de parler avecques luy du commerce, et que bientost nous en pourrons
traicter, et pareillement de l'esclarcissement du XXXVIe article,
puisque Me Smith est arrivé. Mr de Montmorency et Mr de Foix m'ont
faict tenir la dépesche, que Vostre Majesté avoit conjoinctement
faicte à eulx et à moy, du XXVIIe du passé, sur laquelle j'yray
trouver ceste princesse avant qu'elle entre en son progrès. Et sur ce,
etc.
Ce Xe jour de juillet 1572.
Depuis ce dessus, est venu nouvelles que dom Fédéricque d'Alba
et le Sr Chapin ont esté deffaictz près de Montz[2], ce qui
eschauffe davantage ceulx cy à secourir ceux de Fleximgues.
[2] Cette nouvelle était fausse. Ciapino Vitelli avait au
contraire remporté un avantage signalé sur le Sr de Genlis, qui
venait au secours de Mons avec 4,000 piétons, 200 hommes d'armes,
2 compagnies d'arquebusiers à cheval et 500 chevaux. Genlis,
surpris près de Quévrain à une lieue et demie de Mons, perdit
1,200 hommes et fut fait prisonnier.
A LA ROYNE.
Madame, j'ay grand regret que Mr de Montmorency et Mr de Foix n'ayent
rencontré en chemin Mr le comte de Lincoln et sa compagnie, pour
plusieurs bons effectz que leur conférance, partantz ainsy
freschement, les ungs de ceste court, et les aultres de la vostre,
eussent peu apporter au propos de Monseigneur le Duc vostre filz, mais
l'incommodicté de la mer a empesché cella. J'ay mis peyne, avant que
nul de ceulx qui sont retournés ayent parlé à ceste princesse, que les
principaulx, comme est monsieur l'admiral, Me Smith et Me Milmor,
ayent esté préocupés et préparés par ceulx qui ont singullière
affection au dict propos; de sorte que, quand ilz sont venus à faire
leur raport, il ne se peut desirer rien de mieulx que ce qu'ilz ont
dict à la louenge de Mon dict Seigneur le Duc, n'obmettant rien de ce
qu'ilz ont cognu de valeur, de vertu et de perfections en luy; mais,
comme ilz ont parlé à la vérité de ces choses, ilz n'ont aussy rien
dissimulé de l'inconvénient du visage; et quelques ungs, qui ne sont
des troys, l'ont exagéré en façon que les mieulx disposez se sont
teus. Dont milord de Burgley, lequel persévère constamment en
l'affère, m'a mandé que, quand à luy, il ne cesseroit de monstrer que
le party, de soy, estoit très honnorable et très utille, et encores
desirable pour sa Mestresse et pour son royaulme; mais, quand au
deffault de l'eage et inconvénient du visage, qu'il ne pouvoit, ny
vouloit, en cella, la presser, et qu'à la vérité ce qu'on raportoit du
visage estoit tel que luy, ny aultre, n'en ozeroit plus parler; et
qu'il me prioit, sur ce que je luy mandois que cella seroit aysé à
remédier, que, si je sçavois quelqung en ce royaulme qui en heût esté
guéry par le mèdecin, qui en assuroit la guérison, que je le luy
nommasse, et qu'il s'esforceroit d'en faire valoir la remonstrance
aultant qu'il luy seroit possible.
