l'example de ce qu'ilz verront faire aulx princes protestans
d'Allemaigne, et que, si la Rochelle se meintient opinyastre, qu'ilz
la voudront favoriser soubz mein, ainsy qu'aux troubles passez. Et
suys adverty, de bon lieu, que les dicts princes ont mandé à la dicte
Dame qu'elle ne mecte plus en doubte qu'il n'y ayt dellibération
faicte et jurée contre elle et contre eulx toutz pour abolir leur
dicte religion; et que pourtant elle vueille retenir toute sa
navigation dans ses portz affin de l'avoyr preste au besoing, ce qui a
de rechef cuydé interrompre le voyage de Bourdeaux pour les vins; mais
enfin toute la flotte y est allée.
J'ay heu, à la vérité, beaucoup de doubtes, ces jours passez,
entendant qu'on avoit tiré quarante huict chariotz d'armes, de
pouldres, et aultres mounitions de guerre, de la Tour de Londres, que
ce fût pour en envoyer à la Rochelle, mais j'ay sceu que le tout est
allé aux fortz de Portsemmue, et l'isle d'Ouyc, et de Douvre. Il est
vray que quelques françoys acheptent bien des armes en ceste ville,
mais non encores en si grande quantité qu'il en faille fère cas. Il
semble que ceulx de la Rochelle ont mis de leurs habitans dehors, car,
puis cinq ou six jours, il en est arrivé icy quelques mesnages qui
raportent que le Sr Strossy est allé sommer la ville, et qu'elle ne
luy a respondu sinon à coups de canon, dont huict des siens ont esté
tués; ce qui semble que ceulx cy ne réprouvent guyères, et mesmes
disent qu'ilz sçavent que aulcuns catholicques françoys ont dict
qu'ilz seroient très mal advisez de se randre, car aussy bien les
tueroit on.
J'entendz que ceste princesse et les siens avoient espéré, ceste
année, ung grand effect de l'entreprinse du prince d'Orange ez Pays
Bas, et qu'ilz y faysoient estat d'en emporter la Zélande; dont, sur
ceste persuasion, laquelle estoit conduicte par ung allemant avec
l'assistance d'ung seigneur de ce conseil, elle avoit mandé fournir
soixante six mil escus au dict prince en Embourg; et avoit layssé
couler envyron quatre mille angloys à Fleximgues, soubz la charge du
Sr Homfray Gillebert; et promiz de mettre ses navyres en mer pour
empêcher le secours d'Espaigne; mais, voyant que le dict prince se
retire comme déconfit, et que les Angloys n'ont esté bien traictez au
dict Fleximgues, elle se rétracte de sa libéralité, et retire ses
gens, et faict cesser une partie de l'appareil de ses navyres. Il est
vray qu'il y a encores icy un solliciteur du dict prince, et quelque
ambassadeur du comte Palatin. Je ne sçay enfin qu'est ce qu'ilz
obtiendront.
Il semble qu'on ne soit guyères marry en ceste court que la nouvelle
qu'on y avoit publiée de la victoyre de Dom Jehan d'Austria en Levant
soyt réuscye vayne; mais il y a aultres deux nouvelles qui les fâchent
assez: l'une, du décès de l'Empereur, si elle est vraye; et l'aultre,
de celluy du prétandu régent d'Escoce[9]. Et creins bien, si le dict
prétandu régent est mort de poyson, ainsy qu'on l'a dict, ou bien de
quelque aultre violence, qu'on n'en traicte plus mal la pauvre Royne
d'Escoce. Je viens d'estre adverty que ceste princesse a accordé son
congé au Sr de Walsingam, et que le sire Jehan Caro s'apreste pour luy
aller succéder, dedans ung moys ou six sepmaynes. Je m'enquerray
dilligemment du dict Sr Caro; et vous suplie très humblement, Sire,
me vouloir de mesmes retirer; car, oultre que j'ay doublé icy le
temps, encores ne doibt vouloir Vostre Majesté laysser l'advantage à
la Royne d'Angleterre qu'elle ayt plus de soing de son ambassadeur que
vous du vostre, ny que le Sr de Walsingam soit en meilleur concept
vers elle, que moy vers Vostre Majesté. Sur ce, etc.
