les comtes et seigneurs de ce conseil, après m'avoir rendu plusieurs
grandz mercys de la bonne chère, et m'avoir faict une fort privée et
ouverte démonstration de beaucoup de contantement, ilz m'ont dict que,
pour ne rompre l'ancienne observance du jour, laquelle estoit de ne
l'employer qu'à banqueter et se resjouyr, ilz se vouloient bien garder
de traicter d'aulcune chose avecques moy, qui eût apparance d'estre
guyères sérieuse, et pourtant qu'ilz remettroient, jusques à deux ou
troys jours de là, de me respondre aulx querelles que je leur avoys
faictes le XXVIIIe du passé; et ne me mouveroient celles qu'ilz
avoient aussy à me fère sur aulcunes inconsidérations qu'on avoit
naguyères uzées à Roan vers aulcuns angloys; seulement ilz me
vouloient dire que la Royne, leur Mestresse, après ma dernière
audiance, estoit demeurée si irritée contre les pirates, pour
l'outrage faict au comte de Worcester, qu'elle avoit résolu d'en
nétier la mer, dont avoit commandé qu'il fût mis promptement III bons
navyres dehors pour les aller chasser de toutes les rades et costes de
deçà, ce qui seroit faict dans sept ou huict jours. Sur quoy voyant
qu'ilz avoient prescrit l'ordre de ne me vouloir travailler d'affères
parce que j'estois leur hoste, je ne les en voulus ennuyer à eulx
parce qu'ilz estoient les miens, et ainsy a esté remis de traicter de
toutes noz négociations à quand j'yray trouver, la première foys, la
Royne, leur Mestresse, à Grenvich. Or, Sire, ces troys navyres sont
ceulx, que je vous ay desjà mandé, qu'elle avoit donnés à son admiral,
lesquelz, parce qu'ilz avoient esté destinés à ung aultre effect, je
souspeçonne fort que le prétexte de chasser les pirates sera de les
envoyer toutz à la Rochelle, ou bien à fère la surprinse de quelque
lieu le long de la coste de Normandye de Bretaigne, ou de Guyenne,
s'ilz le trouvent mal gardé. Car à voyr les dilligences d'aulcuns
malcontantz qui sont icy, et leurs ordinayres sollicitations en court,
les armes et monitions qu'ilz acheptent, le nombre de grandes
harquebuzes à forchette qu'ilz font forger, les navyres de guerre
qu'ilz louent et marchandent, les hommes qu'ils entretiennent, et la
presse qu'ilz leur font toutz les jours de se tenir pretz, et mêmes
qu'ilz vont praticquant les soldatz, tant angloys que françoys,
aussytost qu'il en arrive ung en ceste ville, ainsy qu'ilz sont après
à suborner quatorze ou quinze françoys qui viennent d'Escoce (mais je
leur ay obtenu passeport, et baillé quelques deniers pour se retirer à
Dieppe), il est aysé à juger qu'ilz ont quelque desseing non petit, et
qui est fort prest d'estre bientost exécuté. En quoy semble qu'il ne
faut non seulement avoyr l'euil sur l'object de la Rochelle, car
estiment qu'elle n'est pour estre forcée de longtemps, mais que, s'il
leur reste quelque moyen de vous apprester de la besoigne ailleurs,
qu'ilz ne faudront de l'essayer affin de divertir le siège du dict
lieu de la Rochelle.
