contantement; puis, m'a dict qu'elle avoit proposé d'envoyer visiter
la Royne Très Chrestienne, en ses premières couches, par la plus
honnorable ambassade qui fût, de longtemps, passée en France, aulmoins
la plus grande que la couronne d'Angleterre l'eût peu fère; mais
qu'elle n'avoit garde meintenant d'y envoyer le comte de Lestre, ny
son grand trézorier, car sçavoit combien leur mort estoit desirée; et,
encores qu'elle se confiât entièrement de Vostre Majesté, si ne
vouloit elle estre veue si imprudente que de l'entreprendre
meintenant, et que, sellon qu'elle verroit procéder les choses, elle
se conduiroit.
Au partir d'elle, je suis allé fère les mesmes discours aulx seigneurs
de son conseil, et leur ay encores plus exprimé les extrémités qui
vous avoient contreint de laysser exécuter ceste violence.
Dont ilz m'ont respondu qu'ilz estoient bien ayses que les dictes
extrémités leur fussent encores représantées plus urgentes, par mon
dire, qu'ilz ne les avoient trouvez par l'escript de Mr de Walsingam,
et que, sans doubte, le plus énorme faict qui, depuis Jésus Christ,
fût advenu au monde, avoit esté freschement exécuté par les Françoys;
lequel les Italiens, ny les Espagnolz, encor que bien passionnés,
n'avoient garde de le louer en leur cueur; et seroient les ennemis
plus promptz à le condempner que les amys à le réprouver, pour estre
ung acte trop plein de sang, la pluspart innocent, et trop suspect de
fraulde, qui avoit violé la seureté d'ung grand roy, et troublé la
sérénité des nopces royalles de sa seur, insuportable d'estre ouy des
oreilles des princes, et abominable à toutes sortes de subjectz, faict
contre tout droict divin et humein, et sans ordre ny exemple d'aulcun
aultre acte qui ayt esté jamais entreprins en la présence de nul
prince, et qui mesmes avoit plustost mis, que osté de danger Vostre
Majesté et toutz les vostres, et qu'enfin la foy avoit esté
manifestement violée; mais par qui? ilz estoient bien ayses que je
monstrois que ce avoit esté par les subjectz, et desiroient que toute
la Chrestienté en demeurât ainsy persuadée, comme, de leur part, ilz
ne vouloient que bien juger des actions de Vostre Majesté; seulement
voudroient qu'elles heussent esté sans sédition, et sans oultrepasser
les ordres de la justice que les princes ont accoustumé d'uzer en la
punition des subjectz.
Je leur ay respondu que, s'ilz vouloient mettre en considération les
choses qui avoient passé depuis douze ans en France, et celles qui se
offroient meintenant, si urgentes qu'on n'avoit heu une heure de
loysir pour les pouvoir dellibérer, ilz jugeroient bien que
l'extrémité du mal avoit requiz extrême remède; mesmes que, tout ce
qui se peult ymaginer de salutayre pour la conservation du prince et
de l'estat, s'il n'est du tout aprouvé, aulmoins est il excusable: et
qu'en ce faict, Vostre Majesté, ny la Royne, vostre mère, ny
Messeigneurs voz frères, n'aviez rien changé de vostre très clément et
accoustumé naturel, facille à pardonner. Ains aviez les premiers
soufert une extrême viollence en voz propres âmes, de sorte que leur
Mestresse et eulx debvoient avoir plus de compassion que de hayne de
ce qui estoit advenu; et debvoient demeurer fermes, de leur costé,
comme vous seriez immuable, du vostre, en la plus estroicte amityé et
confédération qu'avez naguyères conclue avec elle et son royaulme.
Ilz m'ont réplicqué qu'il n'estoit rien succédé de nouveau du costé de
la Royne, leur Mestresse, pour fère creindre la ropture, et qu'il ne
fault doubter d'elle, si elle trouvoit correspondance; dont
communiqueroient avec elle, et puys me feroient avoyr sa responce, me
priant cependant de vous vouloir suplier, Sire, qu'il vous plaise les
esclarcyr de deux choses: l'une, de la seureté que leurz marchandz
pourront trouver à Bordeaulx, où ilz sont prestz d'aller pour les
vins, car ilz se creignent fort de n'y estre bien receus ny bien
trectez; et l'aultre, de ce qu'ilz ont à penser de l'armée du Sr
Strossy.
