Un cri partit en ce moment du côté de l'escalier qui menait au
rempart. Un homme s'élança en fendant le rang des soldats. Arrêtez!
arrêtez! c'est moi! et il tomba inanimé à mes pieds; le ciel
s'obscurcit, la tête me tourna et je me sentis évanouir dans les bras
de mon époux. Nous mourûmes tous deux sans nous sentir mourir!
C'était Hyeronimo qui, entendant les cloches du supplice, et en ne me
voyant pas arriver sur ses pas sous l'arche du pont, s'était défié
enfin de quelque chose, était rentré dans Lucques, avait volé à la
porte de la prison, et, apprenant là par le _piccinino_ que les sbires
me menaient mourir à sa place, avait volé comme le vent sur mes
traces, et venait réclamer à grands cris son droit de mort, s'il était
encore temps.
Depuis ce moment, je ne vis plus rien, j'étais dans un autre monde.
Quand je m'éveillai, j'étais dans un vrai paradis, au milieu d'un
appartement tout d'or, de peintures, de glaces et de statues, qui
toutes semblaient me regarder, entourée des belles suivantes de la
duchesse, qui me faisaient respirer un flacon d'odeur délicieuse, et
en présence d'une jeune et admirablement belle femme qui pleurait
d'attendrissement près de mon chevet.
Cette belle femme, comme je l'ai su depuis, c'était la duchesse de
Lucques elle-même, la souveraine, et bien la souveraine en vérité, de
beauté, de bonté et de pitié pour ses sujets. Mais que puis-je vous
dire? J'étais vivante, mais j'étais comme dans un rêve. On dit qu'elle
m'interrogea, que je lui répondis, qu'elle fut attendrie, qu'elle
envoya d'urgence un ordre, non pas de faire grâce, mais de suspendre
l'exécution jusqu'au retour de son mari et de ramener Hyeronimo comme
meurtrier dans son cachot.