Il est arrivé ung courrier d'Escoce depuys troys jours, duquel l'on ne
publie les nouvelles qu'il a apportées de dellà, mais quelqu'ung, qui
en a descouvert quelque chose, m'a mandé que le capitaine Granges et
Ledington, encor que milord de Morthon poursuive opiniastrément de les
resserrer par une tranchée qu'il a faicte devant le chasteau de
Lillebourg, qu'ilz se maintiennent néantmoins fort bravement contre
luy, et monstrent de creindre bien peu ses effortz; que ce que le dict
de Morthon traictoit de bailler le Prince d'Escoce aux Angloys, ainsy
qu'il a esté sur le poinct de le consigner, cella a esté esventé par
quelque lettre que j'avoys escripte d'icy; dont semble que
l'entreprinse reste maintenant fort éloignée, nonobstant que les
cinquante mille escus de la convention soient desjà sur les lieux, car
les Escouçoys disent qu'ilz mourront plustost très-toutz que de
souffrir qu'on le transporte hors du pays; qu'il estoit bruict que le
frère du dict Granges estoit arrivé à Abredin avec le Sr de Vérac. Sur
ce, etc.
Ce VIIIe jour de febvrier 1573.
CCCe DÉPESCHE
--du XIIIe jour de febvrier 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Négociation secrète de l'ambassadeur avec
Burleigh.--Favorables dispositions des Anglais.--_Mémoire._
Détails de la négociation.--Plainte de l'ambassadeur au sujet
d'un traité qui aurait été signé par Elisabeth avec les
protestans de la Rochelle.--Protestation de Burleigh avec
serment que cette imputation est fausse.--Sa déclaration que
si le roi veut faire punir les auteurs des massacres de la
Saint-Barthèlemy, la reine lui montrera la même confiance
qu'autrefois, et consentira à reprendre la négociation du
mariage.
AU ROY.
Sire, affin d'interrompre l'effect de quelques dilligences que je
voyois fère icy, qui m'estoient suspectes, j'ay prins occasion, par la
dépesche de Vostre Majesté du XXIIIe de janvier, d'aller, la nuict
passée, sur les dix heures d'après soupper, fère une négociation
extraordinayre avec milord de Burgley, dont je mets le récit à part.
J'espère, Sire, que les choses se pourront modérer, si une nouvelle,
qui vient tout à ceste heure d'arriver, ne les altère, c'est qu'on a
escript de Barvic que quatre ou cinq centz françoys se sont
désambarqués en Escoce, du costé du Nort, chose que j'estime qu'on a
controuvée sur l'arrivée du Sr de Vérac par dellà; mais je mettray
peyne d'en oster l'impression. Les troys navyres que je vous ay cy
devant mandé estre ordonnés pour chasser les pirates de deçà,
sortyront dans troys jours hors du port, et, si l'on ne leur envoye
une nouvelle commission quand ilz seront sur mer, je sçay bien que
celle qu'ilz emportent d'icy n'est pour atempter chose qui soit contre
vostre service; et mesmes l'on a faict arrester quelques navyres
chargés de bledz vers l'Ouest, qui estoient prestz d'aller à la
Rochelle. Tant y a, Sire, que je ne veulx pour cella me rétracter de
chose que j'ay escripte, ny que Vostre Majesté n'ayt encores bien
suspecte la grande deffiance de ceux cy, car l'évesques de Londres et
les principaulx protestantz de ce royaulme continuent ouvertement de
retenir aultant de soldatz volontayres qu'il en arrive en ceste ville,
et en ont desjà plus de troys mille enrollés. Ilz communicquent avec
les malcontantz et tiennent plusieurs estroictz conseilz avec eulx.
Ilz font des cueuillètes de deniers, et, oultre les sommes que je vous
ay cy devant mandées, ilz contreignent les douze principalles
compagnies des marchandz de Londres de contribuer vingt mille escus
contantz qui se payent aujourdhuy. Et sur ce, etc.
Ce XIIIe jour de febvrier 1573.
NÉGOCIATION AVEC MILORD DE BURGLEY.
