Il avoit esté commandé, à deffault du Sr Caro, à sire Jehan Hastingues

de s'aprester pour aller succéder à Mr de Walsingam, mais il a tant

faict que, par maladye ou aultres occasions, il s'en est excusé, dont

ung homme de robe longue, nommé le docteur Dail, lieutenant en la

court de l'admiraulté, s'appreste maintenant pour y aller. Et encores,

Sire, que je me veulx bien garder de n'estre indiscret à contrarier

par trop vostre volonté sur ma demeure par deçà, si espérè je tant

d'icelle que, pour plusieurs considérations, dont les unes

appartiennent à vostre réputation, et les aultres sont dignes de

compassion vers moy, j'impètreray bientost que Vostre Majesté me

retire.

Je ne faudray de me pleindre demein à ceste princesse et à ceulx de

son conseil de l'apprest de dix ou douze navyres, lesquelz, encor

qu'ilz s'advouent au prince d'Orange, ilz monstrent néantmoins de

vouloir trajecter des hommes et des monitions à la Rochelle; ilz

n'entrent point dans les portz, mais ilz demeurent à l'ancre en la

rade et à l'abry de la coste de deçà. Quand aulx vaysseaulx que les

françoys apprestoient, ilz demeurent en suspens par commandement de la

dicte Dame, et croy bien que, si le visadmiral trouve Vostre Majesté

bien disposé sur les choses qu'il luy proposera, que tout cest

appareil yra descendre ailleurs.

J'ay monstré à Mr le vidame de Chartres la déclaration, en forme, que

Vostre Majesté m'a envoyé, et l'article qui le concerne dans ma

lettre. Il m'a respondu que ce luy est ung singulier et souverein bien

d'avoir quelque tesmoignage, tant petit soit il, de vostre bonne

intention vers luy. Il trouve le terme de son retour, dans la

chandeleuse, merveilleusement brief, veu qu'il y court le danger de sa

vye et de sa conscience; mais il proteste bien qu'il ne s'arrestera en

part du monde, où il y ayt tant soit peu d'apparence qu'on y praticque

rien ny contre le service, ny contre l'intention de Vostre Majesté; et

le jeune Pardaillan monstre avoyr la mesmes volonté; car sont les deux

qui me sont venus voyr, et qui affirment bien fort qu'ilz ne sont

passés, et qu'ilz ne demeurent icy que pour la seule occasion de fouyr

à la mort.

La responce du duc d'Alve; touchant l'accord des différendz des Pays

Bas, met tant à venir que ceulx cy commancent de s'ennuyer, et de mal

espérer d'icelle, bien qu'il n'ayt encores rien refuzé de son costé,

et seulement il uze de remises sur l'attante des dépesches d'Espaigne,

mais l'on ne prend cella icy en payement.

J'ay heu, Sire, la confirmation de ce que je vous avoys cy devant

escript, que le comte de Morthon a esté subrogé régent en Escoce par

ceulx du party du Prince, et semble qu'ilz continuent encores

l'abstinence, après le VIe de ce moys. Je loue grandement les bonnes

résolutions qu'avez prinses sur les affères de ce pays là, desquelles,

s'il m'est possible, je donray advis à la Royne d'Escoce et à ceulx de

Lislebourg, bien qu'il y ayt très grande difficulté d'escripre

meintenant ny à elle ny à eulx. Et sur ce, etc.

Ce XXIIIe jour de décembre 1572.

CCXCIIe DÉPESCHE

--du XXVe jour de décembre 1572.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Communications privées renouées, pour la première fois depuis la

Saint-Barthèlemy, par l'ambassadeur avec

Leicester.--Préparatifs de départ du comte de Worcester.

AU ROY.

