Départ du comte de Worcester avec charge de traiter du

mariage.--Négociation des Pays-Bas.--_Mémoire._ Réclamation du

vidame de Chartres et des Srs Pardaillan et Du Plessis contre

l'ordre du roi qui leur enjoint de rentrer en

France.--Disposition du comte de Montgommery à faire sa

soumission.--Nouvelles de la Rochelle; préparatifs faits

secrètement en Angleterre pour secourir cette ville.

AU ROY.

Sire, le comte de Vourchester a esté retardé jusques aujourdhui XVe,

qu'on a achevé de le dépescher, et, après m'estre venu dire l'adieu en

mon logis, il s'est mis incontinent sur la Tamise. Il s'en va pourveu

d'une très bonne intention vers ces deux royaulmes, et d'une bien

ample commission, ainsy qu'il m'a dict, de sa Mestresse, pour traicter

avec Voz Majestez du poinct de l'allience qui se recherche maintenant

entre vous; qui sont deux choses, lesquelles je m'assure, Sire,

qu'avec la considération des aultres bonnes et grandes qualités

siennes, vous le feront avoyr agréable.

L'on attand tousjours icy en grande dévotion la responce du duc d'Alve

sur l'accord des différandz des Pays Bas, et semble que, si elle

n'arrive dans le caresme prenant, que ceulx cy veulent prendre quelque

aultre expédiant. Je desire, de plus en plus, Sire, que faciez

bientost partir le Sr de Vérac pour Escoce, car j'entendz que les deux

praticques, de mettre le Prince d'Escoce ez meins de la Royne

d'Angleterre, et le chasteau de Lislebourg ez meins du comte de

Morthon, se poursuyvent fort à l'estroict; et me vient l'on

d'advertyr que le Sr de Quillegreu est arrivé depuis deux jours pour

cest effect en ceste ville, et qu'il se tient caché au logis de milord

trézorier, son beau frère. L'on offre de grosses sommes pour cella.

J'ay escript à ceulx du dict chasteau la bonne provision que Vostre

Majesté a ordonné pour les affères du dict pays, et qu'ilz auront

bientost par dellà de voz nouvelles, si desjà elles ne sont arrivées.

Et sur ce, etc. Ce XVe jour de janvier 1573.

MÉMOIRE.

Mr le vidame de Chartres et les Srs De Pardaillan et Du

Plessis me sont venuz faire une grande pleincte, me

remonstrantz qu'en nul temps il n'avoit esté veu qu'on eût

jamais accusé l'absance d'aulcun, qui eût voulu fouyr bien

loing pour éviter la persécution de sa religion; et qu'ilz

vous suplient très humblement que, veu qu'il estoit bien cognu

à Vostre Majesté qu'ilz n'estoient passez en ce royaulme,

lequel est maintenant de vostre alliance, sinon pour céder à

l'extrême violence qui s'exerçoit indifféremment en France

contre ceulx de leur religion, et pour seulement deffendre,

avec la fuyte, leurs vyes, affin de n'estre veus rebelles

s'ilz se joignoient avec ceulx qui monstrent de la vouloir

deffandre par les armes, qu'il fût vostre bon plésir ne

vouloyr permettre qu'ilz soient notez du nom infamme de

rébellion.

J'ay respondu que, par vostre dernière déclaration, du VIIe de

décembre, il leur estoit pourveu d'une si bonne seureté, en

leurs maysons, qu'ilz ne se pouvoient excuser d'y retourner.

Ilz m'ont réplicqué qu'il y en avoit si peu que, naguyères,

l'on avoit esté bien près, à Roan et à Paris, de recommancer

une aultre émotion sur ceulx qui restoient de leur religion,

sans que la justice eût fait semblant de s'y ozer oposer.

Sur quoy, voulantz mener les propos plus avant, non sans

quelque altération entre nous, je leur ay résoluement déclaré

que je ne me pouvois rétracter de chose que j'eusse dicte, car

c'estoit, sellon la charge que j'en avoys, par commandement

exprès de Vostre Majesté; mais, pour ne les désespérer, je

leur ay dict que je vous feroys très volontiers entendre ce

qu'ilz m'alléguoient, dont m'ont prié de le vouloir accepter

par escript, et le faire ainsy tenir à Vostre Majesté.

