qu'il y ait de la justesse à employer cette expression, _se mit en
tête_; ce mot semble indiquer une fantaisie nouvelle ou du moins assez
rare.
_Sanglier_ était autrefois de deux syllabes, ce qui était assez dur à
l'oreille.
V. 12. Leur troupe n'était pas encore accoutumée, etc.
Il fallait donc que ce fut au commencement du monde. Cette
circonstance paraît bizarre... _dit l'âne en se donnant_ tout
l'honneur de la chasse. Il fallait ce me semble que l'âne se rendît
tout-à-fait insupportable au lion par ses fanfaronnades; cela eût
rendu la moralité de la fable plus sensible et plus évidente.
FABLE XX.
Ce n'est point là une fable; c'est une anecdote dont il est assez
difficile de tirer une moralité.
V. 5 Une histoire des plus gentilles.
Quoique ce soit d'Ésope que La Fontaine parle ici et non pas de
lui-même, peut-être eût-il été mieux de ne pas promettre que
l'histoire serait gentille: on le verra bien.
V. 22. .... _Chacune sœur._ C'est le style de la pratique; et ce mot
de chacune, au lieu de chaque, fait très-bien en cet endroit.
LIVRE TROISIÈME.
FABLE I.
V. 4. _Les derniers venus, etc._, n'y ont presque rien trouvé.
V. 16. _Et que rien ne doit fuir, etc._ Locution empruntée de la
langue latine.
V. 22. La guerre a ses douceurs, l'hymen a ses alarmes.
Vers charmant.
V. 23. _......... où buter._ Ce mot de buter est sec et peu agréable à
l'oreille.
V. 74. .... _Car, quand il va voir Jeanne._ La Fontaine, après nous
avoir parlé de _quolibets coup sur coup renvoyés_, pouvait nous faire
grâce de celui-là.
V. 81. _Quant à vous, suivez Mars, etc._ Ce n'est point La Fontaine
qui parle à son lecteur, c'est Malherbe qui continue et qui s'adresse
à Racan. Celui-ci ne prit ni femme, ni abbaye, ni emploi; il se livra,
à son talent pour la poésie, qui lui fit une grande réputation.
FABLE II.
La Fontaine a pris ici le ton le plus simple, et ne paraît pas
chercher le moindre embellissement. Il a craint sans doute qu'on ne le
soupçonnât d'avoir voulu lutter contre Horace, qui, dans une de ses
Épîtres, a mis en vers cet Apologue d'une manière beaucoup plus
piquante et plus agréable.
V. 7. Chacun d'eux résolut de vivre en gentilhomme,
Sans rien faire...
Voilà un trait de satyre qui porte sur le fond de nos mœurs, mais
d'une manière bien adoucie. C'est le ton et la coutume de La Fontaine
de placer la morale dans le tissu de la narration, par l'art dont il
fait son récit.
V. 25. .... _Et la chose est égale._ Pas si égale. Mais La Fontaine
n'y regarde pas de si près. On verra ailleurs qu'il ne traite pas
aussi bien l'autorité royale, et que même il se permet un trait de
satyre qui passe le but.
FABLE III.
V. 5. _Hoqueton._ Ce mot se dit et d'une sorte de casaque que portent
les archers, et des archers qui la portent.
V. 10. C'est moi qui suis Guillot, berger de ce troupeau.
Comme ce vers peint merveilleusement les fripons et les attentions
superflues qu'ils prennent pour le succès de leurs fourberies;
attentions qui bien souvent les font échouer!
V. 16. ... _Comme aussi sa musette._ Ce dernier hémistiche est d'une
grâce charmante. Ce qu'il y a de hardi dans l'expression, _d'une
musette qui dort_, devient simple et naturel, préparé par le sommeil
du berger et du chien.
V. 22. Mais cela gâta son affaire.
C'est ce qui arrive. On reconnaît l'imposteur à la caricature: les
fripons déliés l'évitent soigneusement: et voilà ce qui rend le monde
si dangereux et si difficile à connaître.
V. 32. _Quiconque est loup, etc...._ Il fallait finir la fable au vers
précédent, _toujours par quelque endroit fourbes se laissent prendre_.
La Fontaine alors avait l'air de vouloir décourager les fripons, ce
qui était travailler pour les honnêtes gens.
FABLE IV.
V. 14. _Or c'était un soliveau..._ Il faut convenir que la conduite de
Jupiter, dans cet Apologue, n'est point du tout raisonnable. Il est
très-simple de désirer un autre roi qu'un soliveau, et très-naturel
que les grenouilles ne veuillent pas d'une grue qui les croque.
FABLE V.
V. 22. Et vous lui fait un beau sermon.
La Fontaine se plaît toujours à développer le caractère du renard, et
il le fait sans cesse d'une manière gaie et comique. Les autres
fabulistes sont secs auprès de lui.
FABLE VI.
V. 5. _Fourbe_, moins commun que fourberie.
V. 8. _Possible_, guères.. Mot que Vaugelas, Ménage et Thomas
Corneille ont condamné. L'usage a, depuis La Fontaine, confirmé leur
arrêt.
V. 19. _Gésine..._ Mot vieilli, qui ne s'emploie guère que dans les
tribunaux.
V. 25. Obligez-moi de n'en rien dire.
C'est la première précaution du fourbe. La Fontaine ne manque pas ces
nuances, qui marquent les caractères et les passions.
V. 29. _Sottes de ne pas voir, etc..._ La Fontaine a bien fait de
prévenir ses lecteurs sur cette invraisemblance avant qu'ils s'en
apperçussent eux-mêmes. Mais elle n'en est pas moins une tache dans
cette fable. Il n'est pas naturel que la faim ne force pas tous ces
animaux à sortir.
FABLE VII.
V. 1. ... _Où toujours il revient._ _Où_, pour _auquel_. Selon
d'Olivet, _auquel_ ne peut se supporter en vers: _où_ pour _auquel_ ne
peut se dire. Voilà les poètes bien embarrassés. Racine n'a point
reconnu cette règle de d'Olivet.
FABLE VIII.
Cette goutte que l'auteur personnifie pour la mettre en scène avec
l'araignée, est une idée assez bizarre et peu digne de La Fontaine.
V. 11. ... _Aragne_, vieux mot conservé pour le besoin de la rime ou du
vers.
FABLE IX.
V. 16. ... _Vous êtes une ingrate._ Mot qui exprime à merveille un des
grands caractères de l'ingratitude, qui compte pour un bienfait le mal
qu'elle ne fait pas.
FABLE X.
V. 1. _On exposait en peinture._ Une femme d'esprit, lasse de voir
dans nos livres des peintures satyriques de son sexe, appliqua aux
hommes qui font les livres, la remarque du lion de cette fable. Elle
avait raison; mais les femmes ont mieux fait depuis: c'est de prendre
leur revanche, de faire des livres, et de peindre les hommes à leur
tour.
FABLE XI.
V. 1. ... _Gascon, d'autres disent Normand._ Cette incertitude, ce
doute où La Fontaine s'enveloppe avec l'apparence naïve de la bonne
foi historique, est bien plaisante et d'un goût exquis.
On a critiqué, _et bons pour des goujats_, et l'on a eu raison; les
goujats n'ont que faire là.
FABLE XII.
V. 8. Tantôt on les eût vus côte à côte nager.
Ce vers et les deux suivans sont d'une vérité pittoresque qui met la
chose sous les yeux.
FABLE XIII.
V. 13. ... _Louvats._ Mot de style burlesque, qui s'emploie, comme on
le sait, pour louveteau.
V. 27. J'en conviens; mais de quoi sert-elle,
Avec des ennemis sans foi?
La Fontaine se met ici à côté d'une grande question, savoir jusqu'à
quel point la morale peut s'associer avec la politique.
FABLE XIV.
V. 2. _Prouesse_, action de _preux_, vieux adjectif qui signifie, en
style marotique, _brave_, vaillant.
FABLE XV.