[9] La nouvelle du décès de l'empereur Maximilien II était
fausse.--Le comte de Mar était mort le 29 octobre 1572 à
Stirling, après une indisposition subite survenue à la suite
d'une visite qu'il avait faite au comte de Morton à Dalkeith. La
nouvelle de sa mort, déjà donnée dans la lettre du 18 septembre,
se rapportait probablement à l'accident de Dalkeith.
Ce IXe jour de novembre 1572.
CCLXXXVe DÉPESCHE
--du XVe jour de novembre 1572.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Lettre du roi d'Espagne à la reine d'Angleterre.--Négociation des
Espagnols.--Sollicitations des protestans de France pour
obtenir des secours afin de reprendre les armes.--Nouvelles
d'Écosse.
AU ROY.
Sire, j'attandz les procheines lettres de Vostre Majesté pour aller
trouver la Royne d'Angleterre, laquelle, dans ung jour ou deux, s'en
vient à Hamptoncourt, et se porte fort bien, ne s'estant, longtemps y
a, trouvée plus sayne qu'elle faict à présent, depuis qu'elle est
guérye de ceste dernière maladye qu'elle a heu de la petite vérolle;
et si, se trouve fort contante que le Roy d'Espaigne luy a escript une
lettre fort pleyne d'affection et d'offres, et d'une quasy
soubmission, qui semble ne convenir guières ny à la grandeur d'un tel
prince, ny à la recordation des injures qu'il a reçues. Tant y a qu'en
la dicte lettre, après beaucoup de belles et bonnes parolles, il
inciste au renouvellement des anciens traictés et de l'ancienne
confédération d'entre ceste couronne et la mayson de Bourgoigne, et
qu'il est prest de la confirmer et la jurer de nouveau; et, quand
aulx différendz passez, qu'il en veult demeurer à ce que la dicte Dame
et ceulx de son conseil en ont desjà advisé, sans s'arrester aux
difficultez que son ambassadeur ou ses ministres y peulvent avoir
faictes. Et est venue la dicte lettre accompagnée d'une aultre du duc
d'Alve, et d'aulcuns si bons présens, que l'affère a commancé de
s'estreindre en bien peu d'heures, et cella fort secrettement; mais
non tant que je n'en aye heu assez tost le vent. Dont ceulx, à qui
j'en ay parlé, m'ont respondu que Vous, Sire, en faysant la deffance à
voz subjectz de n'aller poinct en Flandres, et chastiant ceulx qui
revenoient de Montz, avez monstré à la Royne d'Angleterre comme elle
debvoit uzer en cest endroict, et luy aviez faict retirer ses subjectz
de Fleximgues, et luy aviez apprins de ne refuzer l'amityé du Roy
d'Espaigne; et que, puisqu'ainsy vous plaist, vous verrez bientost les
choses de toutes partz céder à l'intention du duc d'Alve.
Je n'ay deffailly de réplicque, mais je tiens pour assuré que le
commerce sera bientost restably entre l'Angleterre et les Pays Bas du
Roy d'Espagne, si quelque accidant nouveau ne survient. Il est vray
que je ne sentz poinct pour cella qu'on se vueille retirer de la ligue
et du bon traicté qui a esté dernièrement conclud avec Vostre Majesté,
mais bien, qu'on regardera de fort près comme, de jour en jour, s'en
pouvoir mieulx establir avecques vous pour la seureté de ce royaulme.
Et mesmes j'entendz que la dicte Dame et ceulx de son conseil n'ont
encores rien respondu à ce qui leur a esté proposé, de vouloir faire
une déclaration en faveur des françoys qui se sont retirés icy pour
leur religion, pour y estre soufertz avec gracieulx entretien, et de
vouloir aussy donner quelque secours à ceulx qui dellibèrent s'oposer
aux violences qu'ilz disent qu'on leur faict en France. Et semble que
celluy qui sollicite ce faict a parlé comme envoyé par les Vicomtes,
au nom des gentilshommes et aultres de la nouvelle religion, qui sont
par dellà; et bien qu'il n'ayt encores rien impétré, si creins je
assez que ceulx cy, par occasion, seront conduictz à faire quelque
faveur, soubz mein, à ceulx de la Rochelle par le moyen du comte de
Montgommery, qui pratiquera avec le visadmiral d'Ouest, son beau
frère, d'estre accommodé de quelque vaysseau pour s'y retirer, et pour
y conduire ce qui se trouvera à ceste heure de françoys icy revenantz
de Fleximgues, lesquelz peuvent estre deux centz en nombre; oultre
que, depuis deux jours, sont arrivez envyron quinze gentilshommes ou
soldatz, les ungs normantz, les aultres de Poictou, et les aultres de
Guyenne, entre aultres le jeune Pardaillan, et avec eulx ung marchand
de la Rochelle, nommé David, qui disent qu'ilz sont fouys pour n'aller
poinct à la messe, et font une grande rumeur de la persécution qu'ilz
disent qui continue par dellà.
