Je marchai du lever du soleil jusqu'à son coucher, mon _mezaro_
rabattu et refermé sur mon visage pour que les passants ne
m'embarrassent pas de leurs rires et de leurs mauvais propos sur la
route, pensant en eux-mêmes, en me voyant si jeune et si seule, que
j'étais une de ces filles mal famées de Lucques qui vont chercher à
Pise et à Livourne les bonnes fortunes de leurs charmes, auprès des
matelots étrangers.
Il était nuit quand j'arrivai à la ville, je me glissai à travers la
porte à la faveur d'un groupe de familles connues des gardes de la
douane qui rentraient, avant les portes fermées, dans la ville, sans
être vue au visage, ni fouillée, ni interrogée; j'en rendis grâce à la
Madone dont la statue dans une niche, sous la voûte de la porte, était
éclairée par une petite lampe.
Je demandai un peu plus loin l'adresse de la supérieure des
religieuses qui soignaient les galériens. On me prit pour la soeur
d'un galérien et on me l'indiqua avec bonté. Je sonnai: la soeur
portière ne voulait pas m'ouvrir si tard; mais, à la vue de mon visage
innocent, qu'elle entrevit à travers mon _mezaro_, quand je fus
obligée de l'écarter pour chercher la lettre de la duchesse, elle me
fit entrer et porta la lettre à sa supérieure.