V. 8. _Depuis le temps de Thrace, etc._, n'est pas une tournure bien
poétique ni bien française: cependant elle ne déplaît pas, parce
qu'elle évite cette phrase: _depuis le temps où nous étions ensemble
dans la Thrace_.
FABLE XVI.
V. 25. .... _Assez hors de saison._ C'est mon avis, et je ne conçois
pas pourquoi La Fontaine s'est donné la peine de rimer cette
historiette assez médiocre.
FABLE XVII.
V. 19. Ce que je vous dis-là, on le dit à bien d'autres:
La Fontaine, avec sa délicatesse ordinaire, indique les traitans
d'alors, tourne court bien vite, comme s'il se tirait d'un mauvais
pas.
FABLE XVIII.
Cette fable est charmante d'un bout à l'autre pour le naturel, la
gaîté, surtout pour la vérité des tableaux.
LIVRE QUATRIÈME.
FABLE I.
V. 5. Et qui naquîtes toute belle,
A votre indifférence près.
Ces deux vers sont d'une finesse peu connue jusqu'à La Fontaine, mais
l'Apologue ne vaut rien. Quoi de plus ridicule que cette supposition
d'un lion amoureux d'une jeune fille, de l'entrevue du lion et du
beau-père de ce lion, qui se laisse limer les dents? Tranchons le mot,
tout cela est misérable. Il était si aisé à La Fontaine de composer un
Apologue dont la morale eût été comme dans celui-ci:
Amour! Amour! quand tu nous tiens,
On peut bien dire adieu prudence.
FABLE II.
Cette petite aventure n'est point une fable: La Fontaine l'avoue
lui-même par ce vers:
Ceci n'est pas un conte à plaisir inventé.
Il s'en sert pour amener de la morale.
V. 24. ... _Assuré._ Mauvaise rime.
V. 27. Les conseils de la mer et de l'ambition.
Expression très-noble et rapprochement très-heureux, qui réveille dans
l'esprit du lecteur l'idée du naufrage pour le marin et pour
l'ambitieux.
FABLE III.
Le commencement de cette fable est charmant. L'indignation de la
fourmi contre l'illusion de l'amour-propre, et l'aveuglement de la
fourmi qui se compare à elle, peint merveilleusement le délire de la
vanité; mais La Fontaine a eu tort d'ajouter
V. 17. Et la dernière main que met à sa beauté
Une femme allant en conquête,
C'est un ajustement des mouches emprunté.
D'abord ajustement n'est pas le mot propre. Ensuite le petit ornement
s'appelle mouche en français, et autrement dans une autre langue.
Cependant ce jeu de mots est plus supportable que tous ceux qui se
trouvent dans la réponse de la fourmi.
V. 39. Les mouches de cour chassées:
Les mouchards sont pendus, etc.
Ce sont de mauvais quolibets qui déparent beaucoup cette fable, dont
le commencement est parfait. On se passerait bien aussi du grenier et
de l'armoire des deux derniers vers.
FABLE IV.
Voici une fable presque parfaite. La scène du déjeûné, les questions
du seigneur, l'embarras de la jeune fille, l'étonnement respectueux du
paysan affligé, tout cela est peint de main de maître. Molière
n'aurait pas mieux fait.
FABLE V.
Jolie fable, parfaitement écrite d'un bout à l'autre; la seule
négligence qu'on puisse lui reprocher est la rime _toute usée_, qui
rime avec _pensée_.
FABLE VI.
V. 4. .... _Étroites._ La rime veut qu'on prononce _étrettes_, comme
on le faisait autrefois, et comme on le fait encore en certaines
provinces. C'est une indulgence que les poètes se permettent encore
quelquefois.
V. 17. Plus d'un guéret s'engraissa.
Ce ton sérieux emprunté des récits de bataille d'Homère, est d'un
effet piquant, appliqué aux rats et aux belettes.
V. 50. N'est pas petit embarras.
Il fallait s'arrêter à ces deux vers faits pour devenir proverbe. Les
six derniers ne font qu'affaiblir la pensée de l'auteur.
FABLE VII.
