CCXLII

Le lendemain du jour où le père Hilario nous avait déposés dans la

niche obscure, sous l'escalier du couvent de Lucques, près de la

prison où l'on servait la soupe des pauvres, il vint nous reprendre

avec une permission du juge pour aller revoir tant que nous voudrions

le condamné à mort dans sa prison parce que nous étions sa seule

famille; le _bargello_ avait l'ordre de nous ouvrir la porte à toute

heure du jour, pourvu que le confesseur de l'homicide, frère Hilario,

fût avec nous.

C'est ainsi que nous entrâmes, tout tremblants de peur et de désir à

la fois, dans la grande cour vide de la prison, où roucoulaient les

colombes, qui semblaient pleurer comme nous et se parler d'amour comme

nos deux enfants.

Le _bargello_ et sa femme avaient eu l'égard de ne pas entrer avec

nous et de refermer la porte derrière nous pour ne pas assister

indiscrètement au désespoir d'un oncle et d'une mère qui venaient

compter les dernières heures de leur enfant et de leur neveu.

Fior d'Aliza, avertie par le moine, avait eu le soin de ne pas

s'approcher non plus trop près pour que nous ne nous jetassions pas

follement, en nous revoyant, dans les bras les uns des autres; mais

j'aperçus sa tête si belle et tout éplorée qui s'avançait, malgré

elle, pour nous entrevoir de derrière un noir pilier du cloître, où

elle se cachait bien loin de nous! Ah! que sa vue me fit peine et

plaisir à la fois, monsieur! Je sentis fléchir mes jambes sous moi,

et, sans l'épaule de mon frère, à laquelle je me retins, je serais

tombée à terre; le petit chien Zampogna, qui l'avait reconnue avant

nous, jappa de joie en voulant s'élancer vers elle, mais je le retins

par sa chaîne, et nous fûmes bientôt devant la grille ouverte du

cachot d'Hyeronimo.

Cours familier de Littérature - Volume 22 · 第 115 / 186 题