La dicte Dame a leu fort volontiers la dicte lettre, et en a receu

contantement; puis, m'a dict qu'elle avoit proposé d'envoyer visiter

la Royne Très Chrestienne, en ses premières couches, par la plus

honnorable ambassade qui fût, de longtemps, passée en France, aulmoins

la plus grande que la couronne d'Angleterre l'eût peu fère; mais

qu'elle n'avoit garde meintenant d'y envoyer le comte de Lestre, ny

son grand trézorier, car sçavoit combien leur mort estoit desirée; et,

encores qu'elle se confiât entièrement de Vostre Majesté, si ne

vouloit elle estre veue si imprudente que de l'entreprendre

meintenant, et que, sellon qu'elle verroit procéder les choses, elle

se conduiroit.

Au partir d'elle, je suis allé fère les mesmes discours aulx seigneurs

de son conseil, et leur ay encores plus exprimé les extrémités qui

vous avoient contreint de laysser exécuter ceste violence.

Dont ilz m'ont respondu qu'ilz estoient bien ayses que les dictes

extrémités leur fussent encores représantées plus urgentes, par mon

dire, qu'ilz ne les avoient trouvez par l'escript de Mr de Walsingam,

et que, sans doubte, le plus énorme faict qui, depuis Jésus Christ,

fût advenu au monde, avoit esté freschement exécuté par les Françoys;

lequel les Italiens, ny les Espagnolz, encor que bien passionnés,

n'avoient garde de le louer en leur cueur; et seroient les ennemis

plus promptz à le condempner que les amys à le réprouver, pour estre

ung acte trop plein de sang, la pluspart innocent, et trop suspect de

fraulde, qui avoit violé la seureté d'ung grand roy, et troublé la

sérénité des nopces royalles de sa seur, insuportable d'estre ouy des

oreilles des princes, et abominable à toutes sortes de subjectz, faict

contre tout droict divin et humein, et sans ordre ny exemple d'aulcun

aultre acte qui ayt esté jamais entreprins en la présence de nul

prince, et qui mesmes avoit plustost mis, que osté de danger Vostre

Majesté et toutz les vostres, et qu'enfin la foy avoit esté

manifestement violée; mais par qui? ilz estoient bien ayses que je

monstrois que ce avoit esté par les subjectz, et desiroient que toute

la Chrestienté en demeurât ainsy persuadée, comme, de leur part, ilz

ne vouloient que bien juger des actions de Vostre Majesté; seulement

voudroient qu'elles heussent esté sans sédition, et sans oultrepasser

les ordres de la justice que les princes ont accoustumé d'uzer en la

punition des subjectz.

Je leur ay respondu que, s'ilz vouloient mettre en considération les

choses qui avoient passé depuis douze ans en France, et celles qui se

offroient meintenant, si urgentes qu'on n'avoit heu une heure de

loysir pour les pouvoir dellibérer, ilz jugeroient bien que

l'extrémité du mal avoit requiz extrême remède; mesmes que, tout ce

qui se peult ymaginer de salutayre pour la conservation du prince et

de l'estat, s'il n'est du tout aprouvé, aulmoins est il excusable: et

qu'en ce faict, Vostre Majesté, ny la Royne, vostre mère, ny

Messeigneurs voz frères, n'aviez rien changé de vostre très clément et

accoustumé naturel, facille à pardonner. Ains aviez les premiers

soufert une extrême viollence en voz propres âmes, de sorte que leur

Mestresse et eulx debvoient avoir plus de compassion que de hayne de

ce qui estoit advenu; et debvoient demeurer fermes, de leur costé,

comme vous seriez immuable, du vostre, en la plus estroicte amityé et

confédération qu'avez naguyères conclue avec elle et son royaulme.

Ilz m'ont réplicqué qu'il n'estoit rien succédé de nouveau du costé de

la Royne, leur Mestresse, pour fère creindre la ropture, et qu'il ne

fault doubter d'elle, si elle trouvoit correspondance; dont

communiqueroient avec elle, et puys me feroient avoyr sa responce, me

priant cependant de vous vouloir suplier, Sire, qu'il vous plaise les

esclarcyr de deux choses: l'une, de la seureté que leurz marchandz

pourront trouver à Bordeaulx, où ilz sont prestz d'aller pour les

vins, car ilz se creignent fort de n'y estre bien receus ny bien

trectez; et l'aultre, de ce qu'ilz ont à penser de l'armée du Sr

Strossy.

