Je ne sçay si cella leur durera, et croy bien qu'ilz voudront suyvre

l'example de ce qu'ilz verront faire aulx princes protestans

d'Allemaigne, et que, si la Rochelle se meintient opinyastre, qu'ilz

la voudront favoriser soubz mein, ainsy qu'aux troubles passez. Et

suys adverty, de bon lieu, que les dicts princes ont mandé à la dicte

Dame qu'elle ne mecte plus en doubte qu'il n'y ayt dellibération

faicte et jurée contre elle et contre eulx toutz pour abolir leur

dicte religion; et que pourtant elle vueille retenir toute sa

navigation dans ses portz affin de l'avoyr preste au besoing, ce qui a

de rechef cuydé interrompre le voyage de Bourdeaux pour les vins; mais

enfin toute la flotte y est allée.

J'ay heu, à la vérité, beaucoup de doubtes, ces jours passez,

entendant qu'on avoit tiré quarante huict chariotz d'armes, de

pouldres, et aultres mounitions de guerre, de la Tour de Londres, que

ce fût pour en envoyer à la Rochelle, mais j'ay sceu que le tout est

allé aux fortz de Portsemmue, et l'isle d'Ouyc, et de Douvre. Il est

vray que quelques françoys acheptent bien des armes en ceste ville,

mais non encores en si grande quantité qu'il en faille fère cas. Il

semble que ceulx de la Rochelle ont mis de leurs habitans dehors, car,

puis cinq ou six jours, il en est arrivé icy quelques mesnages qui

raportent que le Sr Strossy est allé sommer la ville, et qu'elle ne

luy a respondu sinon à coups de canon, dont huict des siens ont esté

tués; ce qui semble que ceulx cy ne réprouvent guyères, et mesmes

disent qu'ilz sçavent que aulcuns catholicques françoys ont dict

qu'ilz seroient très mal advisez de se randre, car aussy bien les

tueroit on.

J'entendz que ceste princesse et les siens avoient espéré, ceste

année, ung grand effect de l'entreprinse du prince d'Orange ez Pays

Bas, et qu'ilz y faysoient estat d'en emporter la Zélande; dont, sur

ceste persuasion, laquelle estoit conduicte par ung allemant avec

l'assistance d'ung seigneur de ce conseil, elle avoit mandé fournir

soixante six mil escus au dict prince en Embourg; et avoit layssé

couler envyron quatre mille angloys à Fleximgues, soubz la charge du

Sr Homfray Gillebert; et promiz de mettre ses navyres en mer pour

empêcher le secours d'Espaigne; mais, voyant que le dict prince se

retire comme déconfit, et que les Angloys n'ont esté bien traictez au

dict Fleximgues, elle se rétracte de sa libéralité, et retire ses

gens, et faict cesser une partie de l'appareil de ses navyres. Il est

vray qu'il y a encores icy un solliciteur du dict prince, et quelque

ambassadeur du comte Palatin. Je ne sçay enfin qu'est ce qu'ilz

obtiendront.

Il semble qu'on ne soit guyères marry en ceste court que la nouvelle

qu'on y avoit publiée de la victoyre de Dom Jehan d'Austria en Levant

soyt réuscye vayne; mais il y a aultres deux nouvelles qui les fâchent

assez: l'une, du décès de l'Empereur, si elle est vraye; et l'aultre,

de celluy du prétandu régent d'Escoce[9]. Et creins bien, si le dict

prétandu régent est mort de poyson, ainsy qu'on l'a dict, ou bien de

quelque aultre violence, qu'on n'en traicte plus mal la pauvre Royne

d'Escoce. Je viens d'estre adverty que ceste princesse a accordé son

congé au Sr de Walsingam, et que le sire Jehan Caro s'apreste pour luy

aller succéder, dedans ung moys ou six sepmaynes. Je m'enquerray

dilligemment du dict Sr Caro; et vous suplie très humblement, Sire,

me vouloir de mesmes retirer; car, oultre que j'ay doublé icy le

temps, encores ne doibt vouloir Vostre Majesté laysser l'advantage à

la Royne d'Angleterre qu'elle ayt plus de soing de son ambassadeur que

vous du vostre, ny que le Sr de Walsingam soit en meilleur concept

vers elle, que moy vers Vostre Majesté. Sur ce, etc.

[9] La nouvelle du décès de l'empereur Maximilien II était

fausse.--Le comte de Mar était mort le 29 octobre 1572 à

Stirling, après une indisposition subite survenue à la suite

d'une visite qu'il avait faite au comte de Morton à Dalkeith. La

nouvelle de sa mort, déjà donnée dans la lettre du 18 septembre,

se rapportait probablement à l'accident de Dalkeith.

Ce IXe jour de novembre 1572.

CCLXXXVe DÉPESCHE

--du XVe jour de novembre 1572.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Lettre du roi d'Espagne à la reine d'Angleterre.--Négociation des

Espagnols.--Sollicitations des protestans de France pour

obtenir des secours afin de reprendre les armes.--Nouvelles

d'Écosse.

AU ROY.

Sire, j'attandz les procheines lettres de Vostre Majesté pour aller

trouver la Royne d'Angleterre, laquelle, dans ung jour ou deux, s'en

vient à Hamptoncourt, et se porte fort bien, ne s'estant, longtemps y

a, trouvée plus sayne qu'elle faict à présent, depuis qu'elle est

guérye de ceste dernière maladye qu'elle a heu de la petite vérolle;

et si, se trouve fort contante que le Roy d'Espaigne luy a escript une

lettre fort pleyne d'affection et d'offres, et d'une quasy

soubmission, qui semble ne convenir guières ny à la grandeur d'un tel

prince, ny à la recordation des injures qu'il a reçues. Tant y a qu'en

la dicte lettre, après beaucoup de belles et bonnes parolles, il

inciste au renouvellement des anciens traictés et de l'ancienne

confédération d'entre ceste couronne et la mayson de Bourgoigne, et

qu'il est prest de la confirmer et la jurer de nouveau; et, quand

aulx différendz passez, qu'il en veult demeurer à ce que la dicte Dame

et ceulx de son conseil en ont desjà advisé, sans s'arrester aux

difficultez que son ambassadeur ou ses ministres y peulvent avoir

faictes. Et est venue la dicte lettre accompagnée d'une aultre du duc

d'Alve, et d'aulcuns si bons présens, que l'affère a commancé de

s'estreindre en bien peu d'heures, et cella fort secrettement; mais

non tant que je n'en aye heu assez tost le vent. Dont ceulx, à qui

j'en ay parlé, m'ont respondu que Vous, Sire, en faysant la deffance à

voz subjectz de n'aller poinct en Flandres, et chastiant ceulx qui

revenoient de Montz, avez monstré à la Royne d'Angleterre comme elle

debvoit uzer en cest endroict, et luy aviez faict retirer ses subjectz

de Fleximgues, et luy aviez apprins de ne refuzer l'amityé du Roy

d'Espaigne; et que, puisqu'ainsy vous plaist, vous verrez bientost les

choses de toutes partz céder à l'intention du duc d'Alve.

Je n'ay deffailly de réplicque, mais je tiens pour assuré que le

commerce sera bientost restably entre l'Angleterre et les Pays Bas du

Roy d'Espagne, si quelque accidant nouveau ne survient. Il est vray

que je ne sentz poinct pour cella qu'on se vueille retirer de la ligue

et du bon traicté qui a esté dernièrement conclud avec Vostre Majesté,

mais bien, qu'on regardera de fort près comme, de jour en jour, s'en

pouvoir mieulx establir avecques vous pour la seureté de ce royaulme.

Et mesmes j'entendz que la dicte Dame et ceulx de son conseil n'ont

encores rien respondu à ce qui leur a esté proposé, de vouloir faire

une déclaration en faveur des françoys qui se sont retirés icy pour

leur religion, pour y estre soufertz avec gracieulx entretien, et de

vouloir aussy donner quelque secours à ceulx qui dellibèrent s'oposer

aux violences qu'ilz disent qu'on leur faict en France. Et semble que

celluy qui sollicite ce faict a parlé comme envoyé par les Vicomtes,

au nom des gentilshommes et aultres de la nouvelle religion, qui sont

par dellà; et bien qu'il n'ayt encores rien impétré, si creins je

assez que ceulx cy, par occasion, seront conduictz à faire quelque

faveur, soubz mein, à ceulx de la Rochelle par le moyen du comte de

Montgommery, qui pratiquera avec le visadmiral d'Ouest, son beau

frère, d'estre accommodé de quelque vaysseau pour s'y retirer, et pour

y conduire ce qui se trouvera à ceste heure de françoys icy revenantz

de Fleximgues, lesquelz peuvent estre deux centz en nombre; oultre

que, depuis deux jours, sont arrivez envyron quinze gentilshommes ou

soldatz, les ungs normantz, les aultres de Poictou, et les aultres de

Guyenne, entre aultres le jeune Pardaillan, et avec eulx ung marchand

de la Rochelle, nommé David, qui disent qu'ilz sont fouys pour n'aller

poinct à la messe, et font une grande rumeur de la persécution qu'ilz

disent qui continue par dellà.