Le fait est faux, mais c'est une tradition ancienne. D'ailleurs, La
Fontaine évite plaisamment l'embarras d'une discussion; au surplus, on
ne voit pas trop quelle est la moralité de cette prétendue fable, qui
n'en est pas une.
FABLE VIII.
V. 18. Pline le dit: il faut le croire.
Même défaut dans cet Apologue. Qu'y a-t-il d'étonnant qu'une idole de
bois ne réponde pas à nos vœux, et que, renfermant de l'or, l'or
paraisse quand vous brisez la statue? Que conclure de tout cela? qu'il
faut battre ceux qui sont d'un naturel stupide. Cela n'est pas vrai,
et cette méthode ne produit rien de bon..
FABLE IX.
V. 1. Un paon muait, un geai prit son plumage, etc.
Esope met une corneille au lieu d'un geai: la corneille valait mieux,
attendu qu'elle est toute noire; sa fantaisie de se parer des plumes
du paon n'en était que plus ridicule, et sa prétention plus absurde.
C'est Phèdre qui a substitué le geai à la corneille, et La Fontaine a
suivi ce changement, qui ne me paraît pas heureux.
Lesseing, fabuliste allemand, a fait une fable où il suppose que les
autres oiseaux, en ôtant au geai les plumes du paon, lui arrachent
aussi les siennes: c'est ce qui arrive à tous les plagiaires. On finit
par leur ôter même ce qui leur appartient.
FABLE X.
V. 1. _Le premier, etc._ La précision qui règne dans ces quatre
premiers vers, exprime à merveille la facilité avec laquelle l'homme
se familiarise avec les objets les plus nouveaux pour lui et les plus
effrayans. Au reste, ce n'est pas là un Apologue.
FABLE XI.
V. 7. .... _L'avent ni le carême_, n'avaient que faire là.
V. 13. Elle allégua pourtant les délices du bain.
La Fontaine n'évite rien autant que d'être sec. Voilà pourquoi il
ajoute ces vers qui sont charmans, quoiqu'il pût s'en dispenser après
avoir dit: _Il n'était pas besoin de plus longue harangue_.
FABLE XII.
V. 2. Et la raison ne m'en est pas connue.
Ni à moi non plus, attendu que cette fable n'est pas bonne. Alexandre
qui demande un tribut aux quadrupèdes, aux vermisseaux, ce lion
porteur de cet argent, et qui veut le garder pour lui, tout cela pèche
contre la sorte de vraisemblance qui convient à l'Apologue. Au reste,
la moralité de cette mauvaise fable, si l'on peut l'appeler ainsi,
retombe dans celle du loup et de l'agneau.
La raison du plus fort est toujours la meilleure.
FABLE XIII.
V. 10. Or un cheval eut alors différent.
Cette fable ancienne, l'une de celles qui renferment le plus grand
sens, était une leçon bien instructive pour les républiques grecques.
Les trois derniers vers qui contiennent la moralité de la fable, n'en
indiquent pas assez, ce me semble, toute la portée. C'est aussi le
défaut que l'on peut reprocher au prologue.
FABLE XIV.
V. 1. _Les grands, etc._ La Fontaine ôte le piquant de ce mot, en
commençant par en faire l'application aux grands. Il ne fallait que le
dernier vers.
FABLES XV ET XVI.
Ces deux fables me paraissent assez médiocres, et on se passerait fort
bien du dicton picard.
FABLE XVII.
Pourquoi mettre ce mot de Socrate dans un recueil d'Apologues?
FABLE XVIII.
V. 4. C'est peindre nos mœurs, etc.
Voilà le grand mérite des fables de La Fontaine, et personne ne
l'avait eu avant lui.
Il était inutile d'ajouter _et non pas par envie_; le désir de
surpasser un auteur mort il y a deux mille quatre cents ans, ne peut
s'appeler _envie_. C'est une noble émulation qui ne peut être
suspecte. Celui même de surpasser un auteur vivant, ne prend le nom
d'envie que lorsque ce sentiment nous rend injuste envers un rival.