Sire, ayant le comte de Lestre sceu que j'alloys hier, qui estoit

l'avant veille de Noël, à Hamptoncourt, il m'a envoyé prier qu'il m'y

donnât à dîner, comme il a faict avec beaucoup de faveur; et a monstré

qu'il ne creinct plus de trecter en privé avecques moy, ainsy que, ces

quatre moys passés, il s'estoit bien engardé de le fère. Et le comte

de Wourchester s'est trouvé en la compagnie, avec lequel j'ay devisé

de son voyage vers Vostre Majesté, et l'ay sollicité de vouloir partir

bientost, pour se rendre à Paris, incontinent après les Roys, ce qu'il

a trouvé estre ung peu bien court; néantmoins m'a promis que, sellon

le commandement que la Royne, sa Mestresse, luy en feroit, il mettra

peyne de s'y disposer. J'en ay depuis parlé à la dicte Dame, laquelle

m'a dict qu'elle eût bien voulu, premier que le dépescher, estre

advertye s'il fault qu'elle prie une des princesses, et laquelle, de

vostre court, ou bien qu'elle commète le dict comte pour tenir pour

elle, car en voudroit uzer ainsy que l'auriez plus à gré.

Je luy ay respondu que j'attandz de brief une responce de Voz Majestez

là dessus; qu'il ne fault pour cella laysser de faire partir le dict

sieur comte, car elle pourra, puis après, s'il en est besoin, envoyer

sa lettre et sa commission par la poste, là où il est besoing au dict

sieur comte d'aller par journées, et ainsy nous sommes accordez

qu'elle le fera partir le IIIe jour de l'an. Sur ce, etc.

Ce XXVe jour de décembre 1572.

CCXCIIIe DÉPESCHE

--du IIe jour de janvier 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)

Audience.--Bonnes dispositions d'Élisabeth, de Leicester et de

Burleigh en faveur de la France.--_Mémoire._ Détails de

l'audience.--Assurance de la reine qu'elle persiste dans le

traité d'alliance avec le roi, et dans la négociation relative

au commerce.--Refus d'envoyer de nouveaux ambassadeurs en

Écosse, et de chasser d'Angleterre les Français

réfugiés.--Protestation d'Élisabeth qu'elle ne donnera aucun

secours à la Rochelle.--Remerciement au sujet de la

communication faite sur la négociation en France du cardinal

Orsini.--Résolution de la reine d'envoyer sans délai le comte

de Worcester en France; difficulté qu'elle fait de le charger

de reprendre la négociation du mariage.

AU ROY.

Sire, de tant que, par vostre lettre du IXe et Xe du passé[15], je me

suis trové non seulement bien respondu sur mes précédantes dépesches,

mais encores fort amplement informé de certeins poinctz bien

importans, que desirez estre de nouveau négociez avec ceste princesse,

je n'ay fally de les luy déduyre toutz par le mesmes ordre que je les

ay trouvés en vostre dicte lettre, et avec le plus de respect et

d'expression qu'il m'a esté possible, pour tout ensemble les fère

bien prendre et bien comprendre à la dicte Dame. Dont je ne les

réytèreray icy; car c'est de Vostre Majesté mesmes que j'en ay heu la

substance, et je y ay adjouxté seulement quelque forme de parolles;

mais je charge le présent pourteur de vous dire, Sire, ce que la dicte

Dame m'a respondu.

[15] A partir de cette époque, les lettres écrites par le roi et

par la reine-mère à Mr de La Mothe Fénélon ont été publiées par

Le Laboureur, qui les a jointes aux mémoires de Castelnau. Cette

lettre, du 9 décembre 1572, est celle qui commence son

recueil.--_Mémoires de Castelnau_, 3 vol. in-folio. Bruxelles,

1731, t. III, p. 265.

Il seroit long de vous racompter icy aulcunes réplicques que j'ay

estimé ne debvoir obmettre de luy fère, lesquelles elle a prinses de

bonne part; et, en me licenciant, m'a pryé que je voulusse

communicquer, avec milord trézorier et avec le comte de Lestre, des

mesmes poinctz que je luy avoys déduictz; ce que j'ay faict. Je les ay

trouvés l'ung et l'aultre bien facilles et promptz à l'entretennement

du traicté, doubteux et incerteins aulx propos du mariage; mais si

estonnez, des choses naguières passées, qu'ilz ne sçavent comme

prendre les présentes, ny comme juger de celles d'advenir. Ilz ont

voulu avoyr temps pour rapporter le tout en l'assemblée de leur

conseil et en conférer de rechef avec leur Mestresse. Sur ce, etc.