Je leur ay respondu, quand au premier, que Vostre Majesté me

commandoit d'assurer la Royne, leur Mestresse, de vostre persévérance

vers son amityé, et vers la paix de son royaulme; et pour le segond,

je l'avoys assurée, de vostre part, que l'armée du Sr Strossy n'yroit

en lieu qui peût tourner à son préjudice; ains seroit preste de la

servir, si elle en avoit besoing.

Ilz m'ont réplicqué que ce nouveau accidant, qui estoit survenu,

requéroit nouvelle provision et confirmation de ces deux choses, et

qu'avec icelles ilz vous prioient d'avoir leur ambassadeur pour

recommandé.

Et, le jour après, ilz m'ont mandé qu'ilz avoient conféré avec leur

Mestresse, et qu'elle m'envoyeroit la responce, conforme à ce que

j'avoys desiré.

J'ay obtenu d'eux qu'il se fera, de la part de la dicte Dame, au Sr de

Quillegrey, lequel a succédé au Sr Drury, en Escoce, une dépesche

conforme à ce que desirez, d'incister que la ville de Lillebourg soit

layssée en liberté; que l'interprétation «de rentrer chacun en sa

mayson» s'entende chacun en ses biens, tant eclésiasticques que

temporelz; et que l'abstinence soit prorogée pour aultres deux moys,

si la paix ne peult succéder. Et ainsy j'ay layssé le Sr de

L'Espinasse devers eulx pour s'acheminer, avec vostre dépesche et la

leur, par dellà.

Despuis, estant de retour en ce lieu, j'ay receu celle de Vostre

Majesté, du premier, segond et troisiesme de ce moys; sur laquelle

j'yray retrouver la dicte Dame le plus tost qu'il me sera possible; et

sur ce, etc.

Ce XIVe jour de septembre 1572.

Pendant que j'achevoys ceste dépesche, le courrier de la Royne

d'Angleterre a passé en ceste ville; par lequel j'entends

qu'elle mande à son ambassadeur de vous fère sa response. Je

ne sçay si l'arrivée de milord Quiper, et du comte de Bedfort,

à la court, depuis mon audience, y aura faict changer quelque

chose. Tout présentement, je viens de recepvoir vostre pacquet

du VIIIe du présent.

A LA ROYNE.

Madame, jamais nul accidant ne se fit tant sentir, en nul pays,

estrange, comme celluy qui est advenu à Paris, se ressent par deçà, et

a esté bien besoing que je me soye comporté en quelque façon qui n'ayt

point offancé ceulx cy, car j'ay esté le plus observé du monde; et

encores n'aparoit il que violence et ung grand débordement de parolles

et reproches, par ceste ville, contre toute la France; et cuydoit l'on

que ceste princesse ne me deût aulcunement admettre en sa présence.

Néantmoins elle m'a receu assez humaynement, et, après m'avoir ouy,

m'a encores plus gracieusement licencié; et ceulx de son conseil

aussy, après ung peu d'aigreur, se sont radoulcis, et sont venus à la

modération que Vostre Majesté verra par la lettre du Roy, leur ayant

franchement dict qu'il importoit beaucoup de quelle façon, elle et

eulx, prendroient cest affaire, et de quelle responce ilz vous y

satisferoient; car, s'ilz monstroient de n'en rester point offancés,

et de ne vouloir, pour cella, changer rien des bons termes, auxquelz

ilz estoient avecques Voz Majestez et vostre royaulme, que vous

persévèreriez très constemment de mesmes vers eulx; mais, s'ilz en

uzoient aultrement, ilz vous contreindroient de vous getter

entièrement du costé de ceulx à qui, pour aulcuns leurs respectz, ce

qui avoit esté faict ne pouvoit déplaire; qui, possible, vous

induiroient de mener encores les choses à de pires conséquences que

les passées.

