Madame, il suffira, s'il vous plaist, pour ceste foys, que je ne passe

à choses plus expresses de la négociation, qui a esté faicte icy,

pendant que Mr de Montmorency et Mr de Foix y ont séjourné, qu'ainsy

que présentement je les metz générales en la lettre du Roy; m'assurant

que Vostre Majesté aura plus de plésir d'en entendre la particullarité

par eulx mesmes, que si je vous en faysois, icy, un récit à part.

Seulement vous diray, Madame, que, pour le propos de Monseigneur le

Duc, il a esté besoing de respondre à ung particulier escrupulle, que

ceste princesse et les siens nous ont faict, du doubte, où l'on les a

voulu mettre, que Vostre Majesté n'avoit jamais heu bonne inclination

que Monsieur, vostre filz, l'espousât. En quoy, oultre les vrayes et

indubitables occasions, que toutz troys avons alléguées à la dicte

Dame pour la persuader au contraire, et, oultre celles que, de

longtemps, je luy avoys représantées avec grand démonstration de

vérité, comme, cy devant, je le vous ay escript, Mr de Montmorency luy

a faict tant de particulliers comptes de ce qu'il avoit veu, sceu et

ouy en cella, et l'a confirmé avec tant d'expression, et avec

sèrement, que la dicte Dame en est demeurée très abondamment

satisfaicte, et si bien édiffiée de la vraye et indubitable sincérité

et droicte intention de Voz Majestez Très Chrestiennes, et de la

dévotion et affection de Monsieur qu'elle en demeure du tout

deschargée du mal qui luy en restoit sur le cueur; de sorte que, quand

luy et Mr de Foix sont partis, elle a uzé de termes si honnorables de

Voz dictes Majestez et de Monsieur, et encores de tant honnorables et

bons de Monseigneur le Duc, que de meilleurs ny plus honnorables ne

s'en pourroit tenir au monde. Je verray bientost, et le plus souvant

que je pourray, la dicte Dame, et auray grand plésir que ce puisse

estre avec l'occasion de voz lettres, en la forme et substance que Mr

de Montmorency et Mr de Foix sçavent qu'il les faudra escripre; et

qu'il y en ayt une fort expresse, de vostre mein, ou de celle du Roy,

pour le comte de Lestre; et, jour par jour, je vous manderay tout ce

que je pourray entendre et descouvrir en cella. Sur ce, etc. Ce Ier

jour de juillet 1572.

CCLXIe DÉPESCHE

--du Ve jour de juillet 1572.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Sabran._)

Audience.--Négociation du mariage du duc

d'Alençon.--Conversations intimes d'Élisabeth et de

l'ambassadeur à ce sujet.--Espoir d'un meilleur traitement pour

Marie Stuart.--Secours préparé à Londres pour

Flessingue.--Nouvelles d'Écosse.--Conférence de l'ambassadeur

avec Leicester et Burleigh sur le projet de mariage.--Desir que

le duc d'Alençon passe en Angleterre.

AU ROY.