J'ay mis peyne, Madame, de luy en faire nommer deux, dont l'ung est de
ceste ville de Londres, et l'aultre est une dame du pays, laquelle est
parante de la comtesse de Betfort. Et, à la vérité, le dict mèdecin,
qui est personnage de grand sçavoir et de beaucoup d'expériance, ne
met grand difficulté en cella, et dict que le remède n'est nullement
malaysé, et si, est bien seur. J'ay faict tenir vostre lettre au comte
de Lestre, avec confirmation de tout ce que j'ay estimé bien à propos
pour luy pouvoir rendre indubitable la promesse de Voz Majestez, et
l'assurer de la perpétuelle faveur de Monseigneur le Duc, et le
semblable à milord de Burgley, en luy baillant la sienne; et ne se
peut rien voyr de mieulx disposé en parolle et démonstration que
l'ung, ny rien mieulx en effect que l'aultre. Et vous veulx bien dire
aussy, Madame, que Monseigneur le Duc s'est acquis une très grande
faveur en ce royaulme par la bonne réputation qui y court de luy, et
pour s'estre faict remarquer en plusieurs vertueux et agréables
déportemens aux angloix qui l'ont veu, et qui l'ont curieusement
observé, pendant qu'ilz ont esté par dellà. Mais je considère bien que
ceste princesse est facille à retourner à sa naturelle inclination de
ne se marier point, pour la moindre difficulté qu'elle y trouve, et à
l'habitude qu'elle a faicte, de longtemps, de vivre en grandeur et
régner tantost quatorze ans heureusement sans mary. Et puis meylady
Sideney est arrivée depuis six jours, et a tretté fort secrettement,
et en privé, avec elle qui, pour estre dévote à l'Espaigne, et plus
intime avec le comte de Lestre que nulle aultre seur qu'il ait, et le
mène là où elle veult, nous l'avons tousjours plus souspeçonnée au
premier propos, et la souspeçonnons en ce segond, plus que nulle
aultre dame de ceste court; de sorte que ceulx, qui s'y entendent le
mieulx, doubtent assez que la responce ne sera telle que nous la
desirons, bien qu'il leur semble qu'il ne se doibt pour cella rien
obmettre du debvoir et dilligence de Voz Majestez en cest endroict.
Par ainsy, Madame, j'attandz ce que me manderez par le Sr de Sabran
pour, tout incontinent et sans dellay ny excuse quelconque, très
soigneusement et très fidellement l'accomplir. L'affaire va si secret
que j'estime impossible de vous pouvoir faire rien entendre de la
responce jusques à ce que par Mr de Montmorency, si elle est bonne, ou
par le Sr de Walsingam, si elle n'est telle, ceste princesse la vous
fera sçavoir au jour qu'elle a promis; dont je prierai Dieu cepandant
de luy bien disposer le cueur. Sur ce, etc. Ce Xe jour de juillet
1572.
CCLXIIIe DÉPESCHE
--du XVe jour de juillet 1572.--
(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr Derdey._)
Audience.--Négociation du traité de commerce avec l'Angleterre et
de la pacification de l'Écosse.--Vives assurances d'amitié
réciproque.--Négociation du mariage.--Conversations intimes de
l'ambassadeur avec la reine à ce sujet.--Détails particuliers
sur l'état de cette négociation.
AU ROY.
Sire, premier que la Royne d'Angleterre ayt commancé son progrès, je
luy suis allé dire que, bientost après que le comte de Lincoln heût
prins congé de Vostre Majesté, vous receûtes ung pacquet que Mr de
Montmorency, Mr de Foix et moy vous avions ung peu auparavant
dépesché, où nous vous parlions du sumptueux et magnificque
traictement qu'elle nous faysoit recepvoir en son royaulme, des
honnorables et vertueux propos qu'elle tenoit de Vostre Majesté, de la
confience qu'elle prenoit de vostre parolle et promesse en
l'observance du traicté, et des termes où nous estions avec elle,
touchant Monseigneur le Duc. Sur lesquelles quatre choses vous nous
aviez respondu par voz lettres du XXVIIe du passé, (lesquelles Mr de
Montmorency et Mr de Foix avoient reçues en chemin; et après les avoyr
leues, parcequ'elles s'adressoient à toutz troys, ilz me les avoient
envoyées); que Vostre Majesté, voyant que le trettement, qu'avoit esté
faict par dellà au dict comte de Lincoln et sa compagnie, n'aprochoit
de celuy qui nous estoit faict icy, vous aviez heu recours aulx
mercyementz, nous commandant d'en faire de bien exprès à la dicte Dame
pour le surplus de ce qu'elle avoit mis peyne de vous excéder, et
surpasser en cella; et que vous promettiez de le luy recognoistre bien
largement à la première occasion, qui se offriroit, de vous envoyer
quelqung des siens, ce que, vous espériez, seroit bientost, et qu'il
n'y avoit heu faulte de bonne volonté ny d'affection de vostre costé,
car en cella ne pouviez vous estre surmonté; et que vous aviez heu le
dict sieur comte bien fort agréable, et n'y avoit heu rien en ses
déportementz, ny de toutz ceulx qui estoient avecques luy, qui ne vous
heût bien fort contanté, et toute vostre court, de sorte que vous
desiriez, de bon cueur, que Mr de Montmorency et sa troupe heussent
layssé à elle et aux siens pareille satisfaction d'eux par deçà; que
ces propos tout honnorables, qu'elle avoit tenus de vous, vous les
recognoissiez procéder de sa bonne et vertueuse inclination et de
l'affection qu'elle vous portoit, et que c'estoit à Vous, Sire, à qui
les excellantes qualités siennes vous bailloient ample argument, de
dire beaucoup de choses à l'honneur et louange d'elle, dont serez
prest d'en publier de parolle la bonne et grande estime que vous en
avez, et ainsy le maintenir d'effect, sans y espargner rien de ce que
Dieu vous avoit donné de moyen et de pouvoir au monde.
Au regard de la confience qu'elle prenoit de vostre promesse en
l'observance du traicté, que vous n'obmettriez, ny permettriez qu'il
fût obmis par nul des vostres, chose aulcune qui peût servir à le bien
entretenir avec vraye et sincère affection d'ung bien bon frère envers
celle que vous réputiez pour propre seur, espérant le semblable,
qu'elle vous tiendroit pour son vray et propre frère germein; qui
estoit une partie de ce que nous mandiez par voz lettres; et que le
surplus estoit pour monstrer qu'il restoit seulement troys choses
pour conduire ceste vostre amityé à une perfection indissoluble,
pleine d'honneur et de proufict, et hors de tout danger qu'on la peût
jamais rompre ny altérer; dont, de tant que les deux estoient portées
par le traicté: sçavoir, le commerce d'entre les deux royaulmes et
d'esteindre les troubles d'Escoce; je ne voulois en cella luy recorder
sinon son sèrement, et que si, d'avanture, ces deux poincts
demeuroient non accomplis, que cella seroit de grand préjudice à tout
le traicté, lequel pourroit estre argué d'invalidité, comme n'ayant
sorty à nul effect; et que, pour le regard de l'Escoce, il avoit esté
desjà procédé à une dépesche, de laquelle failloit attandre la
responce; mais, quand au commerce, qu'ayant esté desjà déclaré, de
vostre part, à ceulx de son conseil, l'offre que vous luy faysiez de
toutes les commodictés de vostre royaulme pour servir à celles du
sien, c'estoit à elle maintenant de les demander, et à Vous, Sire, de
les luy avoyr assises et establies, avant que les quatre moys de la
dathe du traicté soient expirés.
Et comme je voulois continuer le reste, elle m'a interrompu avec ung
gracieulx soubsrire, me disant qu'elle entendoit bien ce que j'avois à
dire davantage, et que nous y reviendrions, puis après, à loysir,
après qu'elle m'auroit respondu à tout le précédant: qu'elle
estimeroit faire grand tort à elle mesmes, et à ceulx qui, pour
l'amour d'elle, avoient receu tant d'honneur, de faveur et de bon
traictement de Voz Très Chrestiennes Majestez et de toutz les vostres,
à l'aller et à la demeure, ou au revenir, qu'ilz ne s'en pouvoient
assez louer, si elle ne vous en remercyoit; et qu'elle avoit grand
plésir que le comte de Lincoln vous heût contanté; car, à cest effect,
l'avoit elle esleu, pour aulmoins correspondre à une partie de
l'honneur et contantement, que vous luy aviez donné, de luy envoyer Mr
de Montmorency et sa compagnie par deçà; que ce, qu'elle avoit dict en
vostre louenge, n'aprochoit de ce qu'elle en avoit dans le cueur, luy
deffaillant parolles pour le bien exprimer, mais c'estoit avec telle
opinyon qu'elle se réputoit heureuse que vous la voulussiez tenir en
ce degré de bienvueillance et d'amityé de seur, que, sur ceste grande
estime qu'elle avoit de vous, fondoit elle l'assurance des choses que
vous luy promettiés, et ne doubtoit aulcunement que ne les luy
observissiez toutes comme, de sa part, elle ne manqueroit à une seule
de celles qu'elle vous avoit promises et jurées; et que vous la
pouviez, à bon esciant, mètre pour troysiesme aux deux seurs qui vous
restoient, qui ne vous aymeroient jamais, ny vous honnoreroient plus
qu'elle faysoit.