Je leur ay respondu, quand au premier, que Vostre Majesté me
commandoit d'assurer la Royne, leur Mestresse, de vostre persévérance
vers son amityé, et vers la paix de son royaulme; et pour le segond,
je l'avoys assurée, de vostre part, que l'armée du Sr Strossy n'yroit
en lieu qui peût tourner à son préjudice; ains seroit preste de la
servir, si elle en avoit besoing.
Ilz m'ont réplicqué que ce nouveau accidant, qui estoit survenu,
requéroit nouvelle provision et confirmation de ces deux choses, et
qu'avec icelles ilz vous prioient d'avoir leur ambassadeur pour
recommandé.
Et, le jour après, ilz m'ont mandé qu'ilz avoient conféré avec leur
Mestresse, et qu'elle m'envoyeroit la responce, conforme à ce que
j'avoys desiré.
J'ay obtenu d'eux qu'il se fera, de la part de la dicte Dame, au Sr de
Quillegrey, lequel a succédé au Sr Drury, en Escoce, une dépesche
conforme à ce que desirez, d'incister que la ville de Lillebourg soit
layssée en liberté; que l'interprétation «de rentrer chacun en sa
mayson» s'entende chacun en ses biens, tant eclésiasticques que
temporelz; et que l'abstinence soit prorogée pour aultres deux moys,
si la paix ne peult succéder. Et ainsy j'ay layssé le Sr de
L'Espinasse devers eulx pour s'acheminer, avec vostre dépesche et la
leur, par dellà.
Despuis, estant de retour en ce lieu, j'ay receu celle de Vostre
Majesté, du premier, segond et troisiesme de ce moys; sur laquelle
j'yray retrouver la dicte Dame le plus tost qu'il me sera possible; et
sur ce, etc.
Ce XIVe jour de septembre 1572.
Pendant que j'achevoys ceste dépesche, le courrier de la Royne
d'Angleterre a passé en ceste ville; par lequel j'entends
qu'elle mande à son ambassadeur de vous fère sa response. Je
ne sçay si l'arrivée de milord Quiper, et du comte de Bedfort,
à la court, depuis mon audience, y aura faict changer quelque
chose. Tout présentement, je viens de recepvoir vostre pacquet
du VIIIe du présent.
A LA ROYNE.
Madame, jamais nul accidant ne se fit tant sentir, en nul pays,
estrange, comme celluy qui est advenu à Paris, se ressent par deçà, et
a esté bien besoing que je me soye comporté en quelque façon qui n'ayt
point offancé ceulx cy, car j'ay esté le plus observé du monde; et
encores n'aparoit il que violence et ung grand débordement de parolles
et reproches, par ceste ville, contre toute la France; et cuydoit l'on
que ceste princesse ne me deût aulcunement admettre en sa présence.
Néantmoins elle m'a receu assez humaynement, et, après m'avoir ouy,
m'a encores plus gracieusement licencié; et ceulx de son conseil
aussy, après ung peu d'aigreur, se sont radoulcis, et sont venus à la
modération que Vostre Majesté verra par la lettre du Roy, leur ayant
franchement dict qu'il importoit beaucoup de quelle façon, elle et
eulx, prendroient cest affaire, et de quelle responce ilz vous y
satisferoient; car, s'ilz monstroient de n'en rester point offancés,
et de ne vouloir, pour cella, changer rien des bons termes, auxquelz
ilz estoient avecques Voz Majestez et vostre royaulme, que vous
persévèreriez très constemment de mesmes vers eulx; mais, s'ilz en
uzoient aultrement, ilz vous contreindroient de vous getter
entièrement du costé de ceulx à qui, pour aulcuns leurs respectz, ce
qui avoit esté faict ne pouvoit déplaire; qui, possible, vous
induiroient de mener encores les choses à de pires conséquences que
les passées.
