Je n'étais déjà plus triste, parce que je savais ce que l'ange m'avait
dit la nuit, et je le suivis, avec l'autorisation du _bargello_,
jusqu'à la loge sous l'escalier de son couvent voisin. Avant qu'il
ouvrît la bouche, je fis un signe invisible à ma tante et je lui fis
comprendre que l'exécution n'aurait peut-être pas lieu. Elle le dit
tout bas à mon père sans que le père Hilario s'en aperçût; puis ils
reçurent la fatale nouvelle avec la résignation apparente de ceux qui
n'ont plus rien à craindre ici-bas, que la fin de tout.
Le père Hilario leur dit seulement qu'il viendrait les chercher le
lendemain secrètement, avant le lever du jour, pour donner devant eux
la bénédiction mortuaire et la bénédiction nuptiale à leurs enfants.
Il leur enseigna en même temps de garder le silence sur l'objet de la
cérémonie, de prier Dieu dans leur coeur et de se taire devant le
_bargello_, pendant que lui, le père Hilario, dirait la messe des
morts et que l'enfant de choeur qui servirait la messe entendrait,
sans les comprendre, les paroles latines prononcées par le prêtre sur
la tête des deux fiancés.
Je les embrassai tout en larmes, et je rentrai avec le père Hilario
dans le guichet. Quelle journée, monsieur, que celle-ci, et comme
j'aurais voulu tout à la fois en presser et en ralentir les heures!
les unes pour mourir tout de suite et pour aller l'attendre dans le
paradis, dont je n'aurais vu que quelques heures sur la terre, et les
autres pour lui rendre la liberté et la vie, lui sacrifiant à son
insu la mienne.