Le Sr de Gasceville, qui est icy pour le prince d'Orange, a essayé de

praticquer les dicts françoys pour les ramener en Olande, mais ilz n'y

vuellent entendre à cause qu'ilz y ont esté fort maltraictez; dont

vous suplie, Sire, me commander comme j'auray à parler à ceste

princesse et aulx siens du dict faict de la Rochelle, et de ceulx qui

y voudroient aller, et pareillement comme uzer envers ceulx de voz

subjectz qui se voudroient retirer en leurs maysons; car l'on m'a

assuré, Sire, que, en divers endroictz de ce royaulme, il y en a bien

à présent de quatre à cinq mille, que hommes, que femmes, ou petitz

enfans.

Je n'ay, du costé d'Escoce, aultres nouvelles que la confirmation de

la mort du comte de Mar, laquelle aulcuns souspeçonnent estre du

poyson, mais je crois que non; et se dict que ceulx, qui

recognoissoient le dict de Mar pour régent, se sont assemblés affin

d'en créer ung aultre et pourvoir à la seureté du jeune Prince. Cest

accydant semble bien requérir, Sire, que Vostre Majesté dépesche

quelqu'ung par dellà; mais je ne m'attans pas que nous puissions

obtenir le congé de son passeport par icy. J'estime que le Sr de

Quillegreu ne s'oposera trop à ce que le duc de Chastellerault soit

faict régent; car l'on m'a adverty qu'il avoit charge de le praticquer

pourveu qu'il voulût suyvre le party d'Angleterre; car l'on voit bien

que à luy appartient le droict de ceste couronne, après la Royne

d'Escoce et son filz. Sur ce, etc.

Ce XVe jour de novembre 1572.

CCLXXXVIe DÉPESCHE

--du XXIIIe jour de novembre 1572.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)

Audience.--Communication officielle de la naissance de la fille

du roi.--Assurance de continuation d'amitié.--Arrêts rendus en

France contre l'Amiral, Briquemaut et Cavagnes.--Exécution de

Briquemaut et de Cavagnes.--Légation du cardinal

Orsini.--Affaires de la Rochelle.--Délibération du conseil

d'Angleterre.--Vives réclamations des Anglais au sujet des

entreprises faites contre eux en Bretagne.--Affaires d'Écosse;

convocation d'une assemblée à Lislebourg.--Nouvelles des

Pays-Bas et d'Irlande.

AU ROY.

Sire, ayant, le XVe de ce moys, receu la dépesche que mon secrettère

m'a apportée, j'ay envoyé, le XVIe, demander audience, et la Royne

d'Angleterre me l'a octroyée pour le lendemein, XVIIe, qui a esté le

propre jour du quatorziesme an complet de son advènement à ceste

couronne, duquel se faict ordinayrement quelque commémoration en ceste

court. Et, après qu'elle a heu bien curieusement lue vostre lettre et

celle de la Royne, vostre mère, et encores celle de Monseigneur, frère

de Vostre Majesté, lesquelles je luy ay présentées, elle a monstré

d'estre en quelque suspens qu'est ce que j'avoys à luy dire.

Dont je luy ay assez tost explicqué ma créance, ainsy qu'elle m'estoit

fort bien et fort amplement prescripte par la lettre de Vostre

Majesté, du IIIe du présent, et la luy ay restraincte en cinq poinctz:

dont l'ung a esté de la conjouyssance des couches de la Royne, et

l'heureuse naissance de la petite princesse vostre fille, qu'il a pleu

à Dieu vous donner; le segond, de la persévérance de vostre amityé

vers la dicte Dame et du plésir qu'avez prins que, depuis l'accidant

de Paris, elle vous ayt tousjours faict confirmer et renouveller la

promesse de la sienne, dont estiez attandant, et pareillement la

Royne, vostre mère, en bien grande dévotion, qu'est ce qu'elle vous

fera entendre meintenant sur le propos de Monseigneur le Duc, vostre

frère, et quel accomplissement elle fera donner aux deux articles du

commerce et de la paix d'Escoce, qui restent à estre effectués par le

traicté; le troysiesme poinct a esté des arrestz et jugementz donnez

contre le feu Admiral, et contre Briquemault et Cavaignes, par la

court de parlement de Paris, avec le récit de ce qui a esté vériffié

contre eulx et leurs [complices] de la conspiration; le quatriesme,

de la légation du cardinal Ursin; et le cinquiesme, du faict de la

Rochelle, et pourquoy l'armée du Sr Strossy a esté de rechef

rassemblée et remise sus.

Sur lesquelz poinctz, voyant la dicte Dame que vous luy gardiez en

tout ung fort grand respect et monstriez de tenir grand compte de son

amityé, elle n'a pas dissimulé qu'elle en sentoit ung singullier

contantement, mais, comme princesse agitée de diverses impressions,

m'a respondu: quand au premier, que Vous mesmes, Sire, ne vous estiez

pas souhayté ung plus grand contantement des couches de la Royne

qu'elle a desiré que vous l'eussiez très parfaictement accomply par

l'heureuse nayssance d'ung Daulfin, et que néantmoins la petite

princesse soit la bien venue au monde, et qu'elle prioit Dieu de l'y

faire aultant heureuse comme elle y est de très grande extraction, et

comme elle s'assure qu'elle y sera belle et vertueuse, n'ayant regret

sinon que vous ayez voulu profaner le jour de sa nayssence par ung si

facheus espectacle qu'allastes voyr en grève: ce que n'entendant point

qu'est ce qu'elle vouloit dire, elle me l'a explicqué[10]. Et je luy

ay respondu que c'estoit ce qui rendoit ce jour là, s'il avoit esté

quelquefoys néfaste, de toutes parts bien heureulx; et que vous

n'aviez pas assisté à cest acte, si, d'avanture, vous y aviez esté,

sans exemple d'aultres grandz roys.

[10] Par arrêt du parlement de Paris, en date du 27 octobre 1572,

Briquemaut et Cavagnes, qui avaient été arrêtés, à la suite de la

Saint-Barthélemy, furent déclarés coupables comme complices de

l'amiral, et condamnés à être pendus, ce qui fut exécuté le soir

même, aux flambeaux. On sait qu'un arrêt de condamnation fut

également rendu contre la mémoire de l'amiral.

Charles IX assista avec Catherine de Médicis à l'exécution de

Briquemaut et de Cavagnes, qui eut lieu le jour même de la

naissance de sa fille. Walsingham, dans sa correspondance, déclare

qu'ils étaient accompagnés du roi de Navarre, de Madame, du prince

de Condé, des ducs d'Anjou et d'Alençon. Mèzeray ne parle que de

Charles IX et de Catherine de Médicis; De Thou ajoute qu'ils

exigèrent que le roi de Navarre fût présent à l'exécution.

