Je me sentais le coeur presque fendu en écoutant le récit de la fille
du vieux galérien, séduite par sa reconnaissance, et du jeune forçat
séduit par la liberté et par l'amour.
Ici le _bargello_ se pencha vers moi, baissa la voix, et me dit en me
montrant la dernière loge grillée, sous le cloître, au fond de la
cour:
--Il n'y a qu'un grand criminel ici, qui n'inspire ni pitié ni intérêt
à personne, c'est celui-là, ajouta-t-il en me montrant du doigt et de
loin la loge de Hyeronimo. Oh! pour celui-là, on dit que c'est une
bête féroce qui vit de meurtres dans les cavernes de ses montagnes. Il
a, d'un seul coup, tué traîtreusement un sbire et blessé deux gardes
du duc; il n'emportera pas loin l'impunité de ses forfaits et personne
ne pleurera sur sa fosse; il est d'autant plus dangereux que
l'hypocrisie la plus consommée cache son âme astucieuse et féroce, et
qu'avec le coeur d'un vrai tigre, il a le visage candide et doux d'un
bel adolescent; il faut trembler quand on l'approche pour lui jeter sa
nourriture. Ne lui parlons pas, son regard seul pourrait nous frapper,
si ses yeux avaient des balles comme son tromblon; fais-lui jeter son
morceau de pain de loin, à travers la double grille, par la main du
_piccinino_, et, les autres jours, ne te risque jamais à entrer dans
sa loge, sans avoir la gueule des fusils des sbires de la porte
derrière toi.