Milord de Burgley m'a mandé que les marchandz de Londres ont commancé

de parler avecques luy du commerce, et que bientost nous en pourrons

traicter, et pareillement de l'esclarcissement du XXXVIe article,

puisque Me Smith est arrivé. Mr de Montmorency et Mr de Foix m'ont

faict tenir la dépesche, que Vostre Majesté avoit conjoinctement

faicte à eulx et à moy, du XXVIIe du passé, sur laquelle j'yray

trouver ceste princesse avant qu'elle entre en son progrès. Et sur ce,

etc.

Ce Xe jour de juillet 1572.

Depuis ce dessus, est venu nouvelles que dom Fédéricque d'Alba

et le Sr Chapin ont esté deffaictz près de Montz[2], ce qui

eschauffe davantage ceulx cy à secourir ceux de Fleximgues.

[2] Cette nouvelle était fausse. Ciapino Vitelli avait au

contraire remporté un avantage signalé sur le Sr de Genlis, qui

venait au secours de Mons avec 4,000 piétons, 200 hommes d'armes,

2 compagnies d'arquebusiers à cheval et 500 chevaux. Genlis,

surpris près de Quévrain à une lieue et demie de Mons, perdit

1,200 hommes et fut fait prisonnier.

A LA ROYNE.

Madame, j'ay grand regret que Mr de Montmorency et Mr de Foix n'ayent

rencontré en chemin Mr le comte de Lincoln et sa compagnie, pour

plusieurs bons effectz que leur conférance, partantz ainsy

freschement, les ungs de ceste court, et les aultres de la vostre,

eussent peu apporter au propos de Monseigneur le Duc vostre filz, mais

l'incommodicté de la mer a empesché cella. J'ay mis peyne, avant que

nul de ceulx qui sont retournés ayent parlé à ceste princesse, que les

principaulx, comme est monsieur l'admiral, Me Smith et Me Milmor,

ayent esté préocupés et préparés par ceulx qui ont singullière

affection au dict propos; de sorte que, quand ilz sont venus à faire

leur raport, il ne se peut desirer rien de mieulx que ce qu'ilz ont

dict à la louenge de Mon dict Seigneur le Duc, n'obmettant rien de ce

qu'ilz ont cognu de valeur, de vertu et de perfections en luy; mais,

comme ilz ont parlé à la vérité de ces choses, ilz n'ont aussy rien

dissimulé de l'inconvénient du visage; et quelques ungs, qui ne sont

des troys, l'ont exagéré en façon que les mieulx disposez se sont

teus. Dont milord de Burgley, lequel persévère constamment en

l'affère, m'a mandé que, quand à luy, il ne cesseroit de monstrer que

le party, de soy, estoit très honnorable et très utille, et encores

desirable pour sa Mestresse et pour son royaulme; mais, quand au

deffault de l'eage et inconvénient du visage, qu'il ne pouvoit, ny

vouloit, en cella, la presser, et qu'à la vérité ce qu'on raportoit du

visage estoit tel que luy, ny aultre, n'en ozeroit plus parler; et

qu'il me prioit, sur ce que je luy mandois que cella seroit aysé à

remédier, que, si je sçavois quelqung en ce royaulme qui en heût esté

guéry par le mèdecin, qui en assuroit la guérison, que je le luy

nommasse, et qu'il s'esforceroit d'en faire valoir la remonstrance

aultant qu'il luy seroit possible.