Elle a suyvy que, quand à vostre persévérance vers elle, que c'estoit

ce qu'elle avoit le plus cherché, et pensoit n'avoir jamais rien

trouvé de plus assuré au monde; dont, de sa part, elle vous promectoit

devant Dieu que vous n'auriez, ny verriez jamais procéder, chose

aulcune d'elle pourquoy vous vous en deussiez départir, demeurant

l'incertitude de sa plus grande déclaration touchant le propos de

Monseigneur le Duc, sur ce qu'elle n'avoit encores receu la responce

qu'elle a longuement attandue de son ambassadeur, et sur ce aussy que

l'image des choses de France luy représante une très extrême horreur,

qu'il semble que vous avez contre toutz ceulx de sa religion; ayant,

quand aux deux poinctz du traicté, une bien bonne affection qu'il y

puysse estre satisfaict, mais les Escoucoys lui donnoient occasion de

ne se mesler plus de leur faict, et les marchandz ses subjectz

trembloient encores si fort des choses de France qu'ilz refuzoient

infinyement d'y transporter leur trafficq; quand à la condempnation de

l'Amiral et des aultres, si le temps vous apprenoit que leur ruyne fût

vostre seureté, que nul seroit plus ayse qu'elle qu'ilz fussent mortz,

et, s'il advenoit que vous y ayez de juste regret, qu'elle y

participera aultant que nul aultre de vostre alliance, car elle ne

mettoit en considération ny leur mort, ny leur vye, que pour vostre

intérest; qu'elle répute à une bien expécialle faveur la

communiquation que luy avez voulu fère de la légation du cardinal

Ursin, vous priant néantmoins de prendre de bonne part, si elle vous

dict qu'elle sçait, aussy bien que luy mesmes, que, en apparance, sa

dicte légation est bien fondée sur la ligue contre le Turc, mais

qu'en effect il en vient procurer une aultre contre les Chrestiens,

et allumer, s'il peut, ung grand feu par toutz les coings de l'Europe,

en quoy si, en vostre présence, vous layssez passer quelque chose qui

tende à la ruyne d'elle, Dieu est tesmoing que ce sera au dommage de

vous mesmes, ou aulmoins de chose que vous debvez en ce temps réputer

comme vostre bien; qu'elle ne se voit pas en termes pour debvoir trop

creindre toutes ses praticques, non qu'elle ne se sante soubmise à la

mein de Dieu, quand, pour l'honneur et gloyre sienne, il vouldra

qu'elle périsse, à quoy elle aura moins de regret; mais elle

expérimantoit assez que son indignation n'est contre elle, ains

plustost contre ceulx qui la voudroient ruyner, et que sa bonté divine

a si bien pourveu au faict d'elle et de son estat, qu'elle vous

vouloit bien dire, Sire, qu'elle s'estimoit beaucoup plus loing du

danger que ne sont ceulx qui la y voudroient mettre: ce qu'elle m'a

fort prié de n'oublier vous escripre, et que son ambassadeur aura

charge de vous en dire aultant; que, pour le regard de ceulx de la

Rochelle, elle seroit marrye qu'ilz ne vous rendissent l'obéyssance

qu'ilz vous doibvent, ny qu'ilz excitassent aulcun trouble en vostre

royaulme, mais elle estimoit qu'ilz ne prétandoient de garder leur

ville que pour vous et pour leurs vyes, en quoy elle ne leur pouvoit

fère tort, si, voyant venir ceulx qui les vouloient tuer, ilz leur

fermoient leurz portes; et que le comte de Montgommery ne l'avoit

veue, ny n'avoit parlé à elle, pour avoir deu escripre aux dicts de la

Rochelle qu'elle les secourroit, n'estant si hastive ny si légière que

de rompre la ligue qu'elle venoit de faire avecques vous pour chose de

peu d'importance; et que, si elle avoit ceste volonté, elle la vous

nottiffieroit ouvertement, ainsy qu'elle vous avoit bien faict

entendre son entreprinse du Hâvre de Grâce; et qu'elle me vouloit bien

dire, en passant, qu'elle s'estoit lors saysie du dict Hâvre, à cause

d'une mauvaise responce qu'on luy avoit faicte de Callays, et que,

sans ce que la peste s'y mit, elle n'eut lâché ceste place, sans avoyr

heu rayson de l'aultre.

A toutes lesquelles siennes responces, fors en ce qu'elle m'a touché

de Callays, que j'ay expressément obmis, je luy ay uzé des meilleures

et plus convenables responces, pleynes de mercyement, là où il a esté

besoing, et de toutes aultres bonnes remonstrances qu'il m'a esté

possible. Et l'ay conduicte, de propos en propos, à plusieurs raysons

pour la bien édiffier de Voz Majestez Très Chrestiennes et des

vostres, et pour luy oster les impressions qu'on luy a peu donner au

contraire, et pour la remettre aux bons termes qu'elle estoit,

auparavant ces émotions de France; de sorte que, acquiessant à la

pluspart, elle m'a prié, pour la fin, que je voulusse faire

communicquation à ceulx de son conseil des mesmes choses que je luy

avoys dictes à elle.

Et, appellant là dessus milord trézorier et les comtes de Sussex et de

Lestre, je me suis retiré à part avec eulx, qui ont avec attention

fort volontiers ouy ma créance; et, après qu'ilz m'y ont heu faict

quelques courtes responces et aulcunes légières contradictions, ilz

m'ont prié de la leur vouloir bailler par escript, affin d'y pouvoir

mieulx dellibérer et en conférer davantage avec leur Mestresse, pour,

puis après, m'y faire avoyr responce là où il escherroit d'en bailler.