Ce IIe jour de janvier 1573.

INSTRUCTION DES CHOSES

dont le Sr de Vassal, suyvant la présente dépesche, aura à

informer Leurs Majestez:

Que la Royne a respondu à mes demandes, Sire, qu'elle confesse

que vous auriez occasion de vous fyer peu de son amityé, si

cognoissiez qu'elle ne se confiât de la vostre, et pourtant

qu'elle vouloit de bon cueur déposer les escrupulles, qu'elle

avoit prins de ce qui s'estoit faict, sur l'assurance de ce

que luy fesiez dire; et que je luy estois tesmoing qu'encor

qu'elle n'eût approuvé l'acte, qu'aulmoins s'estoit elle

tousjours efforcée de l'excuser d'elle mesmes, mais ne l'avoit

peu justiffier vers les siens; qu'il n'estoit rien advenu, de

son costé, qui vous deût faire changer de volonté; et,

puisqu'il vous plésoit de persévérer au traicté, qu'elle ne

s'en départiroit pour occasion qui se peût jamais présenter;

Que de rechef elle commanderoit fort volontiers à ceulx de son

conseil de pourvoir aulx choses qui restoient à accomplir des

articles du dict traicté, et que l'offre de Vostre Majesté de

vouloir assoyr l'estappe aulx marchandz angloys, aussytost

qu'ilz auroient choisy leurs lieux et places en France, avec

les privilèges accordez, et l'émologation de voz parlementz,

estoit très honnorable, mais qu'ilz refuzoient d'y entendre,

parce que la peur les tenoit encores des évènementz de dellà;

néantmoins qu'elle les en feroit de rechef exorter; et, quand

bien ilz s'y rendroient opinyastres, le reste du traicté pour

cella ne laysseroit de demeurer en sa vigueur, ny l'ancien

commerce d'estre continué;

Que, pour la paix d'Escoce, elle ne voyoit pas que de

nouveaulx ambassadeurs, encor qu'ilz fussent de plus grande

qualité que les premiers, y peussent rien advancer, aulmoins

pour le regard d'elle, qui ne sçauroit y faire ny dire

davantage que ce qu'elle y avoit desjà dict et faict, et que

le comte de Morthon, qui estoit à présent régent, avoit offert

le chasteau de St André pour recouvrer le chasteau de

Lislebourg, et d'aultres grandes récompances qui valoient

vingt foys mieulx que le dict chasteau, mais ceulx de dedans

estoient opinyastres; et qu'elle espéroit qu'ilz

s'accorderoient à la fin par force:

Au regard de voz subjetz qui sont icy, qu'elle ne leur avoit

peu dénier refuge pour l'occasion qu'ilz y estoient passez, et

qu'il estoit en leur liberté de s'en retourner quand ilz

voudroient; néantmoins que, de les en faire exorter, cella luy

seroit imputé à cruaulté, jusqu'à ce qu'on vît que vostre

justice ozât bien exécuter la punition qu'aviez commandé de

faire des autheurs des meurtres et séditions passées;

Mais que, de donner secours ny assistance à ceulx de la

Rochelle, elle seroit très marrye de le faire: bien avoit

entendu que quelques ungs des habitans estoient descendus vers

la coste de Ouest, lesquelz elle n'avoit point veus, et

s'asseuroit qu'ilz ne trouveroient en ce royaulme chose

aulcune qui leur peût servir pour maintenir leur rébellion,

s'ilz la vouloient faire; vray est qu'elle ne pourroit, sans

injure, deffendre que quelques ungs de ses marchandz, qui y

avoient leur commerce de longtemps, et y avoient leurs biens

engagés, ne l'y continuent, non toutesfoys d'y en fère

establir de nouveau;