J'ay mis peyne, Madame, de luy en faire nommer deux, dont l'ung est de

ceste ville de Londres, et l'aultre est une dame du pays, laquelle est

parante de la comtesse de Betfort. Et, à la vérité, le dict mèdecin,

qui est personnage de grand sçavoir et de beaucoup d'expériance, ne

met grand difficulté en cella, et dict que le remède n'est nullement

malaysé, et si, est bien seur. J'ay faict tenir vostre lettre au comte

de Lestre, avec confirmation de tout ce que j'ay estimé bien à propos

pour luy pouvoir rendre indubitable la promesse de Voz Majestez, et

l'assurer de la perpétuelle faveur de Monseigneur le Duc, et le

semblable à milord de Burgley, en luy baillant la sienne; et ne se

peut rien voyr de mieulx disposé en parolle et démonstration que

l'ung, ny rien mieulx en effect que l'aultre. Et vous veulx bien dire

aussy, Madame, que Monseigneur le Duc s'est acquis une très grande

faveur en ce royaulme par la bonne réputation qui y court de luy, et

pour s'estre faict remarquer en plusieurs vertueux et agréables

déportemens aux angloix qui l'ont veu, et qui l'ont curieusement

observé, pendant qu'ilz ont esté par dellà. Mais je considère bien que

ceste princesse est facille à retourner à sa naturelle inclination de

ne se marier point, pour la moindre difficulté qu'elle y trouve, et à

l'habitude qu'elle a faicte, de longtemps, de vivre en grandeur et

régner tantost quatorze ans heureusement sans mary. Et puis meylady

Sideney est arrivée depuis six jours, et a tretté fort secrettement,

et en privé, avec elle qui, pour estre dévote à l'Espaigne, et plus

intime avec le comte de Lestre que nulle aultre seur qu'il ait, et le

mène là où elle veult, nous l'avons tousjours plus souspeçonnée au

premier propos, et la souspeçonnons en ce segond, plus que nulle

aultre dame de ceste court; de sorte que ceulx, qui s'y entendent le

mieulx, doubtent assez que la responce ne sera telle que nous la

desirons, bien qu'il leur semble qu'il ne se doibt pour cella rien

obmettre du debvoir et dilligence de Voz Majestez en cest endroict.

Par ainsy, Madame, j'attandz ce que me manderez par le Sr de Sabran

pour, tout incontinent et sans dellay ny excuse quelconque, très

soigneusement et très fidellement l'accomplir. L'affaire va si secret

que j'estime impossible de vous pouvoir faire rien entendre de la

responce jusques à ce que par Mr de Montmorency, si elle est bonne, ou

par le Sr de Walsingam, si elle n'est telle, ceste princesse la vous

fera sçavoir au jour qu'elle a promis; dont je prierai Dieu cepandant

de luy bien disposer le cueur. Sur ce, etc. Ce Xe jour de juillet

1572.

CCLXIIIe DÉPESCHE

--du XVe jour de juillet 1572.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr Derdey._)

Audience.--Négociation du traité de commerce avec l'Angleterre et

de la pacification de l'Écosse.--Vives assurances d'amitié

réciproque.--Négociation du mariage.--Conversations intimes de

l'ambassadeur avec la reine à ce sujet.--Détails particuliers

sur l'état de cette négociation.

AU ROY.

Sire, premier que la Royne d'Angleterre ayt commancé son progrès, je

luy suis allé dire que, bientost après que le comte de Lincoln heût

prins congé de Vostre Majesté, vous receûtes ung pacquet que Mr de

Montmorency, Mr de Foix et moy vous avions ung peu auparavant

dépesché, où nous vous parlions du sumptueux et magnificque

traictement qu'elle nous faysoit recepvoir en son royaulme, des

honnorables et vertueux propos qu'elle tenoit de Vostre Majesté, de la

confience qu'elle prenoit de vostre parolle et promesse en

l'observance du traicté, et des termes où nous estions avec elle,

touchant Monseigneur le Duc. Sur lesquelles quatre choses vous nous

aviez respondu par voz lettres du XXVIIe du passé, (lesquelles Mr de

Montmorency et Mr de Foix avoient reçues en chemin; et après les avoyr

leues, parcequ'elles s'adressoient à toutz troys, ilz me les avoient

envoyées); que Vostre Majesté, voyant que le trettement, qu'avoit esté

faict par dellà au dict comte de Lincoln et sa compagnie, n'aprochoit

de celuy qui nous estoit faict icy, vous aviez heu recours aulx

mercyementz, nous commandant d'en faire de bien exprès à la dicte Dame

pour le surplus de ce qu'elle avoit mis peyne de vous excéder, et

surpasser en cella; et que vous promettiez de le luy recognoistre bien

largement à la première occasion, qui se offriroit, de vous envoyer

quelqung des siens, ce que, vous espériez, seroit bientost, et qu'il

n'y avoit heu faulte de bonne volonté ny d'affection de vostre costé,

car en cella ne pouviez vous estre surmonté; et que vous aviez heu le

dict sieur comte bien fort agréable, et n'y avoit heu rien en ses

déportementz, ny de toutz ceulx qui estoient avecques luy, qui ne vous

heût bien fort contanté, et toute vostre court, de sorte que vous

desiriez, de bon cueur, que Mr de Montmorency et sa troupe heussent

layssé à elle et aux siens pareille satisfaction d'eux par deçà; que

ces propos tout honnorables, qu'elle avoit tenus de vous, vous les

recognoissiez procéder de sa bonne et vertueuse inclination et de

l'affection qu'elle vous portoit, et que c'estoit à Vous, Sire, à qui

les excellantes qualités siennes vous bailloient ample argument, de

dire beaucoup de choses à l'honneur et louange d'elle, dont serez

prest d'en publier de parolle la bonne et grande estime que vous en

avez, et ainsy le maintenir d'effect, sans y espargner rien de ce que

Dieu vous avoit donné de moyen et de pouvoir au monde.