Et, m'ayant toutz troys assuré de la persévérance de leur Mestresse en

l'entretènement du traicté, ilz ont monstré qu'il leur restoit

beaucoup de satisfaction de ce que je leur avoys dict, et de vostre

ouverte démonstration vers leur Mestresse et vers ce royaulme;

seulement ilz ont exclamé les injures, violences, meurtres et

pilleries que le cappitaine de Belle Isle de Bretaigne, et son filz,

et quelque aultre, qu'ilz ne m'ont peu nommer, font, à ce qu'ilz

disent, sur les Angloys, et qu'ilz suplient Vostre Majesté d'accorder

à leur Mestresse qu'elle puisse permectre à ses subjectz d'avoir la

guerre au dict capitaine; car elle ne sçait comme aultrement leur

satisfère, parce qu'on ne leur faict jamais justice en Bretaigne; ny

ne peulvent, sans danger de mort, l'aller demander.

Du costé d'Escoce, Sire, il s'entend que, le XVe de ce moys, se

debvoit faire l'assemblée de la noblesse du pays à Lillebourg pour

créer ung nouveau régent, et pour pourvoir à la seureté du petit

Prince, mais l'on n'espère guières que la paix puisse réuscyr au bout

des deux moys de l'abstinence.

Fleximgues monstre de se vouloir opiniastrer, car l'on y faict une

extrême dilligence de se bien fortiffier, et le capitaine Morguen,

avec une compagnie d'angloys, y est enfin demeuré. Le prince d'Orange

est encores en Olande, et ung sien agent est tousjours par deçà. L'on

m'a adverty que le comte de Montgommery doibt bientost venir

secrettement en cette ville. Je mettray peyne de l'observer. J'entendz

que ceulx de la Rochelle, qui sont icy, ont esté en ceste court; et, à

dire vray, Sire, la responce, que ceste princesse m'a faicte touchant

l'opinyastreté des dicts de la Rochelle, ne me contante assez. Ceulx

cy mandent pour toute provision en Irlande trente mille escus pour

résister aulx saulvages. Sur ce, etc.

Ce XXIIIe jour de novembre 1572.

CCLXXXVIIe DÉPESCHE

--du XXIXe jour de novembre 1572.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par Joz, mon secrettère._)

Défiances inspirées aux Anglais par la légation du cardinal

Orsini et par les armemens faits en France.--Résolution prise

par Élisabeth de maintenir l'alliance avec le roi, et néanmoins

de rechercher l'alliance d'Espagne, de s'unir aux princes

protestans d'Allemagne, et de soutenir les mécontens de

France.--Affaires d'Écosse.--Méfiances témoignées contre

l'ambassadeur par les français réfugiés en

Angleterre.--Assurance qu'il leur donne au nom du roi qu'ils

peuvent en toute sûreté rentrer en France.--Arrivée de Mr de

Mauvissière.

AU ROY.

Sire, après que j'eus parlé à la Royne d'Angleterre, le XVIIe de ce

moys, et que j'eus baillé par escript à ceulx de son conseil ce que je

luy avoys dict, ung des gens de Mr de Walsingam leur arriva, le jour

d'après; de la dépesche duquel il semble que la jalousie et la

deffiance ayt augmenté à la dicte Dame et à eulx, touchant la légation

du cardinal Ursin, et touchant quelques levées de Suisses qu'on leur a

mandé que Vostre Majesté faict desjà marcher, creignant que ce soit

contre leur religion, et nomméement contre l'estat et repos de ce

royaulme, en faveur de la Royne d'Escoce, dont se sont assemblés

plusieurs foys pour dellibérer de leurz affères. Et j'entendz qu'après

les avoyr bien débattus, ilz se sont résolus à quatre poinctz: l'ung,

d'observer, de la part de leur Mestresse, le traicté que naguyères

elle a faict avec Vostre Majesté, sans toutesfoys y mettre grand

fiance; le segond, d'estreindre l'accord avec le Roy d'Espaigne; le

troysiesme, de faire une prompte et bien ample dépesche en Allemaigne;

et le quatriesme, de se prévaloir, si elle peut, de voz subjectz

malcontantz, qui sont par deçà, au cas qu'elle et eux ne puissent

voyr plus cler dedans voz entreprinses qu'ilz ne font.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 14 / 35 段