V. _dernier_. Profiter de ces dards unis et pris à part.
La consonnance de ce mot _dards_, placé à l'hémistiche avec la rime _à
part_, offense l'oreille.
FABLE XIX.
V. 1. Vouloir tromper le ciel, etc.
Ces cinq premiers vers sont nobles et imposans, ils ont pourtant un
défaut. Il s'agit d'un prêtre d'Apollon, par conséquent d'un fourbe,
d'un payen incrédule, par conséquent d'un homme de bon sens; et La
Fontaine se fâche et parle comme s'il s'agissait du vrai dieu, d'un
prêtre du dieu suprême.
Ce ridicule se trouve dans les histoires ancienne et romaine de
Rollin. Ce digne professeur s'emporte contre ceux qui ne croyaient pas
à Jupiter, à Neptune. Il suppose, sans y songer, que ces gens-là, nés
parmi nous, n'auraient pas cru à notre religion.
FABLE XX.
Cette petite pièce n'est point une fable; c'est une aventure très-bien
contée, dont La Fontaine tire une moralité contre les avares. Le trait
qui la termine, joint au piquant d'un saillie épigrammatique
l'avantage de porter la conviction dans les esprits.
V. 13. _Son cœur avec_..... n'est ni harmonieux ni élégant; mais est
d'une vivacité et d'une précision qui plaisent.
FABLE XXI.
V. 1. _Un cerf s'étant sauvé...._ Cette fable est un petit
chef-d'œuvre. L'intention morale en est excellente, et les plus
petites circonstances s'y rapportent avec une adresse ou un bonheur
infini. Observons quelques détails.
V. 3. Qu'il cherchât un meilleur asyle.
Voilà le dénouement préparé dès les trois premiers vers.
V. 5. Mes frères... je vous enseignerai...
Il parle là comme s'il était de leur espèce.
V. 5. ... Les pâtis les plus gras.
Voyez avec quel esprit La Fontaine saisit le seul rapport d'utilité
dont le cerf puisse être aux bœufs.
V. 12. ... Les valets font cent tours,
L'intendant même.
Maison très-bien tenue! tout le monde paraît à sa besogne et ne fait
rien qui vaille.
V. 14. N'apperçut ni cor, ni ramure.
Cela ne paraît guère vraisemblable, et voilà pourquoi cela est
excellent.
V. 20. ... L'homme aux cent yeux...
Cette courte périphrase exprime tout, et le discours du maître est
excellent.... _Je trouve bien peu d'herbe....... Cette litière est
vieille......_ Qu'ont fait les valets avec leurs cent tours?
V. 34. Ses larmes ne sauraient...
La Fontaine ne néglige pas la moindre circonstance capable de jeter de
l'intérêt dans son récit.
_V. dernier._ Quant à moi, j'y mettrais encor l'œil de l'amant.
Ce dernier vers produit une surprise charmante. Voila de ces beautés
que Phèdre ni Esope n'ont point connues.
FABLE XXII.
V. 2. Voici comme Esope le mit
En crédit.
Il fallait mettre ces deux vers en un, ce qui était facile, et ce qui
sauvait en même temps les trois rimes consécutives en _it_.
V. 6. .... Environ le temps
Que tout aime....
Un mot suffit à La Fontaine pour réveiller son imagination mobile et
sensible. Le voilà qui s'intéresse au sort de cette alouette, qui a
passé la moitié d'un printemps sans aimer.
V. 13. A toute force enfin elle se résolut
D'imiter la nature et d'être mère encore.
L'importance que La Fontaine donne à cet oiseau est charmante.
V. 24. .... _Avecque..._ Ce mot, dans La Fontaine, se trouve souvent
de trois syllabes, ce qui rend le vers pesant. On ne supporte plus
cette licence.
V. 34. ... _Il a dit....._ Avec quelle vivacité est peint
l'empressement des enfans à rendre compte à leur mère.
_Aider, écouter, manger_, mauvaises rimes, c'est dommage. On voudrait
que cette fable fût parfaite.
