Un de ces accidents que les progrès de la construction métallique
rendent de plus en plus rares vient de se produire à Guéreins, dans
l'Ain. Un pont mixte, destiné à la fois au passage des voitures et des
piétons, entre Guéreins et Belleville, et à l'établissement d'une ligne
projetée entre Beaujeu et Châtillon-sur-Chalaronne, a plongé par une de
ses extrémités dans la Saône. Après l'achèvement des soutiens de
maçonnerie, on avait voulu, selon l'usage, faire glisser de pile à pile,
jusque sur l'autre rive, la partie du tablier du pont qui devait y
trouver sa place définitive. Pour atténuer la trop grande _portée à
vide_ du pont avant qu'il atteignît les piles, on l'avait muni d'un
_avant-bec_ de texture plus légère, qui viendrait reposer d'abord sur
les galets du soutien et servir de conducteur à la travée. L'opération
commença dans ces conditions. Mais à peine le bec se fut-il appuyé sur
la première pile qu'il se rompit, au cours d'un violent orage. Le pont,
privé de son soutien, plongea du nez dans la Saône à une profondeur de 4
mètres. Il faudra, dit-on, plus de six mois pour réparer l'accident.