Sur quoy me semble, Madame, que les ay mis à penser, et que si,

d'avanture, ils voyent que les affères en France n'aillent à telle

extrémité contre ceulx de la religion, qu'ilz ne puissent bien

demeurer en vostre intelligence, qu'ilz ne s'en départiront point pour

encores; bien qu'il ne fault doubter qu'ilz n'ayent conceu une très

grande deffiance de nous, et que pourtant il ne nous faille estre ung

peu deffians d'eux. Dont sera bon que faciez prendre garde en

Allemaigne qu'est ce qu'ilz y négocieront, et, en Flandres, en quelles

nouvelles praticques ilz rentreront avec le duc d'Alve; et qu'est ce

qu'ilz traicteront, en vostre royaulme, avec voz subjectz qui sont de

leur religion; et advertir les gouverneurs des places de dessus la

mer, de deçà, qu'ilz se tiennent sur leurs gardes; et, en Escoce, à

ceulx du bon party, d'estre bien advisés sur les menées que le Sr de

Quillegreu y fera, mesmement touchant le chasteau de Lislebourg; et

j'auray l'œil s'ilz hasteront rien icy des préparatifz qu'ilz ont

ordonné pour mer et pour terre, affin de vous en advertyr incontinent.

Il semble néantmoins que si Vostre Majesté dispose bien le Sr de

Walsingam, et le rende capable de la justiffication des choses qui

sont advenues; et luy faciez voyr qu'il n'y a heu rien de meslé de la

religion, et que mesmes les Angloys n'ont à espérer moins de seureté

et de bon traictement en France, qu'ilz faysoient auparavant, qu'il

sera possible que le propos de mariage se repreigne; et aulmoins que

la confédération se continue; et qu'on n'yra pas rechercher le Roy

d'Espaigne, et encores procèdera l'on, par advanture, plus modéréement

vers la Royne d'Escoce, laquelle je vous puis assurer, Madame, qu'elle

est en très grand danger. Il sera bon de satisfaire, le plus

promptement qu'on pourra, à ceulx de ce conseil, sur les deux poinctz

qu'ilz demandent, de la seureté de leurz marchandz à Bourdeaulx, et du

faict de l'armée du Sr Strossy. Et sur ce, etc. Ce XIVe jour de

septembre 1572.

Depuis avoyr layssé la Royne d'Angleterre, elle a assemblé

toutz ceulx de son conseil, qui, possible, luy auront faict

changer quelque chose du bon propos où je l'ay layssée; mais

je la reverray bientost sur les deux dernières dépesches, que

j'ay reçues de Vostre Majesté. Je vous suplie très humblement

de parler ung mot de bonne affection à Mr de Walsingam pour la

Royne d'Escoce, car je vous puis assurer, Madame, qu'elle est

en grand danger; mais que ce soit sans augmenter le souspeçon

qu'on a par deçà.

CCLXXVe DÉPESCHE

--du XVIIIe jour de septembre 1572.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)

Nouvelles de France.--Efforts du roi pour arrêter les

exécutions.--Preuves nouvelles de la conspiration qui avait été

formée.--Assurance que le roi veut maintenir l'édit de

pacification.--Le comte de Montgommery réfugié à

Jersey.--Armemens en Angleterre.--Mort du comte de

Mar.--Insultes continuelles faites à

l'ambassadeur.--Difficultés que présente la négociation du

mariage.

AU ROY.

Sire, je vays présentement retrouver la Royne d'Angleterre pour luy

faire part du contenu ez deux dernières dépesches de Vostre Majesté,

du premier et septiesme de ce moys, et croy bien qu'il me faudra

temporiser quelques jours l'audience, parce que la dicte Dame part

aujourdhuy, du lieu où je la layssay dernièrement, et s'achemine,

ainsy qu'on dict, à Redin, où à peyne arrivera elle devant samedy au

soyr, et je pourray parler à elle dimanche.

