A Auch, le 25e d'avril 1660.
Je profite avec le plus grand plaisir du monde de la permission
qui m'a été donnée d'écrire à Votre Majesté et de l'assurer
moi-même de la passion que j'ai pour Elle. J'envie le bonheur que
ce gentilhomme[222] aura de la voir plus tôt que moi, et quoique
je lui aie ordonné de bien représenter à Votre Majesté à quel
point je m'estimerai heureux lorsque je lui pourrai expliquer mes
sentiments de vive voix, je doute fort qu'il lui soit possible
de s'en acquitter selon mon désir. Enfin mon impatience est plus
grande qu'elle ne se peut dire, et, sans le soulagement que j'ai
de voir que nous nous approchons, rien ne me pourrait empêcher
de me rendre en personne auprès d'Elle. Cependant mon plus doux
entretien est de parler des perfections de Votre Majesté et
d'entendre le récit qu'on m'en fait de toutes parts. C'est celui
qui est entièrement à Votre Majesté.
_Signé_: L.[223].
A peine arrivé à Saint-Jean-de-Luz[224], le jeune Roi, de plus en plus
épris, adressa cette nouvelle lettre à l'Infante, lettre qui ne le cède
en rien à celle du 25 avril pour la vivacité des sentiments qu'elle
exprime: