CCLX

On me fit monter précipitamment les marches qui conduisaient au

rempart, et on me plaça seule avec le père Hilario et le bourreau

contre le parapet du Cerchio, afin que les balles qui m'auraient

frappée n'allassent pas tuer un innocent hors des murs, de l'autre

côté du fleuve. Un peloton d'une douzaine de sbires, commandés par un

officier et armés de leurs carabines, chargèrent leurs armes devant

moi, et se rangèrent, leur fusil en joue, pour attendre le

commandement de tirer.

Eh bien! monsieur, dans ce silence de tout un peuple qui retient son

haleine en attendant la voix qui doit commander la mort d'un homme,

vous me croirez si vous voulez, mais je ne crois pas avoir pâli; la

joie de l'idée qu'en mourant je mourais pour lui me possédait seule,

et j'attendais le commandement de feu avec plus d'impatience que de

peur!

--Soldats! s'écria d'une voix de commandement l'officier, préparez vos

armes!

Les soldats me mirent en joue; à ce moment, le bourreau, qui était

derrière moi, un peu à l'abri par un angle du mur, se jeta tout à coup

sur moi, et, m'arrachant d'une main rapide et violente le capuchon et

la robe de pénitent jusqu'à la ceinture, me découvrit presque nue aux

yeux des soldats et de la foule. Ma chemise entr'ouverte laissa mon

sein à demi-nu, et mes cheveux, dont le cordon avait été détaché par

le geste du bourreau, roulèrent sur mes épaules.

Je crus que j'allais mourir de honte en me voyant ainsi demi-nue

devant cette bande de soldats étonnés; ils restaient suspendus comme

devant un miracle, car mes mains liées derrière le dos m'empêchaient

de recouvrir ma poitrine et mon visage.

Ah! mon Dieu, la mort n'est pas si terrible que ce que je souffris

dans cette minute! Un silence de stupeur empêchait de respirer toute

la foule.

Cours familier de Littérature - Volume 22 · 第 136 / 186 题