Au regard de la confience qu'elle prenoit de vostre promesse en

l'observance du traicté, que vous n'obmettriez, ny permettriez qu'il

fût obmis par nul des vostres, chose aulcune qui peût servir à le bien

entretenir avec vraye et sincère affection d'ung bien bon frère envers

celle que vous réputiez pour propre seur, espérant le semblable,

qu'elle vous tiendroit pour son vray et propre frère germein; qui

estoit une partie de ce que nous mandiez par voz lettres; et que le

surplus estoit pour monstrer qu'il restoit seulement troys choses

pour conduire ceste vostre amityé à une perfection indissoluble,

pleine d'honneur et de proufict, et hors de tout danger qu'on la peût

jamais rompre ny altérer; dont, de tant que les deux estoient portées

par le traicté: sçavoir, le commerce d'entre les deux royaulmes et

d'esteindre les troubles d'Escoce; je ne voulois en cella luy recorder

sinon son sèrement, et que si, d'avanture, ces deux poincts

demeuroient non accomplis, que cella seroit de grand préjudice à tout

le traicté, lequel pourroit estre argué d'invalidité, comme n'ayant

sorty à nul effect; et que, pour le regard de l'Escoce, il avoit esté

desjà procédé à une dépesche, de laquelle failloit attandre la

responce; mais, quand au commerce, qu'ayant esté desjà déclaré, de

vostre part, à ceulx de son conseil, l'offre que vous luy faysiez de

toutes les commodictés de vostre royaulme pour servir à celles du

sien, c'estoit à elle maintenant de les demander, et à Vous, Sire, de

les luy avoyr assises et establies, avant que les quatre moys de la

dathe du traicté soient expirés.

Et comme je voulois continuer le reste, elle m'a interrompu avec ung

gracieulx soubsrire, me disant qu'elle entendoit bien ce que j'avois à

dire davantage, et que nous y reviendrions, puis après, à loysir,

après qu'elle m'auroit respondu à tout le précédant: qu'elle

estimeroit faire grand tort à elle mesmes, et à ceulx qui, pour

l'amour d'elle, avoient receu tant d'honneur, de faveur et de bon

traictement de Voz Très Chrestiennes Majestez et de toutz les vostres,

à l'aller et à la demeure, ou au revenir, qu'ilz ne s'en pouvoient

assez louer, si elle ne vous en remercyoit; et qu'elle avoit grand

plésir que le comte de Lincoln vous heût contanté; car, à cest effect,

l'avoit elle esleu, pour aulmoins correspondre à une partie de

l'honneur et contantement, que vous luy aviez donné, de luy envoyer Mr

de Montmorency et sa compagnie par deçà; que ce, qu'elle avoit dict en

vostre louenge, n'aprochoit de ce qu'elle en avoit dans le cueur, luy

deffaillant parolles pour le bien exprimer, mais c'estoit avec telle

opinyon qu'elle se réputoit heureuse que vous la voulussiez tenir en

ce degré de bienvueillance et d'amityé de seur, que, sur ceste grande

estime qu'elle avoit de vous, fondoit elle l'assurance des choses que

vous luy promettiés, et ne doubtoit aulcunement que ne les luy

observissiez toutes comme, de sa part, elle ne manqueroit à une seule

de celles qu'elle vous avoit promises et jurées; et que vous la

pouviez, à bon esciant, mètre pour troysiesme aux deux seurs qui vous

restoient, qui ne vous aymeroient jamais, ny vous honnoreroient plus

qu'elle faysoit.