Et touchant les deux choses de ces troys, que je luy disois rester
pour conduire l'amityé qui estoit entre vous à sa perfection, qu'elle
avoit desjà satisfaict à la première, concernant les Escouçoys, de
leur avoir mandé qu'ilz se missent en paix; à quoy s'ilz
n'acquiesçoient, elle estoit dellibérée de ne s'en plus mesler pour
l'ung party ny pour l'aultre; et, quand à la segonde, qui estoit du
commerce, qu'elle estoit après à ordonner troys ou quatre personnages
de bonne qualité, qui en traicteroient avecques moy; au regard de la
troysiesme, elle estoit preste d'ouyr maintenant ce que je luy en
vouldrois dire.
J'ay suivy à dire, Sire, que j'estoys bien ayse que nous nous fussions
ainsy desmélés des aultres pour mieulx vacquer à ceste cy, qui estoit
la plus importante, et de laquelle vous espériez, Sire, que viendroit
l'accomplissement des aultres deux, et encores l'establissement de
tout ce qui estoit à desirer entre Voz Majestez, pour Voz Majestez, et
contre ceulx qui n'aymeroient Voz Majestez: c'estoit le propos du
mariage. Auquel, pour la parfaicte amityé que Vous et la Royne, vostre
Mère, luy aviez tousjours portée, et pour l'honneste estime que vous
aviez d'elle, et aussy pour segonder l'honneste affection de
Monseigneur le Duc, et ayder, aultant que vous pourriez, le hault et
généreulx desir, lequel vous voyez qu'il avoit de servir une si
excellente et grande princesse comme elle, vous persévériez plus que
jamais d'aspirer à son allience, et me commandiez de sentir comme elle
demeuroit meintenant bien édiffiée de luy, après le raport que Mr le
comte de Lincoln et sa compagnie luy en auroient faict.
Elle m'a respondu que le dict sieur comte luy avoit faict plusieurs
singulliers raports de Vostre Majesté et de vostre bonne inclination
vers elle, et le desir que vous aviez de la voyr, et le semblable de
la Royne, vostre mère, de qui elle restoit fort contante; et luy avoit
aussy faict d'aultres fort honnorables raportz de Monsieur et de
Monseigneur le Duc, voz frères, et n'avoit obmis ce qui pouvoit servir
à l'advantage du troysiesme, assurant qu'il estoit, quand à la
personne, d'une fort jolye taille et bien proporcionnée, fort
vigoureux et adroict, l'esprit et le sens fort bons, le cueur grand et
magnanime, la grâce bonne, sa conversation fort agréable, et toutes
ses condicions et meurs bien fort vertueuses et desirables; et pour
n'obmettre rien, sçachant combien elle avoit l'œuil délicat et vif
pour remarquer toutes les choses qui seroient en luy, qu'il ne luy
vouloit dissimuler qu'il avoit le visage gasté de la petite vérolle,
et qu'il heût, pour le parfaict contantement d'elle, desiré au
troysiesme une semblable présence qu'il avoit bien veu au segond; et
avoit adjouxté qu'elle debvoit considérer le dedans, et ce qui estoit
le plus important en ceste affaire, sans s'arrester à l'extérieur et
aux choses légères qui n'estoient de tel poix, comme s'il luy heust
voulu représanter ce que son chancellier luy avoit naguières dict
qu'elle ne ballancât la paille avec le plomb; et que Milmor aussy, qui
avoit le jugement bon, luy avoit dict mille louenges de Monseigneur le
Duc, et qu'il s'estoit fort esbahy, luy ayant d'autresfoys veu les
proportions et teinct du visage si bon, qu'il monstroit debvoir estre
plus beau que nul de ses frères, comme la petite vérolle l'avoit peu
tant gaster. Et Me Smith, nonobstant cella, n'avoit layssé de luy
alléguer tant de grandes raysons et commodictés sur ce mariage, qu'il
failloit qu'elle me confessât que c'estoit maintenant elle seule qui
faysoit les argumentz contre elle mesmes.