Qu'elle vous remercyoit grandement de ne vous estre layssé

surprendre des persuasions du cardinal Ursin, non qu'elle ne

louât bien fort que vous vous liguissiez contre le Turcq,

comme encores elle se voudroit bien obliger à une si saincte

ligue, affin de résister au commun ennemy et adversayre du nom

chrestien, lequel, s'il n'estoit réprimé, opprimeroit

quelquefoys les plus grandes puissances et les premières

authoritez, et toute la liberté de la Chrestienté; mais que le

vray moyen de luy résister seroit de mettre toutz les princes

chrestiens en bonne union, et les différendz de la religion en

accord, non de liguer contre luy, ainsy en apparance, une

partie des forces chrestiennes, en intention de ruyner les

aultres, et que, si Vostre Majesté s'estoit à bon esciant

excusée d'entendre à telles praticques, elle estimoit que vous

cognoistriez bientost que vous auriez beaucoup faict pour

vostre réputation; qu'elle vouloit fort fermement croyre, sans

y mettre aulcun doubte, que ne layssiez de l'aymer, pour la

diversité qui estoit entre vous de la religion, car, avant que

vostre dernière amityé fût promise ny jurée, vous sçaviez

toutz deux quelle estoit la religion l'ung de l'aultre, et

qu'elle croyoit bien qu'elles estoient diverses en quelques

parolles, mais nullement contrayres en substance; dont tout

ainsy qu'elle vous réputoit prince chrestien, qui ne luy

manqueriez de vostre foy ny de vostre parolle, qu'ainsy la

trouveriez vous princesse fort chrestienne, qui vous tiendroit

toutes les choses qu'elle vous avoit promises et jurées.

Et adjouxta qu'elle croyoit que Dieu, au pis aller, n'avoit

pas encores déterminé de faire que l'Angleterre ne demeurât là

où elle estoit; aulmoins ne comprenoit elle pas qu'il eût

encores mis en pouvoir de le fère à ceulx d'entre les hommes

qui, possible, le voudroient bien entreprendre.

Et ayant la dicte Dame là dessus faict ung peu de pause, je

luy ay dict, voyant que le temps estoit court, qu'à mon advis

il y avoit de quoy louer et approuver, et de quoy plus la

remercyer en sa responce, qu'il n'y avoit lieu d'y rien

replicquer, et pourtant je la priois de passer oultre aulx

aultres choses que je luy avois dictes.

Elle a suivy qu'à son advis Vostre Majesté se contanteroit de

l'élection qu'elle avoit faicte du comte de Wourchester, car

estoit de mesmes mayson qu'elle, personnage nourry en la

court, qui avoit esté uniquement aymé du feu Roy, son père, et

lequel vous trouveriez très inclin à Vostre Majesté et prest à

faire tout ce que vous voudriez, et vous accompaigner là où

luy commanderiez, et estimoit que vous le recepvriez et

favoriseriez ainsy qu'avez tousjours faict ceulx qu'elle vous

avoit cy devant envoyez; que, d'adjouxter à la commission,

qu'elle luy donroit du baptesme, celle du mariage, elle s'en

trouvoit en quelque perplexité, parce que son ambassadeur ne

l'avoit encores résolue des poinctz dont elle luy avoit,

longtemps y a, donné charge qu'il s'en esclarcît avec la

Royne, vostre mère; mais qu'avant le troysiesme de janvier que

le dict comte partiroit, elle pourroit avoyr receu la responce

de son ambassadeur pour luy en mettre quelque article en son

instruction, ou bien le luy envoyeroit après; et qu'elle

creignoit assez qu'encor que Voz Majestez dissent que les

difficultez de l'extérieur, qui estoient ez personnes, fussent

beaucoup amandées, que néantmoins celles de l'intérieur, qui

restoient ez consciences et en la religion, ne se fissent de

jour en jour plus grandes; dont voudroit de bon cueur qu'elles

fussent vuydées: car y avoit apparence, comme je le luy avoys

bien remonstré, qu'après ceste foys, l'on réputeroit que ce ne

fût plus qu'entretènement et peyne perdue d'en parler.