Le Sr de Gasceville, qui est icy pour le prince d'Orange, a essayé de
praticquer les dicts françoys pour les ramener en Olande, mais ilz n'y
vuellent entendre à cause qu'ilz y ont esté fort maltraictez; dont
vous suplie, Sire, me commander comme j'auray à parler à ceste
princesse et aulx siens du dict faict de la Rochelle, et de ceulx qui
y voudroient aller, et pareillement comme uzer envers ceulx de voz
subjectz qui se voudroient retirer en leurs maysons; car l'on m'a
assuré, Sire, que, en divers endroictz de ce royaulme, il y en a bien
à présent de quatre à cinq mille, que hommes, que femmes, ou petitz
enfans.
Je n'ay, du costé d'Escoce, aultres nouvelles que la confirmation de
la mort du comte de Mar, laquelle aulcuns souspeçonnent estre du
poyson, mais je crois que non; et se dict que ceulx, qui
recognoissoient le dict de Mar pour régent, se sont assemblés affin
d'en créer ung aultre et pourvoir à la seureté du jeune Prince. Cest
accydant semble bien requérir, Sire, que Vostre Majesté dépesche
quelqu'ung par dellà; mais je ne m'attans pas que nous puissions
obtenir le congé de son passeport par icy. J'estime que le Sr de
Quillegreu ne s'oposera trop à ce que le duc de Chastellerault soit
faict régent; car l'on m'a adverty qu'il avoit charge de le praticquer
pourveu qu'il voulût suyvre le party d'Angleterre; car l'on voit bien
que à luy appartient le droict de ceste couronne, après la Royne
d'Escoce et son filz. Sur ce, etc.
Ce XVe jour de novembre 1572.
CCLXXXVIe DÉPESCHE
--du XXIIIe jour de novembre 1572.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
Audience.--Communication officielle de la naissance de la fille
du roi.--Assurance de continuation d'amitié.--Arrêts rendus en
France contre l'Amiral, Briquemaut et Cavagnes.--Exécution de
Briquemaut et de Cavagnes.--Légation du cardinal
Orsini.--Affaires de la Rochelle.--Délibération du conseil
d'Angleterre.--Vives réclamations des Anglais au sujet des
entreprises faites contre eux en Bretagne.--Affaires d'Écosse;
convocation d'une assemblée à Lislebourg.--Nouvelles des
Pays-Bas et d'Irlande.
AU ROY.
Sire, ayant, le XVe de ce moys, receu la dépesche que mon secrettère
m'a apportée, j'ay envoyé, le XVIe, demander audience, et la Royne
d'Angleterre me l'a octroyée pour le lendemein, XVIIe, qui a esté le
propre jour du quatorziesme an complet de son advènement à ceste
couronne, duquel se faict ordinayrement quelque commémoration en ceste
court. Et, après qu'elle a heu bien curieusement lue vostre lettre et
celle de la Royne, vostre mère, et encores celle de Monseigneur, frère
de Vostre Majesté, lesquelles je luy ay présentées, elle a monstré
d'estre en quelque suspens qu'est ce que j'avoys à luy dire.
