Rentrée par le corridor de la chapelle dans le cachot, je me hâtai de
quitter ma veste d'homme et de me revêtir sur ma chemise seule de
l'habit de pénitent noir, dont le capuchon rabattu sur mon visage me
dérobait à tous les regards.
Je revins ensuite à la chapelle, je rétablis vite le barreau de la
fenêtre à sa place, pour qu'on ne s'aperçût pas qu'il avait été
déplacé; puis je me mis à genoux la tête entre mes mains devant
l'autel, comme un mourant qui a passé la nuit dans les larmes en
pensant à ses péchés.
Hélas! je ne pensais qu'à la nuit de larmes que je venais de finir
avec Hyeronimo, et à peine à la mort que j'allais subir pour lui et
pour le brave _bargello_, afin que les innocents ne payassent pas pour
le coupable. J'entendais déjà derrière moi la foule des pénitents
noirs et blancs et les frères de la Sainte-Mort qui se pressaient
derrière la grille de la chapelle, et qui murmuraient à demi-voix les
prières des agonisants.
Le _bargello_ et sa femme étaient là pleurant; ils ne s'étonnaient pas
de mon absence, pensant que ma jeunesse et ma pitié pour le prisonnier
me retenaient dans ma tour; ne voulant pas me condamner si jeune à un
tel spectacle, au contraire, ils bénissaient le bon Dieu.