Sur quoy me semble, Madame, que les ay mis à penser, et que si,
d'avanture, ils voyent que les affères en France n'aillent à telle
extrémité contre ceulx de la religion, qu'ilz ne puissent bien
demeurer en vostre intelligence, qu'ilz ne s'en départiront point pour
encores; bien qu'il ne fault doubter qu'ilz n'ayent conceu une très
grande deffiance de nous, et que pourtant il ne nous faille estre ung
peu deffians d'eux. Dont sera bon que faciez prendre garde en
Allemaigne qu'est ce qu'ilz y négocieront, et, en Flandres, en quelles
nouvelles praticques ilz rentreront avec le duc d'Alve; et qu'est ce
qu'ilz traicteront, en vostre royaulme, avec voz subjectz qui sont de
leur religion; et advertir les gouverneurs des places de dessus la
mer, de deçà, qu'ilz se tiennent sur leurs gardes; et, en Escoce, à
ceulx du bon party, d'estre bien advisés sur les menées que le Sr de
Quillegreu y fera, mesmement touchant le chasteau de Lislebourg; et
j'auray l'œil s'ilz hasteront rien icy des préparatifz qu'ilz ont
ordonné pour mer et pour terre, affin de vous en advertyr incontinent.
Il semble néantmoins que si Vostre Majesté dispose bien le Sr de
Walsingam, et le rende capable de la justiffication des choses qui
sont advenues; et luy faciez voyr qu'il n'y a heu rien de meslé de la
religion, et que mesmes les Angloys n'ont à espérer moins de seureté
et de bon traictement en France, qu'ilz faysoient auparavant, qu'il
sera possible que le propos de mariage se repreigne; et aulmoins que
la confédération se continue; et qu'on n'yra pas rechercher le Roy
d'Espaigne, et encores procèdera l'on, par advanture, plus modéréement
vers la Royne d'Escoce, laquelle je vous puis assurer, Madame, qu'elle
est en très grand danger. Il sera bon de satisfaire, le plus
promptement qu'on pourra, à ceulx de ce conseil, sur les deux poinctz
qu'ilz demandent, de la seureté de leurz marchandz à Bourdeaulx, et du
faict de l'armée du Sr Strossy. Et sur ce, etc. Ce XIVe jour de
septembre 1572.
Depuis avoyr layssé la Royne d'Angleterre, elle a assemblé
toutz ceulx de son conseil, qui, possible, luy auront faict
changer quelque chose du bon propos où je l'ay layssée; mais
je la reverray bientost sur les deux dernières dépesches, que
j'ay reçues de Vostre Majesté. Je vous suplie très humblement
de parler ung mot de bonne affection à Mr de Walsingam pour la
Royne d'Escoce, car je vous puis assurer, Madame, qu'elle est
en grand danger; mais que ce soit sans augmenter le souspeçon
qu'on a par deçà.
CCLXXVe DÉPESCHE
--du XVIIIe jour de septembre 1572.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
Nouvelles de France.--Efforts du roi pour arrêter les
exécutions.--Preuves nouvelles de la conspiration qui avait été
formée.--Assurance que le roi veut maintenir l'édit de
pacification.--Le comte de Montgommery réfugié à
Jersey.--Armemens en Angleterre.--Mort du comte de
Mar.--Insultes continuelles faites à
l'ambassadeur.--Difficultés que présente la négociation du
mariage.
AU ROY.
Sire, je vays présentement retrouver la Royne d'Angleterre pour luy
faire part du contenu ez deux dernières dépesches de Vostre Majesté,
du premier et septiesme de ce moys, et croy bien qu'il me faudra
temporiser quelques jours l'audience, parce que la dicte Dame part
aujourdhuy, du lieu où je la layssay dernièrement, et s'achemine,
ainsy qu'on dict, à Redin, où à peyne arrivera elle devant samedy au
soyr, et je pourray parler à elle dimanche.
