Ce que nous dîmes tous les trois, pendant ces deux heures que le père
Hilario fit durer, à sa grande fatigue, le plaisir et la peine,
comment pourrais-je vous le redire? Un jour n'y suffirait pas. Jugez
donc ce que quatre personnes qui ne font qu'une, et qui sentent le
cachot sous leurs pieds et la mort sur leur tête par le supplice
prochain d'un seul d'entre eux, prêt à les tuer tous d'un seul coup,
peuvent se dire!
Hyeronimo nous confessa que son bonheur, s'il devait vivre, et son
salut éternel, s'il devait mourir, tenait au refus ou au consentement
que nous lui donnerions de laisser consacrer avant son dernier jour
son union avec sa cousine (_sorella_, comme nous disons, nous);
sachant combien sa _sorella_ le chérissait de tous les amours et
n'ayant pas nous-mêmes de plus cher désir que ce mariage, comment
aurions-nous pu refuser au pauvre mourant?
C'était nous qui lui avions donné son idée que les époux sur la terre
se retrouvaient dans le paradis! Nous lui aurions donc refusé son
paradis à lui-même, si nous avions dit non, l'aveugle et moi?
Il nous bénit mille et mille fois de notre condescendance à son amour,
et il nous répéta tout ce que le père Hilario lui avait appris de la
condescendance de l'évêque; outre le souci qu'il avait de nous, en
nous laissant dans la misère par son supplice, dans ce supplice il ne
semblait redouter qu'une chose, c'est que sa mort ne fût avancée par
quelque événement avant que le prêtre eût accompli sa promesse, en
bénissant cette union secrète et en consacrant sa passion devant
l'autel.