Et puis le dict Sr Vidame, à part, m'a dict que le comte de

Montgommery offroit que, si j'avois à luy faire entendre

quelque chose, en particullier, de Vostre Majesté et de la

Royne, vostre mère, ou de Messeigneurs voz frères, qu'il

viendroit parler, avec tout respect, à moy, pour ouyr voz bons

commandementz.

Je luy ay respondu que, en brief, j'attandoys une vostre

dépesche, et que, s'il y avoit quelque chose qui le concernât,

je le luy ferois incontinent sçavoyr.

Il semble que, depuis quatre jours, soit arrivé ung vaisseau

de la Rochelle, et qu'il rapporte que Mr de La Noue s'en est

retourné sans rien fère, et que mesmes il a esté tenu de bien

court dans la ville, non sans danger de sa personne. Et, de

tant que ceulx des habitans, qui sont icy, voyent bien que la

continuelle instance, que je fay contre eulx, leur pourroit

donner quelque empeschement en leurs affères, ilz trouvent

moyen d'attitrer des marchandz angloys, qui ont accoustumé de

trafficquer des mesmes choses qui leur sont besoing, et par

ceulx là ilz font leur emplète, et puis les font embarquer en

lieux escartés; de sorte qu'il est très difficille d'y trouver

remède. Et mesmes semble que la Royne d'Angleterre, ny ceulx

de son conseil ne l'y sçauroient mettre, sans y procéder par

quelque bien extraordinayre voye; ce que, pour ne leur toucher

l'affère de si près, il n'y a pas grand apparance qu'ilz le

facent, ny qu'on les en doibve trop presser.

Néantmoins, de tant qu'il est certein qu'il coulera tousjours

d'icy quelque rafraychissement, a la desrobbée, aux dicts de

la Rochelle, il ne sera que bon que Mr de La Garde n'espargne

pas les navyres angloys, qu'il trouvera, qui en abuseront;

pourveu qu'il garde que, soubz tel prétexte, l'on ne traicte

mal ceulx qui yront ailleurs pour exercer leurs commerces: car

il se pourroit, à la fin, peu à peu fère une si bonne masse au

port de la Rochelle, qu'elle ozeroit bien aller rencontrer voz

gallères. De quoy il s'en faict desjà quelque bruict; et que

mesmes les dicts de la Rochelle se veulent résouldre de

n'attandre pas que l'armée de terre approche de leurs

murailles, ains qu'ilz yront se retrancher le plus loing

qu'ilz pourront pour l'arrester, mesmement, s'il ne vous vient

poinct de Suysses, comme ilz en ont quelque espérance.

Il y a des cappitaynes de mer angloys, lesquelz, ayantz armé

des navyres soubz l'espérance de la guerre qui se feroit pour

secourir ceulx de la Rochelle, ne pouvantz maintenant obtenir

congé d'y aller, veulent vendre leurs navyres. Et ung d'entre

eulx m'a faict dire qu'il vendra très volontiers le sien à

Vostre Majesté: dont, pour garder qu'il n'en accomode les

dicts de la Rochelle, ny ceulx qui s'en pourroient servir à

nuyre à voz subjectz, je luy ay mandé que je le vous

escriprois, et que je luy en feroys avoyr bientost responce,

ce qui, possible, induyra les aultres d'en fère de mesmes;

dont vous plerra m'en mander vostre intention.

CCXCVIe DÉPESCHE

--du XXIIe jour de janvier 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Négociation du comte de Worcester.--Armemens faits par les

protestans pour secourir la Rochelle.--Armemens faits par la

reine d'Angleterre; doutes sur le but qu'ils peuvent

avoir.--Dessein des Anglais de s'emparer du prince

d'Écosse.--Bonne disposition du conseil en faveur de la France.

AU ROY.

Sire, puisque le comte de Worcester est maintenant devers Vostre

Majesté pour accomplir, le plus honnorablement qu'il pourra, la charge

de tenir pour la Royne, sa Mestresse, la petite Madame sur les sainctz

fontz de baptesme, il sera bon de tirer encores de sa légation le plus

d'utilité qu'il sera possible pour le bien de vos affères; dont, s'il

vous plaist, et à la Royne, vostre mère, de traiter bien à fondz

avecques luy et avec Mr de Vualsingam du propos de Monseigneur le Duc,

il m'a fort assuré qu'il a fort ample commission d'y entendre, et

mesmes de ne partir d'auprès de Vostre Majesté, si la négociation

prent bon train, qu'il ne la voye réduicte à quelque bonne conclusion.