Je luy continueray le propos de la conjuration, naguières dressée
contre Vostre Majesté et contre la Royne, vostre mère, et contre
Messeigneurs voz frères, et que vous rendez infinyes grâces à Dieu de
vous avoir toutz préservés de l'instant péril où avez esté de voz
vyes, regrettant néantmoins, de tout vostre cueur, que la sédition,
qui a esté suscitée à cause de cella, tant à Paris que ez aultres
endroictz de vostre royaulme, où la nouvelle en est allée, ayt passé
plus avant que contre les seuls conspirateurs; et toutesfoys que vous
aviez mis bon ordre de la faire bientost cesser; et avez envoyé les
gouverneurs, chacun en sa province, pour y rasseurer ceulx de la
nouvelle religion, et les mettre en la plus grande saulvegarde que
faire se pourra, sellon la continuation de l'édict; lequel vous
dellibériez faire exactement entretenir, avec pareilh bon traictement
à toutz ceulx de la dicte religion, qui n'auront esté de la
conjuration, comme à voz aultres subjectz, en ce, toutesfoys, qu'ilz
demeureront paysibles, et ne se pourront pour encores assembler; et
que la dicte conjuration, oultre la première avération, qui en a esté
faicte devant la sédition de Paris, se va, de jour en jour,
descouvrant si à cler, et mesmes par l'audition de Briquemaut, qui a
esté trouvé en l'escuyrie de Mr de Walsingam, et puis par Cavaignes,
qui a esté prins ailleurs, lesquelz sont toutz deux ez meins de la
justice, qu'il ne fault que l'on en demeure plus en doubte; et
qu'après que l'information en sera parfaicte, Vostre Majesté en fera
communicquation à toutz les princes voz alliez, et nomméement à la
dicte Dame. Et n'obmettray rien vers elle, Sire, de ce qui pourra
servir pour luy faire voyr que vous avez heu la plus juste occasion du
monde de laysser passer les choses, ainsy qu'elles ont. En quoy il
importe assez que la justiffication s'en sante par deçà par le moyen
de Mr de Walsingam; et je m'assure que la Royne, sa Mestresse, aydera
en ce qu'elle pourra de la faire bien recepvoir d'ung chacun; mais il
y a une telle concurrence entre elle, son conseil et le commun du
royaulme, qu'ilz ne veulent, ny ozent vouloir rien l'ung sans
l'aultre; et creins bien fort qu'il faudra que la dicte Dame, premier
qu'elle passe plus avant au propos de Monseigneur le Duc, fasse voyr
quelque satisfaction à ses subjectz de cest accidant de Paris; lequel
vous jugés bien, Sire, sellon les grandes difficultez qu'on a
tousjours trouvé icy, sur le poinct de la religion, qu'il n'en a peu
succéder ung qui y ayt apporté plus de traverse que celluy là.
Néantmoins je proposeray à la dicte Dame l'entrevue, ainsy qu'il vous
playst, et à la Royne, vostre mère, me le commander, sans luy
obmettre, et aux siens, une seule de toutes les meilleures persuasions
que je leur pourray alléguer en cella; mais je voy bien que le trop
grand et le trop récent sentiment, qu'ilz ont de ce qui est advenu, ne
leur permettra de m'y bien respondre. Dont semble qu'il ne les faudra
trop presser, et qu'il sera meilleur, premier que de rien rompre, de
renvoyer encores l'affaire à Voz Majestez.
Il estoit desjà quelque vent que le comte de Montgommery estoit passé
à Gersé, mais j'attandoys de le sçavoir plus certeynement; et m'a le
visadmiral d'Angleterre, son beau frère, prié et faict prier, par
ceulx de ce conseil, de moyenner vers Vostre Majesté que le douayre
de sa belle fille luy soit payé; à quoy je luy ay respondu que si le
dict comte se justiffie bien de la conspiration de Paris, que luy
mesmes le pourra payer, et sinon que je luy ayderay envers Vostre
Majesté de tout ce qu'il me sera possible. Je n'oublieray, touchant le
dict comte, de faire l'instance que me commandez.
Toutz les principaulx du conseil d'Angleterre sont allez trouver ceste
Royne, et ont mis quelques nouveaulx ordres par le royaulme. Ilz
avoient quelques gens prestz pour les passer encores à Fleximgues,
mais ilz les ont arrestés et ont mis en dellibération si l'on
révoquera ceulx qui sont desjà par dellà. L'on a mandé de tenir prestz
dix grandz navyres, de ceulx qui mieulx peuvent suporter l'hyver en la
mer, affin de les envoyer vers Porsemmue. Il passe toutz les jours
beaucoup de Françoys icy, qui ne sont de grand nom. Je me suis layssé
entendre que Vostre Majesté a volonté de rasseurer en leurz maysons
ceulx qui n'auront esté de la conspiration; dont vous pléra me mander
comme j'auray à me comporter vers eulx, et ce que j'auray à leur dire.