V. 36. _S'il n'a dit que cela....._ Peut-on mettre la morale en action
d'une manière plus sensible et plus frappante?
V. 50. Il a dit ses parens, mère! c'est à cette heure...
Non......
Comme la leçon se fortifie par la sécurité de l'alouette.
V. 67. Voletans et se culbutans.
Ce vers de sept syllabes entre deux vers de huit syllabes donne du
mouvement au tableau, et exprime le sens-dessus dessous avec lequel la
petite famille déménage. La Fontaine ne pouvait guère finir par une
plus jolie fable.
LIVRE CINQUIÈME.
FABLE I.
Vers 6. _Un auteur gâte tout..._ On voit, par ce petit prologue, que
La Fontaine méditait plus qu'on ne le croit communément sur son art et
sur les moyens de plaire à ses lecteurs. Madame de la Sablière
l'appelait un fablier, comme on dit un pommier; et d'après ce mot, on
a cru que La Fontaine trouvait ses fables au bout de sa plume. La
multitude de ses négligences a confirmé cette opinion; mais sa
négligence n'était que la paresse d'un esprit aimable qui craint le
travail de corriger, de changer une mauvaise rime, etc. Il y a
quelques négligences même dans ce Prologue:
V. 11. Enfin si, dans mes vers, je ne plais et n'instruis,
Il ne tient pas à moi; c'est toujours quelque chose.
Cela est commun et ne valait pas trop la peine d'être dit; mais il y a
plusieurs vers charmans, comme:
V. 6. Un auteur gâte tout quand il veut trop bien faire;
Non qu'il faille bannir certains traits délicats:
Vous les aimez ces traits, et je ne les hais pas.
V. 20. Deux pivots sur qui roule aujourd'hui notre vie.
Ce vers et cent autres prouvent que La Fontaine ne manque point de
force, quoiqu'il ne s'en pique point; mais il la cache sous un air de
bonhommie.
V. 27. Une ample comédie à cent actes divers.
C'est là le grand mérite de La Fontaine, et c'est son secret qu'il
nous donne. Tous les fabulistes ont fait parler les animaux; mais La
Fontaine entre, plus qu'eux tous, dans le secret de nos passions,
quand il les fait parler.
V. 31. .... _Aux belles la parole._ _Parole_ et _rôle_ riment
très-mal. La difficulté de la rime a fait pardonner cette faute à des
poètes moins négligés que La Fontaine.
V. 33. _Un bûcheron...._ Cette fable, et les quatre suivantes, sont du
ton le plus simple. Elles n'ont ni de grandes beautés, ni de grands
défauts. Elles n'offrent rien de bien remarquable.
FABLE II.
V. 25. Au moindre hoquet qu'ils treuvent.
_Treuvent... avecque..._ Ces mots-là, qu'on pardonnait autrefois, sont
devenus barbares. Je l'ai déjà observé, et je n'y reviendrai plus.
FABLE III.
V. 26. Quelques gros partisans...
Voilà un bon trait de satyre, et il est plaisant de faire parler ainsi
le petit poisson.
FABLE IV.
V. 11. N'allât interpréter à cornes leur longueur.
Ce tour n'est guère dans le génie de notre langue, et la grammaire
trouverait à chicanner; mais le sens est si clair que ce vers ne
déplaît pas.
V. 20. ... Et cornes de licornes.
Cette consonnance fait ici un très-bon effet, parce qu'elle arrête
l'esprit sur l'idée de l'exagération qu'emploient les accusateurs.
FABLE V.
V. 15. Mais tournez-vous de grâce...
Molière n'aurait pas dit la chose d'une manière plus comique.
FABLE VI.
Voici une fable où La Fontaine retrouve ses pinceaux et sa poésie, ce
mélange de tours et cette variété de style qui est propre. La peinture
du travail des servantes, celle de l'instant de leur réveil, sont
parfaites. Dans la plupart des éditions, il y a une faute qui défigure
le sens, _toutes entraient en jeu_: il faut lire, vers 7, _tourets
entraient au jeu_. Ce sont de petits tours à dévider le fil.