Sire, j'ay esté, le troysiesme de ce moys, devers la Royne

d'Angleterre pour luy dire que, par une dépesche de Vostre Majesté, du

XXVe du passé, (laquelle Mr de Montmorency et Mr de Foix, après que je

fuz départy d'eux à Rochestre, l'avoient reçue, ainsy qu'ilz

arrivoient à Setimborne, et l'avoient leue, et puis me l'avoient

envoyée), vous nous commandiez, à tous troys, de luy dire que vous ne

pouviez sentyr chose, en ce temps, qui plus vous apportât de

contantement que d'avoyr de si expresses et si certeines déclarations

d'amytié, comme nous vous monstrions, par noz précédantes lettres,

que la dicte Dame s'esforçoit, en beaucoup d'honnorables sortes, de

vous rendre; et que vous la remercyez infiniement des honnestes

faveurs et honneurs, et bonnes chères, qu'elle avoit faictes à Mr de

Montmorency, à Mr de Foix et à toute leur compagnie; et de ce que,

tant franchement, et d'un cueur ouvert et entier, elle avoit

satisfaict au sèrement et ratiffication du traicté. De quoy vous

estimiés, Sire, ne la pouvoir mieulx récompanser que par une

correspondance de semblable amityé vers elle, esloignée de toute

simulation, et qu'à cella, suyvant le sèrement et ratiffication que,

de mesmes, vous aviez faict de vostre part, vous ne manqueriez à

jamais d'aulcun debvoir que vous luy puissiez rendre de bon et naturel

frère et perpétuel confédéré, sans excuse ny dellay quelconque, en

tout ce que le bien de ses affères, l'accroissement de sa grandeur, le

repos de son estat et la seureté de sa personne, le pourroient

requérir.

A quoy la dicte Dame, pleine d'ung grand ayse, ainsy qu'elle l'a

monstré, m'a respondu qu'elle ne sentoit aussy rien, de son costé, qui

plus luy donnât de consolation et de contantement, que l'assurance de

vostre amytié, laquelle luy estoit le plus riche et le plus précieux

acquest qu'elle heût faict, de tout son règne, et c'estoit ce qu'elle

vouloit le plus soigneusement conserver; qu'elle savoit bien qu'il

n'avoit esté possible d'arriver à fayre icy vers les vostres ce que

Vostre Majesté avoit faict par dellà vers les siens, sinon en

affection, en quoy elle croyoit de vous égaller, et, possible, de vous

surmonter; et aulmoins remercyoit elle Dieu que ceste bonne troupe des

vostres, qui s'en retournoit, luy seroit aultant de tesmoings vers

Vostre Majesté, et vers toute la France, d'avoir veu par

démonstration d'effect accomplir ce qu'elle m'avoit souvant promis et

assuré de parolle: qu'elle procédoit de vraye et droicte intention,

pleine de toute sincérité, à se confédérer pour jamais avec Vostre

Majesté et vostre couronne; et qu'encor que, par lettres, qu'elle

venoit tout freschement de recepvoir d'Escoce, il luy estoit mandé que

le capitaine Granges la menaçoit du contraire, assurant que ceste

ligue ne seroit d'aulcune durée, qu'elle n'en croyoit rien, ains se

confioit parfaictement en l'assurance et vérité de vostre parolle.

Je luy ay dict qu'elle la trouveroit perpétuellement ferme et

indubitable. Et ay adjouxté, Sire, que, par la mesme dépesche, du XXVe

du passé, vous nous commandiez à tous trois de luy représanter le

singullier contantement, que vous aviez, de ce qu'elle avoit prins de

bonne part l'offre, que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, luy

aviez faicte, de Monseigneur le Duc, vostre frère et filz, et que

c'estoit la chose de ce monde par laquelle vous desiriez plus

signiffier à toute la Chrestienté que vous estiez uny avec elle d'ung

lien si indissoluble qu'il ne restoit nul moyen de le pouvoir rompre;

nous ordonnant qu'avant nous départir, nous fissions tout ce qu'il

nous seroit possible pour mener l'affaire à quelque résolution, affin

que les deux la vous peussent rapporter à leur retour. Dont ilz

creignoient bien que ne vous rapportant qu'ung dellay, qu'ilz ne

seroient bien receus de Vostre Majesté; mais ilz se consoloient en

deux choses: l'une, que le dellay n'estoit long; et l'aultre, que la

dicte Dame estoit si prudente et vertueuse, que tant plus elle

prendroit de loysir pour considérer l'affaire, plus elle se

confirmeroit non seulement de le vouloir, mais de le desirer, soit

qu'elle regardât à elle mesmes ou bien à son estat, ou aulx amys

qu'elle faysoit, ou combien elle se jectoit hors du danger de toutz

ses ennemys, mais singullièrement combien de sortes de vray

contantement, d'honneurs, d'advantages, de seuretés et infinyes

commodictés, elle s'acquerroit par ce mariage, et combien elle

mettroit fin à toutz les ennuys, à toutz les inconvénientz et à toutz

les périlz qu'elle pouvoit creindre, pour le reste de sa vye. Ce que

je luy ay bien voulu dire, Sire, parce que ceulx, qui veulent bien à

ce propos, me l'ont conseillé.