CCXCIVe DÉPESCHE

--du IXe jour de janvier 1573.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Audience.--Nouvelles assurances d'amitié de la part de la

reine.--Conférence de l'ambassadeur avec Burleigh, le comte de

Sussex, et Mr Smith.--Préparatifs pour la Rochelle.--_Mémoire._

Détails de l'audience.--Blessure du roi.--Retard apporté au

départ du comte de Worcester.--Remerciemens d'Élisabeth sur

l'offre faite par la reine de Navarre de tenir Madame en son

nom sur les fonts de baptême.--Reprise de la négociation du

mariage.--Défense faite en Angleterre de préparer des secours

pour la Rochelle.

AU ROY.

Sire, il n'est possible de voyr une plus grande satisfaction que celle

que la Royne d'Angleterre a monstré de recepvoir les bons termes

d'amityé qu'il vous a pleu me commander luy tenir, et elle aussy, de

son costé, n'a layssé une seule sorte de bonnes parolles ny de bonnes

démonstrations, qu'elle n'en ayt uzé pour me tesmoigner que très

parfaictement elle vous y correspondît; chose qui seroit longue à

mettre icy, et suffira s'il vous plaist que je touche sommèrement

aulcunes responces qu'elle m'a faictes, que je joins dans un mémoire à

part.

Et après, elle m'a pryé de vouloir conférer du tout avec milord

trézorier, avec le comte de Sussex et avec Me Smith; qui pourtant nous

sommes retirés, toutz quatre à part. Et après qu'ilz ont eu paciemment

escouté la déduction des principaux poinctz, ilz ont monstré d'avoyr

très bonne inclination de satisfère, en tout ce qu'ilz pourront, à

Vostre Majesté.

Les françoys qui sont icy font tousjours quelque apprest d'armes, et

le cappitayne Poyet faict faire demy cent de longues harquebuses à

fourchette, mais semble qu'il s'en veult retourner à Fleximgues, car

il parle comme ayant charge du prince d'Orange; et les aultres font

bruict d'aller à la Rochelle; néantmoins ilz n'impètrent encores de

ceste court toutes les choses qu'ilz demandent. Je les observeray et

les feray observer, ainsy que me mandez, affin de vous advertyr de

leurs déportementz. Et sur ce, etc.

Ce IXe jour de janvier 1573.

MÉMOIRE

des choses que la dicte Dame m'a faict entendre.

Quand à vostre blesseure[16], Sire, elle m'a dit que plusieurs

occasions luy faisoient réputer peu heureuse l'année dont nous

venions de sortir, mais que cest accident seul la luy faysoit

réputer du tout malheureuse, car s'estoit imprimé que le coup

d'espée n'avoit peu estre sinon fort grand, puisque le

gentilhomme tiroit à tuer le sanglier; et que de nul présent

plus précieulx pourroit estre elle estrénée à ce nouvel an,

que de l'assurance que luy donniez que cella s'estoit passé

sans dangier, dont elle en louoit et remercyoit Dieu de bon

cueur; et cella seroit cause de quoy elle jouyroit plus à

plein le grand plésir qu'elle avoit aussy receu d'entendre

que la Royne, vostre mère, fût entièrement bien guérye de son

rume: qui vous supplioit toutz deux de croyre qu'elle ne

pouvoit ouyr qu'il vous advînt, et aulx vostres, si peu de mal

qu'elle n'y participât incontinent, avec aultant de douleur

comme s'il touchoit à elle mesmes;