Par ainsy, Sire, il est expédiant de convenir avec eulx, en propres

parolles et bien expresses, du poinct de la religion, car ilz

s'attandent que Voz Majestez, premier qu'ilz s'advancent d'en rien

dire, leur en facent ouverture par quelque bonne responce sur les

précédantes propositions que le dict de Valsingam dict qu'il en a

desjà, de longtemps, faictes à la Royne; en quoy semble qu'elle luy

peut demander qu'il ayt à répéter ce qu'il estime luy en avoyr

proposé, et par là en attacher si bien la praticque que toutes les

difficultés s'en puissent facillement esclarcyr.

Le comte de Montgommery a esté appellé ces jours passez à la court, où

son frère, Mr de St Jean, qui est arrivé icy le dix huictiesme de ce

moys, l'a trouvé, lequel vous comptera tout ce qui s'est passé entre

eulx; et nonobstant que ceulx de la Rochelle ne soient ouvertement

ouyz par la Royne, ny de ceulx de son conseil, en leurs instances,

elles sont toutesfoys secrettement reçues par aulcuns aultres qui

peuvent assez, et hier est huict jours qu'il se tint ung conseil en

une mayson privée de ceste ville sur les moyenz de pouvoir secourir la

dicte ville; dont, de plusieurs propos irrésolus, qu'on m'a rapporté y

avoyr esté tenus, semble qu'il se peut colliger ceste résolution, que,

par tout le moys de febvrier, se pourront mettre ensemble trente cinq

ou quarante navyres de ceulx de Fleximgues, et qu'il se ramassera

bien, entre françoys et vualons, et aulcuns angloys désadvouez,

jusques à troys mille hommes en tout; lesquelz de divers endroitz

couleront facillement ez dicts navyres: et qu'avec cella

s'entreprendra de mettre ung rafreschissement d'hommes et de vivres,

et de monitions, dans la ville, non sans quelque dellibération de

vouloir combattre vostre armée de mer, si l'occasion s'y présente, et,

quoy que soit, de la forcer, si elle entreprend de leur empescher le

passage.

En quoy ma souspeçon devint plus grande de ce que j'ay sceu que la

Royne d'Angleterre a faict présant d'ung navyre de six centz

tonneaulx, et de deux aultres de cent cinquante tonneaulx chacun, à

son admiral, qui a donné incontinent le grand à son filz, et les deux

aultres à deux gentilshommes ses parans; et si, a baillé commission à

neuf ou à dix aultres gentilshommes, de bonne qualité, d'en armer

chacun ung, pour estre prestz dans la fin du prochein moys de

febvrier, ce que je puis bien interpréter se faire pour d'aultres

considérations, mesmement pour se pourvoyr contre le Roy d'Espaigne;

duquel ilz se sont formés une récente peur, parce qu'on leur a

rapporté qu'il faict préparer ung grand équippage de mer en Biscaye

pour passer luy mesmes en Flandres, et qu'ilz n'ont receu la responce

ainsy bonne, comme ilz l'attandoient, du duc d'Alve sur l'accord de

leurs différendz; ou bien qu'ilz veulent fère quelque secours au

prince d'Orange et aux habitans de Holande et Fleximgues, desquelz ilz

ont ordinayrement leurs députés avec eulx qui, à ce qu'on dict,

n'offrent rien moins que de soubmettre volontairement les deux isles à

la perpétuelle protection de la couronne d'Angleterre, et d'y establir

présentement l'authorité de ceste princesse partout;

Ou bien que c'est pour entendre aulx choses d'Escoce, desquelles l'on

m'a confirmé que le Sr de Quillegreu a véritablement esté troys jours

entiers en la mayson de milord trézorier aulx champs, et s'en est

retourné le XVIIIe du présent pour parachever la praticque de

recouvrer par deçà le Prince d'Escosse, par l'entremise des

gentilshommes qui ont la garde de sa personne, et mesmement de celluy

qui entrera en quartier à ce prochein mars, y tenant la mein le comte

de Morthon. Et, pour cest effect, il emporte dix mille escus, et y en

sera employé jusques à cent mille, s'il est besoing; joinct qu'on

dict que les principaulx de la noblesse d'Escoce monstrent de se

vouloir départir de l'intelligence du dict de Morthon, et que ceulx du

chasteau de Lillebourg ont commancé de canonner dans la ville, et y

ont tué le cappitaine Hacman et ung aultre gentilhomme, parce

qu'icelluy de Morthon a prins prisonnier milord de Sethon: ce que, si

ainsy est, ceulx cy font bien leur compte que les armes se reprendront

par dellà, incontinent après le dernier de ce moys; dont veulent estre

pourveus, et vont couvrant, plus qu'ilz ne firent onques, et

dissimulant leurs dellibérations.

