Pendant que le char avançait au pas lent des grands boeufs des
Maremmes et que les deux fiancés, assis l'un près de l'autre, sous le
dais de toile, causaient à voix basse, les mains dans les mains, le
petit bouvier assis tout près de moi, sur la cheville ouvrière du
timon, derrière ses boeufs, regardait avec un naïf ébahissement ma
zampogne et me demandait qui est-ce qui m'avait appris si jeune à
faire jouer des airs si mélodieux à ce morceau de bois attaché à cette
peau de bête.
Je me gardai bien de lui dire que c'était un jeune cousin nommé
Hyeronimo, là tout près dans la montagne de Lucques; je ne voulais pas
mentir, mais je lui laissai entendre que j'étais un de ces _pifferari_
du pays des Abruzzes, où les enfants viennent au monde tout instruits
et tout musiciens, comme les petits des rossignols sortent du nid tout
façonnés à chanter dans les nuits et tout pleins de notes qu'on ne
leur a jamais enseignées par alphabet ou par solfége.
Il s'émerveillait de ce que sept trous dans un roseau, ouverts ou
fermés au caprice des doigts, faisaient tant de plaisir à l'oreille,
disaient tant de choses au coeur, et il oubliait presque d'en toucher
ses boeufs, qui marchaient d'eux-mêmes. Puis il mettait une gloriole
d'enfant à me raconter à son tour ceci et cela sur cette belle noce
qu'il conduisait à la ville, et sur les personnages qui remplissaient
derrière nous le chariot couvert de toile et de feuilles.