Et, au regard de faire promptement partir le comte de

Wourchester, qu'elle vous suplioit d'excuser ung peu, s'il

n'estoit desjà en chemin, parce qu'elle l'avoit mandé venir en

poste; et il luy avoit esté besoing de renvoyer jusques en sa

mayson, qui est en Galles bien loing d'icy, pour quérir ses

gens, son équippage et aucuns de ses parans qu'il vouloit

mener en sa compagnie, mais qu'elle le feroit partyr dans

troys jours sans faillir, bien que aulcuns luy avoient voulu

dire qu'il ne seroit assuré, et que d'aultres eussent voulu

songer que messieurs de Guyse le feroient arrester pour ravoyr

la Royne d'Escoce, ce qui n'avoit esté sans qu'elle eût

monstré que non seulement elle mesprisoit, mais qu'elle avoit

en hayne toutz les advis qu'on luy donnoit pour luy ingindrer

doubte ou souspeçon de la foy et amytié de Vostre Majesté;

Qu'elle n'avoit parolles assez expresses pour vous remercyer

aultant qu'elle debvoit, et la Royne, vostre mère, de

l'honneur et faveur que luy faysiez, et que luy fesiez faire

par la Royne de Navarre, qu'elle deignât tenir pour elle la

petite Madame, de quoy elle se santoit vous en avoyr, et à

elle, une très grande obligation, et que son desir doncques

seroit de l'en suplier; néantmoins, voyant que l'Impératrix

vouloit que son depputé mesmes tînt pour elle, qu'elle

adviseroit, avec son conseil, comme en debvoir uzer, affin

qu'il ne s'y trovât manquement ny diversité de sa part; et ne

pensoit pas, quoy que aulcuns escruppulleux luy eussent voulu

remonstrer au contrayre, que sa conscience ny celle du comte

peussent estre intéressez que luy mesmes pour elle intervînt

en ce sainct acte; et, quand à adjouxter son nom à celluy de

l'Impératrix, pour en faire dénommer de toutz deux leur petite

fillieule, que cella luy faysoit cognoistre combien Voz

Majestez avoient soing de n'obmettre aulcune sorte d'honneste

respect que n'essayssiez de l'en gratiffier; ce qui luy

donnoit occasion d'estre pareillement respectueuse vers tout

ce qu'elle cognoistroit à jamais servir à vostre grandeur et

réputation:

Au regard de donner ample instruction au dict sieur comte pour

résouldre Voz Majestez du propos du mariage, qu'elle mettroit

peyne de le faire avec des conjectures, néantmoins, dont elle

seroit contreinte d'uzer, que, si Voz Majestez luy parloient

en une sorte, qu'il vous ayt à respondre sellon celle là; et

si aultrement, aultrement; veu qu'elle n'avoit peu estre

encores esclarcye par son ambassadeur de certeins poinctz de

la religion, qu'elle luy avoit commandé d'en parler à la

Royne, vostre mère, laquelle ne luy avoit voulu respondre,

sinon que, quand elles deux se verroient, elles s'en

sçauroient bien accorder entre elles; et que, ne se parlant, à

ceste heure, plus de l'entrevue, il falloit qu'on regardât ung

peu à ce poinct, ny ne vouloit advouer, sur ce que je luy

disois que Monseigneur le Duc se pourroit contanter de ce

qu'elle avoit voulu concéder à Monsieur, frère de Vostre

Majesté, pour l'exercice de sa religion, qu'elle luy en eût

voulu rien concéder, puisque rien il n'en avoit voulu

accepter, et qu'elle se vouloit bien garder de ne se trop

haster, affin de ne broncher là où elle avoit cuydé trébucher

l'aultre foys; et que son ambassadeur se trouvoit si estonné

d'avoyr trop espéré le premier mariage, qu'encor qu'il ne

desirât pas moins ce segond, si ne trouvoit elle qu'en pas une

de ses lettres il ozât encores assurer que Voz Majestez, à bon

esciant, aient une ferme dellibération de l'effectuer;