Sire j'ay dict à milord de Burgley qu'à peyne eussiez vous
espéré, du plus grand ennemy qu'ayez au monde, ung acte plus
contrayre à l'amityé d'entre Vostre Majesté et la Royne, sa
Mestresse, que celluy qui vous estoit naguières apparu d'elle
par ung advis, dont m'aviez envoyé l'extrêt, touchant une
confédération qu'elle traictoit de fère avec ceulx qui se sont
soublevés en vostre royaulme, et que j'estois le plus honteux
et confus gentilhomme qui fût en vostre service de ce,
qu'après les bonnes parolles et promesses bien expresses
qu'encores, depuis l'accidant de Paris, elle m'avoit prié de
vous escripre de sa persévérance vers vous, il se trouvoit
maintenant qu'elle s'alloit non seulement joindre, mais se
rendre chef de la plus adversayre entreprinse qui se pourroit
dresser contre Vostre Majesté et contre le repos de vostre
estat, et que vous aviez en cella à accuser beaucoup ma
facillité et sottise d'avoyr légièrement creu à parolles, mais
beaucoup plus leur maulvayse foy, qui sçavoient bien que,
depuis huict moys, la dicte Dame avoit très solennellement
juré de vous estre bonne amye et vraye confédérée; et que
Dieu, à qui elle en avoit faict le sèrement, estoit tesmoing
qu'en tout ce temps, ny depuis la paix de l'an 1565, il ne
s'estoit offert aulcune occasion en toute la Chrestienté, où
il fût question du bien de l'estat et de la personne d'elle,
que vous ne vous y fussiez monstré son vray amy, voyre son
très parcial amy;
Et pourtant que je luy vouloys bien dire, si les choses
passoient plus avant, bien que soubz mein, ou couvertes de
quelque prétexte que ce fût, qu'il vous resteroit, vifve à
jamais, la plus juste prétantion d'injure contre sa Mestresse
et contre ce royaulme, dont prince ayt esté oncques provocqué,
pour vous en revancher, quand vous verriez l'oportunité de le
fère; et que je luy portois le dict advis qui arguoit fort la
dicte Dame d'avoyr desjà deffailly vers vous; et luy portois
aussy l'extrêt de vostre dicte lettre qui, au contrayre,
monstroit tousjours combien vous persévériez droictement vers
elle, affin que luy mesmes fût tesmoing qu'elle cherchoit de
perdre sans occasion ung amy, dont la perte ne luy en pouvoit
estre, ny aulx siens, petite ny légière.
Le dict de Burgley, après avoir considéré ce que je luy
disoys, qui n'a esté sans beaucoup d'aultres remonstrances
bien amples, et les plus vifves que je luy ay peu déduyre,
lesquelles, pour briefveté, je ne metz icy, et qu'il a heu leu
vostre lettre en ce qui concernoit les poinctz de l'amityé,
du faict de la Rochelle, de l'offre de l'Irlandoys, celluy de
la ligue contre le Turcq, celluy de messieurs de Guyse et
celluy du mariage, il m'a respondu qu'il me prioit, devant
toutes choses, de croyre que l'advis estoit aussy faulx et
mensonger, comme l'estoit le Diable luy mesmes, autheur de
faulceté et de mensonge. Et puis a adjouxté ung sèrement à
Dieu, bien fort grand et digne d'estre creu, que la Royne, sa
Mestresse, n'avoit escripte aulcune lettre, petite ny grande,
à ceulx de la Rochelle, ny leur avoit encores, en façon du
monde, rien respondu, bien que plusieurs choses de leur faict
luy eussent à la vérité esté proposées; et que le dict advis
estoit plustost une admonition que ceulx de la religion se
donnoient les ungs aulx aultres, et ung advertissement entre
eulx, que non une chose ainsy advenue; et qu'il vous suplioit,
Sire, de vous donner paix et repos, quand à cella;
Qu'il avoit ung infiny plésir de voyr en vostre lettre
beaucoup de particulliers tesmoignages de vostre bonne et
vertueuse procédure vers la Royne, sa Mestresse, à laquelle
nul, soubz le ciel, luy pouvoit reprocher qu'elle fût en
aulcun deffault vers Vostre Majesté, mais bien luy estoit
