La supérieure était une femme âgée et sévère, qui, après avoir lu la
lettre, descendit au parloir pour me voir et m'interroger. Quand elle
m'eut regardée un moment et interrogée sur mon état de grossesse, qui
rendait ma présence au couvent suspecte et inconvenante, sa figure se
rembrunit:
--Non, dit-elle, mon enfant, la duchesse n'y a pas pensé! Nous ne
pouvons vous recevoir dans une sainte maison comme la nôtre; le monde
est si méchant! et il en gloserait à la honte de la religion. Mais,
pour répondre autant qu'il est en nous à la protection de la duchesse,
voici, me dit-elle en me montrant du geste un hangar dans la cour, un
lieu à la fois ouvert et renfermé le soir dans notre enceinte. Les
gros chiens du couvent, qui sont bons, sont enchaînés le jour et
rôdent la nuit pour nous protéger; on le nettoiera, on le garnira d'un
lit et d'une paille propre et fraîche, on y mettra une porte, et vous
pourrez vous y retirer tous les soirs, pourvu que vous soyez rentrée
avant l'_Ave Maria_, et que vous n'en sortiez qu'après l'_Ave Maria_
du matin; j'aurai soin que la soeur portière vous y porte tous les
jours la soupe des galériens malades, et tous les soirs un pain blanc
avec les haricots à l'huile et les olives de leur souper. J'irai
moi-même vous visiter souvent dans cette cahute et vous porter les
consolations et les encouragements que votre figure honnête commence à
m'inspirer. Vous pourrez même entendre notre messe de la porte de la
chapelle, ici à gauche, par la lucarne des serviteurs du monastère.