Dont je luy ay assez tost explicqué ma créance, ainsy qu'elle m'estoit
fort bien et fort amplement prescripte par la lettre de Vostre
Majesté, du IIIe du présent, et la luy ay restraincte en cinq poinctz:
dont l'ung a esté de la conjouyssance des couches de la Royne, et
l'heureuse naissance de la petite princesse vostre fille, qu'il a pleu
à Dieu vous donner; le segond, de la persévérance de vostre amityé
vers la dicte Dame et du plésir qu'avez prins que, depuis l'accidant
de Paris, elle vous ayt tousjours faict confirmer et renouveller la
promesse de la sienne, dont estiez attandant, et pareillement la
Royne, vostre mère, en bien grande dévotion, qu'est ce qu'elle vous
fera entendre meintenant sur le propos de Monseigneur le Duc, vostre
frère, et quel accomplissement elle fera donner aux deux articles du
commerce et de la paix d'Escoce, qui restent à estre effectués par le
traicté; le troysiesme poinct a esté des arrestz et jugementz donnez
contre le feu Admiral, et contre Briquemault et Cavaignes, par la
court de parlement de Paris, avec le récit de ce qui a esté vériffié
contre eulx et leurs [complices] de la conspiration; le quatriesme,
de la légation du cardinal Ursin; et le cinquiesme, du faict de la
Rochelle, et pourquoy l'armée du Sr Strossy a esté de rechef
rassemblée et remise sus.
Sur lesquelz poinctz, voyant la dicte Dame que vous luy gardiez en
tout ung fort grand respect et monstriez de tenir grand compte de son
amityé, elle n'a pas dissimulé qu'elle en sentoit ung singullier
contantement, mais, comme princesse agitée de diverses impressions,
m'a respondu: quand au premier, que Vous mesmes, Sire, ne vous estiez
pas souhayté ung plus grand contantement des couches de la Royne
qu'elle a desiré que vous l'eussiez très parfaictement accomply par
l'heureuse nayssance d'ung Daulfin, et que néantmoins la petite
princesse soit la bien venue au monde, et qu'elle prioit Dieu de l'y
faire aultant heureuse comme elle y est de très grande extraction, et
comme elle s'assure qu'elle y sera belle et vertueuse, n'ayant regret
sinon que vous ayez voulu profaner le jour de sa nayssence par ung si
facheus espectacle qu'allastes voyr en grève: ce que n'entendant point
qu'est ce qu'elle vouloit dire, elle me l'a explicqué[10]. Et je luy
ay respondu que c'estoit ce qui rendoit ce jour là, s'il avoit esté
quelquefoys néfaste, de toutes parts bien heureulx; et que vous
n'aviez pas assisté à cest acte, si, d'avanture, vous y aviez esté,
sans exemple d'aultres grandz roys.
[10] Par arrêt du parlement de Paris, en date du 27 octobre 1572,
Briquemaut et Cavagnes, qui avaient été arrêtés, à la suite de la
Saint-Barthélemy, furent déclarés coupables comme complices de
l'amiral, et condamnés à être pendus, ce qui fut exécuté le soir
même, aux flambeaux. On sait qu'un arrêt de condamnation fut
également rendu contre la mémoire de l'amiral.
Charles IX assista avec Catherine de Médicis à l'exécution de
Briquemaut et de Cavagnes, qui eut lieu le jour même de la
naissance de sa fille. Walsingham, dans sa correspondance, déclare
qu'ils étaient accompagnés du roi de Navarre, de Madame, du prince
de Condé, des ducs d'Anjou et d'Alençon. Mèzeray ne parle que de
Charles IX et de Catherine de Médicis; De Thou ajoute qu'ils
exigèrent que le roi de Navarre fût présent à l'exécution.