J'ay respondu, Sire, que j'avois tousjours bien creinct que le raport
du visage ne la contanteroit assez, sçachant, quand à tout le reste,
que Monseigneur le Duc pouvoit estre paragonné à quel autre prince qui
vesquît au monde; et de cella mesmes il se pouvoit espérer, n'estant
qu'ung accident de la petite vérolle, que le temps le guériroit de
brief, et que j'avois parlé à ung personnage de grand sçavoir et
d'expériance, qui assuroit que le remède, bien que ne fût cognu de
plusieurs, n'estoit pourtant difficille, ny long, et si, estoit seur;
et qu'il en avoit guéry ung, en ceste ville, qui en estoit le plus
gasté du monde, et que je m'assurois, si elle acceptoit le service de
Mon dict Seigneur le Duc, que, en peu de jours, il se rendroit beau et
très accomply en toutes sortes de perfections par la faveur de sa
bonne grâce, et que je la priois de ne m'alléguer plus l'eage ny
aultres semblables argumentz, qui confirmoient plus en vérité qu'ilz
ne destruisoient ce bon propos, auquel aparoissoit par trop de bien,
trop d'honneur, trop de bonheur et trop d'avantageuses commodictés,
pour laysser à si légères occasions de le parfaire; et qu'elle se
voulût mettre, ceste foys, hors des grandz ennuis, fâcheries et
dangers, que la solitude et faulte de mary pouvoient apporter à une
telle princesse qu'elle estoit; et que Vostre Majesté et la Royne,
vostre mère, aviez prins si bonne espérance de cest affère que ce ne
seroit sans grand regret, ny sans ung extrême déplaisir, si maintenant
elle la vous vouloit diminuer ou faire perdre, ainsy qu'il se pouvoit
comprendre par voz dernières lettres; lesquelles je ne ferois
difficulté de les luy monstrer.
La dicte Dame, estant bien ayse de les voyr, les a leues tout au long,
et puis m'a dict qu'il n'y avoit rien plus vray que toutz ses
conseillers luy remonstroient que, quant à ce qui touchoit à eulx, de
regarder aux meurs, aux condicions, à l'extraction, aux commodictés et
advantages de ce party, qu'ilz y avoient satisfaict, et qu'ilz
remettoient à elle de regarder à l'eage, à la taille et aux aultres
commodictés particullières, requises au contantement de son mariage,
et que je ne trouvasse maulvais, si elle jouyssoit du terme qu'elle
avoit prins de s'en résouldre; et qu'elle en feroit entendre à Vostre
Majesté sa responce par Mr de Montmorency, qui ne seroit sans que je
la sceusse bientost; et qu'elle avoit occasion de se pleindre de luy,
de Mr de Foix, et de moy, de vous avoyr donné, ainsy qu'elle voyoit,
trop plus d'espérance que nous n'avions heu occasion de le faire.
Je luy ay respondu qu'à la vérité nous vous l'avions donnée grande, et
serions encores prestz de le faire, si ne l'avions faict, car ne nous
avoit apparu difficulté ny empeschement quelconque qui nous en deût
retarder.
Elle a répliqué, en riant, qu'elle vouloit donc estudier d'aultres
argumentz, puisque nous tournions les siens premiers contre elle
mesmes; et est retournée à parler de l'inconvénient du visage, et de
l'homme que je luy avois allégué, en ceste ville, qui en estoit
parfaictement guéry; et, quand bien le propos n'auroit à réuscyr, si
desiroit elle, et me prioit, que je misse peine de procurer qu'on
appliquât tout le remède qu'on pourroit à Mon dict Seigneur le Duc.
Après lequel propos, elle m'a parlé de la Royne d'Escoce, et qu'elle
estoit bien ayse que Mr d'Ardoy l'eût visitée, et qu'il eût cognu
qu'elle est en la compagnie d'ung fort honnorable seigneur; et qu'elle
vous prie, Sire, de croire que, pour l'amour de vous, elle a voulu
avoir tant d'esgard à elle, qu'elle a cuydé offancer toutz ses Estatz,
et que c'est la dicte Royne d'Escoce elle mesmes qui procure son mal.
Je l'ay remercyée grandement de vostre part, et, sans toucher pour ce
coup davantage à matière si visqueuse, je me suis licencié
gracieusement de la dicte Dame, et suis allé parler à ses conseillers,
remettant de vous continuer en la lettre de la Royne, parce que ceste
cy est desjà trop longue, ce qui s'est passé entre nous. Et sur ce,
etc.
Ce XVe jour de juillet 1572.
A LA ROYNE.