Elle m'a respondu qu'elle cognoissoit avoir plus d'obligation à Vostre

Majesté et à la Royne, vostre mère, qu'elle n'en avoit, ny pourroit

jamais avoyr, à nulz princes de la terre, et qu'ung de ses conseillers

luy venoit de dire qu'elle advisât bien de ne faire que les

difficultés, qui n'estoient que légières pailles dedans l'une des

balances de cest affaire, n'emportassent ce qui estoit de plomb et de

solide dedans l'aultre; ce qui luy faisoit desirer, de bon cueur, que

l'inégalité de l'aage ne se monstrât si malaysée qu'elle est, mais

bien voyoit que celluy de Monseigneur le Duc ne se sçavoit tant

approcher que le sien ne s'esloignât davantaige de la vraye proportion

que les deux debvoient avoir ensemble, ce qui la retenoit en plusieurs

doubtes pour ce regard; car, quand à tout le reste, elle estimoit

qu'il n'y avoit rien qui ne fût facille à accomoder.

J'ay réplicqué, Sire, que j'estois bien ayse que toutes les

difficultés fussent réduictes à celle seule de l'aage, et qu'elle

n'eût sinon creinte que Mon dict Seigneur le Duc, pour estre jeune, ne

la sceût bien aymer. Sur quoy je luy avois desjà dict et ne voulois

cesser de luy dire que ce, que j'estimois de plus parfaict en cest

affaire, estoit le jeune aage de ce prince; car, encor qu'il ne fût

pour s'entremettre si tost du gouvernement, bien qu'elle l'y

associât, ains pour se laysser conduire à tout ce qu'elle et ses

conseillers vouldroient, qui seroit chose que ses subjectz n'auroient

que bien agréable, si, voyoit on en luy tout ce qui estoit requis pour

satisfaire aux deux plus nécessaires occasions qui faisoient desirer

ung roy par deçà: la première estoit la personne avec la présence et

la dignité, qui se monstroient en luy très royalles, et accompaignées

d'ung bon sens et de beaucoup de valeur, pour estre desjà fort capable

de commander; l'aultre, qu'il estoit comblé de toutes les honnestes et

agréables et souhaitables qualités, qui se pouvoient desirer pour

estre très digne mary d'elle; et n'y avoit, je ne voulois pas dire ung

prince en Europe, mais entre les gentilshommes, d'espée et cape, ne

s'en trouveroit ung qui fût pour satisfaire, mieulx que luy, à tout ce

qui pouvoit contanter la bonne grâce d'une belle et vertueuse

princesse; et qu'au reste elle feroit tort à elle mesmes, de ne

s'estimer assez digne de l'amour et du service du plus accomply prince

qui soit en la terre; et à luy, qu'il fût de si maulvais jugement, et

si mal nourry, qu'il ne recognût en elle les excellentes et belles

qualités qui la rendoient singulièrement aymable. Dont la supliois

qu'elle voulût demeurer très fermement persuadée que nulle, soubz le

ciel, seroit plus parfaictement bien aymée et honnorée qu'elle, s'il

luy playsoit de bien aymer ce prince, et le recepvoir en sa bonne

grâce.

Elle m'a respondu qu'encor seroit il besoing, si Monseigneur le Duc

avoit à venir par deçà, qu'il sceût estre au conseil, et commander,

bien qu'elle ne le desiroit ny trop sévère ny mélancolicque; mais une

chose surtout luy faysoit tousjours peur, c'est que toutz deux, en ung

mesme temps, se verroient fort diversement croistre, luy en

perfections, et elle en deffaultz, ce qui feroit qu'après sept ou

huict ans, dedans lesquelz, à la vérité, elle espéroit de luy estre

assez agréable, il viendroit, incontinent après, à la mespriser et la

hayr, ce qui l'envoyeroit le landemain au tombeau.