Elle a suyvy que, quand à vostre persévérance vers elle, que c'estoit
ce qu'elle avoit le plus cherché, et pensoit n'avoir jamais rien
trouvé de plus assuré au monde; dont, de sa part, elle vous promectoit
devant Dieu que vous n'auriez, ny verriez jamais procéder, chose
aulcune d'elle pourquoy vous vous en deussiez départir, demeurant
l'incertitude de sa plus grande déclaration touchant le propos de
Monseigneur le Duc, sur ce qu'elle n'avoit encores receu la responce
qu'elle a longuement attandue de son ambassadeur, et sur ce aussy que
l'image des choses de France luy représante une très extrême horreur,
qu'il semble que vous avez contre toutz ceulx de sa religion; ayant,
quand aux deux poinctz du traicté, une bien bonne affection qu'il y
puysse estre satisfaict, mais les Escoucoys lui donnoient occasion de
ne se mesler plus de leur faict, et les marchandz ses subjectz
trembloient encores si fort des choses de France qu'ilz refuzoient
infinyement d'y transporter leur trafficq; quand à la condempnation de
l'Amiral et des aultres, si le temps vous apprenoit que leur ruyne fût
vostre seureté, que nul seroit plus ayse qu'elle qu'ilz fussent mortz,
et, s'il advenoit que vous y ayez de juste regret, qu'elle y
participera aultant que nul aultre de vostre alliance, car elle ne
mettoit en considération ny leur mort, ny leur vye, que pour vostre
intérest; qu'elle répute à une bien expécialle faveur la
communiquation que luy avez voulu fère de la légation du cardinal
Ursin, vous priant néantmoins de prendre de bonne part, si elle vous
dict qu'elle sçait, aussy bien que luy mesmes, que, en apparance, sa
dicte légation est bien fondée sur la ligue contre le Turc, mais
qu'en effect il en vient procurer une aultre contre les Chrestiens,
et allumer, s'il peut, ung grand feu par toutz les coings de l'Europe,
en quoy si, en vostre présence, vous layssez passer quelque chose qui
tende à la ruyne d'elle, Dieu est tesmoing que ce sera au dommage de
vous mesmes, ou aulmoins de chose que vous debvez en ce temps réputer
comme vostre bien; qu'elle ne se voit pas en termes pour debvoir trop
creindre toutes ses praticques, non qu'elle ne se sante soubmise à la
mein de Dieu, quand, pour l'honneur et gloyre sienne, il vouldra
qu'elle périsse, à quoy elle aura moins de regret; mais elle
expérimantoit assez que son indignation n'est contre elle, ains
plustost contre ceulx qui la voudroient ruyner, et que sa bonté divine
a si bien pourveu au faict d'elle et de son estat, qu'elle vous
vouloit bien dire, Sire, qu'elle s'estimoit beaucoup plus loing du
danger que ne sont ceulx qui la y voudroient mettre: ce qu'elle m'a
fort prié de n'oublier vous escripre, et que son ambassadeur aura
charge de vous en dire aultant; que, pour le regard de ceulx de la
Rochelle, elle seroit marrye qu'ilz ne vous rendissent l'obéyssance
qu'ilz vous doibvent, ny qu'ilz excitassent aulcun trouble en vostre
royaulme, mais elle estimoit qu'ilz ne prétandoient de garder leur
ville que pour vous et pour leurs vyes, en quoy elle ne leur pouvoit
fère tort, si, voyant venir ceulx qui les vouloient tuer, ilz leur
fermoient leurz portes; et que le comte de Montgommery ne l'avoit
veue, ny n'avoit parlé à elle, pour avoir deu escripre aux dicts de la
Rochelle qu'elle les secourroit, n'estant si hastive ny si légière que
de rompre la ligue qu'elle venoit de faire avecques vous pour chose de
peu d'importance; et que, si elle avoit ceste volonté, elle la vous
nottiffieroit ouvertement, ainsy qu'elle vous avoit bien faict
entendre son entreprinse du Hâvre de Grâce; et qu'elle me vouloit bien
dire, en passant, qu'elle s'estoit lors saysie du dict Hâvre, à cause
d'une mauvaise responce qu'on luy avoit faicte de Callays, et que,
sans ce que la peste s'y mit, elle n'eut lâché ceste place, sans avoyr
heu rayson de l'aultre.
A toutes lesquelles siennes responces, fors en ce qu'elle m'a touché
de Callays, que j'ay expressément obmis, je luy ay uzé des meilleures
et plus convenables responces, pleynes de mercyement, là où il a esté
besoing, et de toutes aultres bonnes remonstrances qu'il m'a esté
possible. Et l'ay conduicte, de propos en propos, à plusieurs raysons
pour la bien édiffier de Voz Majestez Très Chrestiennes et des
vostres, et pour luy oster les impressions qu'on luy a peu donner au
contraire, et pour la remettre aux bons termes qu'elle estoit,
auparavant ces émotions de France; de sorte que, acquiessant à la
pluspart, elle m'a prié, pour la fin, que je voulusse faire
communicquation à ceulx de son conseil des mesmes choses que je luy
avoys dictes à elle.
Et, appellant là dessus milord trézorier et les comtes de Sussex et de
Lestre, je me suis retiré à part avec eulx, qui ont avec attention
fort volontiers ouy ma créance; et, après qu'ilz m'y ont heu faict
quelques courtes responces et aulcunes légières contradictions, ilz
m'ont prié de la leur vouloir bailler par escript, affin d'y pouvoir
mieulx dellibérer et en conférer davantage avec leur Mestresse, pour,
puis après, m'y faire avoyr responce là où il escherroit d'en bailler.