besoin, pour les choses advenues en France, qu'il luy apparût
ung peu plus cler, qu'elle ne l'avoit peu voyr depuis huict
moys en çà, si l'intention de Voz Majestez, et de Monsieur, et
de Monseigneur le Duc, tendoient à la ruyne de ceulx de sa
religion ou bien à conserver leur amityé, premier qu'elle
estimât se debvoir si confidemment commettre à Vostre Majesté
comme elle faysoit auparavant;
Mais que, si Vostre Majesté luy donnoit quelque
esclarcissement de cella, en faysant punir quelques ungs de
ces plus séditieux, qui, sans authorité publique, ont tué
ceulx de la dicte religion, mesmement les femmes et enfans,
qui ne pouvoient estre participans de la conspiration; et si
faysiez cognoistre à ceulx qui sont échappés de ceste grande
émotion, que vous n'estes poinct marry qu'ilz se soient
retirez en lieu de refuge, pour la seureté de leurs vyes; et
que ne permettiez procéder qu'avec temps et ordre vers les
dicts de la nouvelle religion, si, d'avanture, vous ne voulés
plus souffrir qu'il y en ayt qu'une en vostre royaulme,
qu'aulmoins ilz ne soient forcés d'abandonner la leur, premier
qu'ilz soient instruitz ou persuadés comme ilz doivent prendre
l'aultre, sans violenter ny leurs personnes ny leurs
consciences; que lors auroit elle apparente occasion de se
commettre comme auparavant à Vostre Majesté, et luy, de le luy
oser conseiller, parce que cella justiffieroit vos actions
passées, et feroit voyr que l'accident auroit esté ou
fortuit, ou provocqué par ceulx mesmes de la dicte religion,
là où ung chacun demeureroit maintenant persuadé du contraire,
avec quelque escandalle de vostre réputation vers toutz les
Protestantz;
Et que le propos du mariage ne tarderoit après d'estre
approuvé par toutz ceulx de ce conseil, comme chose qu'ilz
voyent bien qui est plus nécessayre à leur Mestresse et à son
royaulme, que non à Voz Majestez Très Chrestiennes ny au
vostre; (et les difficultez ne paroistroient grandes, pourveu
que la dicte Dame se peût apercevoir que, nonobstant la
souspeçon qu'elle a prins de ce que, en mesmes temps qu'on
traictoit avec elle pour Monsieur, l'on envoya fère des
practiques pour le marier en Pouloigne, et que Monseigneur le
Duc s'est maintenant absenté, quand le comte de Worchester a
deu arriver par dellà, et que la Royne, vostre mère, a différé
longtemps de respondre aulx poinctz de la religion;) si
néantmoins vous y vouliez maintenant procéder de bonne et
vraye intention, car ne falloit doubter que elle, de son
costé, ne l'y eût toujours heue très bonne, et clère, et
nette.
Et a poursuivy son discours en plusieurs aultres propos,
desquelz j'ay heu occasion d'espérer que de ceste nostre
conférance pourroit sortir quelque proufit pour vostre
service. Dont luy ay seulement réplicqué que j'acceptois, de
tout mon cueur, l'atestation qu'avec sèrement il me faysoit
que l'advis estoit faulx; et que, sur la parolle sienne,
j'entreprendrois de vous promettre, Sire, que vous trouveriez
plus de vérité en l'assurance, que je vous avoys donnée, et
que je vous confirmois de rechef, de la persévérance de sa
Mestresse vers vostre amityé, que non en tout ce qu'on vous
avoit voulu, et qu'on vous voudroit, fère doubter de la
sienne.
Et, touchant les justes déportementz de Voz Majestez Très
Chrestiennes vers ceulx de la nouvelle religion, et de vostre
droicte intention au propos du mariage, oultre qu'il avoit veu
l'esclarcissement de cella en termes bien exprès dans vostre
dicte lettre, je luy avoys encores apporté la lettre de la
Royne, vostre mère, de mesmes dathe, en laquelle, après le
narré principal, il y verroit adjouxté ung bien peu de motz de
sa mein, qui luy donroient pleyne satisfaction de ces deux
poinctz.