Je luy ay respondu qu'en une amityé contractée entre deux personnes

royalles, soubz la bénédiction de mariage, telle chose n'estoit

aulcunement à creindre, et que Mr de Montmorency et Mr de Foix luy

avoient dict tout ce qu'ilz avoient sceu et creu, et espéré, de cest

affaire, et elle leur debvoit adjouxter foy, estantz personnages

d'honneur et de vertu, et parlantz de la part de princes très vertueux

et très honnorables; et que je n'avois que adjouxter, pour ceste

heure, à leurs remonstrances, sinon ung petit escript, que j'avois

trouvé dans leur pacquet, lequel je n'avois, à la vérité, nulle

commission de le luy monstrer, mais j'estimois qu'il pouvoit beaucoup

servir à l'esclarcir de ce principal doubte qu'elle avoit sur le

cueur.

Sur quoy, ayant la dicte Dame demandé des sièges, elle m'a menné

assoir auprès d'elle en ung coing de la chambre; et luy ayant baillé

le dict escript, elle a veu que c'estoit une lettre, que Monseigneur

le Duc avoit escripte de sa mein à Mr de Montmorency, concernant ce

propos, dont elle l'a lue tout au long et l'a relue une segonde foys,

et l'a trouvée merveilleusement bien faicte, et fort convenable à ce

qu'elle desiroit cognoistre de luy. Et, après avoir loué la belle et

propre et bien ornée façon d'escripre, et l'escripture mesmes, elle

m'a dict que cella seroit cause dont elle me diroit qu'elle s'estoit

fort esbahye qu'en tout le temps que le comte de Lincoln avoit demeuré

en France, il ne luy avoit escript ung seul mot de ce propos, et

qu'elle croyoit que Vostre Majesté, ny la Royne, vostre mère, ne luy

en aviez aulcunement parlé; dont ne sçavoit que penser sinon que la

maladie de la Royne en avoit esté cause, me demandant là dessus bien

fort curieusement comme elle se pourtoit.

A quoy ayant satisfait que, grâces à Dieu, j'estimois que fort bien;

elle a suyvy à dire qu'il estoit bien vray que, depuis le partement de

Mr de Montmorency et de Mr de Foix, elle avoit veu une lettre d'ung

des angloys qui estoient allez en France, homme de bon jugement, qui

parloit le plus honnorablement de ce prince qu'il estoit possible,

assurant qu'il estoit d'une belle disposition, fort adroit, et qui

s'exerçoit à toutes sortes d'armes aultant vigoureusement que nul

prince ou seigneur qui fût en la court, et qu'il avoit la grâce fort

bonne, et toutes ses condicions et qualités fort aymables et fort

recommandables, seulement la petite vérolle luy avoit faict un peu de

tort au visage, mais que cella se pourroit guérir dans ung moys; et

qu'elle attandoit, en brief, le comte de Lincoln pour en entendre plus

avant, ne demeurant en rien si creintifve que de ceste diverse sorte

qu'ilz avoient à croistre ensemble, luy en toutes sortes de pris, et

elle en toutes sortes de despris; néantmoins qu'elle prioit Dieu, et

vouloit que je le priasse aussy, qu'elle peût faire en cest endroict

une telle résolution qui peût bien contanter Voz Très Chrestiennes

Majestez.

Qui est en substance, Sire, tout ce que, pour ceste fois, j'ay peu

recueillir des propos de la dicte Dame, bien qu'ilz ayent esté plus

longs, et que je les aye tout exprès prolongés davantaige pour pouvoir

remarquer quelque chose de son intention.

Au surplus, Sire, vous entendrés par Mr de Montmorency la parolle

qu'il a obtenue d'elle pour la personne de la Royne d'Escoce. Luy et

Mr de Foix ont faict beaucoup de dignes offices pour elle; et j'espère

que celluy, que la Royne a faict en l'endroict des seigneurs angloys

qui estoient par dellà, servira grandement à ceste pouvre princesse.

J'ay suyvy icy, le plus doulcement que j'ay peu, les instances que

toutz troys avions commancé d'en faire, en sorte que, grâces à Dieu,

le parlement a esté remis jusques à la Toutz Sainctz, sans rien

toucher au tiltre que la dicte Dame prétend à la succession de ce

royaulme. Je sçauray encores mieulx comme la chose en demeure, et la

vous manderay par le premier.

