CCLXVI

Je marchai du lever du soleil jusqu'à son coucher, mon _mezaro_

rabattu et refermé sur mon visage pour que les passants ne

m'embarrassent pas de leurs rires et de leurs mauvais propos sur la

route, pensant en eux-mêmes, en me voyant si jeune et si seule, que

j'étais une de ces filles mal famées de Lucques qui vont chercher à

Pise et à Livourne les bonnes fortunes de leurs charmes, auprès des

matelots étrangers.

Il était nuit quand j'arrivai à la ville, je me glissai à travers la

porte à la faveur d'un groupe de familles connues des gardes de la

douane qui rentraient, avant les portes fermées, dans la ville, sans

être vue au visage, ni fouillée, ni interrogée; j'en rendis grâce à la

Madone dont la statue dans une niche, sous la voûte de la porte, était

éclairée par une petite lampe.

Je demandai un peu plus loin l'adresse de la supérieure des

religieuses qui soignaient les galériens. On me prit pour la soeur

d'un galérien et on me l'indiqua avec bonté. Je sonnai: la soeur

portière ne voulait pas m'ouvrir si tard; mais, à la vue de mon visage

innocent, qu'elle entrevit à travers mon _mezaro_, quand je fus

obligée de l'écarter pour chercher la lettre de la duchesse, elle me

fit entrer et porta la lettre à sa supérieure.

Cours familier de Littérature - Volume 22 · 第 142 / 186 题