FABLE VII.
Cette fable est visiblement une des plus mauvaises de La Fontaine. On
a déjà remarqué que le satyre, ou plutôt le passant, fait une chose
très-sensée en se servant de son haleine pour réchauffer ses doigts,
et en soufflant sur sa soupe afin de la refroidir; que la duplicité
d'un homme qui dit tantôt une chose et tantôt l'autre n'a rien de
commun avec cette conduite, et qu'ainsi il fallait trouver une autre
emblême, une autre allégorie pour exprimer ce que la duplicité a de
vil et d'odieux.
FABLE VIII.
V. 2. Que les tièdes zéphirs ont l'herbe rajeunie.
Cette transposition, au lieu de _ont rajeuni l'herbe_, était autrefois
admise dans le style le plus noble; elle n'est plus reçue que dans le
style familier, et encore faut-il en user sobrement. Elle vieillit
tous les jours.
_Prés... propriétés...._ Mauvaises rimes.
V. 24. _Mon fils..._ L'hypocrite redouble de tendresse au moment où il
se croit sûr de réussir.
FABLE IX.
V. 10. ... Dès qu'on aura fait l'oût.
L'_oût_. Vieux mot qui veut dire la moisson, et dont on se sert encore
en quelques provinces.
FABLE X.
V. 8. Dont le récit est menteur,
Et le sens est véritable.
Toutes les fables, quand elles sont bien faites, doivent être dans le
même cas, et cacher un sens vrai sous le récit d'une action inventée.
D'où vient donc La Fontaine n'applique-t-il cette réflexion qu'à
l'Apologue actuel? Serait-ce qu'une montagne prête d'accoucher lui
aurait paru plus contraire à la vraisemblance qu'une lime qui adresse
la parole à un serpent? Cela serait une grande bonhommie.
V. 14. Du vent.
Ce vers de deux syllabes fait ici un effet très-agréable; et on ne
peut exprimer mieux la nullité de la production annoncée avec faste.
FABLE XI.
Celte fable n'est guère remarquable que par la simplicité du ton et la
pureté du style.
FABLE XII.
Cette fable est moins un apologue qu'une épigramme. Comme telle, elle
est même parfaite, et elle figurerait très-bien parmi les épigrammes
de Rousseau.
FABLE XIII.
Il crut que dans son corps elle avait un trésor.
Cette consonnance de l'hémistiche et de la rime est désagréable à
l'oreille.
FABLE XIV.
Les deux derniers vers de cette petite fable sont devenus proverbe.
D'un magistrat ignorant,
C'est la robe qu'on salue.
FABLE XV.
V. 2. ... _En de certains climats._ En Italie, par exemple, où l'on
marie la vigne à l'ormeau, au tilleul, etc.
V. 6. _Broute sa bienfaitrice..._ Est une expression hardie, mais
amenée si naturellement, qu'on ne songe point à cette hardiesse.
FABLE XVI.
V. 13. Je ne crains que celle du temps.
Cette idée très-philosophique, jetée dans le discours que La Fontaine
prête à la lime, fait beaucoup d'effet, parce qu'elle est entièrement
inattendue.
FABLE XVII.
V. 2. Car qui peut s'assurer d'être toujours heureux?
Cette raison de ne pas se moquer des misérables, a l'air d'être peu
noble et peu généreuse. En effet, une âme honnête ne se moquerait pas
des misérables, quand même elle serait assurée d'être toujours dans le
bonheur. Mais La Fontaine se contente de nous renvoyer au simple bon
sens, et fonde sa morale sur la nature commune et sur la raison
vulgaire. On a remarqué qu'il n'était pas le poète de l'héroïsme,
c'est assez pour lui d'être celui de la nature et de la raison.
V. 15. Sur leur odeur ayant philosophé,
Conclut.........
Et Rustaut qui n'a jamais menti.
La Fontaine se sert exprès de ces expressions qui appartiennent à
l'art de raisonner, que l'homme dit être son seul partage, et que
Descartes refuse aux animaux.
FABLE XVIII.