Il se prépare icy ung bon secours pour envoyer à Fleximgues, et semble

qu'on vueille passer plus avant en l'entreprinse de Olande qu'on ne le

pensoit du commancement. J'en apprandray, jour par jour, les

particullarités. L'on est fort escandalisé du propos que le cappitaine

Granges a tenu: que la ligue ne seroit pas de durée, et que Vostre

Majesté luy avoit offert dix mille escus, s'il vouloit mettre le

chasteau de Lillebourg entre voz mains. J'ay fort soubstenu qu'il ne

pouvoit avoir dict une chose si faulce que cella. Nous sommes après à

faire conjoinctement une dépesche au dict pays, et, encore que ne

convenions encores du tout bien comme se fera, je croy qu'à la fin

nous nous en accorderons. Sur ce, etc.

Ce Ve jour de juillet 1572.

A LA ROYNE.

Madame, après avoir heu avec la Royne d'Angleterre le long discours

que trouverez en la lettre du Roy, j'ay parlé au comte de Lestre pour

le confirmer en celle tant dévote affection qu'il a assuré Mr de

Montmorency et Mr de Foix qu'il avoit à la confirmation du propos de

Monseigneur le Duc, et il m'a monstré qu'il y estoit plus disposé que

jamais. Et puis je me suis retiré, à part, avec milord de Burgley,

soubz prétexte de traicter avec luy des choses d'Escoce, et luy ay

récité tout ce qui s'estoit passé entre la Royne, sa Mestresse, et

moy; lequel a loué grandement le propos, et encores plus loué l'advis

que j'avois prins de monstrer la lettre de Monseigneur le Duc, vostre

filz, à la dicte Dame, et luy mesme l'a trouvée très bien faicte, et

la plus à propos du monde; et m'a dict que plusieurs doubtes avoient

saysy la Royne, sa Mestresse, quant elle avoit veu qu'en tout le temps

que le comte de Lincoln avoit demeuré en France, il n'avoit rien

escript de ce propos par deçà, et qu'elle craignoit qu'il heût cognu

de la froideur en Monseigneur le Duc, ou bien quelques desfaultz qu'il

n'avoit ozé les mander; mais que, despuis, il avoit escript en si

bonne et advantageuse sorte de luy, qu'elle en demeuroit la mieulx

édiffiée du monde, et que je ferois bien d'advertir Mr de Montmorency

et Mr de Foix, si le temps le portoit, qu'ilz instruisissent bien le

dict sieur comte de Lincoln et Me Milmor aussi, quand ilz les

rencontreront en chemin, sur tout ce qu'ilz auront à rapporter par

deçà, sans toutesfois tromper leur Mestresse, et que je fisse aussy

aller quelqu'ung au devant d'eux pour les bien disposer.

Sur quoy, Madame, mon dict sieur de Montmorency et Mr de Foix, avant

partir d'icy, ont bien advisé de ce qu'ilz auroient à faire et dire,

quand ilz rencontreroient les dicts sieurs comte Smith et Milmor, de

sorte qu'il ne fault doubter qu'ilz n'y ayent abondamment satisfaict.