Néantmoins, Sire, je veulx, par plusieurs conjectures, et encores par

quelques advis, présumer que ce qui se prépare maintenant en ceste mer

estroicte tend tout au faict de la Rochelle comme à ung affère qui est

présent, et lequel tient toutz aultres affères, du costé de deçà, en

grand suspens; dont je vous suplie très humblement, Sire, en faire

advertyr Monsieur, frère de Vostre Majesté, affin qu'il y pourvoye si

bien qu'il ne puisse estre ny empesché ny surprins d'aulcun accidant.

Et cependant par une ouverte et franche négociation avec les

ambassadeurs de ceste princesse, Voz Majestez pourront essayer de

remédier à ces choses, ou aulmoins de les divertir, affin qu'elles ne

puissent empescher l'heur de voz affères, ny retarder la victoire de

Mon dict Seigneur; ce que j'estime ne sera trop difficille à conduyre,

car milord trézorier m'a mandé que, si le comte de Worcester trouve

que vous soyez ainsy bien disposez, devers ceste princesse, comme je

me suis efforcé de le leur persuader, qu'il ne fault doubter que les

choses n'aillent aussy bien, entre Voz Majestez et vos deux couronnes

et subjectz, comme vous le pourriez desirer. Sur ce, etc. Ce XXIIe

jour de janvier 1573.

CCXCVIIe DÉPESCHE

--du XXVe jour de janvier 1573.--

(_Envoyée jusques à Calais par un marchand de Londres._)

Résolution des protestans de hâter l'expédition de leurs

secours pour la Rochelle.

AU ROY.

Sire, suyvant ce que je vous ay mandé, du XXIIe du présent, que la

résolution avoit esté prinse icy entre quelques particulliers de

secourir la Rochelle, j'ay à vous dire maintenant qu'ilz préparent à

furie d'en exécuter promptement l'entreprise sans la vouloir différer,

ny à la fin de febvrier, ny au commancement de mars, comme ilz

l'avoient une foys pensé, parce qu'ilz se persuadent qu'estant desjà

Monsieur devant la place, il se pourroit bien fère, ayant avec luy

Monseigneur le Duc, et aultres princes, et bon nombre de grandz

cappitaines, et une brave armée, qu'il la forçât par sa dilligence et

valeur beaucoup plus tost qu'ilz ne peussent y avoyr pourveu. Dont

tout ce qui estoit de pirates, au long de la coste plus procheyne

d'icy, a faict desjà voylle vers le cap de Cornaille, et les françoys,

qui estoient en ceste ville, s'y retirent toutz pour s'y aller

embarquer, car c'est la poincte plus voysine de la Rochelle; sinon

aulcuns des principaulx qui ne bougent encores. Et je voy bien, Sire,

par les allées et venues que font aulcuns cappitaines de mer angloys

en ceste court, qu'ilz veulent estre de la partye, de quoy je ne

faudray d'en aller porter pleincte au premier jour.

Il ne se parle de rien plus chauldement en ce royaulme que de secourir

les dicts de la Rochelle, et ce qui eschauffe davantage les Angloys à

vouloir ayder l'entreprinse, est qu'il vient ordinayrement des lettres

et nouvelles du dict lieu, par lesquelles l'on mande que, s'il se peut

présenter quelques forces vers la Guyenne en faveur de ceulx de la

religion, qu'indubitablement il s'y suscitera une fort grande révolte,

et qu'il s'y pourra facillement reconquérir bonne partye du pays, que

les dicts de la religion y avoient occupé aux derniers troubles. En

quoy, pour se pouvoir prévaloir d'une si bonne occasion, si,

d'avanture, elle se offroit, l'on m'a adverty qu'il a esté mandé, vers

le quartier d'Ouest, de tenir prestz dix mil hommes et mille chevaulx,

des mieulx choysis d'Angleterre. Et sur ce, etc.

Ce XXVe jour de janvier 1573.

CCXCVIIIe DÉPESCHE

--du IIe jour de febvrier 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo_).