Que ce qui s'estoit parlé, entre elle et le Sr de Mauvissière,

de Monseigneur le Duc, qu'il pourroit faire ung voyage à la

desrobée jusques icy, que cella s'estoit dict, plus sur

l'occasion de leur propos, que non qu'elle l'eût mis en avant

elle mesmes, car avoit tousjours remis cella à ce que Vostre

Majesté et la Royne, vostre mère, jugeriez que seroit

honnorable pour luy de faire;

Et qu'elle vous remercyoit, le plus qu'elle pouvoit, de

l'offre que luy fesiez qu'après les difficultez vuydées et les

choses réduictes à quelque bon accord, que Voz Majestez

mettroient lors peyne de luy satisfaire, et de luy defférer,

et luy uzer beaucoup de respectz; qu'elle n'avoit garde d'en

desirer jamais de plus grandz qu'elle ne debvoit, ny qui ne

fussent égallement honnorables à Monseigneur le Duc et à la

couronne dont il est, qu'ilz le pourroient estre à elle et à

la sienne; et que, de tenir les choses en longueur, c'estoit

ce qu'elle vouloit surtout éviter, et croyoit bien que Voz

Majestez et toute la Chrestienté jugeoient assez d'où

procédoit, à ceste heure, le retardement;

Au regard de ce que j'avois entendu que quelques ungs armoient

en ce royaulme pour nuyre à voz subjectz, qu'elle me prioit de

ne le vouloir aulcunement croire; car c'estoit chose qu'elle

avoit expressément deffendu; et avoit mandé à toutz les

gardiens de ses portz qu'ilz missent ordre de l'empescher;

dont elle me pouvoit assurer que, des principaulx lieux et

hâvres de son royaulme, il n'en sortiroit rien, de quoy

j'eusse cy après occasion de me pleindre; mais qu'à la vérité

la mer estoit desjà si pleine de pirates, et il y avoit tant

de petits lieux et criques cachées le long de la coste de

deçà, qu'elle n'y sçauroit mettre l'ordre qu'elle vouloit;

mais que ce n'estoit que larrons de mer, lesquelz il failloit

que le premier qui les pourroit prendre les fît pendre;

Que, touchant ce que Mr le baron de La Garde escripvoit, de

douze vaysseaulx angloys qui s'estoient esforcés d'entrer au

port de la Rochelle, et favoriser ceux qui y portoient des

vivres, qu'elle sçavoit bien la responce que son ambassadeur

avoit faicte là dessus, que, s'il y eut eu douze bons navyres

angloys, l'on ne les eût pas légièrement empeschés d'aller là

où ilz eussent voulu; et cuydoit, à la vérité, que ce n'en

estoient poinct; néantmoins, puisque le dict Sr de La Garde le

mandoit, et, sur ce qu'il se pleignoit d'aucuns aultres

angloys qui, avec mes passeportz, que je leur avoys baillé

pour aller à Bourdeaulx, s'estoient voulu couler dans la dicte

ville, qu'elle s'en feroit enquérir pour les faire toutz

rigoureusement punir, ainsy qu'elle estoit après à faire

chastier ceulx qui avoient mené des angloys à Fleximgues, sans

qu'elle l'eût ordonné; et qu'elle vous prioit prendre ceste

seurté d'elle qu'elle ne secourra en façon du monde les dicts

de la Rochelle, et que mesmes l'on luy avoit dict que troys

des habitans estoient par deçà qui proposoient d'en admener

deux navyres chargés de greins et de vivres; mais que, s'ilz

s'attandoient à cella, ilz endureroient longtemps la feim.

[16] Cette blessure, reçue par le roi à la chasse, était

très-légère.

Et après, la dicte Dame est venue à quelques particullaritez que je

luy avoys touchées d'une lettre que la Royne d'Escoce m'avoit

escripte, en quoy elle m'a parlé assez aygrement.

CCXCVe DÉPESCHE

--du XVe jour de janvier 1573.--

(_Envoyée jusques à Calais par Jehan Volet._)

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 16 / 35 段