Et touchant les deux choses de ces troys, que je luy disois rester

pour conduire l'amityé qui estoit entre vous à sa perfection, qu'elle

avoit desjà satisfaict à la première, concernant les Escouçoys, de

leur avoir mandé qu'ilz se missent en paix; à quoy s'ilz

n'acquiesçoient, elle estoit dellibérée de ne s'en plus mesler pour

l'ung party ny pour l'aultre; et, quand à la segonde, qui estoit du

commerce, qu'elle estoit après à ordonner troys ou quatre personnages

de bonne qualité, qui en traicteroient avecques moy; au regard de la

troysiesme, elle estoit preste d'ouyr maintenant ce que je luy en

vouldrois dire.

J'ay suivy à dire, Sire, que j'estoys bien ayse que nous nous fussions

ainsy desmélés des aultres pour mieulx vacquer à ceste cy, qui estoit

la plus importante, et de laquelle vous espériez, Sire, que viendroit

l'accomplissement des aultres deux, et encores l'establissement de

tout ce qui estoit à desirer entre Voz Majestez, pour Voz Majestez, et

contre ceulx qui n'aymeroient Voz Majestez: c'estoit le propos du

mariage. Auquel, pour la parfaicte amityé que Vous et la Royne, vostre

Mère, luy aviez tousjours portée, et pour l'honneste estime que vous

aviez d'elle, et aussy pour segonder l'honneste affection de

Monseigneur le Duc, et ayder, aultant que vous pourriez, le hault et

généreulx desir, lequel vous voyez qu'il avoit de servir une si

excellente et grande princesse comme elle, vous persévériez plus que

jamais d'aspirer à son allience, et me commandiez de sentir comme elle

demeuroit meintenant bien édiffiée de luy, après le raport que Mr le

comte de Lincoln et sa compagnie luy en auroient faict.

Elle m'a respondu que le dict sieur comte luy avoit faict plusieurs

singulliers raports de Vostre Majesté et de vostre bonne inclination

vers elle, et le desir que vous aviez de la voyr, et le semblable de

la Royne, vostre mère, de qui elle restoit fort contante; et luy avoit

aussy faict d'aultres fort honnorables raportz de Monsieur et de

Monseigneur le Duc, voz frères, et n'avoit obmis ce qui pouvoit servir

à l'advantage du troysiesme, assurant qu'il estoit, quand à la

personne, d'une fort jolye taille et bien proporcionnée, fort

vigoureux et adroict, l'esprit et le sens fort bons, le cueur grand et

magnanime, la grâce bonne, sa conversation fort agréable, et toutes

ses condicions et meurs bien fort vertueuses et desirables; et pour

n'obmettre rien, sçachant combien elle avoit l'œuil délicat et vif

pour remarquer toutes les choses qui seroient en luy, qu'il ne luy

vouloit dissimuler qu'il avoit le visage gasté de la petite vérolle,

et qu'il heût, pour le parfaict contantement d'elle, desiré au

troysiesme une semblable présence qu'il avoit bien veu au segond; et

avoit adjouxté qu'elle debvoit considérer le dedans, et ce qui estoit

le plus important en ceste affaire, sans s'arrester à l'extérieur et

aux choses légères qui n'estoient de tel poix, comme s'il luy heust

voulu représanter ce que son chancellier luy avoit naguières dict

qu'elle ne ballancât la paille avec le plomb; et que Milmor aussy, qui

avoit le jugement bon, luy avoit dict mille louenges de Monseigneur le

Duc, et qu'il s'estoit fort esbahy, luy ayant d'autresfoys veu les

proportions et teinct du visage si bon, qu'il monstroit debvoir estre

plus beau que nul de ses frères, comme la petite vérolle l'avoit peu

tant gaster. Et Me Smith, nonobstant cella, n'avoit layssé de luy

alléguer tant de grandes raysons et commodictés sur ce mariage, qu'il

failloit qu'elle me confessât que c'estoit maintenant elle seule qui

faysoit les argumentz contre elle mesmes.

