je pense avoyr comprins de ceste princesse qu'il y a
résolution prinse en Escoce de bastre le chasteau de Lillebourg, si
les Srs de Granges et de Ledington ne le veulent rendre, et qu'elle ne
fera difficulté d'y envoyer des forces et des monitions à cest effect;
de tant qu'elle dict que ceulx de la noblesse monstrent toutz d'y
convenir. Dont adviserez, Sire, ce que sera expédient d'y pourvoir,
attandu qu'elle a tout ce qui faict besoing à cella desjà tout prest
et apporté à Barvic.
Le secrettère du comte Ludovic s'estant meslé dans la négociation de
l'homme du comte Palatin a faict et conclud, icy, par le moyen d'ung
Henry Pol, riche marchand d'Envers, lequel il a faict expressément
passer deçà, ung party de soixante mil escus à estre payez au
commancement d'avril, par trois égalles porcions, en Hembourg,
Francfort et Strasbourg; et dict on que le dict Palatin a assuré une
levée de quatre mille reytres à icelluy Ludovic. Sur quoy, de tant
qu'il est échappé au dict de Montgommery de dire qu'il entreprendroit
bien de l'aller recueillir jusques à la frontière, il semble que ce
seroit pour la France; mais je n'en ay encores d'aultre indice.
Le duc de Saxe a mandé icy ung homme exprès pour fère entendre à ceste
princesse que l'Empereur avoit esté adverty de la légation qu'elle
avoit envoyé fère vers luy, et comme il avoit gratiffié le messager
d'une cheyne et de sa médaille, chose qui ne debvoit avoyr esté sceue
ny en France, ny en Flandres; et que, dorsenavant, elle ne voulût
monstrer d'avoyr aulcune intelligence avec luy, ains qu'elle layssât
jouer tout le jeu au Palatin. Sur ce, etc.
Ce XIIIe jour de mars 1573.
MÉMOIRE.
Sire, pour garder que je ne me pleignisse du dellay de mon
audience, la Royne d'Angleterre, après aulcunes excuses des
maulvais et estroitz logis où elle avoit passé, m'a dict que,
en lieu que j'avois accoustumé d'aller vers elle, elle estoit
pour satisfaction de mon attante venue ceste foys vers moy,
toute preste d'ouyr de bon cueur ce que je luy voudrois dire
de la part de Vostre Majesté; mais ce seroit après qu'elle
vous auroit infinyement remercyé de tant de sortes de faveurs
et d'honnestes respectz, et de bons traictementz, dont il vous
avoit pleu, et aulx deux Roynes Très chrestiennes, uzer vers
le comte de Worchester son depputé, qui en avoit encores tant
receu en vostre court; et partout où il avoit passé en vostre
royaulme, que, de son abondante satisfaction, il avoit, à son
retour, satisfaict elle et toutz les siens par deçà, aultant
qu'il estoit possible de le fère; de quoy, pour beaucoup de
mutuelles occasions d'entre Voz Majestez et de voz communs
subjectz, elle en estoit bien fort ayse, et me prioit croyre
qu'elle se santoit vous en avoyr beaucoup d'obligation.
Je luy ay respondu que cella monstroit aulmoins que les siens
et toutz ceulx de ceste nation sont et seront tousjours mieulx
receus en France qu'on ne luy avoit voulu fère accroyre; et,
de tant que ce que m'aviez mandé par voz deux dernières
dépesches donnoit ung fort parfaict tesmoignage à la foy,
intégrité et droicte conscience, dont vous procédés en toutes
choses vers elle, et au regret que vous auriez qu'à l'appétit
d'aulcuns de voz subjectz malcontantz, ou des siens
passionnés, elle layssât naistre quelque préjudice en l'amityé
qu'elle vous avoit jurée; et que vous l'assuriez bien que le
Pape, ny Mr le cardinal de Lorrayne ne pourroient jamais rien
traverser en celles que vous luy portiés; que j'avoys estimé
bon de laysser à part tout ce que je pouvois avoyr pensé de
luy dire, et remonstrer de moy mesmes là dessus, pour luy fère
voyr les propres conceptions vostres, et celles de la Royne,
vostre mère, par les propres lettres de Voz Majestez.
Ce que la dicte Dame monstrant d'avoyr bien agréable, a fort
attentivement leu tout l'extrêt, que je luy ay faict voyr,
des plus notables poinctz de voz deux lettres du XIIIIe et du
XXIIIe du passé;
Et, après avoyr déduict aulcunes choses, pour conférer
l'effect, qu'elle dict vous avoyr tousjours monstré de son
amityé et bons déportementz vers vous, à ceulx de Vostre
Majesté vers elle,