Madame, parce qu'en la lettre du Roy je récite assez par le menu les
principaulx propos qui ont, ceste foys, esté tenus entre la Royne
d'Angleterre et moy, j'ay seulement à vous dire en ceste cy que la
dicte Dame s'est fort soigneusement enquise de vostre santé, luy ayant
le comte de Lincoln dict que vous teniez encores le lict, quand il
print congé de Vostre Majesté, dont desiroit sçavoir comme à présent
vous vous portiez; et que le dict comte avoit esté si surprins de ce
peu de motz, que vous luy aviez lors tenus touchant le mariage, qu'il
n'avoit ozé faire semblant de les entendre: ce qu'elle prenoit en
bonne part, considérant que Vostre Majesté, pour ne sçavoir en quoy en
estoient lors les choses par deçà, parce que n'aviez encores receu noz
lettres, et pouviez doubter de la responce qu'on vous y feroit, n'en
aviez quasy voulu toucher qu'ung mot; et le Roy n'en avoit parlé en
façon du monde; vray est que ses démonstrations et les vostres, et
celles de Monsieur, et de Monseigneur le Duc, en avoient plus
signiffié que plusieurs expresses parolles ne l'eussent sceu faire. Il
me semble, Madame, que ceste princesse se conduict d'une mesmes sorte
en ce propos, après le retour du dict sieur comte de Lincoln et de
ceulx qui sont revenuz de France, qu'elle faysoit auparavant, et ne
laysse cognoistre ou si sa disposition y est meilleure ou bien
empirée, sinon que je voy bien qu'on luy a faict l'accidant du visage
plus grand qu'elle ne le cuydoit, et monstre, à bon esciant, qu'elle
desire qu'il y soit remédié; dont, Madame, je mettray peyne de vous
envoyer pour cest effect le personnage duquel je vous ay cy devant
escript, s'il vous playst de me le commander. J'ay comprins par
aulcuns motz des propos de la dicte Dame, et l'ay aussy entendu
d'ailleurs, que le filz de l'Empereur a esté mis en avant, et, à la
vérité, Anthonio de Gouaras, l'espagnol, est plus assidu en ceste
court qu'il ne souloit; dont j'auray l'œuil le plus ouvert là dessus
qu'il me sera possible.
Or ayant, après mon audience, conféré avec les deux conseillers de
ceste princesse, ilz m'ont confirmé cella mesmes qu'elle m'avoit dict,
du rapport que le comte de Lincoln, et Me Smith, et Me Milmor, avoient
faict de Monseigneur le Duc. Et m'a le comte de Lestre fort incisté
que je fisse bientost venir de ses lettres, ainsy qu'il me l'avoit
desjà dict; et que, de sa part, il ne manqueroit d'aulcun debvoir
qu'il peût rendre à l'advancement du bon propos. Milord de Burgley m'a
dict que je pouvois avoyr cognu, aux propos de la dicte Dame, combien
il s'estoit esforcé de la persuader, sur l'accidant du visage, qu'il
se pourroit remédier; et qu'il y avoit deux de ceulx, qui estoient
naguières revenus de France, qui avoient fermement assuré à elle
mesmes que quand elle le verroit, elle ne s'en pourroit nullement
contanter; dont, estant à ceste heure tout ce faict en la pure volonté
d'elle, il falloit attandre ce que Dieu luy en vouldroit inspirer, et
que, de sa part, il voyoit encores toutes choses pour ce regard si
incertaynes, qu'il ne m'en vouloit rien promettre ny assurer jusques à
ce que la résolution s'en manderoit par Mr de Montmorency à Leurs Très
Chrestiennes Majestez; et que cepandant il persévèreroit en ses
accoustumées remonstrances de louer et approuver ce party, aultant
qu'il luy seroit possible de le faire. Sur ce, etc.
Ce XVe jour de juillet 1572.
Tout maintenant, Mr le comte de Lincoln m'est venu visiter, et
m'a signiffié ung très grand desir de servir à cest affaire,
et ne m'a point donné à cognoistre que sa Mestresse n'ayt
prins playsir d'ouyr bien dire de Monseigneur le Duc. Il y a
heu quelque rencontre en Escoce, dont j'en sçauray bientost la
particullarité.
CCLXIVe DÉPESCHE
--du XXe jour de juillet 1572.--
(_Envoyée exprès jusques à Calais par Pierre Gautier._)
Conférence de l'ambassadeur avec le comte de
Lincoln.--Irrésolution d'Élisabeth sur le mariage.--Promesse de
la mise en liberté de l'évêque de Ross.--Commission délivrée
contre le comte de Northumberland.--Nouvelles de
Flessingue.--Etat de la négociation du mariage.
AU ROY.