Et ainsy, la luy ayant baillée à lire, il l'a trouvée
merveilleusement à son goust; et je luy ay faict gouster
davantage ce qu'elle mesmes y adjouxtoit par postille, qu'elle
ne croyroit jamais que la Royne d'Angleterre peût laysser de
vous estre bonne sœur et amye, pour avoyr mis vostre estat
et vostre vye en seureté, et qu'à ce coup elle vous voulût
faire cognoistre, par sa résolution sur le propos de
Monseigneur le Duc, sa bonne volonté:
Que c'estoient bien peu de parolles, mais, parce qu'elles
procédoient d'une grande princesse qui les escripvoit de sa
royalle mein, qu'elles justiffioient, plus que à suffizance,
les actions de Voz Majestez sur tout l'accidant qui estoit
advenu à ceulx de la nouvelle religion; et déclaroient si
ouvertement vostre sincérité au propos du mariage, que je ne
voulois, ny à l'ung ny à l'aultre, adjouxter une seule sillabe
du mien.
Le dict milord estant demeuré tout court, et non, à mon advis,
mal satisfaict, m'a prié de luy laysser la dicte lettre, affin
de la pouvoir communicquer à sa Mestresse, ce que j'ay très
volontiers faict. Et ainsy nous sommes départis.
CCCIe DÉPESCHE
--du XVIe jour de febvrier 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Nouvelles d'Allemagne et d'Écosse.--Crainte que l'on doit avoir
en France des secours préparés en Angleterre pour la
Rochelle.--État de la négociation des Pays Bas.
AU ROY.
Sire, le gentilhomme angloys qui estoit passé oultre jusques au duc de
Saxe est revenu, depuis trois jours, par la voye de Holande, par
laquelle, peu devant luy, l'homme du comte Palatin estoit arrivé, et
semble que son retour en ceste court ayt réchauffé la dellibération de
la guerre en faveur des Protestantz, qui auparavant s'alloit peu à peu
attiédir, ayant, à ce qu'on dict, rapporté beaucoup plus de
satisfaction du dict duc, sur les choses que la Royne d'Angleterre luy
a faictes proposer, qu'on ne l'espéroit de luy; qui, pour enseignes de
sa bonne affection en cest endroict, a gratiffié le messager d'une
cheyne de huict centz escus, avec une médaille de son effigie au
bout, qu'il porte à la vue de tout le monde.
Et, le mesmes jour, le Sr de Languillier est arrivé de la Rochelle,
et, peu après, le poste de Vuarvic a aporté la certitude comme le Sr
de Vérac et Carcade, frère du cappitaine Granges, sont arrivés à
Abredin d'Escosse, sans aultre nombre de françoys que de huict ou dix
harquebusiers, qu'ilz avoient prins dans leur navyre pour se garder
des pirates, mais il compte aussy comme le dict Carcade, s'estant
depuis conduict jusques au lieu de Blacmet, le comte de Morthon l'est
allé assiéger, et l'a prins avec tout ce qu'il portoit de lettres,
d'instructions et d'argent, et qu'il guette le Sr de Vérac pour luy en
faire aultant.
Je creins, Sire, de beaucoup d'endroictz, beaucoup de choses, dont
auray l'œil en beaucoup de partz pour vous donner le plus
d'advertissementz que je pourray; mais il semble bien que debvés
surtout fère dilligemment recognoistre en Allemaigne qu'est ce qu'on y
prépare, car de là viendra le plus grand effort; et m'a l'on dict que
le comte Ludovic assure que sans doubte il y aura bientost une armée
en campagne, mais ne se publie encores où elle marchera; qui prévoys
néantmoins que les Angloys, en quelle part qu'elle aille, y
adresseront aussy leur entreprinse. Dont je desire infinyement que,
par une bonne dilligence d'avoyr plustost réduict, ou par amour ou par
force, ceulx de la Rochelle, et ceulx qui suyvent leur party en
France, à vostre obéyssance, Vostre Majesté oste toutz moyens à ces
estrangers de s'entremettre de leur faict.