Je luy continueray le propos de la conjuration, naguières dressée

contre Vostre Majesté et contre la Royne, vostre mère, et contre

Messeigneurs voz frères, et que vous rendez infinyes grâces à Dieu de

vous avoir toutz préservés de l'instant péril où avez esté de voz

vyes, regrettant néantmoins, de tout vostre cueur, que la sédition,

qui a esté suscitée à cause de cella, tant à Paris que ez aultres

endroictz de vostre royaulme, où la nouvelle en est allée, ayt passé

plus avant que contre les seuls conspirateurs; et toutesfoys que vous

aviez mis bon ordre de la faire bientost cesser; et avez envoyé les

gouverneurs, chacun en sa province, pour y rasseurer ceulx de la

nouvelle religion, et les mettre en la plus grande saulvegarde que

faire se pourra, sellon la continuation de l'édict; lequel vous

dellibériez faire exactement entretenir, avec pareilh bon traictement

à toutz ceulx de la dicte religion, qui n'auront esté de la

conjuration, comme à voz aultres subjectz, en ce, toutesfoys, qu'ilz

demeureront paysibles, et ne se pourront pour encores assembler; et

que la dicte conjuration, oultre la première avération, qui en a esté

faicte devant la sédition de Paris, se va, de jour en jour,

descouvrant si à cler, et mesmes par l'audition de Briquemaut, qui a

esté trouvé en l'escuyrie de Mr de Walsingam, et puis par Cavaignes,

qui a esté prins ailleurs, lesquelz sont toutz deux ez meins de la

justice, qu'il ne fault que l'on en demeure plus en doubte; et

qu'après que l'information en sera parfaicte, Vostre Majesté en fera

communicquation à toutz les princes voz alliez, et nomméement à la

dicte Dame. Et n'obmettray rien vers elle, Sire, de ce qui pourra

servir pour luy faire voyr que vous avez heu la plus juste occasion du

monde de laysser passer les choses, ainsy qu'elles ont. En quoy il

importe assez que la justiffication s'en sante par deçà par le moyen

de Mr de Walsingam; et je m'assure que la Royne, sa Mestresse, aydera

en ce qu'elle pourra de la faire bien recepvoir d'ung chacun; mais il

y a une telle concurrence entre elle, son conseil et le commun du

royaulme, qu'ilz ne veulent, ny ozent vouloir rien l'ung sans

l'aultre; et creins bien fort qu'il faudra que la dicte Dame, premier

qu'elle passe plus avant au propos de Monseigneur le Duc, fasse voyr

quelque satisfaction à ses subjectz de cest accidant de Paris; lequel

vous jugés bien, Sire, sellon les grandes difficultez qu'on a

tousjours trouvé icy, sur le poinct de la religion, qu'il n'en a peu

succéder ung qui y ayt apporté plus de traverse que celluy là.

Néantmoins je proposeray à la dicte Dame l'entrevue, ainsy qu'il vous

playst, et à la Royne, vostre mère, me le commander, sans luy

obmettre, et aux siens, une seule de toutes les meilleures persuasions

que je leur pourray alléguer en cella; mais je voy bien que le trop

grand et le trop récent sentiment, qu'ilz ont de ce qui est advenu, ne

leur permettra de m'y bien respondre. Dont semble qu'il ne les faudra

trop presser, et qu'il sera meilleur, premier que de rien rompre, de

renvoyer encores l'affaire à Voz Majestez.

Il estoit desjà quelque vent que le comte de Montgommery estoit passé

à Gersé, mais j'attandoys de le sçavoir plus certeynement; et m'a le

visadmiral d'Angleterre, son beau frère, prié et faict prier, par

ceulx de ce conseil, de moyenner vers Vostre Majesté que le douayre

de sa belle fille luy soit payé; à quoy je luy ay respondu que si le

dict comte se justiffie bien de la conspiration de Paris, que luy

mesmes le pourra payer, et sinon que je luy ayderay envers Vostre

Majesté de tout ce qu'il me sera possible. Je n'oublieray, touchant le

dict comte, de faire l'instance que me commandez.

Toutz les principaulx du conseil d'Angleterre sont allez trouver ceste

Royne, et ont mis quelques nouveaulx ordres par le royaulme. Ilz

avoient quelques gens prestz pour les passer encores à Fleximgues,

mais ilz les ont arrestés et ont mis en dellibération si l'on

révoquera ceulx qui sont desjà par dellà. L'on a mandé de tenir prestz

dix grandz navyres, de ceulx qui mieulx peuvent suporter l'hyver en la

mer, affin de les envoyer vers Porsemmue. Il passe toutz les jours

beaucoup de Françoys icy, qui ne sont de grand nom. Je me suis layssé

entendre que Vostre Majesté a volonté de rasseurer en leurz maysons

ceulx qui n'auront esté de la conspiration; dont vous pléra me mander

comme j'auray à me comporter vers eulx, et ce que j'auray à leur dire.