J'ay respondu, Sire, que j'avois tousjours bien creinct que le raport

du visage ne la contanteroit assez, sçachant, quand à tout le reste,

que Monseigneur le Duc pouvoit estre paragonné à quel autre prince qui

vesquît au monde; et de cella mesmes il se pouvoit espérer, n'estant

qu'ung accident de la petite vérolle, que le temps le guériroit de

brief, et que j'avois parlé à ung personnage de grand sçavoir et

d'expériance, qui assuroit que le remède, bien que ne fût cognu de

plusieurs, n'estoit pourtant difficille, ny long, et si, estoit seur;

et qu'il en avoit guéry ung, en ceste ville, qui en estoit le plus

gasté du monde, et que je m'assurois, si elle acceptoit le service de

Mon dict Seigneur le Duc, que, en peu de jours, il se rendroit beau et

très accomply en toutes sortes de perfections par la faveur de sa

bonne grâce, et que je la priois de ne m'alléguer plus l'eage ny

aultres semblables argumentz, qui confirmoient plus en vérité qu'ilz

ne destruisoient ce bon propos, auquel aparoissoit par trop de bien,

trop d'honneur, trop de bonheur et trop d'avantageuses commodictés,

pour laysser à si légères occasions de le parfaire; et qu'elle se

voulût mettre, ceste foys, hors des grandz ennuis, fâcheries et

dangers, que la solitude et faulte de mary pouvoient apporter à une

telle princesse qu'elle estoit; et que Vostre Majesté et la Royne,

vostre mère, aviez prins si bonne espérance de cest affère que ce ne

seroit sans grand regret, ny sans ung extrême déplaisir, si maintenant

elle la vous vouloit diminuer ou faire perdre, ainsy qu'il se pouvoit

comprendre par voz dernières lettres; lesquelles je ne ferois

difficulté de les luy monstrer.

La dicte Dame, estant bien ayse de les voyr, les a leues tout au long,

et puis m'a dict qu'il n'y avoit rien plus vray que toutz ses

conseillers luy remonstroient que, quant à ce qui touchoit à eulx, de

regarder aux meurs, aux condicions, à l'extraction, aux commodictés et

advantages de ce party, qu'ilz y avoient satisfaict, et qu'ilz

remettoient à elle de regarder à l'eage, à la taille et aux aultres

commodictés particullières, requises au contantement de son mariage,

et que je ne trouvasse maulvais, si elle jouyssoit du terme qu'elle

avoit prins de s'en résouldre; et qu'elle en feroit entendre à Vostre

Majesté sa responce par Mr de Montmorency, qui ne seroit sans que je

la sceusse bientost; et qu'elle avoit occasion de se pleindre de luy,

de Mr de Foix, et de moy, de vous avoyr donné, ainsy qu'elle voyoit,

trop plus d'espérance que nous n'avions heu occasion de le faire.

Je luy ay respondu qu'à la vérité nous vous l'avions donnée grande, et

serions encores prestz de le faire, si ne l'avions faict, car ne nous

avoit apparu difficulté ny empeschement quelconque qui nous en deût

retarder.

Elle a répliqué, en riant, qu'elle vouloit donc estudier d'aultres

argumentz, puisque nous tournions les siens premiers contre elle

mesmes; et est retournée à parler de l'inconvénient du visage, et de

l'homme que je luy avois allégué, en ceste ville, qui en estoit

parfaictement guéry; et, quand bien le propos n'auroit à réuscyr, si

desiroit elle, et me prioit, que je misse peine de procurer qu'on

appliquât tout le remède qu'on pourroit à Mon dict Seigneur le Duc.

Après lequel propos, elle m'a parlé de la Royne d'Escoce, et qu'elle

estoit bien ayse que Mr d'Ardoy l'eût visitée, et qu'il eût cognu

qu'elle est en la compagnie d'ung fort honnorable seigneur; et qu'elle

vous prie, Sire, de croire que, pour l'amour de vous, elle a voulu

avoir tant d'esgard à elle, qu'elle a cuydé offancer toutz ses Estatz,

et que c'est la dicte Royne d'Escoce elle mesmes qui procure son mal.

Je l'ay remercyée grandement de vostre part, et, sans toucher pour ce

coup davantage à matière si visqueuse, je me suis licencié

gracieusement de la dicte Dame, et suis allé parler à ses conseillers,

remettant de vous continuer en la lettre de la Royne, parce que ceste

cy est desjà trop longue, ce qui s'est passé entre nous. Et sur ce,

etc.

Ce XVe jour de juillet 1572.

A LA ROYNE.