Audience.--Insulte faite en mer au comte de Worcester.--Plaintes

contre les pirates et contre les armemens destinés pour la

Rochelle.--Vives assurances de la reine que les pirates seront

réprimés, et qu'elle interdira à ses sujets de porter aucun

secours à la Rochelle.--Protestation de dévouement au roi

faites par les chefs des protestans français réfugiés à

Londres.

AU ROY.

Sire, pendant que j'ay heu ainsy suspectes les allées et venues

d'aulcuns particulliers de ce royaulme en ceste court, à cause qu'ilz

s'esforçoient de persuader à la Royne d'Angleterre qu'elle se deût

entremettre des affères de ceulx de la Rochelle, en leur baillant

quelque assistance soubz mein; et qu'ilz luy remonstroient que, si

elle vous layssoit venir à bout, comme vous voudriez, de ceulx de sa

religion en vostre royaulme, qu'indubitablement vous passeriez

bientost oultre à poursuyvre la mesme cause par deçà, suyvant la

promesse qu'en aviez desjà jurée au Pape, conjoinctement avec le Roy

d'Espaigne, ainsy qu'ilz sçavoient très bien par des advis bien seurs,

qu'on leur en avoit mandé de France, de Flandres et d'Allemaigne, et

encores plus expressément de ceulx qui leur estoient venus de Rome, et

que l'entreprinse se feroit soubz couleur de secourir la Royne

d'Escoce; de quoy l'impression n'en estoit petite en l'esprit de ceste

princesse, j'ay prins argument d'aller trouver ceste princesse par

prétexte de me vouloir pleindre à elle du meschant et malheureux tour

qui a esté faict au comte de Worcester.

Et, après l'avoyr supliée que, de tant que toutes les sortes de

respect que les hommes doibvent à Dieu, aux princes et au droit des

gens, avoient esté violés en cest endroict, et que l'outrage touche

conjoinctement Vostre Majesté et elle, qu'il luy pleût commander d'en

estre faict une si dilligente poursuyte que les autheurs d'ung si

exécrable excès n'en demeurassent impunis[17]. J'ay suivy à luy dire

qu'elle se pouvoit bien souvenir comme, à ma dernière audience, elle

m'avoit promis de fère donner quelque bon ordre contre ces pirates; et

depuis, les seigneurs de son conseil me l'avoient aussi confirmé; mays

tant s'en falloit qu'il y eût esté pourveu que, au contrayre,

j'entendois que le nombre en augmentoit toutz les jours, et que, en

divers portz de ce royaulme, se faysoit une grande dilligence, par

des françoys et flammans fuytifz, d'armer des vaysseaulx, et mesmes

aulcuns des meilleurs capitaines de mer angloys, et nomméement maistre

Hacquens et aultres apprestoient les leurs pour aller toutz ensemble,

ainsy que bruict en couroit, faire la guerre aulx papistes françoys,

et n'en laisser pas ung sans le piller, et jetter les hommes dans la

mer, et aller combatre voz gallères et aller avitailler la Rochelle,

et, en somme, nuyre à Vostre Majesté en tout ce qu'ilz pourroient. Qui

estoit chose que vous ne pouviez ny vouliés espérer d'elle, et qu'il

ne se pouvoit pas fère qu'elle vous peût compter pour si principal

amy, comme vous luy estiez, s'il vous advenoit que de son royaulme

sortissent actes si ennemys comme seroit de troubler la navigation et

le commerce à voz subjectz, et de s'esforcer de donner empeschement à

la réduction d'une vostre ville; dont, de tant que j'estoys constitué

icy procureur de vostre mutuelle amityé, je luy voulois bien dire

qu'il yroit en cella, si les choses passoient oultre, de ropture

d'icelle, et de l'infraction du traicté; et que je la suplioys ne

trouver maulvais si je me oposois, aultant qu'il m'estoit possible,

qu'il ne se fît pas.

[17] Le navire qui portait le comte de Worcester en France avait

été attaqué, et ce n'était qu'à grand' peine que le comte avait

pu parvenir à s'échapper.