Et sur ce, etc. Ce XVIIIe jour de septembre 1572.

L'on me vient de donner advis qu'en Escoce a succédé quelque

grand meurtre, et que le comte de Mar y a esté tué. J'en

sçauray mieulx la certitude, et la vous manderay par mes

premières.

A LA ROYNE.

Madame, je loue bien fort les propos que j'ay veus en la lettre du

Roy, du premier de ce moys, que sa Majesté et la vostre avez tenus à

Mr de Walsingam, lequel j'espère qu'il les aura escriptz à la Royne,

sa Mestresse, et que je la trouveray maintenant mieulx édiffiée de Voz

dictes Majestez sur les choses advenues à Paris, que je ne fis

l'aultre foys; dont je la suplieray de faire cesser en ceste ville les

maulvaises parolles, pleines de diffâme, qu'on y tient, et les aultres

grandes indignités, dont l'on uze assez publicquement là dessus; qui,

vous prometz, me sont par trop insuportables. Je uzeray le plus

discrètement que je pourray vers elle des deux lettres qu'il vous a

pleu m'escripre du VIIe de ce moys, et mectray peyne de faire si bien

prendre celle qui parle du feu Amiral, que, possible, cella nous

remettra en bon chemin pour le propos de l'aultre; bien que je vous

puis assurer, Madame, que ce nouvel accident luy est, à elle et à

toutz les siens, une playe si profonde et si rescente, qu'il y

faudroit ung bien expert cirurgien, et du baulme fort excellant pour

si soubdein la guérir et rescouder. Et me creins assez, sellon

aulcunes choses que j'ay entendues, qu'on vouldra aulcunement se

rétracter de ce qu'on nous avoit accordé par l'escript que Mr de La

Mole vous a apporté. Aulmoins ne m'attans je pas que ceste princesse,

laquelle n'a nul certein successeur, face, en ce temps, ung seul pas

hors du royaulme; tant y a que je n'obmettray rien de ce que

j'estimeray la pouvoir bien persuader à l'entrevue, en la façon que me

le mandez; vous supliant très humblement, Madame, de disposer en telle

sorte le Sr de Walsingam par dellà, que ses lettres puissent remettre

icy sa Mestresse et les siens en leur première bonne disposition: car

vous prometz qu'il y peut beaucoup, et je ne m'y espargneray

aulcunement de mon costé. Sur ce, etc. Ce XVIIIe jour de septembre

1572.

CCLXXVIe DÉPESCHE

--du XXIXe jour de septembre 1572.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par Tauriel._)

Exécutions faites à Orléans, à Lyon et à Rouen.--Entreprise

dirigée contre le chancelier L'Hospital.--Excès de Strozzy

contre les marchands anglais.--Irritation toujours croissante

en Angleterre.--Éloignement montré à l'égard de

l'ambassadeur.--Mauvais accueil qui lui est fait à la

cour.--Audience.--Nouvelle insistance de l'ambassadeur sur la

nécessité où s'est trouvé le roi d'ordonner l'exécution de

Paris.--Pratiques imputées à l'amiral Coligni contre

l'Angleterre.--Consentement du roi à une entrevue, sur mer,

entre Élisabeth, le duc d'Alençon et la

reine-mère.--Déclaration d'Élisabeth que les massacres ne

peuvent être justifiés, et qu'elle ne doit compter désormais ni

sur l'alliance de France ni sur la parole du

roi.--Justification de l'amiral.--Refus d'accepter l'entrevue

proposée sur mer.--Motifs qui ont dû forcer le roi à se défaire

de chefs aussi entreprenans et aussi redoutables que l'étaient

l'amiral et ses complices.--Demande de l'ambassadeur que le

comte de Montgommery soit livré au roi.--Vive assurance que

protection sera donnée aux protestans qui n'ont pas fait partie

du complot.--Consentement de la reine-mère à ce que l'entrevue

se fasse dans l'endroit que la reine d'Angleterre voudra

désigner.--Délai demandé par Élisabeth pour donner sa

réponse.--Elle accorde l'entrevue, pourvu qu'elle ait lieu à

Douvres.--Armemens à Londres.--Demande d'un sauf-conduit pour

les navires du commerce qui veulent se rendre à

Bordeaux.--Violence des accusations portées en Angleterre

contre le roi.

AU ROY.