Et j'ay donné ordre, icy, qu'aussitost qu'ilz aprocheront de cest

court, milord de Boucaust et maistre Enich aillent au devant d'eux

pour leur faire la bouche. Et encores le comte de Lestre me vient de

mander qu'il les priera de faire bien leur debvoir, mais qu'il me

vouloit bien assurer que Mr de Montmorency, ny Mr de Foix, ny moy, ny

pareillement luy, ny milord de Burgley, ny tout le conseil

d'Angleterre n'avoient tant advancé ce propos vers la Royne, comme

avoit faict ceste petite lettre que je luy avois montrée au soyr; et

que pourtant il me prioit de dépescher en dilligence vers Vostre

Majesté pour faire que Mon dict Seigneur le Duc me vueille escripre

une aultre bonne lettre, plaine d'affection, pour me recommander de

m'emploier vifvement en cest affaire, et qu'elle soit pour estre

monstrée à la dicte Dame; et encores, s'il luy sembloit bon, une

aultre à luy mesmes, et encores une aultre à elle, car estimoit que

cella ne luy pourroit de rien préjudicier, mais aulmoins une à moy, et

qu'il ne creignît de dire que, si n'estoit la réputation du monde, et

que Voz Majestez le luy voulussent permettre, il passeroit très

volontiers par deçà pour la venir remercyer de la faveur qu'elle avoit

porté au propos qu'on luy avoit tenu de luy, et pour se dédier et

consacrer pour jamais à l'honneur, et service d'elle; car dict que

surtout elle vouloit estre requise, et avoyr quelque cognoissance

qu'elle fût aymée.

Je ne veulx, Madame, faire trop de fondement en ces démonstrations,

car l'ordinayre instabilité de ceste court ne me le permet, mais, de

tant que c'est chose qui n'est ny esloignée du propos ny malaysée à

faire, j'ay estimé qu'il ne sera que bon de l'essayer. Le dict sieur

comte ne déclare encores rien de son intention, touchant le party qui

luy a esté proposé pour luy, et dict que, pourveu que le principal

succède bien, il ne peut demeurer que trop bien pourveu par la

bénéficence du Roy et de celle du segond Roy, voz enfans, et de celle

de la Royne, sa Mestresse; par ainsy qu'il ne fault parler de son

faict jusques après la conclusion de l'aultre. Tant y a qu'il desire

avoir le pourtraict de madamoyselle de Montpensier, lequel il sçait

bien qu'est en la mayson du comte Palatin; dont je vous suplie très

humblement, Madame, l'en vouloir faire gratifier, et croyre que c'est

ung poinct fort important. Sur ce, etc. Ce Ve jour de juillet 1572.

CCLXIIe DÉPESCHE

--du Xe jour de juillet 1572.--

(_Envoyée exprès jusques à la court par Laurent._)

Retour du comte de Lincoln et de Me Smith.--Clôture du

parlement.--Résolution concernant Marie Stuart.--Secours

envoyés à Flessingue.--Fausse nouvelle d'une victoire remportée

près de Mons par les Gueux.--Négociations du mariage.

AU ROY.

Sire, le VIIe de ce moys, Mr le comte de Lincoln et les milordz et

gentilshommes, qui estoient passez en France avecques luy, et Me Smith

sont arrivés en ce lieu, lesquelz, par le raport qu'ilz ont faict de

leur voyage à la Royne d'Angleterre et aulx seigneurs de ce conseil,

et à toute ceste court, j'entendz qu'ilz se sont bien fort louez de

l'honneur, faveur et bonne chère qu'ilz ont receus par dellà, et que

si, d'avanture, il y a heu quelque deffault, ou à Paris, ou par les

chemins, que cella reste trop plus que suffisemment récompansé par

l'abondance de bonne affection que Vostre Majesté monstre de porter à

la Royne, leur Mestresse, et à toute ceste nation, et par la privaulté

et courtoysie, et gracieuseté, dont il vous a pleu uzer en meintes

sortes vers eulx; de façon qu'avec beaucoup de louenge, qu'ilz donnent

à Voz Majestez Très Chrestiennes et à Messeigneurs voz frères, pour

les excellantes et vertueuses qualitez qu'ilz ont remarquées en vous

et en eulx, ilz protestent qu'après leur Mestresse, ilz vous sont plus

serviteurs qu'à nul prince qui soit aujourd'huy en tout le reste du

monde.

Le dict sieur comte de Lincoln, et Me Smith et Me Milmor font de très

bons offices pour advancer le propos de Monseigneur le Duc, et parlent

bien fort à l'advantage de luy, assurantz qu'il est d'une fort belle

disposition, et qu'il a la taille belle et bien proportionnée, et est

fort vigoureux et adroict, et, au reste, qu'il est si accomply, en

toutes aultres bonnes et desirables condicions et qualités, qu'il n'y

a que le seul accidant du visage qui luy face ung peu de tort. Icelluy

sieur comte et Me Smith m'ont envoyé visiter, et m'ont mandé qu'ilz me

viendroient voyr. Je mettray peyne de cognoistre d'eux à quoy il leur

semble que incline l'affère, et de leur confirmer, par toutes les

persuasions qu'il me sera possible, la bonne affection qu'ilz

monstrent d'y avoyr.