Madame, parce qu'en la lettre du Roy je récite assez par le menu les

principaulx propos qui ont, ceste foys, esté tenus entre la Royne

d'Angleterre et moy, j'ay seulement à vous dire en ceste cy que la

dicte Dame s'est fort soigneusement enquise de vostre santé, luy ayant

le comte de Lincoln dict que vous teniez encores le lict, quand il

print congé de Vostre Majesté, dont desiroit sçavoir comme à présent

vous vous portiez; et que le dict comte avoit esté si surprins de ce

peu de motz, que vous luy aviez lors tenus touchant le mariage, qu'il

n'avoit ozé faire semblant de les entendre: ce qu'elle prenoit en

bonne part, considérant que Vostre Majesté, pour ne sçavoir en quoy en

estoient lors les choses par deçà, parce que n'aviez encores receu noz

lettres, et pouviez doubter de la responce qu'on vous y feroit, n'en

aviez quasy voulu toucher qu'ung mot; et le Roy n'en avoit parlé en

façon du monde; vray est que ses démonstrations et les vostres, et

celles de Monsieur, et de Monseigneur le Duc, en avoient plus

signiffié que plusieurs expresses parolles ne l'eussent sceu faire. Il

me semble, Madame, que ceste princesse se conduict d'une mesmes sorte

en ce propos, après le retour du dict sieur comte de Lincoln et de

ceulx qui sont revenuz de France, qu'elle faysoit auparavant, et ne

laysse cognoistre ou si sa disposition y est meilleure ou bien

empirée, sinon que je voy bien qu'on luy a faict l'accidant du visage

plus grand qu'elle ne le cuydoit, et monstre, à bon esciant, qu'elle

desire qu'il y soit remédié; dont, Madame, je mettray peyne de vous

envoyer pour cest effect le personnage duquel je vous ay cy devant

escript, s'il vous playst de me le commander. J'ay comprins par

aulcuns motz des propos de la dicte Dame, et l'ay aussy entendu

d'ailleurs, que le filz de l'Empereur a esté mis en avant, et, à la

vérité, Anthonio de Gouaras, l'espagnol, est plus assidu en ceste

court qu'il ne souloit; dont j'auray l'œuil le plus ouvert là dessus

qu'il me sera possible.

Or ayant, après mon audience, conféré avec les deux conseillers de

ceste princesse, ilz m'ont confirmé cella mesmes qu'elle m'avoit dict,

du rapport que le comte de Lincoln, et Me Smith, et Me Milmor, avoient

faict de Monseigneur le Duc. Et m'a le comte de Lestre fort incisté

que je fisse bientost venir de ses lettres, ainsy qu'il me l'avoit

desjà dict; et que, de sa part, il ne manqueroit d'aulcun debvoir

qu'il peût rendre à l'advancement du bon propos. Milord de Burgley m'a

dict que je pouvois avoyr cognu, aux propos de la dicte Dame, combien

il s'estoit esforcé de la persuader, sur l'accidant du visage, qu'il

se pourroit remédier; et qu'il y avoit deux de ceulx, qui estoient

naguières revenus de France, qui avoient fermement assuré à elle

mesmes que quand elle le verroit, elle ne s'en pourroit nullement

contanter; dont, estant à ceste heure tout ce faict en la pure volonté

d'elle, il falloit attandre ce que Dieu luy en vouldroit inspirer, et

que, de sa part, il voyoit encores toutes choses pour ce regard si

incertaynes, qu'il ne m'en vouloit rien promettre ny assurer jusques à

ce que la résolution s'en manderoit par Mr de Montmorency à Leurs Très

Chrestiennes Majestez; et que cepandant il persévèreroit en ses

accoustumées remonstrances de louer et approuver ce party, aultant

qu'il luy seroit possible de le faire. Sur ce, etc.

Ce XVe jour de juillet 1572.

Tout maintenant, Mr le comte de Lincoln m'est venu visiter, et

m'a signiffié ung très grand desir de servir à cest affaire,

et ne m'a point donné à cognoistre que sa Mestresse n'ayt

prins playsir d'ouyr bien dire de Monseigneur le Duc. Il y a

heu quelque rencontre en Escoce, dont j'en sçauray bientost la

particullarité.

CCLXIVe DÉPESCHE

--du XXe jour de juillet 1572.--

(_Envoyée exprès jusques à Calais par Pierre Gautier._)

Conférence de l'ambassadeur avec le comte de

Lincoln.--Irrésolution d'Élisabeth sur le mariage.--Promesse de

la mise en liberté de l'évêque de Ross.--Commission délivrée

contre le comte de Northumberland.--Nouvelles de

Flessingue.--Etat de la négociation du mariage.

AU ROY.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 3 / 35 段