Et, m'ayant toutz troys assuré de la persévérance de leur Mestresse en
l'entretènement du traicté, ilz ont monstré qu'il leur restoit
beaucoup de satisfaction de ce que je leur avoys dict, et de vostre
ouverte démonstration vers leur Mestresse et vers ce royaulme;
seulement ilz ont exclamé les injures, violences, meurtres et
pilleries que le cappitaine de Belle Isle de Bretaigne, et son filz,
et quelque aultre, qu'ilz ne m'ont peu nommer, font, à ce qu'ilz
disent, sur les Angloys, et qu'ilz suplient Vostre Majesté d'accorder
à leur Mestresse qu'elle puisse permectre à ses subjectz d'avoir la
guerre au dict capitaine; car elle ne sçait comme aultrement leur
satisfère, parce qu'on ne leur faict jamais justice en Bretaigne; ny
ne peulvent, sans danger de mort, l'aller demander.
Du costé d'Escoce, Sire, il s'entend que, le XVe de ce moys, se
debvoit faire l'assemblée de la noblesse du pays à Lillebourg pour
créer ung nouveau régent, et pour pourvoir à la seureté du petit
Prince, mais l'on n'espère guières que la paix puisse réuscyr au bout
des deux moys de l'abstinence.
Fleximgues monstre de se vouloir opiniastrer, car l'on y faict une
extrême dilligence de se bien fortiffier, et le capitaine Morguen,
avec une compagnie d'angloys, y est enfin demeuré. Le prince d'Orange
est encores en Olande, et ung sien agent est tousjours par deçà. L'on
m'a adverty que le comte de Montgommery doibt bientost venir
secrettement en cette ville. Je mettray peyne de l'observer. J'entendz
que ceulx de la Rochelle, qui sont icy, ont esté en ceste court; et, à
dire vray, Sire, la responce, que ceste princesse m'a faicte touchant
l'opinyastreté des dicts de la Rochelle, ne me contante assez. Ceulx
cy mandent pour toute provision en Irlande trente mille escus pour
résister aulx saulvages. Sur ce, etc.
Ce XXIIIe jour de novembre 1572.
CCLXXXVIIe DÉPESCHE
--du XXIXe jour de novembre 1572.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par Joz, mon secrettère._)
Défiances inspirées aux Anglais par la légation du cardinal
Orsini et par les armemens faits en France.--Résolution prise
par Élisabeth de maintenir l'alliance avec le roi, et néanmoins
de rechercher l'alliance d'Espagne, de s'unir aux princes
protestans d'Allemagne, et de soutenir les mécontens de
France.--Affaires d'Écosse.--Méfiances témoignées contre
l'ambassadeur par les français réfugiés en
Angleterre.--Assurance qu'il leur donne au nom du roi qu'ils
peuvent en toute sûreté rentrer en France.--Arrivée de Mr de
Mauvissière.
AU ROY.
Sire, après que j'eus parlé à la Royne d'Angleterre, le XVIIe de ce
moys, et que j'eus baillé par escript à ceulx de son conseil ce que je
luy avoys dict, ung des gens de Mr de Walsingam leur arriva, le jour
d'après; de la dépesche duquel il semble que la jalousie et la
deffiance ayt augmenté à la dicte Dame et à eulx, touchant la légation
du cardinal Ursin, et touchant quelques levées de Suisses qu'on leur a
mandé que Vostre Majesté faict desjà marcher, creignant que ce soit
contre leur religion, et nomméement contre l'estat et repos de ce
royaulme, en faveur de la Royne d'Escoce, dont se sont assemblés
plusieurs foys pour dellibérer de leurz affères. Et j'entendz qu'après
les avoyr bien débattus, ilz se sont résolus à quatre poinctz: l'ung,
d'observer, de la part de leur Mestresse, le traicté que naguyères
elle a faict avec Vostre Majesté, sans toutesfoys y mettre grand
fiance; le segond, d'estreindre l'accord avec le Roy d'Espaigne; le
troysiesme, de faire une prompte et bien ample dépesche en Allemaigne;
et le quatriesme, de se prévaloir, si elle peut, de voz subjectz
malcontantz, qui sont par deçà, au cas qu'elle et eux ne puissent
voyr plus cler dedans voz entreprinses qu'ilz ne font.