Et sur ce, etc. Ce XVIIIe jour de septembre 1572.
L'on me vient de donner advis qu'en Escoce a succédé quelque
grand meurtre, et que le comte de Mar y a esté tué. J'en
sçauray mieulx la certitude, et la vous manderay par mes
premières.
A LA ROYNE.
Madame, je loue bien fort les propos que j'ay veus en la lettre du
Roy, du premier de ce moys, que sa Majesté et la vostre avez tenus à
Mr de Walsingam, lequel j'espère qu'il les aura escriptz à la Royne,
sa Mestresse, et que je la trouveray maintenant mieulx édiffiée de Voz
dictes Majestez sur les choses advenues à Paris, que je ne fis
l'aultre foys; dont je la suplieray de faire cesser en ceste ville les
maulvaises parolles, pleines de diffâme, qu'on y tient, et les aultres
grandes indignités, dont l'on uze assez publicquement là dessus; qui,
vous prometz, me sont par trop insuportables. Je uzeray le plus
discrètement que je pourray vers elle des deux lettres qu'il vous a
pleu m'escripre du VIIe de ce moys, et mectray peyne de faire si bien
prendre celle qui parle du feu Amiral, que, possible, cella nous
remettra en bon chemin pour le propos de l'aultre; bien que je vous
puis assurer, Madame, que ce nouvel accident luy est, à elle et à
toutz les siens, une playe si profonde et si rescente, qu'il y
faudroit ung bien expert cirurgien, et du baulme fort excellant pour
si soubdein la guérir et rescouder. Et me creins assez, sellon
aulcunes choses que j'ay entendues, qu'on vouldra aulcunement se
rétracter de ce qu'on nous avoit accordé par l'escript que Mr de La
Mole vous a apporté. Aulmoins ne m'attans je pas que ceste princesse,
laquelle n'a nul certein successeur, face, en ce temps, ung seul pas
hors du royaulme; tant y a que je n'obmettray rien de ce que
j'estimeray la pouvoir bien persuader à l'entrevue, en la façon que me
le mandez; vous supliant très humblement, Madame, de disposer en telle
sorte le Sr de Walsingam par dellà, que ses lettres puissent remettre
icy sa Mestresse et les siens en leur première bonne disposition: car
vous prometz qu'il y peut beaucoup, et je ne m'y espargneray
aulcunement de mon costé. Sur ce, etc. Ce XVIIIe jour de septembre
1572.
CCLXXVIe DÉPESCHE
--du XXIXe jour de septembre 1572.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par Tauriel._)
Exécutions faites à Orléans, à Lyon et à Rouen.--Entreprise
dirigée contre le chancelier L'Hospital.--Excès de Strozzy
contre les marchands anglais.--Irritation toujours croissante
en Angleterre.--Éloignement montré à l'égard de
l'ambassadeur.--Mauvais accueil qui lui est fait à la
cour.--Audience.--Nouvelle insistance de l'ambassadeur sur la
nécessité où s'est trouvé le roi d'ordonner l'exécution de
Paris.--Pratiques imputées à l'amiral Coligni contre
l'Angleterre.--Consentement du roi à une entrevue, sur mer,
entre Élisabeth, le duc d'Alençon et la
reine-mère.--Déclaration d'Élisabeth que les massacres ne
peuvent être justifiés, et qu'elle ne doit compter désormais ni
sur l'alliance de France ni sur la parole du
roi.--Justification de l'amiral.--Refus d'accepter l'entrevue
proposée sur mer.--Motifs qui ont dû forcer le roi à se défaire
de chefs aussi entreprenans et aussi redoutables que l'étaient
l'amiral et ses complices.--Demande de l'ambassadeur que le
comte de Montgommery soit livré au roi.--Vive assurance que
protection sera donnée aux protestans qui n'ont pas fait partie
du complot.--Consentement de la reine-mère à ce que l'entrevue
se fasse dans l'endroit que la reine d'Angleterre voudra
désigner.--Délai demandé par Élisabeth pour donner sa
réponse.--Elle accorde l'entrevue, pourvu qu'elle ait lieu à
Douvres.--Armemens à Londres.--Demande d'un sauf-conduit pour
les navires du commerce qui veulent se rendre à
Bordeaux.--Violence des accusations portées en Angleterre
contre le roi.
AU ROY.