La dicte Dame, d'une fort bonne et agréable façon, m'a respondu

qu'elle pensoit que le seul bonheur de l'occasion, pour laquelle elle

vous dépeschoit le comte de Worchester, laquelle estoit saincte et

privilégiée envers Dieu, et le debvoit estre envers les hommes,

l'avoient ainsy préservé de ce grand dangier, et espéroit que, maulgré

toutz empeschementz, vous vous trouveriez satisfaict d'elle et servy

du dict comte en ce que vous desiriez; et que de tant que l'outrage,

qui luy avoit esté faict, touchoit fort à elle, qu'elle ne permettroit

qu'on en délayssât jamais la poursuyte, jusques à ce que la punition

s'en fît à bon esciant, comme aussy elle vous prioit, parce que vous y

estiez de mesmes intéressé, que, si l'acte procédoit de quelque lieu

de vostre obéyssance, ainsy qu'on le souspeçonnoit, qu'il vous pleût

ne le laisser impuny, et que, quand le cas seroit davantage vériffié,

qu'elle le vous feroit entendre; que cella faysoit assez de foy que

les pirates n'avoient guyères d'intelligence avec elle, et que, oultre

l'ordre que, à mon instance, elle avoit mandé donner en cella pour

bien les réprimer, qu'elle avoit mandé, de rechef, qu'il y fût très

soigneusement pourveu;

Et, quand à debvoir sortir quelque empeschement de ce royaulme à voz

subjectz en leur commerce et navigation de ceste mer, et pareillement

à Vostre Majesté en la réduction de la Rochelle, qu'elle vous suplioit

de demeurer mieulx persuadé d'elle que cella; et que, tant qu'il vous

playroit luy garder l'amityé, qu'elle la vous rendroit de son costé la

plus parfaicte et entière que prince ny princesse que vous heussiez en

toute vostre alliance; et qu'elle ne sortiroit, pour chose qui peût

advenir, de ce qui estoit droict et juste vers vous, si vous ne

deveniez injuste vers elle, ce qu'elle ne vouloit si mal espérer des

promesses et sèrement que luy avez faictz, bien qu'on luy avoit voulu

persuader le contrayre; et qu'elle ne pensoit pas que pas ung fût si

hardy d'ozer mettre hors d'aulcun port de ce royaulme aulcung appareil

qui fût pour vous aller nuyre; car elle l'avoit trop expressément

deffandu: ny Me Hacquens n'avoit aulcune hayne aulx Françoys, mais

bien l'avoit fort grande aulx Espaignolz, qui l'avoient fort

maltraicté; et pourveu qu'il se gardât d'offancer le Roy d'Espaigne,

car cella ne luy comporteroit elle jamais, elle ne seroit pas marrye

qu'il se peût venger de ceulx qui l'avoient oultragé.

Et, après aulcunes aultres bien honnestes responces, qui concernoient

d'aultres poinctz que je luy avoys proposés, lesquelz seroient longs à

mettre icy, elle s'est mise à discourir du voyage de Monsieur et de

Monseigneur le Duc, frères de Vostre Majesté; et qu'elle s'esbahyssoit

comme vous les vouliez hasarder toutz deux à une mesmes entreprinse,

ou bien qu'elle pensoit qu'ilz s'estoient volontayrement ainsy

absentés, l'ung et l'aultre, pour ne voyr poinct son depputé quand il

arriveroit; et que cependant Mr le cardinal de Lorrayne estoit de

retour, avec déclaration, pour la Royne d'Escoce, qu'elle puisse

prendre encores ung aultre mary.

A quoy je n'ay manqué de réplicquer là où j'ay cognu en estre besoing,

et elle m'a bien fort gracieusement licencié.

Or, estoit Mr le comte de Montgommery présent, quand j'ay parlé à la

dicte Dame, mais n'a faict semblant de nous voyr ny de nous saluer,

tant y a que Mr le vidame et les Srs de Pardaillan et Du Plessis, qui

sont venus communicquer avecques moy, m'ont signiffié que le dict

comte et eulx, et toutz les gentilshommes qui sont icy, ont ung

singullier desir d'estre remis en vostre bonne grâce; et le dict sieur

vidame se promet de fère en sorte que vous cognoistrez, Sire, qu'il

n'aura employé ce temps, qu'il est absent, qu'à vous fère tant de

service qu'il le puisse mériter. J'espère bien que de ceste

négociation viendra quelque changement, ou aulmoins quelque

suspencion, ez dellibérations qui se faisoient par deçà. Et sur ce,

etc.

Ce IIe jour de febvrier 1573.

CCXCIXe DÉPESCHE

--du VIIIe jour de febvrier 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Sabran._)

Crainte que les Anglais ne préparent secrètement quelque

entreprise contre la France.--Nouvelles d'Écosse.

AU ROY.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 17 / 35 段