Guaras attand encores la responce pour le Duc d'Alve, et n'espère de
moins sinon qu'on la luy fera fort bonne, et qu'après les procheynes
lettres, que le dict duc renvoyera, le commerce et les portz seront
réouvertz entre les deux pays pour deux ans, et que, pendant iceulx,
il sera depputé des personnages, de chacun costé, pour mettre toutz
les aultres différendz en bons termes d'accord. Sur ce, etc.
Ce XVIe jour de febvrier 1573.
CCCIIe DÉPESCHE
--du XXIe jour de febvrier 1573.--
(_Envoyée jusques à Bouloigne par le courrier._)
Armemens faits par le comte de Montgommery.--Projets divers qu'on
lui suppose.
AU ROY.
Sire, après que j'ay eu remonstré au grand trézorier d'Angleterre les
choses, que Vostre Majesté m'avoit escriptes touchant la confédération
qui se présumoit entre la Royne, sa Mestresse, et ceulx de la
Rochelle, l'on n'a depuis rien plus traicté de ces matières suspectes
dans ce conseil; ains le dict grand trézorier et les comtes de Lestre
et de Lincoln se sont absentés, et n'est demeuré gens d'affaires près
de la dicte Dame que le seul comte de Sussex et mestre Smith: ce qui
est cause, Sire, que je ne puis, si proprement que je voudrois,
descouvrir, à ceste heure, comme va la particullarité des praticques
de deçà. Néantmoins je voy bien que aulcuns fâcheus, et pleins de
passions, ne cessent de poursuyvre, de mayson en mayson, et d'oreille
en oreille, leurs accoustumées sollicitations plus que jamays; et que
le comte de Montgommery va cherchant ceulx cy, et pareillement qu'il
est cherché d'eulx, et qu'il traicte ordinayrement avec le secrettère
du comte Palatin, et que la retenue des soldatz, tant françoys que
aultres, qui a esté faicte en ceste ville, monstre de n'attandre que
l'ordre et commandement de luy. En quoy, à mon jugement, Sire, il
semble estre passé si avant, en prenant de l'argent de ceulx de
Londres, et encores, à ce que j'entendz, quelque somme de ceste court,
qu'il est aysé à juger qu'il s'est obligé à quelque entreprinse. Et
parce qu'on ne publie au vray quelle elle est, qui, possible, luy
mesmes ne la sçayt encores de certein, je vous diray, Sire, quelle
opinyon en ont ceulx qui antent avec luy et avec les siens, et qui
oyent souvant leurs discours: c'est que, si les moyens ne luy viennent
plus grandz que, pour encores, ilz ne luy apparoissent, qu'il s'yra
jetter, avec ce qu'il a de soldatz, dans la Rochelle; mais, s'il peut
avoyr les moyens si gaillardz qu'il ayt de quoy mettre des gens en
terre, sans dégarnir ses vaisseaulx, qu'il hazardera de surprendre ou
de forcer quelque place, le long de la côte de Normandie, de Bretaigne
ou de Guyenne, et qu'en toute sorte il tentera de maîtriser la mer
avec cinquante navyres de guerre petits ou grands qu'il peut mettre
ensemble en dellibération de combatre les gallères et vaysseaulx de
Vostre Majesté, si l'occasion s'y offre. Et s'entend aussy, parmy
eulx, qu'il pourra fère une entreprinse en Escoce pour y réduyre les
choses, à la dévotion des Angloys, qui les ont à cueur, aultant que
nulles aultres qui les concernent; et s'efforcera de prendre le
chasteau de Lillebourg et de transporter le Prince d'Escoce par deçà:
qui ay bien advertissement, Sire, qu'on prépare de l'artillerye, des
pouldres et des monitions, en la Tour de ceste ville, pour les envoyer
à Barvic tout exprès, à ce qu'on dict, pour en accomoder le comte de
Morthon, lequel monstre d'avoyr résoluement déterminé de venir à bout
de ceulx du dict chasteau de Lillebourg. Il se parle aussy que cest
apprest de mer du dict de Montgommery est pour aller en cours piller
quelque isle, ou bien pour dévaliser quelqu'une des flotes qui
reviendront des Indes. Et aultres disent qu'il yra trouver le prince
d'Orange, et que mesmes il essayera de tirer des harquebousiers de la
Rochelle, et des aultres lieux de France, pour en accommoder le dict
prince.
