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La tour était haute, étroite, humide et percée seulement, çà et là, de

fentes dans l'épaisse muraille, pour regarder par-dessus la ville.

C'était une de ces guérites aériennes que les anciens seigneurs de

Lucques ou chefs de faction, tels que le fameux _Castruccio

Castracani_, faisaient élever autrefois, à ce que m'a dit la femme du

_bargello_, pour dominer les quartiers des factions contraires et pour

voir, au delà des remparts de Lucques, si les Pisans ou les Florentins

s'approchaient de la ville. Les marches étaient roides, et les murs

solides auraient aplati les boulets. Tout à fait en haut, à l'endroit

où les hirondelles et les corneilles bâtissent leurs nids

inaccessibles sous les corniches ou sur les tourelles, il y avait une

petite porte tellement basse, qu'il fallait se courber en deux pour y

passer; elle était fermée par un verrou gros comme le bras d'un homme

fort et garni de têtes de clous, taillés en diamants, qui étaient

aussi froids que la neige; elle s'ouvrait et se fermait avec un bruit

creux qui résonnait du haut en bas jusqu'au pied de l'escalier de la

tour. On dit qu'elle avait servi, dans les anciens temps, à murer,

dans ce dernier étage de la tour, un prisonnier d'État qu'on avait

voulu laisser mourir à petit bruit, dans ce sépulcre au milieu des

airs, et que les gonds et les verrous de la porte avaient retenu le

bruit de ses hurlements.

Le vent aussi y hurlait comme des voix désespérées à travers les

mâchicoulis et les meurtrières. Cette tour du _bargello_ avait fait

partie autrefois, dit-on, d'un palais d'une maison éteinte des

seigneurs de Lucques; on l'avait convertie ensuite en prison d'État,

et, plus tard encore, en prison pour les meurtriers ordinaires. Elle

séparait la maison du _bargello_ de la petite cour profonde et étroite

de la prison, sur laquelle les cachots grillés des détenus prenaient

leur jour.

Cours familier de Littérature - Volume 22 · 第 24 / 186 题