Milord Sideney et meylady Sideney, sa femme, laquelle peut infinyement

vers sa Mestresse, se sont soigneusement enquis si leur filz estoit

bien veu en vostre court, et s'il aura l'honneur que le faciez

gentilhomme de vostre chambre; dont je seray bien ayse, Sire, qu'il

s'en puisse louer vers eulx, avant la fin de ce moys.

Le Sr de L'Espinasse est passé en Escoce, lequel j'ay mis peyne, avec

quelques advertissementz de Mr David Chambres, de l'envoyer, le mieulx

instruict que j'ay peu, vers Mr Du Croc, son beau père, sur toutz les

affères de dellà, et n'ay obmis d'envoyer au dict Sr Du Croc, une

segonde foys, le mesmes arresté, qu'il a, à mon advis, desjà receu par

mes précédantes, des choses qu'on nous a accordées pendant que Mr de

Montmorency et Mr de Foix ont esté icy.

Au surplus, Sire, le jour que la Royne d'Angleterre a esté clorre son

parlement, après que milord Quiper a heu proposé assez briefvement

pour elle en l'assemblée, elle a faict lire, tout hault, les

déterminations du dict parlement qui se sont trouvées en nombre vingt

et troys, desquelles elle a passées la pluspart; mais, quand est venu

à celles qui touchent la Royne d'Escoce, elle a dict qu'elle y vouloit

penser, parce qu'elles estoient de grande conséquence, priant ceulx de

l'assemblée de croyre que ce n'estoit en la façon accoustumée par le

passé, que, quand le prince remétoit d'y penser, c'estoit qu'il n'en

vouloit rien faire; et qu'elle dellibéroit de pourvoir indubitablement

à ces affères de la Royne d'Escoce, après qu'elle auroit bien et

meurement consulté quand, et comment, et par quel ordre et façon, elle

y debvroit procéder. De quoy les ecclésiastiques et les plus

passionnés de la religion protestante sont restez fort malcontantz,

car ilz pensoient avoir bien dressé leurs praticques pour rendre, à ce

coup, désauthorée ceste pouvre princesse de la future succession de

ceste couronne; mais je croy, Sire, que la Royne d'Angleterre se

contantera de donner ordre que, durant sa vye, elle ne luy puisse rien

quereller. Je loue Dieu que, parmy beaucoup de très grandz et très

imminantz dangers, il préserve tousjours ceste princesse, et nous

laysse espérer quelque chose de mieulx à l'advenir pour elle par la

clémence et débonnaireté de sa cousine.

Ceulx de ce conseil se sont assemblés par plusieurs foys, et

s'assemblent toutz les jours, sur les affères de Flandres. Je voy bien

qu'ilz veulent ayder à bon esciant à ceulx de Fleximgues, et mettre

pied en Zélande. Il est vray que leur agent en Hembourg leur escript

que de bien fort grandes levées d'allemans sont prestes à marcher pour

les deux partis, et qu'il creint que celles du prince d'Orange, par

faulte d'argent, seront les dernières en campaigne, ou bien qu'elles

s'arresteront du tout, et que l'espérance gist en deniers qui pourront

provenir de ces marchandises, qui ont esté prinses à la venue du duc

de Medina Celi. Tant y a qu'on n'a layssé d'envoyer pour cella d'icy,

depuis deux jours, mille soldatz en fort bon équippage à Fleximgues,

soubz la charge du cappitaine Gelibert, en sorte qu'il y a, à présent,

près de deux mille angloys, et s'en apreste beaucoup plus grand

nombre, sans commission toutesfois, ny sans aulcune apparante

authorité de cette princesse, ny de son conseil.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Cinquième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 2 / 35 段