Sire, les seigneurs du conseil d'Angleterre, lesquelz j'ay trouvés

toutz assemblés auprès de la Royne, leur Mestresse, à Redin, avoient

desjà, depuis ma dernière audience, heu assez de quoy faire mettre en

suspens à la dicte Dame, par les choses advenues à Paris et à Orléans,

toutes les bonnes dellibérations qu'elle avoit avec Vostre Majesté;

mais, ayantz depuis ouy ce qui est advenu à Lion et à Roan, et ce

qu'on leur a dict qui a esté faict du chancellier de l'Hospital[5],

et ce que aulcuns de leurz marchandz d'Ouest, qui alloient à

Bourdeaulx pour les vins, leur ont rapporté: que l'armée du Sr Strossy

avoit pillé, tué, mis à fondz quelques ungs de leur flotte, ilz ont

prins de là ung très ample argument, aulmoins les partisans de

Bourgoigne, de dissuader tout ouvertement la confédération de France;

de sorte que aulcuns de ceulx, qui l'avoient conseillée, m'ont faict

advertir qu'ilz sont si honteux et confus, qu'ilz soufrent toutz les

blasmes du monde, et qu'il n'y a que ceulx là qui soient maintenant

loués jusques au bout, qui crioient tousjours qu'on ne se debvoit

arrester à la foy des Françoys, ny quicter jamais l'intelligence du

Roy d'Espaigne; lequel ne procédoit sans forme de justice en ce qu'il

faysoit, et ne deffailloit de sa foy, ny de sa promesse, aux mesmes

Mores et Mahométans qui habitoient en ses pays.

[5] Le chancelier L'Hospital qui, depuis quelque temps, ne

faisait plus partie du conseil, vivait retiré à sa terre de

Vignay. Au moment des massacres, les habitans des environs

s'ameutèrent, ravagèrent ses terres et traînèrent à la ville ses

fermiers enchaînés. Mais la reine mère, inquiète sur son sort,

envoya pour le protéger un détachement de cavalerie qui arriva à

temps. La fille de L'Hospital, que le hasard avait conduite à

Paris, y courut aussi les plus grands dangers. Elle fut sauvée

par Anne d'Este, duchesse de Guise.

Dont estant arrivé, Sire, sur ung tel poinct en ceste court, sans

avoyr rien sceu ny estre aulcunement préparé de ces nouveaulx

accidans, qu'ilz disent de Lion, de Roan, du chancelier, ny de

l'injure faicte aux Angloys, il fault que je confesse que je y ay esté

assez mal veu, et quasy nul ne m'a ozé saluer, sinon la seule Royne,

laquelle, à la vérité, m'a ainsy humaynement receu comme de coustume.

Et j'ay mis peyne de luy particulariser les choses qui estoient

contenues ez troys dépesches, que j'ay reçues de Vostre Majesté

depuis le commancement de ce moys, sans rien obmettre de ce qui

pouvoit servir à luy faire voyr que vous aviez heu non seulement très

juste, mais très urgente, occasion, (sinon que voulussiez perdre vous

mesmes et toutz les vostres, avec vostre estat, pour saulver ceulx qui

vous vouloient ruyner), de laysser passer ainsy les choses qu'elles

avoient; et que, nonobstant icelles, vous persévériez plus constamment

que jamais vers elle, avec la mesme affection de la secourir et luy

assister, là où elle en auroit besoing, encor que ce fût pour la cause

de la religion, comme vous luy aviez promis, et plus abondamment que

ne luy aviez promis; et que vous aviez trouvé, parmy les papiers du

feu Amiral, de quoy bien juger d'elle vers vous, et de quoi bien fort

mal juger de luy vers elle, sellon que la Royne, vostre mère, l'avoit

faict voyr à Mr de Walsingam son ambassadeur. Ce qui faysoit qu'en

détestant l'intention de ce personnage, qui vous vouloit aussy bien

provoquer contre les amys que contre les ennemys, Voz Majestez Très

Chrestiennes, et toutz les vostres, preniés davantage à cueur la

conservation d'elle, de sa personne, et de son estat, et de sa

grandeur, comme de la vostre propre, connoissant qu'elle n'avoit pas

tousjours esté de l'intelligence du dict Amiral en ses excessives

violences contre vous;

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 9 / 35 段