Je supplye très humblement Vostre Majesté d'advertyr vostre armée de
mer de se préparer et se tenir sur ses gardes. Sur ce, etc. Ce XXIe
jour de febvrier 1573.
CCCIIIe DÉPESCHE
--du XXVIIe jour de febvrier 1573.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Brouar._)
Préparatifs du comte de Montgommery.--Protestation de dévouement
de la part du vidame de Chartres et de plusieurs autres
réfugiés.--_Mémoire._ Audience.--Plainte de l'ambassadeur au
sujet de l'alliance qu'Élisabeth aurait faite avec les
protestans de France.--Insistance pour la conclusion du
mariage.--Déclaration de la reine qu'elle n'a pas formé
d'alliance avec les protestans de France, et qu'elle ne veut
donner aucun secours à la Rochelle.--Communication faite par
elle de divers avis qui lui sont adressés de France.--Ses
plaintes à raison des projets imputés au roi sur l'Écosse.
AU ROY.
Sire, premier que le comte de Worchester soit arrivé icy, lequel est
encores attendant le vent à Bouloigne, j'ay esté bayser les mains de
cette princesse à Grenwich, pour luy rendre, de la part de Vostre
Majesté, et des deux Roynes Très Chrestiennes, l'exprès mercîment, qui
est contenu en vos lettres, du IIIIe et VIIe du présent, pour la
peyne qu'elle avoit prinse d'envoyer tenir la petite Madame, vostre
fille, sur les saincts fontz de baptesme; en quoy je n'ay obmis de luy
gratiffier le présent, et l'eslection du dict comte, et ce, qu'en
toutes choses elle avoit procédé si honnorablement en cest endroict,
qu'il ne s'y eût peu desirer ny plus de dignité, du costé d'elle, ny
plus de contantement pour Voz Très Chrestiennes Majestez: et je mets
dans un mémoire à part ce qui s'en est ensuivy.
Depuis cella, elle a faict deffendre à aulcuns cappitaines anglois,
lesquelles s'apprestoient d'aller en cours, que, sur peyne de vye, ilz
n'aillent poinct à la Rochelle, et une partie de la contribution des
marchandz ne se poursuit plus avant. Je ne ne sçay si pourtant le
comte de Montgommery s'arrestera; mais il semble que non, et qu'il est
résolu ou de deffandre la Rochelle, ou bien de faire sa composition,
en composant pour icelle. Le vidame s'est du tout retiré de
l'entreprinse, et monstre de n'avoyr aultre affection qu'à vostre
service, et de diminuer, s'il peut, aulx princes protestantz la malle
impression qu'ilz pourroient avoyr prinse de l'évènement de Paris, et
a opinion qu'il s'y pourra utillement employer. Les sieurs de
Pardaillan, Du Plessis, Maysonfleur et aultres monstrent de ne vouloir
suyvre le dict de Montgommery, ains de passer plustost en Olande,
ainsy que le cappitaine Poyet faict estat d'y retourner. Sur ce, etc.
Ce XXVIIe jour de febvrier 1573.
MÉMOIRE.