Sire, les seigneurs du conseil d'Angleterre, lesquelz j'ay trouvés
toutz assemblés auprès de la Royne, leur Mestresse, à Redin, avoient
desjà, depuis ma dernière audience, heu assez de quoy faire mettre en
suspens à la dicte Dame, par les choses advenues à Paris et à Orléans,
toutes les bonnes dellibérations qu'elle avoit avec Vostre Majesté;
mais, ayantz depuis ouy ce qui est advenu à Lion et à Roan, et ce
qu'on leur a dict qui a esté faict du chancellier de l'Hospital[5],
et ce que aulcuns de leurz marchandz d'Ouest, qui alloient à
Bourdeaulx pour les vins, leur ont rapporté: que l'armée du Sr Strossy
avoit pillé, tué, mis à fondz quelques ungs de leur flotte, ilz ont
prins de là ung très ample argument, aulmoins les partisans de
Bourgoigne, de dissuader tout ouvertement la confédération de France;
de sorte que aulcuns de ceulx, qui l'avoient conseillée, m'ont faict
advertir qu'ilz sont si honteux et confus, qu'ilz soufrent toutz les
blasmes du monde, et qu'il n'y a que ceulx là qui soient maintenant
loués jusques au bout, qui crioient tousjours qu'on ne se debvoit
arrester à la foy des Françoys, ny quicter jamais l'intelligence du
Roy d'Espaigne; lequel ne procédoit sans forme de justice en ce qu'il
faysoit, et ne deffailloit de sa foy, ny de sa promesse, aux mesmes
Mores et Mahométans qui habitoient en ses pays.
[5] Le chancelier L'Hospital qui, depuis quelque temps, ne
faisait plus partie du conseil, vivait retiré à sa terre de
Vignay. Au moment des massacres, les habitans des environs
s'ameutèrent, ravagèrent ses terres et traînèrent à la ville ses
fermiers enchaînés. Mais la reine mère, inquiète sur son sort,
envoya pour le protéger un détachement de cavalerie qui arriva à
temps. La fille de L'Hospital, que le hasard avait conduite à
Paris, y courut aussi les plus grands dangers. Elle fut sauvée
par Anne d'Este, duchesse de Guise.
Dont estant arrivé, Sire, sur ung tel poinct en ceste court, sans
avoyr rien sceu ny estre aulcunement préparé de ces nouveaulx
accidans, qu'ilz disent de Lion, de Roan, du chancelier, ny de
l'injure faicte aux Angloys, il fault que je confesse que je y ay esté
assez mal veu, et quasy nul ne m'a ozé saluer, sinon la seule Royne,
laquelle, à la vérité, m'a ainsy humaynement receu comme de coustume.
Et j'ay mis peyne de luy particulariser les choses qui estoient
contenues ez troys dépesches, que j'ay reçues de Vostre Majesté
depuis le commancement de ce moys, sans rien obmettre de ce qui
pouvoit servir à luy faire voyr que vous aviez heu non seulement très
juste, mais très urgente, occasion, (sinon que voulussiez perdre vous
mesmes et toutz les vostres, avec vostre estat, pour saulver ceulx qui
vous vouloient ruyner), de laysser passer ainsy les choses qu'elles
avoient; et que, nonobstant icelles, vous persévériez plus constamment
que jamais vers elle, avec la mesme affection de la secourir et luy
assister, là où elle en auroit besoing, encor que ce fût pour la cause
de la religion, comme vous luy aviez promis, et plus abondamment que
ne luy aviez promis; et que vous aviez trouvé, parmy les papiers du
feu Amiral, de quoy bien juger d'elle vers vous, et de quoi bien fort
mal juger de luy vers elle, sellon que la Royne, vostre mère, l'avoit
faict voyr à Mr de Walsingam son ambassadeur. Ce qui faysoit qu'en
détestant l'intention de ce personnage, qui vous vouloit aussy bien
provoquer contre les amys que contre les ennemys, Voz Majestez Très
Chrestiennes, et toutz les vostres, preniés davantage à cueur la
conservation d'elle, de sa personne, et de son estat, et de sa
grandeur, comme de la vostre propre, connoissant qu'elle n'avoit pas
tousjours esté de l'intelligence du dict Amiral en ses excessives
violences contre vous;