CLXXXV

Je me sentais le coeur presque fendu en écoutant le récit de la fille

du vieux galérien, séduite par sa reconnaissance, et du jeune forçat

séduit par la liberté et par l'amour.

Ici le _bargello_ se pencha vers moi, baissa la voix, et me dit en me

montrant la dernière loge grillée, sous le cloître, au fond de la

cour:

--Il n'y a qu'un grand criminel ici, qui n'inspire ni pitié ni intérêt

à personne, c'est celui-là, ajouta-t-il en me montrant du doigt et de

loin la loge de Hyeronimo. Oh! pour celui-là, on dit que c'est une

bête féroce qui vit de meurtres dans les cavernes de ses montagnes. Il

a, d'un seul coup, tué traîtreusement un sbire et blessé deux gardes

du duc; il n'emportera pas loin l'impunité de ses forfaits et personne

ne pleurera sur sa fosse; il est d'autant plus dangereux que

l'hypocrisie la plus consommée cache son âme astucieuse et féroce, et

qu'avec le coeur d'un vrai tigre, il a le visage candide et doux d'un

bel adolescent; il faut trembler quand on l'approche pour lui jeter sa

nourriture. Ne lui parlons pas, son regard seul pourrait nous frapper,

si ses yeux avaient des balles comme son tromblon; fais-lui jeter son

morceau de pain de loin, à travers la double grille, par la main du

_piccinino_, et, les autres jours, ne te risque jamais à entrer dans

sa loge, sans avoir la gueule des fusils des sbires de la porte

derrière toi.

Cours familier de Littérature - Volume 22 · 第 52 / 186 题