On me fit monter précipitamment les marches qui conduisaient au
rempart, et on me plaça seule avec le père Hilario et le bourreau
contre le parapet du Cerchio, afin que les balles qui m'auraient
frappée n'allassent pas tuer un innocent hors des murs, de l'autre
côté du fleuve. Un peloton d'une douzaine de sbires, commandés par un
officier et armés de leurs carabines, chargèrent leurs armes devant
moi, et se rangèrent, leur fusil en joue, pour attendre le
commandement de tirer.
Eh bien! monsieur, dans ce silence de tout un peuple qui retient son
haleine en attendant la voix qui doit commander la mort d'un homme,
vous me croirez si vous voulez, mais je ne crois pas avoir pâli; la
joie de l'idée qu'en mourant je mourais pour lui me possédait seule,
et j'attendais le commandement de feu avec plus d'impatience que de
peur!
--Soldats! s'écria d'une voix de commandement l'officier, préparez vos
armes!
Les soldats me mirent en joue; à ce moment, le bourreau, qui était
derrière moi, un peu à l'abri par un angle du mur, se jeta tout à coup
sur moi, et, m'arrachant d'une main rapide et violente le capuchon et
la robe de pénitent jusqu'à la ceinture, me découvrit presque nue aux
yeux des soldats et de la foule. Ma chemise entr'ouverte laissa mon
sein à demi-nu, et mes cheveux, dont le cordon avait été détaché par
le geste du bourreau, roulèrent sur mes épaules.
Je crus que j'allais mourir de honte en me voyant ainsi demi-nue
devant cette bande de soldats étonnés; ils restaient suspendus comme
devant un miracle, car mes mains liées derrière le dos m'empêchaient
de recouvrir ma poitrine et mon visage.
Ah! mon Dieu, la mort n'est pas si terrible que ce que je souffris
dans cette minute! Un silence de stupeur empêchait de respirer toute
la foule.